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La République Du Cinéma

« Au nom du fils »: petit brûlot libre et grinçant

Par Sophie Avon

Derrière ce titre « Au nom du fils » se planque une comédie sulfureuse sur le clergé – petit brûlot surréaliste où l’ironie belge (le réalisateur Vincent Lannoo) le dispute à l’effronterie québécoise (le coscénariste Philippe Falardeau). Quoique  s’agissant d’une farce aussi inattendue, il serait plus juste d’évoquer l’universalité d’un propos qui n’a peur de rien et certainement pas de faire rire avec la mort, le mensonge et la pédophilie. Comme toujours en de pareils cas, les dévots ont crié au scandale, remettant en question la sortie du film. Calmement, les exploitants s’en sont tenus aux vertus de ce cinéma libre et irrésistible.

« Au nom du fils » s’ouvre sur deux prêtres, face caméra, (Philippe Nahon et Achille Ridolfi),  cherchant des fonds pour le brico-jardinage de l’année. Le plus jeune expose les besoins : 4000 mètres cube de terre noire, 700 tonnes de pierre et de béton, des brouettes, des rateaux, 200.000 litres de fioul qui équivalent à 2 ou 3 bidons par paroissien… Ce pré-générique donne une idée, non de ce qui va suivre, mais du ton : sous les airs patelins du vicaire et sous la gentillesse onctueuse de ce tandem quasi filial, couve une histoire digne des « Tontons flingueurs sous le soleil de Satan » – l’expression est de l’auteur lui-même.

Elisabeth de la Baie – à prononcer à voix haute- est une jeune mère de famille vertueuse et catholique qui anime des émissions sur Radio Espoir chrétien. Elle résout tous les problèmes de foi et de doutes, aidée par le jeune vicaire aux sourires trop doux. Son mari  et son fils aîné sont, paraît-il, en retraite spirituelle. En fait, ils sont à la guerre. Une guerre contre des effigies musulmanes mais avec de vraies armes. La bonhommie, ici, n’est que l’avers d’une violence qui ne demande qu’à se déchaîner,  tout comme le refoulé a ses retours assassins. Bien sûr, il fallait que tout cela dérape et côté dérapage, on peut faire confiance à Vincent Lannoo qui a imaginé une hécatombe à mi-chemin du franc comique et du tragique grinçant.

En cinq Livres et un épilogue,  « Au nom du fils » donne à une mère pleine de rage après avoir été pleine de foi, un flingue et un rôle magnifique de mater dolorosa vengeresse et dénuée de remords. Mais Elisabeth, transformée en une serial killer, pourrait sombrer dans la caricature alors qu’elle n’en fait jamais trop – l’actrice Astrid Whettnall est incroyable.  D’ailleurs, le film est loin de se résumer  à une comédie au vitriol. Dans sa composition et dans la rigueur de sa mise en scène, c’est une œuvre aussi loufoque que sophistiquée, toujours sur le fil, et d’une bienheureuse subversion.

« Au nom du fils » de Vincent Lannoo. Sortie le 7 mai.

 

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commentaires

14 Réponses pour « Au nom du fils »: petit brûlot libre et grinçant

Jacques Barozzi dit: 10 mai 2014 à 17 h 56 min

« Tontons flingueurs sous le soleil de Satan »
C’est bien résumé, à part que le principal flingueur de l’histoire est une femme et que le soleil ne brille guère sur la Wallonie.
On y trouve même un parrain evêque et une religieuse pédophile : les voix de la parité sont impénétrables et les dégats des religions universels.
Amen !

JC..... dit: 11 mai 2014 à 5 h 31 min

Bravo ! Un film qui traite un sujet pareil ne peut être que profitable à tous ceux qui aiment que l’on soulève le tapis des erreurs du clergé …

A propos de tapis, existe t il des films abordant les déviations pédophiliennes dans les madrasas coraniques ? les écoles bouddhistes ? ….

JC..... dit: 11 mai 2014 à 6 h 20 min

….Cornecul !…. j’ai oublié de soulever les tapis de deux religions majeures : l’école juive et l’école laïque !….

Polémikoeur. dit: 11 mai 2014 à 11 h 36 min

Quand une société ne protège pas mais se protège,
qu’il semble ne plus y avoir de justice
que personnelle, elle est mal barrée.
Plus « l’assemblée » se réclame
d’une autorité sans discussion possible,
plus elle se doit d’être irréprochable,
sinon son paradis se confond avec son enfer.
Amen !

maille dote côme dit: 12 mai 2014 à 17 h 02 min

existe t il des films abordant les déviations pédophiliennes dans les madrasas coraniques ? les écoles bouddhistes ? ….

Oui.
J’en connais au moins deux :
Abdul se déloque, de Muhamar Schumacher
Le Dalaï l’amasse, de Chang Sé-kiang

maille dote côme dit: 12 mai 2014 à 17 h 05 min

les déviations pédophiliennes dans les écoles bouddhistes ?

C’est assez connu. Quand lama pas content, lama faire ça.

Jacques Barozzi dit: 12 mai 2014 à 21 h 53 min

Bon séjour à Cannes, Sophie !
J’y vais aussi, mais juste après que la palme d’or aura été décernée…

Jacques Barozzi dit: 13 mai 2014 à 18 h 11 min

Il faut surtout qu’elle se protège des monégasques qui risquent de passer à l’action lors de la projection du film d’ouverture sur Feue la princesse Grace !

ueda dit: 14 mai 2014 à 11 h 20 min

Je ne veux pas désagréable, Jacques, mais sincèrement… vous arrive-t-il de réfléchir avant de poster ?

Jacques Barozzi dit: 14 mai 2014 à 13 h 16 min

Je vous assure, u., le Rocher est en ébullition, et Monaco a toujours rêvé de voler à Cannes son festival…

u. dit: 14 mai 2014 à 13 h 29 min

« ueda » dit: 14 mai 2014 à 11 h 20 min
Je ne veux pas désagréable, Jacques, mais sincèrement… vous arrive-t-il de réfléchir avant de poster ?

Voyons voir, ce style…

C’est pas Dédé s’adressant au malheureux TKT?

J’ai connu un type qui avait, pour de vrai, cette onction ecclésiastique.
C’était un coco!

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