de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Agathe, Montreuil et l’Islande

Par Sophie Avon


Agathe et veuve. Son mari est mort brutalement et l’urne à laquelle elle s’accroche constitue l’épicentre de « Queen of Montreuil ». A rire ou à pleurer, c’est selon. Selon que cette jeune femme (Florence Loiré-Caille) reste en plein flottement, les mains remplies des cendres de son mari, ou qu’elle réagisse, ouvrant sa porte à tous et laissant la fiction, autrement dit la vie, emporter le chagrin.

Agathe est de Montreuil comme on est de la banlieue ou du nord. Dans cette petite commune aux portes de Paris, elle vit dans une copropriété bucolique où ses voisins sont de doux égarés quand ils ne sont pas amoureux d’elle. L’un d’entre eux prend le temps de dresser l’arbre généalogique d’Agathe. Pas de doute qu’il aimerait inscrire son nom dans les branches de cet arbre symbolique que la jeune femme, touchée par le cadeau mais vaguement embarrassée, regarde avec perplexité. Pas de doute non plus qu’à sa manière, « Queen of Montreuil » interroge les lieux d’où l’on vient et ceux dont on descend.

Ulfur et Anna, fils et mère islandais mais débarquant de Jamaïque, en sont une preuve supplémentaire, qui viennent se greffer sur ce coin de terre hospitalière où résident des émigrés heureux et des travestis mélancoliques. Anna (Didda Jonsdottir, extra mais tous les acteurs le sont) a vite fait de grimper sur une grue et de sympathiser avec le grutier (Samir Guesmi), tandis qu’Uflur (Uflur Aegisson) fait la connaissance d’une otarie oubliée par un zoo…

Ayant posé sans complexe leurs sacs chez Agathe, Uflur et Anna observent la jeune femme avec compassion et quelque chose de revigorant,  s’entêtant à dire « cruche » au lieu d’ »urne ». C’est le principe du conte philosophique que de regarder à travers l’innocence des étrangers, et c’est ce que fait Solveig Anspach dont il ne faut pas oublier qu’elle est d’origine islandaise. Agathe, elle, nous l’avons dit, est de Montreuil, mais elle est cinéaste, ce qui l’apparente plus sûrement à la réalisatrice dont la comédie gracieuse (quoique un peu lourde à la fin), ressemble à un retour à la maison. Retour absurde à la vérité, car quoiqu’en disent les arbres généalogiques, savoir d’où l’on vient n’est pas un gage de félicité. En revanche,  bienheureux ceux qui se sentent partout en famille, y compris devant une otarie.

 Sortie le 20 mars.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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