de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Au-delà des collines »

Par Sophie Avon

Le fait divers qui a servi de base au scénario de Cristian Mungiu est déjà vieux de sept ans et fit sensation en Roumanie. De quoi s’agissait-il ? D’une jeune fille rendant visite à son amie dans un couvent. Elle y restait et y mourait, victime d’un exorcisme. Entre son arrivée et sa mort, un parcours mal élucidé mettant en jeu la religion, l’éducation, la peur, la bêtise aussi, et sans doute des abîmes inconscients sur lesquels Mungiu a laissé sa propre fiction prendre le dessus.

Voichita (Cosmina Stratan) s’est donc retirée dans un couvent. Alina (Cristina Flutur), son amie d’enfance et d’infortune, puisque les deux jeunes filles ont été élevées dans un orphelinat, arrive d’Allemagne pour la voir et compte bien l’emmener avec elle en repartant. Mais Voichita n’entend pas la suivre et refuse de tourner le dos à ce Dieu qu’elle a appris à vénérer.

« Tu as peur de vivre ? Lâche-moi avec ton Dieu », s’exclame Alina quand Voichita tâche de la convaincre des bienfaits de son couvent, où le pope se fait appeler « papa » et la nonne supérieure « maman ».

Pas besoin d’être extralucide pour comprendre que l’orphelinat – dans un pays où ce genre d’établissement fut de triste renommée – n’aide pas à devenir adulte, et que, pour Voichita, adopter des parents de substitution a répondu à une forme de nécessité. Alina, elle, est plus solide, plus déterminée, plus libre que sa compagne. Devant les nonnes et le pope, elle se moque, se rebiffe, choisit la loi de son amour et sème la tempête.

Du coup, Voichita se replie. Incapable d’avouer à son amie qu’elle a déjà fait son choix et que pour elle, désormais, le foyer est entre ses sœurs et le pope. Inapte à se dresser contre un sentiment dont il est vain de savoir si elle le partage encore ou pas, puisque de toute façon elle ne peut l’assumer. Sans doute préférerait-elle qu’Alina reste auprès d’elle, à condition qu’elle chérisse aussi ce Dieu si grand qu’il n’a pas besoin de se montrer pour exister.

Le pope, de son côté, a vite vu en Alina un élément destructeur. Devant sa colère et ses insultes, il commence par l’enfermer à double tour, suspectant le Malin d’avoir occupé ce corps de femme qui s’agite, crie, profane la religion et aboie contre les « corneilles ». Mais l’enfermement ne suffira pas. Et pour cause. On ne met pas sous clef le désir de vivre, et l’amour qui habite Alina est d’autant plus éruptif que, s’il y a un Malin quelque part, c’est bien dans les yeux de Voichita, qui, tout en pleurant, se ligue avec les autres. Est-ce un hasard si Alina, finalement attachée à un brancard improvisé, se remet à hurler chaque fois qu’elle aperçoit celle qu’elle est venue chercher ? Il est clair que cet amour trahi lui fait un mal de chien.

Porté par une mise en scène austère mais ample, balayant à la fois la perspective intime et celle d’un pays dont Cristian Mungiu filme le chaos dans des scènes où les jardins d’enfants ressemblent à des charniers et les salles d’hôpital à des mouroirs, « Au-delà des collines » est moins un réquisitoire contre la superstition religieuse qu’une méditation sur la condition humaine et sur la solitude.

« Au-delà des collines », DVD Radio France, éd. France Télévisions Distribution, 19,99 euros . En vente depuis début avril. 

 

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