de Annelise Roux

en savoir plus

La République Du Cinéma

« Black Coal »: Ours d’or mal léché

Par Sophie Avon

L’Ours d’or berlinois lui a été dévolu, signe que le polar, plus que jamais, innerve un cinéma mélancolique et profond. Celui-ci a même été conçu comme un portrait de la Chine contemporaine, et c’est un tableau aigu, pas de la veine de ceux de Jia Zhang ke, mais où, à chaque scène, on sent vivre un pays à travers ses habitudes et ses convulsions secrètes. Et puis Diao Yinan est un styliste aux idées sombres et aux cadres lumineux. Il suffit de regarder le premier plan où quelque chose apparaît dans ce qui pourrait être de la terre et qui se révèle du charbon (« coal »). Un bout de chiffon, une poupée qui semble emmaillotée et que le mouvement exhume doucement. Film noir oblige, on pressent le cadavre. Lequel a été découpé en morceaux et dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. On est en 1999, le film a démarré depuis quelques minutes à peine.  Le sergent Zhang est chargé de l’enquête.

Voilà le début d’une intrigue – un peu vaseuse dans la deuxième moitié du récit – qui n’est qu’un paravent derrière lequel s’agitent des passions : Zhang joue aux cartes avec une femme dont on ne sait rien, sinon qu’elle fait l’amour avec lui avant de disparaître.  Zhang, inconsolable, est l’arc  vibrant d’une histoire de chagrin et de rédemption dont l’amour perdu va devenir, à son corps défendant, la quête obsédante.

Cinq ans s’écoulent. L’ellipse est magnifique. Au sortir d’un tunnel, tout est blanc, il neige, la vie a passé. Il y a beaucoup de routes, de passages et de transits dans « Black Coal », comme si en progressant, l’enquête dévorait tout sur son passage à commencer par l’espace et le temps. C’est un film où tout passe, d’ailleurs, pas seulement la vie mais aussi les sentiments, bons et mauvais, et les trains et camions qui acheminent minerais, morceaux de glace et membres sectionnés… Les codes du  genre sont ici respectés voire magnifiés, avec un goût très sûr pour une violence brève mais gore qui surgit par surprise  – scène d’une inouïe brutalité dans un salon de coiffure – tandis que les lumières dessinent des espaces publics à la frontière du rêve : rouges, le salon de coiffure et le salon de danse, jaunâtre la patinoire où Zhang remonte une piste en se raccrochant à une jeune suspecte, verdâtre le pressing où la jeune femme travaille et se fait peloter par son patron.

Alcoolique, abattu, ayant perdu celle qu’il aimait et s’étant fait voler sa moto, Zhang n’est même plus flic mais il poursuit l’enquête depuis l’espace cotonneux de sa conscience. Elle est bien assez aiguisée pour  remonter le cours de ce crime originel suivi de beaucoup d’autres. Il aide la police et ses copains devenus inspecteurs. Il « planque » de nuit, emmène la suspecte dans une roue digne du « Troisième homme » – dont Diao Yinan affirme qu’il a revu le chef d’œuvre de Carol Reed avant de tourner – et tant pis si la bulle où se retrouvent ces deux-là, au-dessus du vide, dominant le club « Feux d’artifices en plein jour », tant pis si cette bulle est arrêtée en plein ciel alors que la roue ne fonctionne pas car la foire aux attractions est fermée.

De toute façon, le propos flirte délibérément avec une sorte de cauchemar éveillé où la douceur ambiante n’empêche pas des rappels de cruauté ni le réalisme du quotidien. On y voit la misère des établissements, la peur de la police, la folie douce des femmes et la domination des hommes. On y voit la résignation des gens ordinaires, la solitude de la foule, l’obéissance muette et la violence de ceux qui n’ont plus rien à perdre.  Au bout du compte, Zhang est un homme égaré dans un pays qui se délite. Alors, il danse comme un revenant devant une femme sans illusion. Il se trémousse dans un salon où des couples, derrière lui, apprennent le tango. Car être deux, cela s’apprend.

  »Black coal » de Diao Yinan. Sortie le 11 juin.

Cette entrée a été publiée dans Films.

16

commentaires

16 Réponses pour « Black Coal »: Ours d’or mal léché

JC....... dit: 10 juin 2014 à 11 h 48 min

« Ne t’excuse pas, camarade JC. Tout le monde a le droit de dire une connerie de temps en temps. »

Justement ! La preuve est là : ce n’est pas moi. Comme je dis des conneries sans arrêt, ce n’est pas moi…..

JC..... dit: 10 juin 2014 à 15 h 43 min

Mais cornecul de bordel, je te dis que c’est pas moi !
Jamais je ne dirai du mal d’un papier de Sophie. Elle est invitée à Porquerolles quand elle veut.

bouguereau dit: 10 juin 2014 à 16 h 45 min

..ma mère..même ici jicé frétille et zouz calçonne..tous à terre c’est une invasion..radio paris est chinetoc épicétou..

bouguereau dit: 10 juin 2014 à 16 h 48 min

répète que ce n’est pas moi, merde !

si tu te met le mégafonne dans le proze on entend rien..c’est scientifique..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>