de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Amy », trop aimée, désaimée

Par Sophie Avon

Ils ont tous fait partie de sa vie. Ses copines d’enfance, ses parents, son ex-mari, son manager, son médecin. Ce sont eux qui la racontent. Eux qui l’ont cotoyée et recomposent le portrait d’Amy Winehouse, la chanteuse soul qui trouva la mort juste avant d’arriver à l’âge de 28 ans, rejoignant ainsi le club des jeunes défunts tués par trop d’excès, abus de talent, d’alcool, de drogues et de détresse.  Le film d’Asif Kapadia est sans doute le portrait le plus minutieux et le plus doux, le plus amoureux aussi qu’on puisse faire de cette « frêle jeune fille » à la voix rauque.

Réussissant sans y croire, grattant sa guitare par passion, apprenant à chanter en écoutant Monk, et tous les chanteurs de jazz avant elle – peau claire, voix de black. La tragédie a forgé la légende, mais au départ, elle n’était qu’une petite fille faisant des grimaces devant la caméra de ses copines. Riant beaucoup et devenant une jeune fille douée, passionnée, avec ce trait d’eye liner épais et cette beauté hors normes. Une juive typique du nord de Londres, grande gueule, rentre dedans, mais timide aussi.  « La célébrité, ça me rendrait folle probablement » disait-elle avant de devenir une star. Elle semble alors n’avoir peur de rien et pressentir le pire. Comme si elle savait dès le début que l’amour la tuera – mais tous les adolescents n’ont-ils pas cette sorte de romantisme ?

Elle qui impressionne tous ceux qui l’écoutent chanter, de Nick Shymansky, son premier agent, à Salaam Remi ou Mike Ronson, ses producteurs musicaux, en passant par Tony Bennett ou Dale Davis, elle qui les bluffe par son timbre, sa façon d’être, son tempérament, semble sûre de son fait. Elle veut être musicienne, écrire les chansons qui lui manquent à l’époque.  Belle et drôle, star et clown, elle sera jeune à jamais. Le parcours est tristement emblématique : le succès vient et commence à la ronger. Elle s’installe à Camden, devient propriétaire. Sa co-locataire et meilleure amie, Juliette, dit que les choses se sont modifiées là. Elle va au Trash club, se défonce, n’écrit plus, tombe amoureuse de Blake Fielder dont le reflet finira par la tuer. Elle veut être comme lui, sa jumelle en tout. Ils se ressemblent, ou se le racontent, vivent dans la fusion. Elle est une amoureuse qui fait des cœurs partout et son écriture sage trace des textes sombres qui apparaissent à l’écran comme dans un karaoké. Il suffit de les lire pour entrer dans son âme.

Et puis la liaison se fissure, la passion est tumultueuse, il la quitte, elle se venge et au passage se fait souffrir. Boit de plus en plus, se détruit consciencieusement. Elle est si jeune, si douée. Elle se refait une santé sans y croire. Dix huit mois après son premier album, « Frank », elle se remet au travail, rejoint son producteur Salaam Remi à Miami, écrit et compose sans boire une goutte d’alcool.  Mais elle replonge comme si picoler et se gaver d’amphétamines la protégeaient de ce qui lui arrive. « Rehab » la fait basculer dans un statut désormais incontrôlable. Celui qu’elle ne voulait même pas envisager. Elle est devenue une icône. Le Times fait de « Rehab » sa chanson de l’année 2007. Blake réapparaît, Amy l’épouse à Miami. Pour le meilleur et pour le pire. Ce sera pour le pire. Installés à Camden, ils tombent dans le crack. La course à la désintoxication commence en même temps que la célébrité la dévore davantage. Son père ne veut rien voir. Il pense aux tournées, au travail. Quant à Blake, il l’entraîne toujours plus loin vers des rives dont on ne revient pas. Elle chante que l’amour est un jeu de perdants, une mauvaise donne. Elle reçoit les Grammy award 2008 dans plusieurs catégories dont celui de la meilleure nouvelle artiste, clean ce soir-là, dédiant son prix à sa famille et à son amoureux qui est en prison. Sans drogue, l’existence lui paraît vide. La presse à scandale semble guetter ses rechutes et ne l’épargne plus. Dans un dernier élan, en 2008, elle part sur l’île de Sainte Lucie pour se débarrasser de ses démons, crack et héroïne. Désormais elle se contentera de boire. Appelé à la rescousse, son père vient avec des caméras. Elle est si menue, ses jambes sont si maigres qu’elle a l’air d’avoir 12 ans.

Il fallait ce beau film en dentelles, assemblage de videos et d’images éparses triées sur le volet pour qu’à chaque plan, on mesure en tremblant le parcours de cette jeune femme allant à la mort en chantant. Ceux qui l’ont connue n’ont pas forcément de visages, on les entend en off, comme des prophéties accablées par le remords, racontant toujours la même histoire. Celle d’une artiste anéantie par ce pour quoi elle vivait, l’amour et l’héroïne qui égayait sa vie. Comment vivre quand on n’aime que les crêtes, les sommets, l’éternité ?

« Amy » d’Asif Kapadia. Sortie le 8 juillet.

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commentaires

48 Réponses pour « Amy », trop aimée, désaimée

Polémikoeur. dit: 8 juillet 2015 à 9 h 10 min

« Rise and fall of… » : trop commun,
y compris en présence de talent, paillettes et gloire.
Déconologiquement.

Jacques Barozzi dit: 8 juillet 2015 à 10 h 23 min

Amy Winehouse, Sergei Eisenstein, Nina Simone…
Documentaire ou fiction, le biopic est « tendance » cette saison !

Ueda dit: 8 juillet 2015 à 10 h 47 min

J’aurais beaucoup de choses à dire sur Amy Winehouse, peut-être autant que Jacques Barozzi, mais mon esprit est actuellement accaparé par la crise grecque.

Comme mon camarade JC, j’espère qu’on va leur presser le citron jusqu’à ce que les pépins craquent.

indeed dit: 8 juillet 2015 à 12 h 14 min

« j’espère qu’on va leur presser le citron jusqu’à ce que les pépins craquent. »

la tare de pécul déteint sur vous , c’est ce côté sadico-pervers qui plaît tant à daafnoze

JC..... dit: 8 juillet 2015 à 17 h 56 min

Pour adorer cette voix exceptionnelle, on ne peut que hurler : quel gâchis !

Le film ? Euh …on verra… rien d’urgent !

La Reine des chats dit: 9 juillet 2015 à 10 h 04 min

Arthur, triste oui, l’état final. Mais sa voix! Comme portant en étendard la douleur d’une vie. Stigmates quasi religieux, sorte d’expiation commune accomplie par ces chanteuses exceptionnelles. C’est Billie Holliday qui porte du fin fond de son alcoolisme et de sa dérive mortels le souvenir maudit des chants(!) de coton, de ces petits clubs minables où elle débute, où elle est traitée comme rien en raison de sa peau noire. Idem Muddy, ou Miles lorsqu’ils jouent..,tant d’autres. Winehouse, au nom porteur en l’occurrence d’un déterminisme funeste, comme Johnny Cash dont au passage le biopic, avec pourtant l’excellent Joaquin Phoenix m’avait un brin énervée, font de leurs voix l’instrument impossible de la paix intérieure au sein du chaos. Peut-être Amy W fut-elle simplement une chanteuse noire, en dépit de sa peau blanche.

La Reine des chats dit: 9 juillet 2015 à 10 h 08 min

Muddy = McKinley Morganfield/Muddy Waters of course. Pas question de « Mud » & Matthew McConaughey ici, même si cela me donne brusquement envie de revoir le film

La Reine des chats dit: 9 juillet 2015 à 10 h 49 min

D’ailleurs, débattant de cela avec vs, Arthur, qui avez raison de souligner qu’à la fin, sa voix avait pâti au sens propre de son mode de vie,je ne m’appuie pas tant sur l’exaltation un peu facile ou hystérique de l’artiste maudit, qui se doit d’être alcoolique, malheureux ou camé s’il veut se voir reconnu de la force, de la singularité, de ce talent brûlant qui consume et apposera marque par delà l’instant – quoi qu’il en soit le génie n’est pas, n’a jamais été dans la bouteille, fût-elle de djinn – que sur l’ombre planante de la nigredo réelle pesant sur toutes les créations dignes de ce nom, autrement dit ayant leur part d’énigme ou d’incompréhension. Et cette nigredo, sorte de prix à payer négatif comme on parlerait d’une « main négative » « préhistorique », de celles qui ornent les peintures pariétales dans les grottes, est d’autant plus forte que l’objectif secret est ambitieux, même si dans ce domaine, on ne choisit pas, (Johnny Cash n’a jamais choisi d’être Johnny Cash, a dû le subir plus souvent qu’à son tour, depuis le premier moment sans doute fondateur de la mort du frère). Elle est le revers de médaille d’une sensibilité, d’une humanité extrêmes qui permettent de tutoyer le ciel, vous précipitent le moment d’après au fond du trou, et se trouve curieusement de plus en plus rejetée à la périphérie, qu’elle soit « folklorisée » – Amy Winehouse photographiée à plat ventre, bien shootée et soûle, à la porte de son garage – donc instrumentalisée, ou tout bonnement niée grâce à des mécanismes similaires, par des amateurs d’art qui s’assimilent de plus en plus à des consommateurs plutôt hygiénistes : on veut bien la cerise, mais sans le noyau, ou alors pour rire, ou communier à une grande compassion hypocrite, expiatoire et soulageante, autour des si distrayants malheurs des artistes

La Reine des chats dit: 9 juillet 2015 à 11 h 05 min

Quant au papier de SA, égal à elle-même : observation toujours fine par delà le factuel, psychologie bien digérée à ts les étages, intelligence, capacité de rugosité,tendresse discrète aux antipodes d’une mièvrerie, curiosité sans cesse en éveil. Argumenté sans dogmatisme.Un oeil, quoi.

La Reine des chats dit: 9 juillet 2015 à 13 h 47 min

Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt, Jacques? Au vu de ses dilections, fallait-il qu’il fût motivé, le cher homme. Une espèce de Grexit à l’envers, que notre Sophie à n’en pas douter mérite amplement.

JC..... dit: 9 juillet 2015 à 16 h 56 min

« Peut-être Amy W fut-elle simplement une chanteuse noire, en dépit de sa peau blanche. » (la chatte folle)

Comme on dit au rugby, je suis content de pas avoir fait le voyage pour rien. Ayant lu ça…. on peut mourir !

La Reine des chats dit: 9 juillet 2015 à 17 h 09 min

Cher JC, Yanis Varoufakis de ce blog, doigt brûlant, concombre masqué vengeur, Gaston Lagaffe sans mouette rieuse, coup de chaleur loin du 15, JeanPierre Jouyet privé de relaxe, poitrine cahotante en manque de pacemaker, ne parlez pas de malheur! Mourir après ça? D.ieu merci il vous en faut plus. Portez-vous bien et n’oubliez pas, si quiconque insiste pour vous trainer en rehab… No, no, no (comme le docteur éponyme)

Jacques Barozzi dit: 9 juillet 2015 à 19 h 17 min

Une Rimbaud plus vocale que verbale ou profession ; chanteuse de jazz. Le film est superbe et le papier de Sophie parfait, rien à dire de plus, sinon l’écouter chanter et pleurer !

JC..... dit: 10 juillet 2015 à 9 h 14 min

Ichtus,
Debout ! Regarder un congre dans les yeux, c’est regarder le Maire, hilare à froid, qui vous marie pour des années, le colonel qui vous sermonne pour quelques meurtres, la Mère Supérieure qui vous indique la voie à suivre, avant de prendre le chemin de traverse, les yeux clos …

La vie dans le mensonge, quoi, bougre de con ! Sauf son enregistrement, la malheureuse, avec Tony Bennett…. sublime !

JC..... dit: 10 juillet 2015 à 10 h 16 min

Camarade ueda,
Je loue mon cœur à ceux qui n’en ont pas : un marché énorme. J’arrête bientôt, fortune faite !

Jacques Barozzi dit: 10 juillet 2015 à 10 h 58 min

On voit l’enregistrement de ce morceau avec Tony Bennett dans le film, JC. L’envers du décor : elle n’y arrive pas, s’excuse de lui faire perdre son temps, veut tout arrêter. Gentiment il lui dit qu’elle progresse, qu’elle va y arriver, qu’il veut continuer : « Vous n’êtes pas trop pressée, vous avez la journée, moi oui ? »… et ils y arrivent !
Amy Winehouse est superbe dans ses concerts en « boites de jazz », mais lorsque la célébrité lui tombe dessus et qu’elle doit se produire dans les stades, c’est plus ça. Et son père, dans cette histoire, n’en sort pas grandi…

xlew.m dit: 10 juillet 2015 à 11 h 47 min

Il y a toujours un colonel Parker en puissance dans les familles ou l’entourage proche des surdoués de la musique populaire, des histoires de dope, de karma contrarié dès l’enfance, d’époux profiteurs ou encore plus paumés que la star avec laquelle ils vivent, mais cela n’explique en rien le mystère de la fille de Camden.
Le film ne donne aucune piste, peut-être valait-il mieux tenter un truc biographique à la Beach Boys.
Pourquoi la génération d’Amy et de Pete Doherty a-t-elle vendangé dans ces proportions-là tant de talent, voire de génie, accumulés ?
Dans les années septante le triple camé Keith Richards assurait toujours lors des concerts, les mecs de la Brit pop, lorsqu’il s’est agi pour eux d’aller se faire connaître aux US, en ont baver des ronds de chapeaux sur scène aussi mais ont survécu (au moins physiquement.)
Même la destinée de Cobain ne peut pas être mise en miroir ici, enfin d’après ce que je peux en comprendre.
Mais tout ce qui est dit dans l’article de l’intensité de l’originalité de la culture juive dans ce quartier de Londres est bien vu (à mon avis lentement en train de s’éroder, hélas.)

JC..... dit: 10 juillet 2015 à 12 h 18 min

Jacky, s’il y a un pro, très grand, passé par la drogue et la déprime lui aussi, sauvé par miracle filial……. il s’appelle, et depuis tant d’années, Tony Bennett…

Jacques Barozzi dit: 10 juillet 2015 à 19 h 22 min

Et la voix du vieux Tony Bennett est, elle aussi, miraculeusement intacte !

Greenaway, c’est pas toujours réussi mais c’est toujours intéressant. Un peu comme pour Godard. Et son dernier opus sur Eisenstein au Mexique, est un très bon cru. A voir ! Ce qui m’a le plus réjoui, c’est que de nombreux spectateurs ont quitté la salle en cours de projection : c’est de plus en plus rare, un cinéaste qui dérange…

JC..... dit: 11 juillet 2015 à 5 h 32 min

Le vieux crooner a une voix intacte, un comportement sur scène parfait : il nous évite de subir, anéantis, la descente aux Enfers d’Ella, aveugle, voix chevrotante qui fut si pure …. et de bien d’autres, devenus insupportables, rassis, moisis.

ueda dit: 11 juillet 2015 à 7 h 35 min

Chère Sophie,

Comme vous le savez, il n’est plus nécessaire que je vienne sur ce blog, où mon rôle est tenu avantageusement par ce bon vieux Puck, un être intelligent et sensible.

Votre billet est tellement bon qu’il va remplacer pour moi et la chanson et le film.

uedada (pas puck) dit: 11 juillet 2015 à 8 h 30 min

c’est fou ce que le taré de pécul est drôle et intelligent ! on a mal aux côte à force de rire de ses formidables commentaires, et des maux de tête tellement il nous fait réfléchir – il suffit de lire les deux ou trois premiers mots de ses coms nul besoin de poursuivre pour s’enrichir l’esprit et le coeur aussi

Jacques Barozzi dit: 11 juillet 2015 à 8 h 58 min

Bientôt sur nos écran le biopic de Nina Simone, une accro de la bouteille, racontée par sa fille, ça va être sanglant !

JC..... dit: 11 juillet 2015 à 12 h 51 min

Patrick Scemama !

Arrête de m’embêter sur le blog de cette charmante Sophia !

Discutons d’homme à homme !
(… euh… excuse moi…. je ne voulais pas me moquer de toi !…)

puck dit: 11 juillet 2015 à 16 h 55 min

quel est l’objectif de ce genre de film ? le besoin de fabriquer des icônes qui placent très haute (jusqu’au sacrifice) l’idée qu’on peut avoir de la musique, une musique incarnée par un personnage reflétant lui-même une certaine « âme » de la musique.

j’ai écouté cette semaine une émission avec une jeune trompettiste de jazz française : Airelle Besson, hyper génialement douée.
au début elle a interprété une oeuvre à elle : 2ternité (déjà le titre ça pète)

ensuite elle a commencé à parler, et là piouf c’est retombé comme un soufflet, elle racontait comment ses parents l’emmenait dans sa petite école de musique, les conseils techniques de son prof, ensuite elle a parlé de sa carrière, de ses plans de carrière, et tout ça avec sa voix de petite bourge parisienne bien choyée par son papa et sa maman.
comparés à sa musique ses propos étaient d’une pauvreté abyssale, quand elle a sorti que son inspiration elle la trouvait dans Bach et surtout dans les variations Goldberg j’en avais plus rien à taper.

après je m’en suis voulu de ma réaction, sa musique est belle ? même si elle n’était pas Chet Baker c’est parfait pourquoi en vouloir plus ? pourquoi attendre de cette fille qu’elle raconte comment son copain s’est fligué, elle a une petite vie bourgeoise ? c’est parfait ! pourquoi toujours chercher là où il n’y a rien à trouver, les musiciens de jazz n’ont pas besoin d’être des êtres cassés et souffrants pour pondre de la bonne musique.

il y a un contrebassiste dont on dit que ceux qui l’ont approché ont radicalement changé leur perception de la musique, même les plus grands, c’est Charlie Haden, on dit de lui qu’il apprend aux musiciens à jouer avec le silence, parce que les jazzmen ont tous peur du silence, ils se sentent obligés de le remplir, comme si le silence était leur principal ennemi, alors ils remplissent à bloc, ils saturent l’espace de notes, pour éviter le silence, quand Haden fait une masterclass des gamins viennent des quatre coins de la planète pour l’écouter, comme s’il était un prophète, les gamins ils sont pas stupides, ils ont écouté tous les musiciens comme Jarrett ou Metheny avant Haden et après, du premier coup ils voient la différence, alors aux aussi ils veulent apprendre, et Haden qui croit en Dieu leur parle de la Bible, il leur parle des racines des arbres qui grandissent à la même vitesse que la partie visible de l’arbre qui va puiser leur nourriture dans le sol, toujours plus profondément, à aucun moment il ne leur parle pas de musique ou de technique, ni de contrebasse, et on voit ces gamins de 20 ans qui sont là, assis par terre à écouter ce prophète sourd (il souffre d’acouphènes) et à moitié aveugle leur dire qu’ils doivent faire comme les racines des arbres, ne pas regarder la partie visible de l’arbre mais celle qui est enfouie dans le sol (bémol mineur) et quand ils reviennent chez eux ces gamins sont tous transformés comme s’ils avaient rencontré le prophète Jonas en personne.
vous voyez Sophie, c’est drôle parce que quand Charlie Haden va mourir un type fera un film sur lui, parce que ce musicien incarne plus qu’aucun autre notre avenir.

Jacques Barozzi dit: 11 juillet 2015 à 18 h 58 min

« comme si le silence était leur principal ennemi, alors ils remplissent à bloc, »

Et toi tu satures les blogs !

La Reine des chats dit: 12 juillet 2015 à 8 h 36 min

Puck 16h55, sans verser dans un psychologisme lourdement freudien, pourquoi voudriez-vous que la nigredo fût cantonnée à une seule expression, réservée à une unique catégorie, sociologiquement parlant? Peut-être celle d’Arielle Besson, votre « petite bourge bien choyée et protégée par papa/maman » qui rebat vos oreilles d’auditeur avec ses plans de carriere est-elle d’avoir été poussée, dressée à la réussite dés son plus jeune âge, sans pitié, par des parents animés de la meilleure volonté du monde, prédateurs sans s’en rendre compte. Regardez les Jackson Five. Comment le petit Michael se faisait dérouiller par le père s’il manquait une seule note de Billie Jean, ne réussissait pas du premier coup son moon walk… Ces enfants si prometteurs, si talentueux, transformés en animaux de cirque qu’il s’agira d’exploiter, de rentabiliser au mieux.

La Reine des chats dit: 12 juillet 2015 à 8 h 44 min

Après, on peut préférer les fleurs sauvages, grandies on ne sait comment, dans une anfractuosité de roche, nécessité de s’accrocher, nourriture minuscule etc, à de splendides orchidées en pot gonflées d’engrais. Mais les deux ne sont pas entièrement antinomiques. BàV, au revoir

puck dit: 12 juillet 2015 à 10 h 48 min

ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, la société est un lieu d’affrontements, on apprend aux gamins dès la maternelle des valeurs fondées sur la concurrence et la compétition entre les individus, la première chose que le gamin verra, quand il cherchera un boulot ou un appartement, c’est le mépris de ceux qui détiennent le pouvoir.

leur seul moment de répit c’est quand ils iront écouter ensemble un concert, là le public retrouve un semblant de paix et de réconciliation, d’où l’importance aujourd’hui de la notion de public comme lieu où chaque individu puisse retrouver pendant quelques heures l’illusion d’appartenir à une collectivité apaisée.

c’est là le fonctionnement politique de nos sociétés : affrontement à l’extérieur du public, et réconciliation à l’intérieur du public, d’où l’importance pour chacun de faire en sorte d’appartenir à un public.

ensuite ce qu’il se passe dans l’arrière scène n’a pas d’importance, même si l’arrière scène est un lieu social d’affrontements, que les artistes soient sages ou pas, qu’ils s’aiment ou qu’ils s’entretuent, qu’ils s’arnaquent ou s’aiment entre eux, se droguent ou soient de gentils petits bourges, tout cela n’a aucune importance, dans la mesure où la relation essentielle n’est pas ce qui se passe dans l’arrière cour mais dans se qui se vit au sein du public lui-même, l’important est d’avoir une production artistique en mesure de fabriquer des objets pouvant réunir des publics, quand les gens en auront marre d’appartenir à des publics là les choses seront différentes dans la mesure où il commenceront à refaire de la politique pour régler les problèmes qui existent en dehors du public, pour le moment cette illusion de paix leur suffit, le rôle politique pacificateur de la culture, comme l’avait si bien compris Jack Lang, au point qu’il représente un régime sous lequel nous continuons de vivre, mais rien ne dit que cela durera longtemps, cela risque même de nous apporter quelques mauvaises surprises.

La Reine des chats dit: 12 juillet 2015 à 13 h 08 min

Je vs lis rapidemnt, plus de tps, mais oui, ce que vs dites du dressage au combat initial, de la proposition de communion lambda comme outil de paix sociale me semble assez juste. Et néanmoins il y a ce paradoxe que la véritable œuvre non seulement a priori n’y aspire pas (tt au moins n’en fait pas son objectif premier) mais est par nature peu appelée à faire consensus, contenant pour partie ou pour tout des fragments « inconnus » illisibles ds un premier tps. J’ai un ami chercheur en neurosciences (accessoirement aussi docteur en philosophie& psychiatre) qui a découvert une molécule destinée à contrer le cannabis, qui aidera aussi pour Parkinson, les autismes, les schizhophrénies etc, qui marche tb sur les souris et va commencer à être testée à Colombia sur des humains volontaires,par ailleurs se réclamant clairement non désireux d’aller en rehab (vs lirez cela mieux ds The Lancet), qui vs explique le principe en des termes non pas jargonnant, ms d’une poésie technique très amusante& étrange : comment, chimiquement, le cerveau commence par rechigner devant la singularité, entretient un rapport ambigu à la nouveauté. Après, la différence s’effectue sur les capacités de flexibilité, de plasticité et d’ouverture, de curiosité au monde, ms le premier réflexe est plutôt du côté du rejet. C’est pourquoi les précurseurs, bien qu’a priori « plus intelligents » seront-ils moins bien reçus et -petite parenthèse de côté rapide- Richard Descoings, ds sa volonté d’ouverture à science-po aux culturellement moins favorisés, avait-il eu une belle intuition en se proposant de remplacer l’épreuve écrite, moins facilement exploitable pour ceux qui ne disposent pas d’un bagage initial bien fourni, par une sorte de « revue de presse », plus apte à illustrer la capacité d’observation et d’initiative.
Pour en revenir au sujet, ce que vs dites me paraît pertinent, n’empêche, en parallèle, et cela n’a rien d’un oxymore,il y a cette part irréductible et imprévisible ds l’oeuvre, qui ne fait pas tjs consensus d’emblée, voire ne le fait jamais tout à fait, qui au final est susceptible de signer une envergure à laquelle rien ne prépare – et je ne sais pas si ce n’est pas cet aléatoire, disons,cet outsider que personne n’attend et qui soudain saute plus haut que tout ou que n’importe qui, probablement parce qu’une épée lui taquine le dos et qu’il n’a guère le choix, qui à terme est le plus fédérateur de tous, même s’il s’est ressenti ou a été objectivement vécu comme déceptif, incompréhensible, voire paria. Il faut que les synapses se connectent entre elles, reconnaissent et diffusent l’info. Ceux chez lesquels ça va le plus vite ne sont pas tjs avantagés, loin de là, ralentis ou empêchés par la célérité moindre des autres. En tt cas, je ne sais pas si ce ne sont pas ces actes créatifs ou artistiques-là, ces propositions ou ces visions-là, parce que le mot « production artistique » que vs employez justement à dessein ne convient bien entendu pas ici, qui sont en puissance de véritables éléments de réconciliation sociale, ms en grande profondeur, et commençant toujours par un angle d’attaque inusité ou déformé, une déconstruction nécessaire qui n’est pas confortable, donc plus ou moins bien accueillis. A ce sujet ce que dit Lançon sur les clichés, la morgue qui fond, la nouvelle humilité qu’on sent naître en soi lorsqu’on en a – sans jeu de mots le concernant, lui auquel va actuellement toute ma sympathie – littéralement pris plein la gueule, m’a fait monter les larmes aux yeux, tant c’était magnifique de justesse. On pense tjs à Copernic. Ms des gens comme Billie Holliday participent aussi de ce processus. Boulgakov qui sue sang et eau,s’y reprenant mille fs son Maître& Marguerite, js content, etc. Pavese. Svevo. Kafka. Tristan Egolf, plus récemment. Tant d’exemples.
Ciao. Cette fs, je quitte pour un bon moment. Signe amical à vs également, Xlew. Tjs drôle et intéressant de vs lire RdL ou RdC, même si rarement la possibilité de répondre ou de commenter moi-même

JC..... dit: 12 juillet 2015 à 16 h 57 min

Délire royal et félin !

Comparer Lançon et Copernic : on va se souvenir de ce merveilleux, ce juste, ce brillant Lançon, et on oubliera Copernic….ahahaha !

Et Billie était une ancienne pute, camée, avinée. En faire quelqu’un qui « maitrisait » quoi que ce soi de sa vie est ridicule.

La Reine des chats dit: 12 juillet 2015 à 20 h 09 min

16h57, dans mes bras, Fils! Loin de me le hérisser, votre compréhension au quart de poil, si nuancée, si pertinente, fine, m’enchantera toujours. Qu’est-ce donc qui vous gêne, ds le fait que Billie Holliday fût une ancienne pute camée? Ses ex activités, ou le fait qu’elle y ait mis un terme?
Meow meow depuis le train

JC..... dit: 13 juillet 2015 à 4 h 12 min

Billie Holiday n’a jamais « participé » à un autre processus que la dope, l’alcool et la soumission à des connards mâles qui lui piquaient son pognon …

Grosso modo : une vraie conne.

Je me fous comme de ma première brosse à dents de ce qu’elle fut, comme de ce qu’elle nous laisse musicalement.

La considérer comme un « référent » me scandalise, c’est tout ! Bien à vous …

udea extasié en transes dit: 13 juillet 2015 à 7 h 07 min

« Je me fous comme de ma première brosse à dents de  »

Ce JC, passionnant comme toujours ! Mais où va-t-il chercher ses géniales pensées?!

dont acte dit: 13 juillet 2015 à 9 h 40 min

le jour où, à part Adolf, Benito Richard Millet et Alain Soral, ce PQ de JC aimera quelqu’un il fera encore plus chaud qu’aujourd’hui, c’est un braillard demeuré épicétou

Milena et Dora dit: 13 juillet 2015 à 9 h 43 min

JC écrit : « et bien d’autres devenus insupportables, rassis, moisis »… donc tout ce qui le caractérise, nous ne comprenons pas que Sophie le tolère… vive Scemama !

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