de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Bande de filles »: les grandes gueules

Par Sophie Avon

Comment saisir la vérité d’une époque sans faire de sociologie ? Comment parler de la banlieue en faisant le pari du romanesque et dessiner quatre jeunes filles d’aujourd’hui sans en faire des caricatures?

En misant tout sur la vigueur. En trouvant un tempo plutôt qu’une histoire, en tenant sur la crête d’une pulsion qui n’en finirait pas, taillant des personnages physiques, pris dans une même matière organique, celle de la bande, du collectif. En l’occurrence, ces quatre filles ne sont pas prises au hasard. Elles vivent dans une cité et elles sont noires. Et alors ? Alors, ce n’est pas si courant et même si en l’espèce, filmant la banlieue et ces jeunes filles en particulier, il n’était pas indifférent qu’elles soient toutes blacks.

Visiblement, ce qui intéresse Céline Sciamma, c’est ça, des filles à la beauté spectaculaire, vulnérables cependant,  prises en étau entre société, famille et cet entre-deux qu’est la cité. Elles ont envie d’être libres, subissent le joug d’un d’un aîné, rêvent d’horizons larges, roulent des mécaniques et au fond, sont des petites filles qui rient fort pour ne pas en pleurer.

Après « Naissance des pieuvres » et « Tomboy », la cinéaste réalise un film qui tient par sa vitalité jusqu’à ce qu’il l’épuise, se condamnant à reproduire inlassablement sa magnifique ouverture : des filles qui pour se protéger,  se donnent des airs de mecs. A la longue, on se lasse. Même la fameuse scène où elles chantent ensemble sur Diamands de Rihanna ne sonne pas très juste mais enfonce le clou. Si bien que tout le film finit par ressembler aux joutes qu’il montre, ces jeux du cirque où la meute braille, encourage, siffle pendant que deux rivales s’écharpent.

Une autre scène fonctionne comme un raccourci : à la station Châtelet, la troupe insulte une autre bande. Coups de gueule, provocations, rien qui puisse tourner mal ni autoriser le moindre passage à l’acte puisque les rails les séparent. Sauf que cette vie de façade finit par vampiriser un récit où, à donner le change en permanence, on perd ce que les personnages ont d’attachant, et singulièrement Marieme devenue Vic (Karidja Touré, magnifique). Chez elle, Marieme a appris la peur à cause d’un frère qui la brutalise. Ses parents sont absents, elle veille sur ses jeunes sœurs et n’en peut plus. La bande, c’est pour elle le seul moyen d’extérioriser ses angoisses, de foutre la trouille à d’autres pour vaincre sa peur à elle, d’être en nombre pour oublier qu’elle est seule.

Construit sur cette faille mais tenant sur des lieux communs, le film ne dit rien de neuf sur une génération élevée au-dessus du vide, sur cette jeunesse française en quête d’un double affranchissement – ni sur la banlieue dont la cinéaste saisit néanmoins la puissance graphique, renchérissant sur l’ampleur de sa mise en scène sans lui apporter, jamais, la moindre émotion. Dommage.

« Bande de filles » de Céline Sciamma. Sortie le 22 octobre.

 

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30 Réponses pour « Bande de filles »: les grandes gueules

Jacques Barozzi dit: 26 octobre 2014 à 23 h 40 min

Moi, Sophie, ce film m’a évoqué « Rocco et ses frères », à part qu’ici Rocco se prénomme Marieme et que, comme ses « soeurs », elle est plus bronzée que le jeune immigré du mezzogiorno incarné par Alain Delon.
Au-delà de toute sociologie, c’est la singularité d’un destin qui est donné à voir. Comment une jeune fille timide est amenée par la force des choses à se métamorphoser en chef de bande. Et comment pour s’en sortir elle sera contrainte à fuir ceux qu’elle aime. Et comment, malgré tout, elle parviendra à conserver son intégrité, au prix le plus fort, en choisissant de préférence les armes des mecs, trafic de drogue, castagne, plutôt que celles généralement dévolues aux filles, soumission ou prostitution. Je n’ai pas vu les deux premiers films de Céline Sciamma, mais celui-ci m’a d’emblée convaincu de son envergure de cinéaste. J’attends la suite…

Harfang dit: 27 octobre 2014 à 10 h 51 min

J’ai gardé le sentiment de quelque chose d’artificiel, de factice dans cette suite de scènes. Peut-être était-ce une volonté de montrer que ces jeunes sont parfois les caricatures d’eux-mêmes ? Mais trop de clichés tuent le message.
Il y a pourtant beaucoup de choses dans ce film mais ça reste superficiel, alors qu’il y avait pourtant matière à traiter cela avec plus de profondeur. Sophie, vous parlez de puissance graphique de cette banlieue, certainement, et l’héroïne et sa bande ont une magnifique présence à l’image, mais en s’arrêtant à ces apparences la réalisatrice est, pour moi, passée un peu trop à côté du sujet.

Jacques Barozzi dit: 27 octobre 2014 à 11 h 23 min

« la réalisatrice est, pour moi, passée un peu trop à côté du sujet. »

Ce serait quoi le sujet, Harfang ?
Le film se déroule sur plus d’une année particulièrement décisive dans la vie de Marieme !
Notamment son éveil à la sexualité, les sexualités.
Et on y lit aussi, surtout, dans ce film l’amour de la cinéaste pour les jeunes filles.
En faisant des recherches sur Céline Sciamma, dont je n’avais rien vu et ne connaissais pas, je suis tombé sur l’information officielle suivante : « Compagne : Adèle Haenel » Elle a bon goût notre cinéaste !

Harfang dit: 27 octobre 2014 à 12 h 26 min

Oui Jacques, justement quel est le sujet : l’héroïne, la banlieue, cette bande de filles, … ? Le film laisse à voir des bribes de l’un et de l’autre mais rien de fouillé, ça ne reste que recherches esthétiques et apparences. Il y avait tant à raconter sur Marieme, ce frère violent, sa relation avec sa sœur, etc.

Jacques Barozzi dit: 27 octobre 2014 à 13 h 21 min

« Il y avait tant à raconter sur Marieme, ce frère violent, sa relation avec sa sœur, etc. »

Tout est dit, me semble t-il, sans besoin d’en rajouter : la mère absente, le père inexistant, le sale boulot dont elle ne veut pas, l’échec scolaire, le sport violent comme substitut, la drogue, la prostitution, les petits bourgeois festifs et commanditaires de stupéfiant, les copines que l’on perd de vue, le mariage qu’elle refuse et la vie qui vient au bout de tout ça… esquissé sans lourdement insister !

Harfang dit: 27 octobre 2014 à 14 h 50 min

C’est vrai, il y a abondance de thèmes mais où vous trouvez que c’est esquissé je dirais que c’est effleuré.
Je suis probablement trop dur et, semble-t-il isolé, la critique étant pratiquement unanime à part notre hôtesse Sophie qui semble plus nuancée.

ueda dit: 27 octobre 2014 à 16 h 19 min

Peut-être aurait-on peu le laisser à l’état de clip marrant et suggestif plutôt que de le développer en un long film?

- « Mais tais-toi, vois le voir d’abord, on verra.
- Justement je n’irai pas le voir, et par ailleurs ça m’ennuie qu’on me dise de la fermer. »

Attends-voir…
Je vais vous dire ce que me dit mon guts feeling, my hunch…

Le Cercle des poètes disparus, vous vous rappelez?
Cette utopie pédagogique avait donné naissance à des discours larmoyants ou extatiques par des collégiens, parfois appuyés par quelques vieux complaisants (mais mollo, il ne fallait pas trop pousser): « Ah si nos profs étaient comme ça ».

L’effacement des contextes (sociologiques, culturels, historiques) suscitait une ode à la niaiserie.

- « Où veux-tu en venir, camarade U.?
- « Rien, je fais un pari:

Un « film culte », brandi par des ados comme un étendard de misère.
Des collégiennes blacks qui prennent ça à la lettre.

Et voilà comment, Monsieur, l’imaginaire individuel d’une cinéaste va devenir un petit peu de réalité.

JC..... dit: 27 octobre 2014 à 16 h 44 min

Le nombre de films sans importance, et/ou ratés*, qui peuvent sortir ces derniers temps…. pffff ! Pourquoi aller voir un énième film bidon de « propagande du vivre-ensemble » et de la beauté du diversifié !?

*car celui-ci est raté, n’est ce pas ?

JC..... dit: 27 octobre 2014 à 16 h 53 min

« Construit sur cette faille mais tenant sur des lieux communs, le film ne dit rien de neuf sur une génération élevée au-dessus du vide, sur cette jeunesse française en quête d’un double affranchissement – ni sur la banlieue dont la cinéaste saisit néanmoins la puissance graphique, renchérissant sur l’ampleur de sa mise en scène sans lui apporter, jamais, la moindre émotion. Dommage. »

Si cette conclusion de Sophie n’est pas un avis de décès, un arrêt de mort, je m’appelle Hélène la Hyène…

ueda dit: 27 octobre 2014 à 17 h 43 min

On va résumer, camarade JC, car tu es un nul comme moi, et Hélène fait bien de t’engueuler, ça te fait les pieds.

(1) C’est du chiqué
De l’ethnologie en chambre

(2) C’est démagogique
Ça flatte la bête compassionnelle

(3) C’est irresponsable
Ça caresse les banlieues
« Du travail, pas des jeux! »

C’est comme ma propre critique.
Je l’écris sans quitter mon comptoir, et pourtant je suis convaincu qu’elle en vaut une autre.

JC..... dit: 27 octobre 2014 à 18 h 01 min

Ne quitte pas le comptoir sans une dernière, camarade ueda : c’est ma tournée ! Pour la route, comme dit Tony Bennett…

ueda dit: 28 octobre 2014 à 11 h 54 min

Je viens seulement de voir le teaser, quel flemmard, mais c’est l’ignorance qui rend lucide.

« En l’occurrence, ces quatre filles ne sont pas prises au hasard. Elles vivent dans une cité et elles sont noires. »

Elles ne sont pas choisies au hasard parmi la foule de leurs semblables parce qu’elles sont surtout l’objet de la fascination érotique de la réalisatrice
(Ce point est noté par Jacques).

Et il est vain d’imaginer fédérer des spectateurs anonymes autour de fantasmes érotiques qui sont personnels, et non nécessairement partageables.

Jacques Barozzi dit: 28 octobre 2014 à 12 h 10 min

Faux ueda, parce que cette fascination dure tout au long du film et c’est surtout cela qui, bien que très peu concerné, m’a convaincu !

JC..... dit: 29 octobre 2014 à 7 h 04 min

Revu la bande d’annonce : une minute de perdue avant de conclure. Aucune envie d’aller voir ce film, ça sent l’artificiel de poulailler.

En plus… même les poulettes négroïdes, je les trouve moches ! P’tain : la vie est un enfer, bitumé de mauvaises intentions !

JC..... dit: 29 octobre 2014 à 10 h 00 min

Où est l’ignominie ?
Cette bande d’annonce est lamentable, et ces poulettes sont à chier…aucune envie d’en subir plus que ça !
Où est l’ignominie ?

le psychothérapeute de JC..... dit: 29 octobre 2014 à 11 h 51 min

Je vous en supplie, Sophie !

Au delà du cinématographe et de son importance réelle, il nous faut sauver cet homme de 92 ans, JC, usé, vieilli, affaibli, par une société capitaliste humaniste qui l’a épuisé ! Demandez à Hélène de l’Etroit de le ménager…

Au nom de tout le service de psychiatrie, merci !

hélène dit: 29 octobre 2014 à 15 h 00 min

Vous êtes trop tolérante et accueillante, Sophie, vous verrez combien il est difficile de se débarrasser de ce genre de teigne et de ses propos honteux (cf. poulettes négroïdes !)

Collectif des psychothérapeutes de JC..... dit: 29 octobre 2014 à 18 h 31 min

Vous détruisez sciemment, Hélène, des semaines de travail de nos équipes les plus engagées dans ce cas difficile, pour ne pas dire désespéré …. aidez-nous !!!

Finalement, laissez-le dire, ce malade, que ces poulettes sont négroïdes*, cela n’a rien de honteux et, reconnaissez que ces actrices de lupanars n’ont aucun talent, mis à part la couleur de leur peau, leur jeunesse et le lesbianisme assumé du metteur en scène …

*ce n’est pas faux ! Pensez à sa famille …

Jacques Barozzi dit: 30 octobre 2014 à 11 h 54 min

Les actrices de « Bande de filles » ont crû et se sont démultipliées dans la salle où je suis allé les voir !

JC..... dit: 30 octobre 2014 à 13 h 05 min

Milena et Dora,
à tort vous croyez que ce monstre de JC est ignoble ! Erreur ! C’est un être délicieux, sensible… une tendresse, une franchise, toute hollandaise.

Je vous propose un rendez-vous à Londres, près de la statue de Sherlock Holmes, Baker street…. Soyez vaillante, ok ?

PS : vous n’êtes pas de ces « artistes » négroïdes surestimées, n’est ce pas ?…

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