de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Benicio Del Toro, l’âme blessée

Par Sophie Avon

C’est un film subtil dont pourtant,  il ne faut pas trop attendre. Arnaud Desplechin a beau être parti tourner outre Atlantique avec Benicio Del Toro, « Jimmy P. » n’est pas « son » grand film américain – et n’en demande d’ailleurs pas tant. Du moins peut-on noter que sur un sujet où pèsent des problématiques colossales, à commencer par la psychanalyse elle-même qui porte tout le film, le cinéaste français est demeuré prudent. S’appuyant avant tout sur un livre théorique de George Devereux, un anthropologue hongrois installé à Paris dans les années 20 et appelé à la rescousse en 1948 par l’hôpital militaire de Topeka (Kansas)  pour diagnostiquer Jimmy P., lequel présentait des symptômes sans anomalies physiologiques. Etait-il psychotique, schizophrène,  dieu sait quoi encore?

Extraverti, franc-tireur, mal considéré par ses pairs, Devereux qui travaillait à la croisée de l’anthropologie, de l’ethnologie et de la psychanalyse, avait rencontré ce malade difficile à cerner, Indien ayant combattu en France durant la seconde guerre mondiale et dont les migraines ophtalmiques, les pertes d’audition passagères et autres vertiges empoisonnaient la vie.

Le film rapporte cette analyse en terra incognita : ni Jimmy P. (Benicio Del Toro)  qui ignore tout de Freud, ni Georges Devereux (Mathieu Amalric)  qui vient d’Europe ne sont en terrain conquis. Mais ils ont un point commun : ce sont des survivants. Ils s’apprivoisent mutuellement, se prennent en sympathie, s’enrichissent réciproquement, et quand, au terme du travail, Jimmy P. ne souffre plus, ils se serrent la main et se quittent.  Le diagnostic final, tout en douceur et en évidence – « Votre âme était blessée » -  donne au récit sa véritable mesure, celle d’un cas particulier et non celle du destin d’un peuple. Néanmoins, c’est au moment où Jimmy P. semble délivré que Devereux est rattrapé par des questions dépassant l’ordre intime. Comme s’il réalisait tout à coup, après des mois de cure, qu’il s’est occupé d’un Indien dont l’identité et l’histoire ont été mises à mal par l’Amérique, ce pays auquel Devereux voudrait tant appartenir.

Pour Arnaud Desplechin, la question est là, sous-jacente, tue, mais bien présente. A l’écran, il n’est quasiment jamais question des blessures de guerre de ce « Blackfoot » ayant combattu en Europe, ni de régler le moindre compte entre yankees et Indiens. Ni d‘évoquer la barbarie du passé, la violence des uns et la détresse des autres. Le cinéaste s’en tient à une histoire vécue et déjà écrite, se garde d’y greffer des fantasmes de justicier ou d’historien. En revanche, de ses fantasmes de cinéaste, il fait le jeu sans être dupe de ses limites. Comment faire un post western quand on est français ? En choisissant la psychanalyse contre l’action et l’aventure intérieure contre l’aventure tout court.

Assumant ce pari, le film trouve sa tonalité dans une sorte de consentement à n’être que ce qu’il est, un échange d’impressions, quelques rêves percés à jour, des réflexions et des confessions, de rares scènes d’extérieur et une romance parallèle entre Devereux et sa maîtresse.  Les grands espaces sont là pourtant, et Arnaud Desplechin les contemple malgré le paradoxe qu’il s’est imposé de réaliser un huis clos en plein far West. Il a beau dire qu’il les filme, ces grands espaces, comme il filmerait Roubaix, ils infusent. Quelques plans suffisent, notamment dès l’ouverture où sur une musique « typique »,  la vie des Indiens telle qu’elle a pu l’être dans ces années-là, se met en mouvement.

Pour le reste, Jimmy P. est certes un Blackfoot, mais il est d’abord un homme et il fut un enfant. Geroges Devereux l’aide à exhumer lentement ce passé familial qui le crucifie depuis si longtemps : la mort de son père, l’autorité de sa mère, celle de sa sœur et en gros, son rapport aux femmes, tordu par la culpabilité. Car la culpabilité qui court en souterrain dans le récit mais n’affleure à l’écran qu’à travers des expériences intimes, est le grand sujet de ce film où Devereux affirme in fine qu’il ne se sent pas coupable de ce qu’il s’est passé entre les Indiens et les Américains. Signe bien sûr d’une vulnérabilité d’autant plus grande qu’elle arrive si tard – comme si ce problème-là, non traité par Devereux pas plus qu’il n’est traité par Desplechin, ourdissait malgré tout le sous texte du récit.

Il ne s’agit pas tant d’un déni que d’une façon de rappeler le champ du film : un Indien et un Juif hongrois ont des choses à se dire dans l’Amérique de l’après-guerre.

« Jimmy P. » d’Arnaud Desplechin. Sortie le 11 septembre.

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commentaires

113 Réponses pour Benicio Del Toro, l’âme blessée

JC..... dit: 10 septembre 2013 à 8 h 57 min

C’est le côté positif des guerres, si je puis me permettre : l’après guerre.

Qui autorise tout, puisque l’on ne se considère pas encore en paix, c’est à dire futur mort-vivant.
(beau soleil par mistral modéré, ici… je vous souhaite une agréable journée. c’est bien que le sujet du film ait été traité avec prudence !)

Jacques Barozzi dit: 10 septembre 2013 à 9 h 27 min

En tout cas, JC, la psychothérapie dans le cas véritable exposé dans ce film n’est pas du charlatanisme…

JC..... dit: 10 septembre 2013 à 13 h 22 min

Certes ! Hors de mon propos de parler de charlatanisme de cette discipline de secourisme, en particulier pour le travail du patient …

Pour les élucubrations, calembours, de ce fumiste de Lacan, c’est autre chose !

u. dit: 10 septembre 2013 à 13 h 57 min

Tout est dans l’art, ou plutôt dans la manière de l’artisan, je parle de la thérapie (mais aussi pourquoi pas du travail filmique).

GD prétendait qu’on ne devait pas éliminer l’affect de l’observateur, mais au contraire tabler sur lui dans tout savoir sur l’humain.

Il n’est pas le premier à le dire, mais la première chose dont on est curieux c’est en effet la vie du bonhomme, la qualité de son expérience vécue.
On n’est pas déçu.

Je connaissais seulement l’existence de son livre sur l’Indien, mais le mettrai désormais sur ma listes de bonnes résolutions (elle est longue).

u. dit: 10 septembre 2013 à 14 h 02 min

Le peloton ronronne, mais c’est la faute à Sophie qui multiplie les échappées.

Entre « Cannes » et la « rentrée », c’est vrai que la vie est dure!

Il me semble avoir vu Puck saucissonner sur un bas-côté, un mouchoir noué sur la tête, mais j’ai pu me tromper.

JC est en tête, c’est qu’il arrête son moteur quand on le regarde et fait semblant de pédaler.

Jacques est à la traine, c’est la faute à ses amours pour Paris et ses vélib lourdauds.

JC..... dit: 10 septembre 2013 à 15 h 44 min

U.
Si c’est pour participer à une compétition, même cycliste, et ne pas la gagner…

Dites camarade U., tant que je vous tiens comme on dit chez AQMI, vous ne trouvez pas qu’elle est délicieusement provocante la photo de notre amie Sophie, tout là-haut ? Ou c’est la bête brute et sans âme qui parle par ma bouche…?!

u. dit: 10 septembre 2013 à 16 h 49 min

J’ai moi aussi connu des Backfoot d’Algérie auxquels on pouvait dire: « Votre âme était blessée ».

– C’est bien, ce recours à « l’âme », cette chère vieille notion, qui exorcise les néologismes.

J.Ch. dit: 10 septembre 2013 à 17 h 11 min

J.Ch., Sophie et non JC (ne pas confondre, svp)
j’ai un problème avec Despléchin à cause des critiques de télérama qui hurlent constamment au génie ; j’ai vu son premier film que je n’ai pas aimé du tout, je n’ai pas vu les autres et n’irais pas voir celui-là ; de plus le personnage vu et entendu me gonfle grave, alors tant pis…

u. dit: 10 septembre 2013 à 17 h 38 min

« la photo de notre amie Sophie, tout là-haut ? »

Le thème du jour autorise la psychologie à deux dinars, JC.

Si j’en juge par la lumière, la photo a été prise à la tombée du jour.

Le regard bleu nous regarde dans les yeux, tandis que le pli de la bouche se moque de nous.
C’est un portrait qui unit deux qualités qu’on ne voit pas souvent ensemble: la franchise et l’ironie.

La douceur féminine de l’ensemble se barricade derrière le Noli me tangere d’un collier boutonné, et la fausse dureté d’un cuir.

u. dit: 10 septembre 2013 à 17 h 42 min

Nous en sommes à quinze.

C’est un chiffre qui écrase l’insignifiant quatorze et met à distance le treize néfaste ou équivoque.

JC..... dit: 10 septembre 2013 à 17 h 49 min

Douceur féminine ! Tudieu, l’ami, cette amazone à la lucidité aigue doit blesser l’âme d’un seul regard glacial …

Je repense à « Ascenseur pour l’échafaud » (Miles, RIP…). je préfèrerai s’il devait tomber en panne me retrouver attendre avec Boutin qu’en compagnie d’Avon !
(n’oubliez-pas, Sophie, J.Ch n’est pas JC ! Ni l’inverse ! Non, ce n’est pas important …)

JC..... dit: 10 septembre 2013 à 17 h 55 min

Si vous aviez envie d’embaucher notre ami Puck, vous le verriez dans quel service ? Perso, je le verrai bien au Contentieux : là, il nous faut vraiment pas des bolos, mais des grands finauds, des pointures larges, des bons ! Platon dirait des sophistes. Mais parlant anglais, on est mondialisés.

u. dit: 10 septembre 2013 à 18 h 12 min

« je préfèrerai s’il devait tomber en panne me retrouver attendre avec Boutin qu’en compagnie d’Avon ! »

Bah, je préfèrerais Sophie qui ne passe rien (vive la lutte!) à Christine qui absout avec un signe de croix.

(Mais quand je peux, je prends l’escalier.
Monter six étages sans essoufflement, ça impressionne les dames).

Fais ma journee dit: 11 septembre 2013 à 1 h 39 min

> Le film est en langue française ou en VO sous-titrée ?

C’est un gag ? Vous êtes au courant que la version distribuée varie selon les salles ?

JC..... dit: 11 septembre 2013 à 7 h 33 min

Vu hier soir, un film de barber « Harry Brown » qui m’avait l’air pas mal fait, 2009, avec Michael Caine en ancien Marine vengeur dans des quartiers pourris d’une cité anglaise, zoo pour jeunes animaux dealers, sans repères.

Voulant en savoir plus, je jette un œil sur Allo-Ciné : descendu en flammes par Libé, l’Huma, l’Express, Le Monde…

Et vous Sophie , vous en avez parlé de cette bleuette glauque, film sorti en 2011 ?

u. dit: 11 septembre 2013 à 10 h 12 min

Le personnage de Devereux est étonnant.

On trouve en ligne une de ses études souvent citées, intitulée « La renonciation à l’identité: défense contre l’anéantissement », publiée lors de sa période française (1967). Elle convoque l’ensemble de ses intérêts (de l’ethnologie aux études grecques), sur un thème qui traverse sa propre vie (présent aussi, si je comprends bien dans le film de AD).
http://geza.roheim.pagesperso-orange.fr/html/dvrenonc.htm

C’est d’une lecture déconcertante. Des phénomènes très divers sont réduits à cette question d’identité, classée ensuite en grandes catégories (identité dans le temps, l’espace, etc.)

Ce qui manque dans ce type d’étude pour être vraiment convaincant, c’est quand même un compte-rendu de ce que la thérapie (s’il en est une) a transformé dans le comportement du patient.
Est-ce qu’il dit ou fait les mêmes choses à la fin de sa rencontre avec GD? Dans quelle mesure?

Il dit sur son principal cas clinique:

« Sans pouvoir citer un seul exemple à l’appui de ses déclarations, le patient affirmait qu’il lui arrivait « constamment » d’avoir en public des érections « énormes, embarrassantes et visibles ». Pour les « contrôler », il portait des cache-sexe élastiques de sportifs ( athletic supports ) qui compriment les organes. Puisqu’il s’agissait là d’un simple cas d’acting out, je lui en interdis le port, et lui expliquais les motifs de l’interdiction. Il « obéit », mais remplaça ces cache-sexe par des caleçons dits « jockey », qui compriment, eux aussi, les organes. Lui ayant interdit de porter ces caleçons, il commença à porter son manteau, même dans le bureau où il travaillait. Ceci lui étant défendu, il se promena partout avec une serviette, qu’il portait de façon à cacher la région du pubis. Nouvelle interdiction à laquelle il réagit en substituant un journal déplié à la serviette. Dans chaque cas il prétendait n’avoir « pas compris » le sens réel et fonctionnel de mon ordre, insistant sur le fait qu’il m’aurait obéi s’il avait « réellement » compris de quoi il s’agissait.
Sa technique d’incompréhension était identique tant en ce qui concerne les êtres humains que pour les objets et pour les textes. »

Est-ce que la répétition de cette interdiction a changé quelque chose?

C’est un patient obsédé par le poil et la mère:

« Ayant rêvé des cheveux de sa mère, il produisait, à la place d’une véritable association, le fantasme suivant : « Je suis en train de faire du cunnilingus à ma mère. » En réponse à ma question, il admettait que l’image de cette scène ne lui faisait aucune impression réelle : « Tout ceci est très loin de moi. » Lui ayant demandé de « rapprocher » l’image, il fit subir à sa mère une série de métamorphoses fulgurantes : mère vivante à laquelle il fait du cunnilingus ; mère morte sur la table d’un embaumeur ; mère transformée en mannequin de tailleur ; moitié inférieure du mannequin ; pubis chevelu ; expansion fulgurante du pubis, qui engouffre – et reconstitue – tout : monstre couvert de poil, qui est un mort-vivant ( correspondant au zombie des Antillais ) menaçant. « Ce monstre m’attachera à lui ( appends me to himself ) en guise de pénis. » ( Comment ? ) « Si le monstre est femelle, je serai inséré dans son vagin, s’il est mâle, dans son anus. »

Considérant que pendant le cunnilingus le pubis couvert de crins occupe le champ visuel tout entier, on comprend la dégradation initiale de la mère en pubis, et puis en mannequin artificiel. On comprend aussi la reconstitution subséquente de la mère par l’expansion du pubis, reconstitution qui est accompagnée par la dégradation symétrique du patient tout entier en un simple pénis, qui est à la fois le « phallus social » de la mère ambitieuse et son godemichet. Et le patient ajoute : « Vous savez bien que je crains, si je pense ( effectivement, sainement ), d’être engouffré par le vagin de ma mère, comme par un aspirateur de poussière ou comme par un tourbillon. Et vous savez également que je crains, si je comprends ce que je lis, de tomber dans la page que je lis, et de disparaître. »

Mais l’interprétation peut être déployé à l’infini.
Reste la question de ce qu’elle change.

GD note:

« Or, un jour où je donnais au patient une interprétation particulièrement correcte, et qui soulignait qu’il possédait effectivement une identité intégrée et continuelle, le patient réagit à l’interprétation par le fantasme suivant :
« Il y a ici un monstre menaçant ( = le psychanalyste ) qui veut me détruire. Pour lui échapper je m’effrite et me transforme dans des milliers de billes qui roulent partout. Il y en a tant que le monstre n’arrivera jamais à les retrouver et à les détruire toutes ; ainsi, j’éviterai la destruction totale. »

On voit très bien le jeu des interprétations réciproques, mais on ne voit pas trop où il y a eu thérapie.

C’est égal, je ne suis pas sûr qu’il y ait là de la science, mais la vie de GD mérite le détour…

(Je sais, j’ai le défaut de Puck, j’aurais du découper ça en rondelles)

u. dit: 11 septembre 2013 à 13 h 00 min

Il y a un peu de jouissance perverse dans la longueur et l’étrangeté de la citation, c’est bien ça?

Accepté.

Quoique, une tranche de temps en temps…

renato dit: 11 septembre 2013 à 20 h 33 min

Pas encore vu Le Majordome : c’est en programme.

Un film avec Forest Whitaker n’est jamais décevant (sauf une série plutôt mal fichue, mais c’est une série, justement).

sophie dit: 11 septembre 2013 à 22 h 47 min

Non, JC, je n’ai pas vu votre bluette, Harry Browm, ni d’ailleurs le Majordome avec Forest Whitaker que je préfère – a priori – regarder se promener sur les toits sous la caméra de Jim Jarmusch… En même temps, depuis le temps, faut bien qu’il fasse autre chose. Dommage.. Ce doit être mon côté Noli me tangere..

JC..... dit: 12 septembre 2013 à 7 h 29 min

Forest, c’est ce film où il vit sur le toit avec les pigeons comme amis, non ? Drôle de nègre, ce Whitaker ! Singulier, fascinant, tellement décalé, excellent acteur, le Forest.

Il me fait penser à François Bayrou, un bon acteur, aussi, sans réussite. Question de scénario ? Ou faiblesses personnelles sérieuses ?

u. dit: 12 septembre 2013 à 8 h 28 min

« Tombé sous les coups des enthousiasmes croisés de plusieurs copains, »

Vous tenez le coup, renato?

(Il suffit d’un « de », et on se sent marrane:
« Tombé sous les coups des enthousiasmes de croisés de plusieurs copains »…)

u. dit: 12 septembre 2013 à 8 h 37 min

Il me fait penser à François Bayrou, un bon acteur, aussi, sans réussite.

Le trio centriste est incompréhensible vu de l’étranger, JC

Morin a un visage bas et peu délié. Je regarde sans plaisir l’expression butée de ce croquant.

Borloo pousse la convivialité jusqu’à l’insolence et ne semble pas très propre sur soi (quelle électrice n’est pas sensible au cheveu gras?)

Le Gascon a quelque chose de madré et de don quichottesque à la fois. Après avoir souffert du comique de caractère, il souffre du comique de répétition.

J.Ch. dit: 12 septembre 2013 à 8 h 46 min

vu hier CAMILLE REDOUBLE, belle surprise : le thème, la réalisation, l’interprétation, Noémie Lvovsky… cela me réconcilie avec le cinéma « français » d’aujourd’hui

Polémikoeur. dit: 12 septembre 2013 à 8 h 55 min

Allons, allons, qui peut bien imaginer,
imaginer seulement, Kid Bayrou
dans un rôle comme celui
du « dernier roi d’Ecosse » ?
Rigoladement.
Mais ce n’était pas tellement le sujet.
Plutôt casse-gueule au demeurant, le sujet,
semble-t-il, pour une adaptation filmée.

u. dit: 12 septembre 2013 à 10 h 08 min

« cela me réconcilie avec le cinéma « français » d’aujourd’hui »

Mais oui.
Il arrive que d’instinct, à tort ou à raison, on se disent devant l’énoncé d’un sujet (ça peut-être un téléfilm, certains sont excellents): les Français savent très bien faire ça.

Un cliché, mais un cliché qui fonctionne.

JC..... dit: 12 septembre 2013 à 10 h 40 min

…ou certaines françaises comme Maria Salomea Skłodowska herb Dołęga, remarquable, lumineuse, radioactive actrice, dormant de son dernier sommeil au Panthéon, sous le nom de Marie Curie….

u. dit: 12 septembre 2013 à 11 h 09 min

« Un 39 qui ne se déploie pas en 40, mon âme en était blessée. »

Voilà une phrase qu’on ne pouvait pas dire à nos grands pères.

u. dit: 12 septembre 2013 à 11 h 12 min

Que s’est-il passé en 41?
Euh, les Japonais occupe Saigon.

Ça inaugure ce qu’on peut appeler la « seconde Collaboration » des Français.
Vous remarquerez qu’on n’en parle parle jamais.

Mais non, je ne les blâme pas.
Dans une colonie… faire le dos rond…

u. dit: 12 septembre 2013 à 11 h 14 min

42, c’est la Hauteur Béante de Zinoviev.

On pense à Zweig au Brésil et on pense nécessairement:
« Mais, enfoiré, tu ne pouvais pas attendre? attendre seulement un an, et c’était bon? »

u. dit: 12 septembre 2013 à 11 h 19 min

On se calme.

Pas question pour moi d‘évoquer la barbarie du passé, la violence des uns et la détresse des autres.
Je me garderai bien d’y greffer des fantasmes de justicier ou d’historien.

Je vais partir benoîtement, sentant grandir derrière moi le miracle de la demi-centaine.

Jacques Barozzi dit: 12 septembre 2013 à 11 h 38 min

« Maria Salomea Skłodowska herb Dołęga »

J’ai cru un instant que tu parlais de la chef des Femen, JC !

JC..... dit: 12 septembre 2013 à 11 h 45 min

« Zweig…/…Mais, enfoiré, tu ne pouvais pas attendre ? »

Il a bien fait : le plus tôt, quand on doit, c’est le mieux !

renato dit: 12 septembre 2013 à 14 h 54 min

Un « emmerdeur né » ? il s’agit de vous je suppose… mais… puisque nous y sommes, je crois vous avoir déjà dit que par la lecture de Lorenzo Valla, vous pourriez, finalement, comprendre qu’est-ce un vrai provocateur… non, parce que vos petites glissades à l’anisette c’est d’un ridicule…

renato dit: 12 septembre 2013 à 19 h 06 min

Pour quelqu’un qui classe Zweig parmi les « teutons », vous en avez du souffle ! l’approximation par incivilité c’est votre caractère spécifique ou c’est professionnel ?

Jacques Barozzi dit: 12 septembre 2013 à 19 h 38 min

Je viens de voir Jimmy P. Psychothérapie d’un Indien des Plaines d’Arnaud Desplechin, c’est maousse costaud, Sophie avait raison !

u. dit: 12 septembre 2013 à 19 h 49 min

« Sophie avait raison ! »

Acquis (mais néanmoins circonspect), je vais attendre d’être en terre civilisée pour m’y précipiter.

pado dit: 12 septembre 2013 à 20 h 20 min

« 50, c’est l’heure où pado vient remonter les compteurs. »
u.

Ouf, ça va mieux.
La vie parisienne reprend ses droits.
Deux « bistronomiques », une visite à Pompidou (pour prolonger le un peu décevant Modigliani de Martigny) un macaron Hermé, une pause aux Tuileries, finalement le béton a son charme.
La semaine prochaine j’attaque cinéma, dégustations foires aux vins et Braque.
C’est beau l’automne.

pado qui vient de se faire des copains dit: 12 septembre 2013 à 20 h 34 min

Mes interlocuteurs bistronomiques ont particulièrement appréciés Jeune et jolie et Grand Central.
Vox populi ?

Jacques Barozzi dit: 12 septembre 2013 à 22 h 22 min

Certes, Mathieu Amalric est tel qu’en lui-même dans ce film, mais c’est Benicio Del Toro, dans un rôle d’homme fragile, qui est véritablement puissant !
Un autre point commun entre l’Indien et le Juif, esquissé dans le film, et occulté par Sophie, c’est le matriarcat : dans leurs histoires à l’un et à l’autre, la femme, la mère, portent le pantalon, là où l’homme est infantilisé et rarement à la hauteur ?

JC..... dit: 13 septembre 2013 à 5 h 33 min

Pour quelqu’un qui classe Zweig parmi les « teutons »

Il aime le « classement », le propre, l’ordre immuable, notre petit employé modèle, et les copié-collé avec de bien beaux liens : ça le rassure, l’artiste !!!

Pas un mauvais bougre, certainement, mais limité, peuchère !

renato dit: 13 septembre 2013 à 5 h 55 min

Tiens ! le livreur de poncifs fascio-racistes s’est réveillé !

Rappelez-vous, si l’indigestion d’anisette vous le permet : le classement « teuton » de Zweig, ne vient pas de moi mais de vous.
Quant au propre, je ne vois pas où vous voulez en venir.

Pour ce qui est de l’ordre immuable, c’était bien vous qui avez vomi tous vos préjudices (stéréotypes ou clichés) lors des débats sur le mariage pour tous, ou pas ?

Bon, je comprends, vous vivez de subvention de l’État, ce qui peut être blessant pour un gars qui vit dans l’illusion que son diplôme (en Science Dure, S.V.P.) jouisse d’une quelconque valeur, vous voilà donc traîner dans les bistrot en vous rêvant « pilier » — c’est plutôt court comme rêve mais chacun fait avec ce qu’il a…

JC..... dit: 13 septembre 2013 à 6 h 33 min

Il ne comprend rien de rien à ce qu’on écrit, Renato ! il n’écoute que lui : forcément ça n’aide pas à progresser. Il est jaloux, en plus ! Les autres … qui ne sont que vermine soumise aux « clichés », hurk hurk ! Arrogance mégalo…

Tout de même, c’est un jouet bien amusant, le renato … je le vois bien en magasinier diplômé, chez Amazon.

Bonne journée !

renato dit: 13 septembre 2013 à 6 h 48 min

Dois-je comprendre que notre livreur de poncifs ne connaît pas la signification du mot « teuton », et qu’il ne comprend donc pas pourquoi l’utilisation de ce mot à propos de Zweig n’est pas pertinente ?

renato dit: 13 septembre 2013 à 6 h 56 min

« … magasinier diplômé, chez Amazon… »

La prochaine fois que je viens au monde sans doute : c’est un bon trantran ; mais passer mon temps au bistrot en dépensant une subvention de l’État jamais, ça je laisse au soi-disant Scientifique Dur qui signe JC…

Jacques Barozzi dit: 13 septembre 2013 à 6 h 57 min

Jeunes, jolies et Cannoises !

« Deux jeunes collégiennes cannoises, apparemment sans histoire, se sont prostituées pendant plusieurs mois à l’insu de leur famille, pour le «fun, le sexe et pour l’argent». Les deux adolescentes âgées de 14 et 15 ans, après des rendez-vous pris sur une messagerie et par téléphone, tarifaient leurs prestations sexuelles à des clients fortunés (des chefs d’entreprise notamment). Selon Nice Matin, c’est un de leurs proches qui a découvert le pot aux roses en juin dernier en regardant dans l’historique d’une messagerie de l’une des jeunes filles. »

renato dit: 13 septembre 2013 à 8 h 27 min

D’un côté on ne peut que stigmatiser cette intrusion d’un adulte dans la vie privée d’une adolescente ; d’un autre, on peut se demander quel exemple ce même adulte a donné à cette adolescente… car qui nous dit que cette intrusion ne sert qu’à cacher l’étonnement d’un client lors de la “consultation d’un catalogue” ?

Jacques Barozzi dit: 13 septembre 2013 à 9 h 40 min

« l’étonnement d’un client lors de la “consultation d’un catalogue” ? »

Votre scénario est plus fort que celui d’Ozon, renato, et plus pervers : ciel ma fille !

Jacques Barozzi dit: 13 septembre 2013 à 9 h 48 min

Parmi les nouveautés sorties hier, j’ai vu Gibraltar de Julien Leclercq avec Gilles Lellouche et Tahar Rahim. Encore un film inspiré d’une histoire vraie, qui se passe sous la présidence de Mitterrand et des anciens nouveaux francs. Une histoire sombre de narcotrafiquants où les services de la douane chechent surtout à se faire de la publicité à travers des arrestations spectaculaires et bidonnées. Et ce matin, que vois au journal : la plus grande arrestation par la France en Méditerranée (20 tonnes) ! Faut-il y croire ?

Jacques Barozzi dit: 13 septembre 2013 à 9 h 51 min

Je suis allé voir ce film surtout pour Gibraltar et Tanger…
La seconde ville semble bien plus captivante à visiter et un ferry relie les deux !

J.Ch. dit: 13 septembre 2013 à 10 h 21 min

heureusement que l’on revient au cinéma grâce à vous, Jacques Barozzi, parce que les histoires de chiffonniers, basta

u. dit: 13 septembre 2013 à 10 h 52 min

En effet, arrêtez les mecs, c’est de l’auto-destruction.
Sophie est consternée, c’est sûr, mais elle ne le dira pas.

Après ces paroles bénisseuses, il serait temps que je revienne aussi au cinéma, mais je ne trouve rien, c’est bien embêtant.
Ça va venir.

u. dit: 13 septembre 2013 à 11 h 06 min

Etonnant, le rapprochement fait par l’actualité entre cette affaire cannoise (gonflées, ces petites) et le film d’Ozon (pas encore vu).

renato dit: 13 septembre 2013 à 12 h 56 min

« Votre scénario est plus fort que celui d’Ozon… »

Mais c’est le scénario juste pour le monde de putassiers moralistes où nous avons le malheur de vivre…

JC..... dit: 13 septembre 2013 à 15 h 38 min

Non, mais quel cinéma, les mecs ! quel cinéma !

Pulcinella a la migraine, Zweig est un teuton mélancholique suicidé, on n’en a rien à foutre… et la vie est belle.

Soleil, petite brise, belle mer !

Jacques Barozzi dit: 13 septembre 2013 à 17 h 49 min

Enfin, si vous n’aviez qu’un film à aller voir ces jours-ci, je vous recommanderais tout particulièrement « La danza de la realidad » d’Alejandro Jodorowsky. La scène où la femme guérit son mari de la peste est un morceau d’anthologie cinématographique à elle seule !

Sophie dit: 13 septembre 2013 à 18 h 16 min

Si je peux me permettre, j’acquiesce à la recommandation de Jacques Barozzi: faut aller voir « La danza de la realidad » avant qu’il ne quitte l’écran. Superbe film à la poésie stupéfiante.

pado dit: 13 septembre 2013 à 19 h 52 min

« Alejandro Jodorowsky »

Il paraît qu’ils ressortent La montagne sacrée en DVD, j’ai peur d’être déçu (enfin qui sait) mais sûr, je vais craquer.
Et puis un fils fan de L’Incal ça aide pas à oublier.
Donc théoriquement si la semaine prochaine je réussis à faire cinéma je commence par lui.

pado dit: 13 septembre 2013 à 20 h 11 min

Je me demande si Wallander (sans le son) avant Borgen c’est une bonne idée.
Je l’avais imaginé plus large que Branagh, ce qui bien sûr est totalement sans intérêt.

JC..... dit: 14 septembre 2013 à 5 h 03 min

Quinte en numération binaire, l’harmonie, l’équilibre du nombre 101 ne peuvent que plaire à Sophie dont l’ouverture d’esprit ne peut qu’entraîner le succès. Contrairement à son confrère Georges, en République du Jazz, dont le tempérament censeur est un puissant répulsif…

u. dit: 14 septembre 2013 à 8 h 52 min

Bah, 102, ce multinumérique est un nombre Harshad, et je ne vois pas qui pourrait résister à la beauté d’un nombre Harshad.

Jacques Barozzi dit: 14 septembre 2013 à 9 h 43 min

Dans Jeune et jolie, je me suis demandé où était Ozon ? Dans le rôle du jeune frère, qui observe sa soeur à travers des jumelles au début du film ? Et il en fait tout un beau film à l’histoire ténue qui tient bien la route, digne d’une chanson de Françoise Hardy. Moi, j’aime bien, comme Sophie !

JC..... dit: 14 septembre 2013 à 10 h 35 min

Nous devons à tout prix résister à la beauté : question de survie dans les temps actuels et futurs … Adaptons-nous !

u. dit: 14 septembre 2013 à 11 h 41 min

C’est juste, JC, ces histoires de beau et de laid nous rattachent vainement à un âge révolu et heurtent désormais notre sentiment égalitaire.

Le gris pour tous.

Il n’y a pas de moche, il n’y a que du divers.

JC..... dit: 14 septembre 2013 à 12 h 48 min

Jacques,
ayant épuisé le bon goût, fatigué de conquêtes faciles dans le milieu de la mode, ayant compris qu’il ne fallait rien rejeter de ce monde … pourriez-vous me donner l’adresse de cette beauté d’un autre âge dont je suis tombé follement amoureux ? Par avance, merci !

JC..... dit: 14 septembre 2013 à 12 h 50 min

Jacques,
ayant épuisé le bon goût, fatigué de conquêtes faciles dans le milieu de la mode, ayant compris qu’il ne fallait rien rejeter de ce monde … pourriez-vous me donner l’adresse de cette beauté d’un autre âge dont je suis tombé follement amoureux ? Par avance, merci !

Sophie, tout à vous !
(ces pulsions détestables ne représentent rien pour un romantique, vous le savez bien …)

pado dit: 14 septembre 2013 à 14 h 16 min

111

c’est bien
le problème maintenant c’est de faire plaisir à JC (mais oui renato, pourquoi pas),
en binaire le prochain est quand même achement loin.

Elena dit: 14 octobre 2013 à 22 h 22 min

Enfin vu le film.
Les « limites » évoquées ne m’ont pas gênée (j’étais décidée à prendre le film comme il venait ou tel qu’il était, quitte à ensuite ne pas « adhérer »), même si le début m’a paru un peu académique (style dramatique qualité France).
Autre réserve : j’ai du mal à trouver Amalric charismatique.
Mais ce n’est finalement pas plus mal, car Benicio del Toro steals the show et cela rétablit l’équilibre, permettant cette mutualité, cette réciprocité que vous signalez, Sophie.
Terminer le film avec le psy à son tour allongé sur le divan (de son « contrôle ») n’est pas anodin. Et ce merveilleux échange dans les premiers temps de la thérapie, quand à la question d’un médecin du centre —  »Comment ça se passe ? », Picard répond que son French doctor va mieux (au 1er degré il n’a plus de fièvre, certes).
Les vieux ressorts du film de « couple » masculin mal assorti (un côté Laurel et Hardy pour la taille des protagonistes) mais plus subtil que l’habituelle confrontation de la brute et de l’ahuri.
Je ne sais pas si c’est un grand film, mais en tout cas le récit de la recherche des raisons de la souffrance est palpitant.
Comme est poignant le rôle joué par le malentendu, ou plutôt en l’occurrence le « malvu », la mauvaise interprétation d’une image par le héros, spectateur interne.
Le livre de Tobie Nathan (d’abord disciple de Devereux), Ethnoroman avait ravivé mon intérêt pour le personnage.
J’en glisse deux courts extraits qui ne concernent pas Devereux mais qui me paraissent en rapport avec le film :
[Devant son analyste] « je me souviens d’avoir éprouvé un sentiment confus de révolte. La dissymétrie radicale de la relation me paraissait absurde. Un professeur est nommé, désigné, un prêtre aussi, un prophète élu […] … mais un psychanalyste ? Par qui est-il investi ? »
[Plus tard, quand il débute dans le métier et endosse à son tour ce rôle]
« Les textes psychanalytiques, qui paraissaient par centaines, fourmillaient pourtant d’exemples de psychanalyses miraculeusement réussies, dont les tournants décisifs s’étaient opérés à la suite d’une interprétation fulgurante. Pour quelle raison cela ne m’arrivait-il pas ? […] J’ai obtenu quelques succès thérapeutiques, néanmoins, mais besogneusement, sans panache. Pour ceux-là, comme on dit, « j’avais mouillé ma chemise » ! […] Je pressentais que les pathologies des patients s’améliorent à l’aune des sacrifices consentis par le thérapeute.
La seule force qui soigne les patients en psychothérapie, c’est la furor sanandi de leur thérapeute, sa « passion de guérir ». Mais si cette première condition est nécessaire, il en est une seconde, tout aussi active. Les thérapeutes se révèlent efficaces lorsque les cures qu’ils conduisent leur permettent de connaître le monde. Sitôt qu’ils n’apprennent plus, sitôt qu’ils savent, leurs capacités thérapeutiques déclinent comme par magie. […] À cette époque, toute nouvelle consultation, tout nouveau patient, était source de découvertes ; Je soignais pour apprendre ; j’apprenais pour enseigner ; j’enseignais pour retenir ce que j’avais appris. »

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