de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« The Bling Ring », la cité des anges enfante des démons

Par Sophie Avon

Elle n’a jamais parlé que de cela : la vacuité du monde. De « Virgin suicide » à « Somewhere » en passant par « Marie-Antoinette » où l’on pouvait être reine de France et noyer le temps dans  la futilité et les apparences. « The Bling ring » change d’angle et d’époque, mais au fond, il y est encore et toujours question de ce que sans doute Sofia Coppola connaît le mieux : le péril de la surface,  l’obsession de paraître,  la déréalisation des choses. C’est un vertige qui frappe la jeunesse et l’époque, une dissolution de soi au profit de l’accessoire et de l’étiquette.

Partie d’un fait-divers de Vanity fair racontant comment une bande d’adolescents fascinés par les célébrités dont ils cambriolaient les domiciles, finissait par s’afficher, via Facebook, avec son butin (bijoux, chaussures, sacs), la réalisatrice va jusqu’à l’arrestation fatale. Interrogés, les gamins n’ont pas l’air de comprendre ce qu’on leur reproche et semblent se réjouir de leur notoriété soudaine. Et pour cause, à force de côtoyer des stars, fût-ce par procuration, fût-ce par l’image, à force de s’identifier à elles, ils se prennent pour elles.

Comment ne pas voir dans cette histoire un formidable raccourci de l’époque qui transforme les réseaux sociaux en coulisses des intimités de chacun, abolit toute cloison entre privé et public, et voit triompher la télé réalité et autres mirages de la célébrité ?

La presse avait baptisé cette bande « The Bling ring ». Sofia Coppola a gardé les entretiens avec la journaliste qui essaie de comprendre en écoutant Mark et Nicki, laquelle est interrogée devant sa mère qui l’a toujours encouragée à devenir célèbre et semble, elle aussi, ravie que sa fille, enfin, touche à la célébrité. Peut-être faut-il commencer par là ? Par cette mère qu’interprète génialement Leslie Mann et qui chaque matin, propose à sa progéniture des initiations sans contenu pour accéder à un destin au-dessus du lot ?

D’ailleurs ces jeunes gens dont Sofia Coppola brosse le portrait de groupe avec une glaçante rapidité, sont des gosses élevés dans le triple mirage d’Hollywood, de la télé et de Facebook – autant dire qu’aux paillettes, s’ajoutent l’obscénité du rêve à portée de main et l’illusion de la proximité. Mark, Nicky, Rebecca, Sam, Chloé ne sont pas plus bêtes que d’autres, bien au contraire. Ce sont des adolescents « normaux » qui, lorsque l’histoire débute, s’apprivoisent comme la plupart des lycéens. La jolie Rebecca initie Mark au vol. Dans les rues chics et désertes d’Hollywood,  elle ouvre les portières des voitures non verrouillées et trouve des sacs, des objets divers, parfois même des porte feuilles. C’est à croire que ces gens-là ne demandent qu’à être dépouillés. Il faudra très peu de temps à Rebecca et Mark, puis aux autres, pour s’enhardir. Pour  entrer dans les maisons et se servir dans les gardes robes. Mark flippe un peu mais Rebecca, avec une effrayante sûreté, s’en donne à cœur joie.  Un soir, en boîte, ils voient passer Kirsten Dunst et Paris Hilton. Ils ont l’impression de faire partie du même monde, un monde glamour où l’habit fait le moine. Ils ne voient pas qu’ils sont monstrueux dans leur avidité, qu’ils ont perdu toute innocence et que cela les rend flippants.

Grâce à Facebook, ils apprennent qu’Orlando Bloom ou Paris Hilton vont s’absenter de Los Angeles. Qu’à cela ne tienne, les adresses sont aussi sur le net. Comme avec les voitures, pourquoi se priver puisque  l’intimité de ces stars est offerte au premier-venu ? A la nuit, ils vont chez Paris Hilton dont la maison est un temple de la mode, du bling bling et du culte de soi. Ils y retourneront à plusieurs, se gavant de tout ce qu’il y a à prendre, petits ogres de la notoriété qui se remplissent les poches et n’imaginent jamais qu’ils seront rattrapés. Sauf Mark, encore une fois, le seul à avoir conscience de leur transgression et qui les presse à chaque fois, sous prétexte qu’il entend les hélicoptères. « Mais on est à L.A ! rétorque Rebecca, bien sûr qu’il y a des hélicoptères ! ».

La ville ici, n’est pas indifférente. Elle veille, lumineuse, étendue, énorme, monstre assoupi dans la nuit où chantent les cigales. Chez Audrina Patridge, Mark et Rebecca renouvellent leurs petites emplettes. Sofia Coppola filme le cambriolage de loin, en un long plan séquence où derrière la luxueuse maison de verre,  la cité des anges ferme les yeux.

L’intrigue n’est pas bien épaisse, elle tient à la répétition des vols et des réjouissances. La réalisatrice reconduit le motif autant de fois qu’il le faut, suivant en cela le fait-divers. Elle n’a ni jugement ni empathie, se tenant à distance de ses personnages et les observant à travers le filtre laiteux de sa lumière. Son style colle à son sujet, agrippant la surface sans accrocher quoique ce soit sinon le vide. La nuit, la musique à fond, la coke, la fête, et toute cette hystérie de pacotille, ne réchauffent guère cet exposé où les couleurs fondent au profit d’un effet de distance qui jusqu’au bout tient sa ligne.

« The Bling ring » n’est pas un film cruel mais il est délétère. Moral peut-être, mais sans rédemption possible, puisque malgré le châtiment, c’est toujours et encore l’apparence qui compte. Du procès, on ne voit d’ailleurs que des portes qui s’ouvrent et se ferment. Une voix off égrène les peines, pas anodines – et pour cause, le butin s’élève à 3 millions de dollars -, mais les jeunes gens s’en fichent puisque les caméras sont là. Enfin.

« The Bling ring » de Sofia Coppola. Sortie le 12 juin.

 

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commentaires

2 Réponses pour « The Bling Ring », la cité des anges enfante des démons

Anna dit: 16 juin 2013 à 10 h 14 min

Article qui décrit avec justesse l’atmosphère du film. On est frappé par le peu d’imagination et l’ennui de cette jeunesse livrée à elle-même et qui ne trouve d’échappatoire que dans la transgression. À noter aussi la qualité de la BO, qui habille à merveille le propos (et ravira les amateurs de bon rap US).

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