de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Axelle Ropert

Par Sophie Avon

Rencontre avec Axelle Ropert dont « Tirez la langue mademoiselle » est sur les écrans depuis une semaine (voir la critique dans « Films »).

Les médecins vous inspirent ?

Je viens d’une famille de médecins que j’ai remerciée parce que pour préparer le film, j’ai fait beaucoup d’entretiens avec eux sur des questions intimes concernant leur vocation. Sous ses airs de film rêveur, « Tirez la langue Mademoiselle » est hyper documenté. Je voulais savoir ce qu’était l’angoisse d’un médecin qui par définition ne voit que des malades. Mon père a fait de la réanimation de nouveau-nés, et longtemps, je le voyais rentrer le soir fatigué à cause de ça, parce que ça l’affectait. Mon frère qui est plus jeune que moi est cancérologue. Il me disait que sur dix patients, sept vont mourir. Il y a tout cet aspect morbide du métier derrière la fantaisie du film.

Et est-ce que le fait de consulter à deux est autorisé ?

Oui, je me suis renseigné, deux médecins peuvent consulter à deux mais c’est rare. Il suffit que le patient y consente.

L’idée de ces deux frères inséparables vous est venue de quelle façon ?

Elle m’est tombée dessus, ces deux frères fusionnels ont l’air très singulier mais en même temps, les couples masculins sont très courants dans les films classiques, dans les westerns notamment – je pense à « Eldorado » de Hawks où Robert Mitchum et John Wayne ont une histoire d’amitié chaotique.  Et de toute façon, s’il y a une référence assumée à mon film, c’est « Deux en un » de Bobby et Peter Farrelly. Disons que c’est une référence officielle. Et une question inépuisable.

Pour autant, vos deux frères ne sont  ni siamois, ni jumeaux…

Non, au début je voulais qu’ils se ressemblent mais finalement, on a pris la direction opposée car l’hypothèse de deux frères proches physiquement était rassurante d’un point de vue cinématographique mais justement, j’avais envie d’un pari un peu casse-gueule. Placer face à Laurent Stocker qui a un physique de rêveur un homme comme Cédric Kahn qui ne jure que par le naturalisme, qui déboule sur une scène et qui fait ce qu’il veut, c’était un défi. J’aime bien ce genre de paris. Comme par ailleurs, mes scenarios sont très écrits et que je n’ai pas envie de faire des films de musée, la prise de risque au casting  est un bon moyen de mettre de la vie.

D’autant que Cédric Kahn est aussi réalisateur…

Oui, et lui, il est de l’école Pialat, moi de celle de Truffaut, donc parfois, c’était tendu -  mais autant il y a des tensions sans intérêt, autant il y a des tensions fécondes. Moi, je déteste la mythologie selon laquelle il faudrait souffrir sur un plateau pour être bon. Je pense le contraire et je suis admirative d’un cinéaste comme Rohmer dont la direction d’acteurs était agréable et le tournage amical. Mais Cédric Kahn comme moi avons vu là une occasion de nous enrichir mutuellement. Là encore, je suis contre la mythologie attachée aux rôles mais il n’empêche que je suis sidérée de constater à quel point les acteurs finissent par ressembler à leurs personnages. Laurent Stoker qui n’est pas forcément un caractère sans aspérité dans la vie a saisi l’intelligence de la situation et du groupe et n’a cessé de faire régner l’harmonie.

Le fait d’être également critique du cinéma vous a-t-il aidée ?

Le fait d’être critique avant de faire ses propres films, c’est un héritage qu’on a un peu oublié. Cela n’aide pas vraiment non, mais cela permet de sensibiliser à des tas de choses. Par exemple, je suis très sensible au fait que le film soit à l’image de son budget tellement je déteste ces films où les budgets sont importants et le résultat hideux. « Tirez la langue » a coûté moins de 2 millions d’euros, mais j’ai pu tourner comme je voulais dans Paris, dans un quartier qu’on ne voit d’ailleurs jamais dans le cinéma français  – le 13 eme où je vis et où je suis née -, et l’image n’est pas moche. Je déteste le numérique parce que cela donne une image de frigo mais on a pu travailler pour contrebalancer la froideur du numérique et que l’image soit belle. On a beaucoup travaillé les filtres et la post production.

C’est une comédie où court une grande mélancolie pour ne pas dire une tragédie souterraine. D’ailleurs on ne sait pas d’où ils viennent, vos frères…

Dès que c’est grave, j’ai envie que ce soit drôle juste après, et inversement. Mais il faut éviter l’effet catalogue avec un coup pour faire rire, un coup pour faire pleurer. C’est beaucoup plus facile d’écrire un scenario grave ou comique de bout en bout. Là, c’est l’histoire de deux frères qui se séparent, ce n’est évidemment pas l’histoire d’une femme qui choisit entre deux hommes. C’est Laurent Stoker d’ailleurs qui a compris tout de suite qu’il devait jouer son personnage comme un être sacrifié, comme un protagoniste de Dostoïevski.

« Tirez-la langue mademoiselle » d’Axelle Ropert. Sortie le 4 septembre.

 

 

Cette entrée a été publiée dans Entretiens.

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commentaires

8 Réponses pour Axelle Ropert

pado dit: 9 septembre 2013 à 19 h 25 min

« Oui, et lui, il est de l’école Pialat, moi de celle de Truffaut, donc parfois, c’était tendu »

J’adore.
Vous êtes Eddy ou Johnny, Stones ou Beatles, Richelieu ou Drouot, Marcadet ou Poissonniers ?
Quoiqu’il arrive, en interview, une petite guerre des polices ne peut pas faire de mal. Surtout dans le poste.
Qui est l’ancien, qui est le moderne ?
Va savoir.
Truffaut aurait-il aimé cette filiation ?
Et cette opposition ?
Et Pialat ?

Retour à Paris. Temps de merdre.
Mon humeur ne va pas s’améliorer.

pado dit: 9 septembre 2013 à 19 h 32 min

Kechiche, Pialat,… tous des salauds,
aimons nous les uns autres,
et vive Girault (quoique j’en sais rien, c’était peut-être un foutu super salaud)

pado dit: 9 septembre 2013 à 19 h 42 min

« Cela n’aide pas vraiment non »

Et merdre Sophie faut pas l’écouter,
promis ça peut aider.
Voyez, Cournot et ses Gauloises, moi j’aimais bien (ya longtemps !)
Courage, on vous soutient.
C’est quand le premier ?

pado dit: 9 septembre 2013 à 19 h 49 min

« dans un quartier qu’on ne voit d’ailleurs jamais dans le cinéma français – le 13 eme où je vis et où je suis née - »

A priori plus de 50 films (wiki), un des arrondissements les plus filmés.
Ok je suis bougon mais faut pas pas pousser.

pado dit: 9 septembre 2013 à 19 h 52 min

Bon, Axelle,
elle est peut-être super, son film est sûrement génial, mais trop c’est trop pour un retour.
Pas de pot.

JC..... dit: 10 septembre 2013 à 7 h 31 min

Bon …! Sophie, il est comme ça, pado, quand il fait un temps de merdre : il devient bougon. Faut pas lui en vouloir ! pardonnez-lui…

Après tout, pourquoi vit-il à Paris, l’ami pado ? Il faut vraiment se croire immortel. Or la vie est courte. Il l’a bien cherché, pado, son mauvais climat …

Rien ne vaut Porquerolles !

Avon dit: 10 septembre 2013 à 8 h 38 min

Bah, je ne lui en veux pas… Moi même j’ai du mal avec la pluie… Et au moins a-t-il laissé un bouquet de commentaires..

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