de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« 2 automnes, 3 hivers », l’amour l’après-midi

Par Sophie Avon

Cela commence avec l’automne 2009 et une première partie suivie de plusieurs autres, autant de compartiments et de chapitres qui fragmentent une œuvre dont on parie qu’elle aurait tenu sans cet attirail de prothèses littéraires. Lesquelles ne lui ôtent pas son charme, ce qui est finalement une preuve que ce film toute en forme ne manque pas de fond.

Disons-le autrement, « 2 automnes, 3 hivers » frise la posture sans y tomber. N’en reste que la fantaisie, l’humour, la mélancolie aussi et, in fine, une forme de gravité. C’est un récit conçu par monologues, voix off, narrations successives, une sorte de journal filmé dont les personnages principaux, six en tout, racontent ce qui leur arrive. Ils se croisent, se rencontrent, se recroisent, s’aiment. Leur vie de trentenaires est une suite de péripéties, pas toujours marrantes.

On y tombe beaucoup : on tombe sur l’autre, on tombe amoureux, on tombe dans une haie, on tombe sur de sales types. Et on se redresse sans forfanterie, avec ce désir doux et tenace des jeunes gens qui veulent être heureux sans trop se risquer à y croire. Arman tombe sur Amélie en courant, il se jette littéralement sur elle, ébloui par le soleil, sans la voir. Puis il se met à penser à elle. Rêver, fantasmer sur une jeune femme que le sort a désignée et qu’on n’a pas vue, c’est un pur canevas de comédie romantique et c’est aussi digne d’un Rohmer. C’est en tout cas le début d’une intrigue qui s’incarne étrangement mais sûrement.

Loin de la Nouvelle vague cependant car « 2 automnes, 3 hivers » n’en a pas la fougue ni l’insolence, loin de tout ce qu’on a vu déjà, et pourtant, revendiquant un solide héritage cinématographique (Eugène Green, Judd Apatow, Robert Bresson, Alain Tanner), ce troisième long-métrage est résolument à part, expérimental sans être abscons, romantique sans être benêt. On y déclame son amour face caméra, on frise le lamento sans se plaindre démesurément, on rend hommage à Michel Delpech et on passe à côté de la mort qui comme chacun sait est une façon de conjuguer la vie.

Celles d’Arman (Vincent Macaigne), d’Amélie (Maud Wyler), de Benjamin (Bastien Bouillon) et de Katia (Audrey Bastien) sont faites de moments forts et de vignettes que Sébastien Betbeder façonne avec peu de moyens mais beaucoup d’invention. Tenant la note et toujours juste malgré l’artifice de son dispositif, « 2 automnes, 3 hivers » en dit long sur la fragilité d’une génération, sa sensibilité, sa tristesse, son inertie et sans doute aussi, son fatalisme.

Le spectateur sourit, s’amuse, espère un dénouement heureux tout en demeurant à l’écart, sollicité par la forme qui autorise une pluie de hasards frappant de façon imprévisible et avec une sorte de cruauté qu’on ne s’attend pas à trouver dans le genre. Si bien que l’inquiétude se met à recouvrir l’humour du récit. Est-on si sûr d’être dans une comédie ?

« 2 automnes, 3 hivers » de Sébastien Betbeder. Sortie le 25 décembre.

 

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

7 Réponses pour « 2 automnes, 3 hivers », l’amour l’après-midi

xlew.m dit: 30 décembre 2013 à 11 h 04 min

On a l’impression d’être projeté au coeur d’une chanson du groupe de rock « La Femme » ou d’une autre du collectif « Fauve », deux réunions de musiciens qui affolent la critique musicale depuis l’automne 2012.
Ce que vous dites de la peinture d’une génération paraît très juste. J’ai pensé aux mêmes auteurs que vous.
Nous avons l’air d’être en plein dans la loi de la conservation de la matière cinématographique, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme et se re-filme », Vincent Macaigne (incroyablement impeccable, en un film il est devenu la darling des critiques), avec sa voix rauque plutôt délicieuse, semble faire coucou à Jean Yanne, gros ours pourtant si délicat avec toutes les « grandes sauterelles actrices » qu’il rencontrait, Maud Wyler, superbe, envoie un signe à Françoise Lebrun et Bernadette Lafont, qui n’ont plus qu’à se mettre au running (dans les allées du paradis pour Bernadette) pour combler ce qui reste du minuscule gap générationnel.
On s’aperçoit aussi, en 1973 comme en 2013, que les mecs courent comme des dératés (que ce soit aux Buttes-Chaumont ou au Luxembourg) autour des grands parcs parisiens pour essayer de pécho les Sibylle qui leur livreraient les secrets de leur avenir (amoureux ou autre, peu importe, ils ont tous revu les enjeux à la baisse de toute façon).
James Stewart et Lubitsch le savaient bien, le chopage amoureux « is around the corner », rien ne sert de courir, il faut écrire à point.

JC dit: 31 décembre 2013 à 17 h 07 min

Bonne année à tous, à Sophie en particulier qui a le mérite de supporter stoïquement les commentaires débiles de cinéphiles débutants !

sophie dit: 31 décembre 2013 à 17 h 59 min

Bonne année à tous! Et merci pour vos commentaires que je ne trouve pas débiles du tout, mais alors pas du tout… Merci en particulier aux fidèles. J’espère que les plus volages reviendront..

JC dit: 31 décembre 2013 à 18 h 35 min

J.Ch, tu es un renard rusé, infidèle et volage … et Sophie sait bien que je suis un tendre et délicieux agnelet affectueux, assaisonné d’une délicate pointe de fourberie !

u. dit: 1 janvier 2014 à 11 h 51 min

Au nom de tous les cancres, qui ne voient pas, qui ne lisent pas, qui ne commentent pas, excellente année chère Sophie!

You are doing a good job.

– Happy new year, fellahs!

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