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La République Du Cinéma

Alain Resnais, mort d’un génie

Par Sophie Avon

Il était élégant, réservé et souriant – avec cet air d’en avoir une bien bonne à raconter. Chez ce génie du septième art, il y avait un côté farceur qui faisait dire à son ami Rémo Forlani: «Il est bien plus qu’un pince sans rire, c’est un humoriste…»

L’un de ses auteurs préférés était Sacha Guitry, et tout au long de son œuvre, Alain Resnais ne cessera de réconcilier théâtre et cinéma. S’il y a une chose à retenir de lui, du moins de celui qui s’était allégé en vieillissant, c’est cet amour des planches que le cinéma ré-enchantait.

D’ailleurs, il chérissait l’idée de troupe, tournant avec la même famille d’acteurs, Sabine Azéma, André Dussollier, Pierre Arditi, Fanny Ardant, Lambert Wilson, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, et jusqu’au dernier moment, tout en restant fidèle à cette famille, il élargira le cercle : Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, Michel Vuillermoz, Caroline Silhol.

Les débuts comptent plus d’une dizaine de courts-métrages dans les années 40 pour en arriver en 1955 à une œuvre tirée du néant, « Nuit et brouillard » (prix Jean Vigo), écrite par le Bordelais Jean Cayrol, qui fut déporté avec son frère.  Pour la première fois, le cinema met en images l’indicible.

Quelques commandes plus tard, Resnais réalise son premier long-métrage, «Hiroshima mon amour», cette fois écrit par Marguerite Duras car le cinéaste  aime les écrivains et les a toujours sollicités. De  «L’année dernière à Marienbad» (écrit par Robbe-Grillet) aux « Herbes folles » (Christain Gailly), en passant par «Muriel (écrit par Jean Cayrol encore), «La guerre est finie» (écrit par Jorge Semprun), «Stavisky» (écrit encore par Semprun), les grandes signatures se succèdent. Ce dernier film, le seul où Resnais se livre à une reconstitution historique car il a les films d’époque en horreur, est un échec. On lui reproche tout et n’importe quoi, à commencer par avoir travaillé avec un acteur populaire, Jean-Paul Belmondo. Il répondra avec «Providence», deux ans plus tard, en 1976, splendide méditation sur la vieillesse, la mort et la création littéraire.

Avec « Mon oncle d’Amérique » (écrit par Jean Gruault), Alain Resnais donne corps aux expériences du scientifique Henri Laborit. Le film obtiendra en 1980 le grand prix du jury à Cannes. Avec les années 80, vient l’âge d’or de sa carrière, disons plutôt son premier âge d’or car il en aura d’autres : «La vie est un roman», «L’amour à mort», «Mélo»  – puis « Smoking/No smoking » au début des années 90 consacrent sa célébrité et en font un artiste qui sans être populaire, fascinent jusqu’au grand public.

Avec le temps, le cinéaste donne libre cours à sa fantaisie, court-circuite les intrigues. Il ne renonce pas, loin s’en faut, à la complexité de son approche, à ces fils mystérieux qui courent en filigrane dans sa fiction, mais il s’en retourne à l’enfance de l’art, la sienne, faite de subterfuges et d’apparences masquées. « On connaît la chanson » est un modèle du genre, entre comédie musicale et chronique de mœurs, qui bouscule tout ce qu’on avait vu jusqu’ici dans le registre léger. Il enchaîne avec « Pas sur la bouche », vestige d’une opérette qu’il remet au goût du jour, puis avec « Cœurs », magnifique contemplation de ce qui s’achève.

A Cannes, en 2009, il reçoit une palme spéciale pour l’ensemble de son œuvre après avoir présenté en compétition « Les herbes folles », adapté d’un roman de Christian Gailly, disparu l’an dernier. Trois ans plus tard, il réalise « Vous n’avez encore rien vu », adapté de Jean Anouilh et du mythe d’Eurydice.

Il aimait dire: « Je tourne pour voir comment ça va tourner ». Son dernier opus, « Aimer, boire et chanter » sortira le 26 mars. Sous les couleurs de la comédie et les sortilèges du théâtre, c’est un mourant qui mène le jeu, un certain George qu’on ne verra jamais, condamné par un cancer et qui en attendant  de mourir, se livre à quelques facéties de séducteur. Du pur Resnais…

 

Cette entrée a été publiée dans Hors champ.

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commentaires

9 Réponses pour Alain Resnais, mort d’un génie

Polémikoeur. dit: 3 mars 2014 à 8 h 25 min

Tut, tut, un génie ne meurt pas !
Pas son œuvre, en tout cas,
pas tout de suite…
Un catalogue est là, reste,
n’en déplaise au parasitisme
des cimetières qui vient sucer
un peu de la renommée des disparus.
Catalogue qui commence une vie autonome
alors que suinte le venin de ce mort
qui ne sait même pas lui-même qu’il l’est déjà
lorsque passe le cortège contre lequel
il aboie vhainement.
Génie ou pas, le cinéaste qui vient
de laisser vide son fauteuil
était le chef d’orchestre
d’une toute autre musique,
vivante, communicative,
généreuse.
Elle lui survivra
dans le grand album de ses films.
Et tant pis pour qui ne veut pas entrer
dans la famille qu’ils réjouissent !
Applaudissement.

JC..... dit: 3 mars 2014 à 9 h 19 min

Resnais : « un génie dans son genre… » dit Sophie.

… OK ! va pour l’ennuyeux Resnais, c’est un génie dans son genre. Comme Michael Jackson. Dans son genre …

JC..... dit: 3 mars 2014 à 12 h 10 min

Nacht und Nebel : ennuyeux
Hiroshima : ennuyeux
Marienbad : chiant
On connaît la chanson : ridicule…

Bien à vous JCh !
(vous savez, les gloûts, les doubleurs !!!)

JC..... dit: 3 mars 2014 à 19 h 08 min

Je me fous de Resnais, ami JCh, je juge comme je veux sur ce sujet mineur à mes yeux ….Désolé ! BàV

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