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La République Du Cinéma

« Café Society » : Tendres furent leurs nuits

Par Annelise Roux

Tom Hanks déclarait dans Forrest Gump « la vie, c’est comme une boîte de chocolats ». Woody Allen me fait cet effet. Quand on sait mon inclination pour tout ce qui peut se relier de près ou de loin à la fève cacaotée, on a tout compris. Je peux prendre plaisir à un Rocher Suchard, me jeter avec une déraisonnable gourmandise sur la gaufrette industrielle d’un Ferrero Roche d’Or en sachant pertinemment ce qui les différencie d’une création de Pierre Hermé, d’un grand cru de François Pralus.
Dingue de Woody depuis le début : un tel mal se soigne-t-il ? Encore faudrait-il en avoir envie. Je prends l’œuvre telle qu’elle est, un canevas avec des motifs plus ou moins serrés ou relâchés, qui à la fin participe de la construction d’une toile vaste, me parle de cet homme attachant et complexe, de ses névroses et de ses goûts.

Cet opus ne m’a pas déçue. « Match Point », à mes yeux, c’est ce croquant en bouche assez sec, cette saveur noire irremplaçable, amère, tandis que « La Rose pourpre du Caire » (un autre de mes favoris nets), est d’une douceur crémeuse, bonbon pioché dans le sachet d’un chocolatier fameux qui fond sur la langue alors qu’on regarde rêveusement dans le vide, qu’on lit alanguie dans un parc et que le roman nous emmène loin. Tout de suite viennent à l’esprit « Annie Hall », « Zelig », « Hannah et ses sœurs », « Manhattan » qui n’est paradoxalement pas mon préféré… On voit bien, à tenter de dresser une liste, que chacun a son panthéon personnel où ranger ses films.
Bobby Dorfman (Jesse Eisenberg) se trouvant sans débouchés dans son New York natal va rejoindre sur l’insistance de sa mère Rose (Jeannie Berlin) son oncle Phil Bern (Steve Carell) dans le Los Angeles des années 30. Flanqué d’une tante Evelyn, d’un oncle Leonard aux idées progressistes préoccupé de questions éthiques, d’un frère Ben (Corey Stoll), gangster versé à régler les différends à coups de cadavres coulés dans le béton, le jeune naïf, après avoir surmonté le barrage consistant à obtenir une entrevue auprès de l’oncle accro au téléphone, plus enclin à prendre sous contrat Ginger Rogers qu’à cornaquer un neveu encore mal dégrossi, va vite lui devenir indispensable. Il rencontre Veronica, « Vonnie » (Kristen Stewart, non peroxydée contrairement à son arrivée sur la Croisette), la secrétaire qu’un adorable nœud dans les cheveux n’empêche pas d’avoir la tête sur les épaules : différente de lui, elle ne rêve pas d’une vie d’artifices ni de paillettes hollywoodiennes. Il en tombe amoureux alors qu’elle n’est pas libre, se trouvera dans une situation inconfortable lorsque l’Oncle Phil le prenant pour confident lui avouera qu’il envisage de quitter sa femme Karen pour une autre, épousera quelques années plus tard, après être rentré à New York à la suite d’une déception, une autre Veronica (Blake Lively) qui tout en portant le même prénom que la première, ne chassera jamais totalement la précédente de sa mémoire.

Woody Allen ne dédaigne pas le marivaudage, l’eau de rose et les bons mots, le comique de situation distillé gentiment, un peu par dessus la jambe, au lieu d’emprunter la voie grinçante. Le métier acquis lui permet un mix assourdi de ce qu’il sait faire, moins virulent sûrement, mais ayant gagné en ironie pateline. Paresse et redite ? Mais non. Une forme de sérénité, de tendresse sans précipitation qui égratigne sans griffer au sang. Débarrassé des illusions et de la dureté plutôt que dévitalisé. Pas envie de citer à l’envi les pépites émaillant les dialogues, « la religion juive aurait eu davantage de clients si une promesse de vie après la mort y était contenue» . Vous retrouverez ces virtuosités reprises partout, sous peu, comme autant de maximes. C’est que Woody Allen est aussi un auteur – doublé d’un angoissé réel, ayant eu maille à partir avec des interrogations existentielles évacuées comme il a pu. Son ouvrage collector paru en 2009 en Points-Seuil, sobrement intitulé « Dieu, Shakespeare et moi/Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture » en disait assez long sur l’exténuation perpétuelle d’être intelligent sans arrêt. Le jazz qui accompagne chaque scène (les « standardistes » en la matière au passage se régaleront, pourront faire part des références ad hoc), fait souffler un vent de nostalgie sur les personnages, amenés tour à tour chacun à se demander ce qu’ils ont fait de leur talent. La coloration technicolor a des beautés de teintes à la Hitchcock filmant la Riviera pour « La Main au collet » vingt-cinq ans après le contexte, en 1955. Une des premières scènes où Candy (Anna Camp), prostituée débutante et Bobby, coursier novice, débattent de la pertinence de lancer la carrière de gourgandine d’une honnête fille juive aspirant à devenir actrice, pile poil du pilpoul. Sur ce thème, le New-Yorkais clarinettiste amateur ne vous laissera pas à quai : pour des parents juifs de l’époque, que peut être le pire ? Voir leur fils risquer de griller sur la chaise électrique ou devenir chrétien ? Blake Lively en bonne fille de l’Oklahoma amoureuse de son mari, lui confessant sans penser à mal qu’il est « le premier de son espèce qu’elle rencontre, comme c’est pittoresque ! » ou encore « qu’ils sont tous des usuriers » tandis que défile au night-club « Les Tropiques » la société chic (un vieux millionnaire flanquée de sa compagne mineure, un comte et une comtesse fortunés faisant provision de sucre dans un dog bag, quelques têtes couronnées rentrées d’un souper mondain chez Hitler pour boire des magnums de Piper Heidsieck à mille dollars) est ravissante, un peu terne au regard de Kristen Stewart en socquettes : avec ses deux incisives de devant anormalement longues qui font qu’elle a du mal à fermer la bouche, c’est la lueur verte que Bobby regardera éternellement de l’autre côté de la baie, même lorsqu’elle aura franchi le Rubicon de l’appartenance sociale, des us et coutumes vilipendés, donnant en chinchilla dans le name dropping et l’accent snob dont ils se moquaient, jeunes gens. Quelle Daisy Buchanan, tout le cynisme en moins ! On peut comprendre que Jay Gatsby reste rivé. Le personnage de Vonnie occupe sa vie sans trop de tricherie et ceux qu’elle met en avant sont ni plus ni moins ceux qu’elle fréquente, à présent.

« Café Society » montre sans s’attarder l’effervescence vaine des gens de cinéma, les turpitudes de la mafia juive de ces années, telle que Sergio Leone s’y était employé au début dans « Il était une fois en Amérique ». L’attachement de Woody Allen à sa ville, à son art, à la musique. Les interrogations sincères, secrètement fatiguées, d’hommes et de femmes honnêtes qui ne savent pas où la vie va les balloter, l’intimité chaleureuse, libre, des petits clubs où le jazz commençait à fleurir, le temps qui passe sur des choix qui, sans les faire regretter entièrement, conduit à garder à l’esprit ce qui aurait pu être et n’a pas été.
Mars (le distributeur français du film), et ça repart ? Je croque dedans et savoure.

 « Café Society » de Woody Allen

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103 Réponses pour « Café Society » : Tendres furent leurs nuits

Vébé dit: 12 mai 2016 à 7 h 53 min

Quelle générosité de trouver la chronique le lendemain matin qui suit l’ouverture ! Merci à Anne-Lise,ça donne très envie. J’irai dans l’après-midi si nos salles parisiennes ne sont pas trop prises d’assaut.

Pardon à Jacques Chesnel. Je ne savais pas que vous étiez un habitué, ne vous ayant jamais lu sur RDL, où je continue de surfer et lire Passou sans intervenir (après avoir été échaudée :la grande majorité silencieuse dont vous parlez, Anne-Lise)

J’ai vu qu’Eriksen et vous aviez été agressés ici, excusez-moi, je ne vous met pas dans le même sac que les fauteurs de trouble.

J’ai beaucoup aimé WA, « l’homme irrationnel » et « Blue jasmin » peut-être moins. Le premier me paraissait trop calqué sur « Match point ». le second, je ne suis pas sensible à la blondeur glaciale de Kate Blanchett.

Le jazz fait partie intégrante de ses films. un espèce de prolongement où parole et notes se répondent. Je repensais au débat qui a commencé sur le billet high rise, vous êtes ironique papi Zinzin en disant que grâce à Vanessa Paradis le jury gagne en hauteur?

Je n’ai rien contre elle mais comme Passou le fait remarquer, fut un temps où le jury comptait une bonne partie d’écrivain(e)s. Enfin, nous n’en sommes pas au recrutement de concurrents de « Nouvelle star » ni de the Voice

La discussion autour des métaphores hier m’a intéressée. Elles ne sont transparentes qu’après coup, comme le dit Eriksen c’est l’invention qui réhabille la réalité toute prosaïque de sens plus larges. Sinon je ne vois pas l’intérêt de Rimbaud à colorer ses lettres de l’arc en ciel !

C’est drôle qu’Anne-Lise ait mentionné Miles jouant de dos. ça en a marqué beaucoup parmi la profession et dans son entourage.Michel Portal a été évoqué. Nous avons eu la chance d’avoir souvent le musicien Laurent De Witt à la maison (un ami de ma fille), qui de par son métier l’a suivi de près. Lui aussi a été frappé par ça.

Peu importe que ce soit à cause d’une balance mal réglée ou d’un mauvais ressenti du public. L’image est très forte. »Miles jouant de dos » d’une façon ou l’autre incarne la fragilité de l’artiste, son besoin de retrait dans une intériorité à l’écart des imperfections, pour que la musique coule, qu’il puisse nous la délivrer.

JC..... dit: 12 mai 2016 à 8 h 15 min

Vébé remet ça à propos d’une étrangeté de position de Miles en scène … tournons lui le dos, au bébé : on a assez déconné sur ce rien sans aucun intérêt !

radioscopie dit: 12 mai 2016 à 8 h 57 min

Annelise, évoquant Café Society, parle de confiserie. C’est aussi l’effet que m’ont fait ses derniers films et je n’ai, personnellement, aucun goût pour les sucreries. W. Allen ne me dit plus rien depuis un certain temps. Il me donne l’impression de feuilleter un magazine du genre papier glacé, luxueux, propret, aux images impeccables, le catalogue d’un tour- opérateur bourré de clichés de mers bleues, de plages blanches, de ciels azurés, de resorts paradisiaques. Le monde d’aujourd’hui ne lui convenant sans doute plus (on le comprend), il tourne son objectif vers le siècle précédent, avant la catastrophe, en un temps où il était possible de rire et de rêver sans nuages, d’autant que l’on était beau, doté de dollars et d’esprit. Ce ne sont certes pas ces visions fantasmées « du monde d’hier » qui feront obstacle à l’irrésistible ascension de Donald Trump.

Polémikoeur. dit: 12 mai 2016 à 10 h 44 min

L’interprète de Bobby Dorfman
ne jouerait-il pas un peu
à être Woody Allen, à moins
que ce ne soit ce dernier
qui flirte avec son double ?
Misaupointement.

papi zinzin dit: 12 mai 2016 à 14 h 05 min

Vébé dit: 12 mai 2016 à 7 h 53 min

oui oui ironique (et la voix de cette personne par dessus le marché .. )

jodi dit: 12 mai 2016 à 16 h 36 min

JC: tu es gonflant,l’ami. T’as la Trumpette mal embouchée mais je préfère ça au pipeau.Tourner le dos ou pas,that’s au contraire the question.La problématique de l’affrontement parlera à tous les musiciens.Regarde Jagger vs Richards. Mick J. est dans le show,l’exhib et la vente et le fait bien d’ailleurs . Keith en retrait ,dans le fond ou en biais assure l’artistique . Pas pour rien qu’ils ont failli se foutre sur le portrait quand Richards,qui a beaucoup plus d’humour et de créativité a dit à l’autre « t’inquiete pas Mick je ne révèlerai à personne pendant combien d’années t’as eu besoin de prendre tes cours de chant ». Jagger etait fou ! Des Bowie ou Iggy Pop ont toujours respecté davantage Richards à Jagger. Fragilité de Miles,évidente! Après quoi il les sèchait tous sur place . Je vois le Woody Allen ce soir sur vos conseils Anne-lise.

Petrus dit: 12 mai 2016 à 17 h 01 min

Pour ma part, en quittant la projection j’ai pensé champagne (le piquant, le doré, les bulles légères) plutôt que chocolat, mais l’idée est la même. Comme vous, Annelise, j’admire Match Point, et Radio Days compte parmi mes favoris. Confidence pour confidence je ne suis guère amateur de jazz, mais dans les films de Woody Allen je me surprends à battre la mesure avec le pied, un sourire niais aux lèvres et l’envie que ça ne s’arrête pas au bout de 96 minutes. À ce propos, vous avez remarqué ? Woody Allen reste fidèle à ce format. Il a raison. Deux heures, ou plus, de cinéma, c’est souvent trop. Surtout quand le talent ne suit pas.
Je n’ajouterai qu’une brassée de compliments à l’endroit du chef op’ (je suis trop cossard pour vérifier s’il a éclairé d’autres films de Woody Allen) dont la lumière chaude est une gourmandise de plus, un baume salutaire pour le moral.
Nombre de mes amis partagent hélas l’opinion de Radioscopie. Tant pis pour eux. Moi, je suis dans le fan club de Woody depuis quarante-quatre ans, et j’y reste !

olga dit: 12 mai 2016 à 18 h 49 min

@V B 7h53 « Laurent de Witt un ami de ma fille…. » De quel instrument joue-t-il donc, chez vous quand il vient vous voir ?

JC..... dit: 13 mai 2016 à 6 h 40 min

Non seulement la « fragilité de Miles », c’est du ragnagna pour cerveau qui se la joue « sensible », mais Woody Allen fait comme tous les créateurs qui n’ont plus rien à dire … il tourne en rond depuis ses premiers films !!!

Gonflant, dites vous ? On ne gonfle que les baudruches !…

rolando dit: 13 mai 2016 à 10 h 05 min

Laurent De Witt ? n’est-ce pas plutôt :
LAURENT de WILDE, remarquable compositeur et pianiste

olga dit: 13 mai 2016 à 10 h 36 min

Rolando,Laurent de Wilde, c’est le seul que je connaisse, bien sûr, remarquable.Est-ce celui que connaît si bien WB ?

Vébé dit: 13 mai 2016 à 12 h 23 min

Un nom comme ça dans mon souvenir. Je ne le connais pas si bien Olga, il n’a jamais joué à la maison, on n’avait pas de piano. C’était il y a dix ans, après ma fille est partie à Bruxelles. Si c’est lui elle m’avait dit qu’il faisait une jolie carrière, pas comparable à Miles davis mais au niveau national et même aux Us, où je crois il était né.

Il est venu diner plusieurs fois, dont une avec un camarade à lui chirurgien gastrique qui habitait rue de la Planche qui avait mis une bonne ambiance, très carabin… Lui, un homme très gentil, pas du tout ramenard. On avait discuté de Charlie Parker et de Thelonious Monk. L’anecdote de Miles qui tourne le dos « pour s’exclure de tout » n’en déplaise à JC m’a marquée. Je ne vois pas pourquoi ça déclenche ses foudres comme ça ?

Pour le film (vu hier), je suis partagée entre le commentaire de Pétrus, le temps qui passe vite sans paraître pesant, cette photo dorée d’une époque « idéale », cette douceur artificielle et la vanité qu’on sent dans le film comme la perçut radioscopie.

Woody allen est un vieux monsieur maintenant, tout au moins un homme vieillissant . Peut-on lui demander la même énergie que dans son âge d’or? Comme Pétrus je suis une inconditionnelle, pas depuis 42 ans mais 30, au moins.

Je souscris malheureusement à la critique de Radioscopie lorsqu’il dit que des films cpmme ça ne tiennent plus compte du monde, ils paraissent presqu’autistes. Il y a une forme d’abandon d’ambition et d’égoïsme, de façon d’être tourné vers un passé radieux alors que le monde est ravagé de toutes parts par des crises et ça me gêne.

Je ne dis pas que c’est le rôle obligatoire de l’art, mais l’art se grandit aussi de revêtir cette fonction, continuer de garder une flamme tournée vers le réel. Ce pianiste de jazz qui est venu chez nous quelques fois était vraiment dans son époque. Pourtant c’était un artiste. On avait parlé de la vie aux Etats-Unis, du système de santé qui coûte cher et même de politique.

J’aime l’idée des artistes qui disent des choses du monde. Cela peut être en jouant du piano ou en faisant des films, c’est dans l’oeil gardé ouvert que ça se joue.

Ce Laurent n’est peut être pas de la hauteur d’un Miles Davis sur lequel JC se croit autorisé à me moucher parce qu’il l’a vu des tas de fois, sa manière de parler aurait ressemblé certainement à ses oreilles à du « ragnagna pour cerveaux sensibles » mais lui aussi est musicien, et un bon d’après Olga ou Rolando?. Sa sensibilité, ses préoccupations d’artiste en disent plus pour moi que les quolibets faciles.

Jacques Chenel j’espère ne pas vous avoir découragé de venir. Vous disiez arriver sur Woody Allen.Dans l’attente de vous lire, bonne après-midi.

radioscopie dit: 13 mai 2016 à 13 h 21 min

@Vébé
Vous écrivez « j’aime l’idée des artistes qui disent des choses du monde. » J’y souscris entièrement. Pour ce qui me concerne, je recherche cette lecture, cet éclairage sur notre présent. Et, me semble-t-il, le cinéma peut mieux que d’autres formes d’art remplir cette fonction (cette mission ?) en ceci qu’il requiert moins que la musique, la peinture, etc. une expertise technique, un savoir intellectuel.

Paul Edel dit: 13 mai 2016 à 15 h 40 min

Merci Annelise Roux pour votre analyse .
Dans ce film, Allen excelle dans la mélancolie amortie, le naturel et la fluidité dans l’imbrication des vies ..j’aime beaucoup que WA s’attache a suivre la durée et les retournements dans les amours, le passage du temps, et ce respect qu’il a pour faire de beaux personnages féminins..La manière dont il indique comme la violence surgit et chavire des etres , ce « moment où tout bascule.. » dans des vies apparemment ordinaires ; et puis cette critique des snobismes hollywoodiens sans donner dans la méchanceté ou la trivialité.
Dans ce film la note tenue de lassitude souriante, morose, devant la comédie humaine est parfaite. Enfin, enfin, cette fin qui n’est aps sans rappeler « radio days », ce léger gout de cendres dans tout ce qu’il montre et dit sans élever la voix.et cette fine inquiétude métaphysique distillée par petites touches, nous montrant que nos vies vont s’évanouir dans l’éternité come un nuage dans un ciel d’été….
J’aime aussi tout particulièrement cet humour désormais calme, cette tendresse pour décrire la grisaille acceptée d’une famille juive pauvre face aux fastes hollywoodiens, aux mondanités, aux clubs et aux ragots et au bling -bling .
Il également dessiné à la perfection le rythme cardiaque des ferveurs amoureuses et des déceptions : grandes espérances et illusions perdues.
Il ne cède plus à l’obsession du bon mot et du trait d’esprit. Il préfère suivre les vies avec tendrfesse, vigilance- sans appuyer- comme dans « Broadway Danny rose », en montrant des naïfs, des timides, des gens un peu perdus, face aux « installés » et aux cyniques. Et le fait que les expériences des autres est intransmissible et nous laissent démunis Quelle maturité tchékhovienne dans ce film….
Quel bel art, simplicité et profondeur sans épate, sans esbroufe.

Petrus dit: 13 mai 2016 à 16 h 47 min

Absolument, Paul Edel. Vous me rappelez que j’ai oublié de souligner le talent de Woody Allen à diriger les acteurs, sa mise en scène tellement efficace qu’on l’oublie totalement, le choix des cadres toujours justes. Connaissez-vous cette anecdote sur Renoir (le père, pas le fils). Renoir est déjà un vieux monsieur lorsqu’un parfumeur vient le trouver : il aimerait voir figurer, sur l’étiquette de ses produits, un dessin du maître. Renoir prend un fusain et en quelques traits esquisse un ravissant visage de femme./ Le parfumeur est ravi, c’est exactement ce qu’il espérait. « Combien vous dois-je ? » demande-t-il à l’artiste. Renoir énonce un chiffre astronomique. Le parfumeur frôle l’indignation : « Comment ? Une somme pareille pour un dessin que vous avez exécuté en quelques secondes ! » « Vous vous trompez, monsieur, lui répond Renoir, il m’a fallu plus de soixante ans pour réaliser ce dessin ».
Pour moi, Woody Allen c’est un peu ça.
Quant à vous, chère, Vébé, je me permets de vous faire observer que l’époque choisie par Woody Allen pour situer son histoire n’était pas moins agitée par les crises que la nôtre… Rien à voir avec un passé radieux comme vous l’écrivez quand bien même il est vrai qu’Hollywood était un microcosme protégé. Du moins pour ceux qui disposaient d’un revenu suffisant, les autres ramaient sévèrement…

Jacques Chesnel dit: 13 mai 2016 à 17 h 18 min

S’il y a un mot que je refuse, c’est celui de « cru », car, pour moi, WA construit, film par film, un grand OEUVRE au même titre qu’Orson Welles et Ingmar Bergman (malgré deux fausses notes : « Anything Else » et « To Rome with Love »), Mozart, Picasso et Bill Evans… et puis cette façon unique de filmer ses actrices !

JC..... dit: 13 mai 2016 à 18 h 05 min

La Rillette commence a dépasser la date de péremption !

Woody Allen est un blagueur juif sympa, sans plus. Un européen à NYC. Bons films au début, puis roue libre …

En faire un Kubrick, un génie, un Tarkovski, un Picasso, un Bill Evans, est ridicule … Les Laurel et Hardy survivront. Pas Woody…

francoise dit: 13 mai 2016 à 18 h 14 min

Que penser de la vanne de Lafitte lancée à la figure des festivaliers? Gros pavé dans la mare.Un peu « Spotlight » à Cannes,non? Même si pas le sujet…

latch dit: 13 mai 2016 à 18 h 29 min

@VB et @Radioscopie . C’est vrai et c’est pas parce que Woody Allen commence à se faire vieux que c’est une excuse! Les tensions dans la société montent aussi parce que l’art devient de plus en plus un divertissement dédié au grand-public, un hobby pour riches au gros nombril prépayé par la pub TF1,au lieu de poursuivre dans ce que vous appelez sa « mission ». De moins en moins de romans,et même de films maintiennent l’exigence d’utiliser l’expertise technique, le savoir intellectuel,les mises en perspective ou les soubassements historiques pour faire fruit . alors c’est sûr que Trump, les populismes qui montent en europe ne prospèrent pas pour des prunes!!Les artistes ont leur petite responsabilité là-dedans:

poids plumes dit: 13 mai 2016 à 22 h 09 min

Inside Dave Van Ronk ; He Was A Friend Of Mine – chanson enregistrée, évolution technique aidant, dans les années 30 et comme beaucoup de celles que nous connaissons de cette époque, créditée de la mention si distinctive de « traditionnelle ». Voilà une version des années 60, mise en ligne sur youtube le 03 mai 2011 [tout lien avec l'opus des frères Coen, la musique, Allen, New-York, Cannes et les Irlandais serait tiré par les cheveux]
https://www.youtube.com/watch?v=754sRFIHIrA

Annelise dit: 14 mai 2016 à 7 h 57 min

Beaux liens Dave Van Ronk. Vébé, Jacques Chesnel, Roro, Jodi, Petrus(doux nom aux oreilles d’une native de Bordeaux), Radio, Paul Edel dont la mise en parallèle avec Tchekhov est particulièrement heureuse, Olga, Polé comme dit la chanson reprise par Nick Cave&Bad Seeds « met Annelise at the well » of Cannes? Restons un moment avec Woody Allen, mais vu pour vous « Money Monster », « Ma Loute » et ce magnifique premier long de fiction du franco-cambodgien Chou Davy, « Diamond Island » où Soleil,le frère aîné, évoque Motorcycle boy (Rumble fish). A bientôt

Eriksen dit: 14 mai 2016 à 8 h 22 min

Le scénario est plutôt simplet. Un petit juif New yorkais rejoint son oncle d’Hollywood. Après l’avoir fait poiroté un mois, il l’engage soudain pour « rencontrer du monde », et lui donne pour guide … un ange. L’ensemble du scénario est aussi dilettante. On baigne dans la chaleur amniotique du rêve hollywoodien comme dans Mulholland Drive première partie. Dans Café Society, il n’y a pas de 2e partie, on ne revient jamais à la réalité.
Pas de scénario ? cherchons ailleurs.
Le générique nous avait gentiment installé dans l’ambiance avec son Jazz Maintream et son graphisme d’introverti. Les premiers échanges, plutôt théâtraux, n’incitaient pas non plus à chercher dans les personnages une quelconque profondeur, même superficielle. Impression bien vite confortée par la lumière dorée qui baigne le film d’un sunstet permanté, comme si la terre s’était arrêtée de tourner à 8 PM, heure pacifique. S’y expose la superficialité d’Hollywood, traitée par Woody Allen avec plus de superficialité encore. Cherchons ailleurs.
Woody nous feuillette son roman photo où des archétypes d’humains dévident leurs bobines. Point de questionnement métaphysique, point d’humour ravageur, point d’animalité fascinante…Les obsessions de Woody changent et se recentrent sur le nid douillet de son monde rêvé, celui d’une époque qu’il n’a même pas connu, ce monde inexistant et reconstruit qui n’a jamais existé, mais qui, de La Rose pourpre à Café Society, reste dans notre souvenir comme une part de la vérité, d’autant moins négligeable que c’est parfois tout ce qu’on en connait.
Aux moments de tourmente, c’est surement là que Woody Allen se réfugie.
Au moment de fatigue aussi et ce film semble fatigué. L’agitation de l’électron libre se réduit et il tend vers le noyau. Chez Woody Allen, est-ce l’agitation qui vous plait ou bien le noyau ?
Derrière l’image chatoyante, il y a un minimalisme dans Café Society, comme chez Beckett où l’autonomie se réduit de page en page jusqu’à l’immobilité et la disparition.
Oh les beaux jours !
Nostalgie = douleur du retour impossible. Ici c’est tout l’inverse : Il n’y a pas de retour mais une invention du passé ; ce n’est pas une douleur mais un apaisement, une antalgie plus qu’une algie, une thérapeutique, comme si Allen s’était hospitalisé dans un service de soin palliatif. Que reste-t-il d’humains dans ces personnages si réduits à leurs propres clichés ? Où est la chair de ces squelettes de personnages ? Dans sa ménagerie de verre, Woody est-il encore vivant ?
Oui car il y a Kristen Stewart. Elle redonne vie à la fiction, parce qu’elle est trouble, en contraste avec le transparent de tous les autres. Si on ne voit que photos, rien de bizarre : elle est si belle en pause que c’est à transformer un film en éternité : une nouvelle incarnation du paradigme d’amour pour Woody, une irrésistible. Mais en dynamique les choses changent. Ne serait-elle pas une Ève de Mankiewicz ? Il y a un je ne sais quoi de désagréable dans l’enchainement de ses expressions : une imperfection de l’âme qui rend vie à son personnage.
Mauvais Allen peut-être, mais holly Woody toujours en vie.

arthur dit: 14 mai 2016 à 9 h 37 min

rolando
l’andouille de pq essaie de se faire paraître irresistible (c’est tout juste s’il ne donne pas ses mensurations..) s’en prenant au physique d’autres dans son déballage propagandiste de vieux frustré en faveur du fhaine – il n’a jamais critiqué le nabot, la droite, ni son idole jmlp et autres bulldozers

Annelise dit: 14 mai 2016 à 9 h 57 min

Rolando, Arthur, à part ces compliments fleuris, quid de WA? Vous avez quelque dextérité, on dirait, Eriksen. En projection d’ici quelques mn. À vous Cognacq Jay, les Buttes-Chaumont etc

JC..... dit: 14 mai 2016 à 10 h 55 min

Rolando, Arthur, j’ai une relation affective profonde avec deux freaks, les sœurs siamoises MILENA et DORA, deux monstres de niaiseries qui vous iraient comme un gant à six doigts.

Voulez vous que j’organise une rencontre ? Je viendrai vous chercher …. A quelle Clinique ètes-vous enfermés ?…

Petrus dit: 14 mai 2016 à 11 h 38 min

Philippe de Broca disait, il m’en souvient : « Je revendique le droit à la frivolité ». Peut-on dire de WA qu’il est frivole ? Sans doute. Est-ce si épouvantable ?
Peut-on vraiment imputer la montée des populismes aux artistes qui ne remplissent pas leur « mission »?! Qui les a chargés d’une mission d’ailleurs, le savez-vous ?

arthur dit: 14 mai 2016 à 15 h 52 min

Annelise dit: 14 mai 2016 à 9 h 57 min

pas vu le film
j’aime bien WA, ne se prend pas au sérieux dès Bananas, drôle, cette scène quand il annonce la survenue « dans cinq minutes » d’un coup d’Etat… Sa manière de mettre en boîte les travers des ‘bobos’ et les siens , un peu (toutes proportions gardées) comme Nanni Moretti au début sans pitié pour sa génération

arthur dit: 14 mai 2016 à 15 h 53 min

JC….. dit: 14 mai 2016 à 10 h 55 min
j’ai une relation affective profonde avec deux freaks,

devriez en faire un film ça vous occuperait

JC..... dit: 15 mai 2016 à 5 h 45 min

« Peut-on vraiment imputer la montée des populismes aux artistes qui ne remplissent pas leur « mission »?! Qui les a chargés d’une mission d’ailleurs, le savez-vous ? »

Les artistes n’ont aucune mission si ce n’est celle de distraire agréablement, dramatiquement, intelligemment, ceux qui en éprouvent le besoin. Leur opinion est personnelle. Chacun a la sienne.

Le populisme nait de l’échec des représentants du peuple à représenter le peuple, tant ils sont occupés à des tâches carriéristes ….

gossip dit: 15 mai 2016 à 8 h 25 min

Le fils de Woody Allen, ressemble comme deux gouttes d’eau (physiquement) à Frank Sinatra..

roselyne dit: 15 mai 2016 à 8 h 27 min

« Les artistes n’ont aucune mission si ce n’est celle de distraire .. »

dixit le beauf devant sa télé

Paul Edel dit: 15 mai 2016 à 8 h 55 min

une des repliques les plus réjouissantes du film:

La mère : D’abord assassin. Et maintenant chrétien. C’est quoi, le pire ?
Le père : Il te l’a expliqué. Les juifs n’ont pas de vie après la mort.
La mère : C’est bête qu’ils ne le proposent pas. Ils auraient beaucoup plus de clients…

radioscopie dit: 15 mai 2016 à 8 h 56 min

Pour ceux qui se demandent comment l’art (le cinéma) peut aider à lire le monde, Bruno Dumont répond (magistralement) dans Ma Loute, et dans un éclat de rire. 1910, de beaux paysages du Nord, des bourgeois consanguins passablement dégénérés, des prolos sordides qui les estourbissent et les bouffent régulièrement, un curé qui au cours d’une procession à N-D exhorte ses ouailles « pê/échez, pê/échez, morues et maquereaux ! », deux flics de bande dessinée, une love story entre un gars et un(e) Billie au genre indéterminé, l’intello de service à qui l’image d’un pêcheur rustique dans sa barque inspire des envolées lyriques entre deux bouchées d’omelette. La kermesse sauvage est là, aussi Rabelais, Brueghel, Scola, Fellini, Magritte, Daumier etc. Au bord extrême de la falaise, à deux doigts de dévisser dans l’abîme…

DHH dit: 15 mai 2016 à 9 h 22 min

J’ai vu le film
J’ai aimé bien sur les retrouvailles que ce film nous offre avec une nouvelle demonstration accomplie de ce qui fait l’art de WA ,son humour et son art de manier le cliché jusqu’à la derision d’une part ,la finesse, la subtilité la délicatesse dans l’expression des sentiments et des caractères, et des relations entre les êtres
Mais précisément c’est la juxtaposition un peu maladroite des deux registres qui m’a gênée
L’Hollywood des annéees 30,en monde du fric et de la demesure avec ses producteurs fastueux et un rien vulgaires, ses villas de stars en forme de pâtisseries architecturales, la pègre new-yorkaise et ses méthodes rodées et expeditives tout cela avec cet art propre 0 WA de l’exploitation decapante des cliches qu’il tire jusqu’à la dérision et l’absurde . Cet art qui s’exprime notamment dans l’ouvrage que vous citez- Pour en finir une bonne fois avec la culture-qui decortique et caricature des genres littéraires ,figures connues et les idéees reçues jusqu’à en faire exploser leur ridicule .
Et cette approche de dérision distanciée qui constitue l’ arrière-plan de cette histoire nous nous permet de rire sans la moindre émotion d’une expedition punitive contre un voisin coléreux qui finit coulé dans le béton, ou de ne retenir pour en rire du séjour du frere aîné dans le couloir de la mort que la colère de la mere devant la conversion au catholicisme de son fils
Mais précisément cette immersion joyeuse dans cet univers de dérision a suscité, du moins pour moi , une mise en condition m’empêchant de rentrer de plain-pied en empathie avec les personnages de cette histoire d’amour pourtant emouvante et racontée de manière fine et nuancée

Annelise dit: 15 mai 2016 à 9 h 33 min

Radio, réservez-vous sur « Ma Loute » : prochain billet (déjà écrit). je peux vous dire d’emblée que pas mal de nos perceptions se recoupent !
Paul, ces répliques sont parmi les meilleures. On est un peu chez Philip Roth, « Portnoy ». L’insistance de Marty, le père, brave homme dominé par sa femme Rose qui tente de lui clouer le bec en suggérant que Phil, son frère, n’est pas si juif que ça est savoureuse aussi..
Roselyne, Vébé, Petrus ou JC, pas le temps ces jours, mais l’envie de converser plus avant sur le thème : si je ne crois pas qu’un artiste soit investi de « mission » (pas même celle de distraire) il ne lui est pas interdit non plus de viser à une pertinence, y compris politique. Je ne pense pas que la montée des populismes ressortisse à une quelconque « faute » de la part de cinéastes ou de romanciers, néanmoins pas absurde de supposer qu’on se nourrit davantage devant Fatih Akin ou Davy Chou, à la lecture de Pamuk ou Boulgakov qu’en regardant Secret story et Mon curé chez les nudistes. Si vous avez des objections, je les lirai.

radioscopie dit: 15 mai 2016 à 10 h 17 min

Annelise, puisque je suis coupable d’avoir lancé cette polémiquette sur la « mission » de l’artiste, et puisque -après tout- tout est affaire d’affinités et de goûts personnels, mon attente (la mienne donc, j’insiste) est celle-là : pour le dire à gros traits, plus « Guernica » que « Bouquet de roses » de Bernard Buffet. Ou plus « Ma Loute » que « Camping 3, 4, 5″…

JC..... dit: 15 mai 2016 à 12 h 46 min

Il faudra me prouver que les artistes ne sont pas QUE des amuseurs distrayants les travailleurs et travailleuses en mal de distraction ….

Petrus dit: 15 mai 2016 à 12 h 48 min

Comment ne pas être d’accord avec radioscopie ?! Toutefois… Comparons plutôt le Picasso Guernica avec Rothko, ou Twombly… et « Café society » avec « Moi Daniel Blake ». Woody Allen et Ken Loach. Deux réalisateurs à peu près du même âge.L’un engagé (« missionné » ?) l’autre moins…

Polémikoeur. dit: 15 mai 2016 à 13 h 16 min

La danse du funambule
est-elle privée de « sens »,
pour tous ses éventuels témoins ?
Equilibrillamment.

radioscopie dit: 15 mai 2016 à 13 h 24 min

Petrus n’accepte pas mes « gros traits ». Soit. Intéressant rapprochement entre Picasso et Rothko. Deux peintres totalement engagés, refusant l’embrigadement stylistique, plus animés de préoccupations sociales et politiques que d’esthétique. Et s’il est un artiste obsédé par la fonction symbolique de l’art, habité par la mission sociale de l’artiste – qui est de « réparer le monde », c’est Rothko (in The Artist’s Reality).

Annelise dit: 15 mai 2016 à 14 h 33 min

DHH, je me souviens d’avoir bien ri avec son « Pour en finir une bonne fois », dont cette extravagante histoire de vampire empressé, comte Dracula qu’une honnête boulangère (juive?) ne voit pas venir et qui ne cesse de se faufiler dans le placard pour échapper à la lumière du jour, ach! ach!
Radio &Petrus, à vous deux vous nous emmenez plus près de l’os. J’attache un grand intérêt aux films de Ken Loach, alors qu’en soi le label de militantisme en cinéma (comme en littérature) a tendance à me fatiguer. D’autres formes de nécessité plus nuancées me sont aussi précieuses sinon davantage, nous en rediscuterons peut-être, même si quand on s’aperçoit qu’il faut l’Eurovision pour que nombre de nos concitoyens prennent conscience que des tensions planent entre la Russie et l’Ukraine, on croit rêver! Des mois que Reporters sans frontières tente d’attirer l’attention sur les exactions. Kundera n’a pas eu besoin de poupées de cire pour réagir à l’intrusion des chars. Cela dit, rire peut faire partie des priorités de santé publique, cela se conçoit également.
Gossip (qui portez bien votre nom apparemment?) Mia Farrow ne s’est jamais cachée que la filiation de son fils Ronan se jouait à pile ou face, et alors? Plutôt qu’un test en paternité, intrusif, vulgaire, je propose de coller une clarinette dans les bras du jeune homme, de l’engager juste après à entonner « Strangers in the night ». Vous serez fixé selon sa manière de s’être sorti du too-bi-dou-bi-daa, daa-da-daa-da-da-tou-bi-dou-bi-daa. Quant à parler de qui est le véritable père, c’est une notion relative (Cf Henri Salvador/Jean-Marie/François Périer.)
JC 12h46, je ne crois pas que Vassili Grossman offre grande distraction aux travailleurs zé travailleuses en écrivant « Vie et Destin », ni Pavese avec son « Métier de vivre ». Ni Woolf, ni Faulkner, ni Brecht. Ni Andrey Zvyagintsev en tournant « Leviathan ». Les exemples dans cet esprit qui me viennent en tête sont légion, mais ce n’est même pas la teneur en gravité qui est en question, en fait. J’en reviens plutôt à la nécessité – et c’est une denrée en effet difficile à chiffrer. Mais vous avez raison sur un point, c’est que nul n’est jamais obligé de sacrifier à un art. Personne ne nous pousse à écrire des livres ou faire des films, sinon un ressort en nous suffisamment puissant pour qu’on y aille. Et c’est très troublant. Je pense souvent à cette phrase de Pavese, pour moi éclairante, pour tenter vaguement de justifier pareil comportement, qui en réalité se passe d’autorisation extérieure. C’est dans « Dialogues avec Leuco » : « J’ai travaillé, offert de la poésie aux hommes, partagé les peines de beaucoup. Je me suis cherché. »
Cela n’oblige personne à rien.

DHH dit: 15 mai 2016 à 14 h 37 min

le postci-dessous annule et remplace celui que j’ai envoyé ce matin(9h 22) dont je me suis aperçue à la relecture qu’il etait bourré de fautes, le rendant parfois incompréhensible
merci de l’ignorer

J’ai vu le film
J’ai aimé bien sur les retrouvailles que ce film nous offre avec une nouvelle demonstration accomplie de ce qui fait l’art de WA ,son humour et sa façon de manier le cliché jusqu’à la derision d’une part ,la finesse, la subtilité la délicatesse dans l’expression des sentiments et des caractères, et des relations entre les êtres d’autre part
Mais précisément c’est la juxtaposition un peu maladroite des deux registres qui m’a gênée
L’Hollywood des annéees 30,en monde du fric et de la demesure avec ses producteurs fastueux et un rien vulgaires, ses villas de stars en forme de pâtisseries architecturales, ainsi que la pègre new-yorkaise et ses méthodes rodées et expéditives, tout cela est presenté avec cet art propre à WA de l’exploitation decapante des cliches qu’il tire jusqu’à la dérision et l’absurde . Cette maniere qui s’exprime notamment dans l’ouvrage que vous citez- Pour en finir une bonne fois avec la culture-qui decortique et caricature des genres littéraires ,des figures connues et des idéees reçues jusqu’à en faire eclater leur ridicule .
Et cette approche de dérision distanciée qui constitue l’ arrière-plan de cette histoire nous permet de rire sans la moindre émotion d’une expedition punitive contre un voisin coléreux qui finit coulé dans le béton, ou de ne retenir, pour en rire, du séjour du frere aîné dans le couloir de la mort que la colère de la mere devant la conversion au catholicisme de son fils
Mais précisément cette immersion joyeuse dans cet univers de dérision a suscité, du moins pour moi , une mise en condition m’empêchant de rentrer de plain-pied en empathie avec les personnages de cette histoire d’amour pourtant emouvante et racontée de manière fine et nuancée

Annelise dit: 15 mai 2016 à 15 h 18 min

Il se lisait malgré tout DHH! Jeté un oeil à l’instant chez Pierre, en attendant d’enchaîner sur une projection, J’ai vu que vous faisiez allusion au « Postino ». Le film a été tourné sur l’île de Salina, dans les Éoliennes à côté de Stromboli où je me suis rendue souvent : mobylette poussive (obligatoire, pas de voitures!) pour aller sur place, sur des petites routes en romarin sec, volubilis, belles de nuit et bien sûr, pomélia (LA fleur de la Sicile avec les citronniers) La Paulette d’Yves Montand a dû mettre pied à terre plus d’une fois, en dépit du moteur. Bien à vs

radioscopie dit: 15 mai 2016 à 16 h 01 min

Annelise, je ne puis me « réserver ». Ma Loute me poursuit, preuve que ce n’est pas un mauvais film (?) Et j’ai repensé à cette scène trash où la prolo, Thénardier hirsute, s’avisant que les bourgeois bien qu’amochés gigotent encore dans le filet en attendant de passer à la casserole, s’arme d’une rame pour les achever avec une spectaculaire férocité. Ne serait-ce pas la scène clé du film ? Contre toute attente, nos bourgeois en réchappent manière de démontrer sans doute que la bourgeoisie a le cuir solide, qu’elle est increvable, indéboulonnable depuis… 227 ans au bas mot.

JC..... dit: 15 mai 2016 à 16 h 15 min

Ecrire est un acte distrayant pour le lecteur, inévitable (?) pour l’auteur.

Après avoir lu le Métier de Pavese, je suis passé à autre chose. Pavese lui après avoir cherché ce qui est introuvable, s’est découragé. Pan !

C’est comme ça, et cela ne me touche guère ! Un homme de plus ou de moins sur Terre : quelle importance ?….

Annelise dit: 15 mai 2016 à 16 h 15 min

Jamais dit qu’il s’agissait d’un mauvais film ! Mais oui oui, tenez votre langue là-dessus encore un jour ou deux, que nous ayons le plaisir d’en parler ensemble. Déjà pas mal de recoupements entre nous, vous verrez, alors que je ne toucherai pas au billet, écrit en suivant la sortie et qui attend au chaud

Annelise dit: 15 mai 2016 à 16 h 18 min

Non seulement il s’est découragé, mais de petites femmes l’avaient fait avant lui, JC. Et maintenant silence? (Cette dernière pourrait être une phrase de Lynch, s’il y avait un nain & un rideau de velours rouge)

DHH dit: 15 mai 2016 à 17 h 17 min

@Annelise 14 h 33
En fait il y a eu à partir « pour en finir avec la culture » ce recueil de petits textes tellement drôles et si emblématiques de la manière de Woody Allen, deux éditions françaises à 20 ans environ d’intervalle , assez différentes l’une de l’autre
.Certains textes sont plus développés dans l’édition la plus récente par exemple le « pour en finir avec les livres de souvenirs « qui a mille échos filmés dans MIDNIGT in PARIS . D’autres sont écourtés ou ont disparu.
Pour ma part je regrette ce joli faux conte hassidique qui figure dans la première édition et pas dans la plus récente :Un pauvre confectionneur est venu consulter le Tsadik parce qu’il n’arrive pas à vendre les chemises qu’il fabrique . Et il reçoit du sage ce conseil: « rentre chez toi fabrique des petits crocodiles en coton et couds en un sur la poche de chaque chemise » Et rapidement c’est évidemment la fortune .
WA sait retrouver pour ce délicieux pastiche le ton ,le rythme le vocabulaire de ces histoires faussement naïves venues de la sagesse hassidique

olga dit: 15 mai 2016 à 20 h 11 min

DHH ,vous m’avez, amicalement,amusée: les accents s’étaient simplement offert un jour de congé, dans votre post !
Annelise, j’aimerais que vous disiez, en 2 mots, comment dans la salle fut reçu le speech de Laurent Lafitte.
Impossible d’imaginer plus stupide; pas un centigramme d’esprit, d’intelligence–et pas seulement à cause des allusions vaseuses. On proclame que Cannes est l’un sinon le plus grand festival de cinéma au monde,et le discours d’ouverture est la plupart du temps d’une ringardise et d’un ennui profond.Il faut envoyer des tweets à Frémeau ?
J’aime W Allen et j’ai bien aimé Cafe Society ( que je vais revoir demain, seule) Le chef op’ Vittorio Storaro travaillait pour la 1° fois avec W A, qui dit-on, avait fait des pieds et des mains pour se le réserver. Vittorio St. fut le chef op’ du « dernier tango à Paris » d »Apocalypse now »,(entre autres) il a 75ans, et tout mon savoir se trouve dans « le Monde » de cette semaine.Il dit fort justement que ce qu’il faut privilégier, c’est l’image, le filmage, c’est ce qui fait la qualité d’un film.Dans Cafe society ,c’est évident,comme dans tous ,ou presque, les films de W.A.Il y a loin du 1° que j’avais vu « Tout ce que vous voulez savoir », à Manhattan, Hannah et ses soeurs, Zelig, La Rose Pourpre du Caire … Anne Lise( et d’autres posteurs)vous parlez de « marivaudage, eau de rose » Je laisse de côté une discussion futile , sur le mot marivaudage; il y a 2 semaines sur France Cult, il y eut 4 ou 5 séances d’1 heure, consacrées à Marivaux, remarquables, où il fut montré que le théâtre de Marivaux était bien plus « révolutionnaire » que celui de Beaumarchais ( ce que je crois profondément) ET vous avez prévu , me semble-t-il de parler de la profondeur de W.A : distrayant aimablement ?  » ce ne sont pas ces visions fantasmées du monde d’hier qui feront obstacle à l’irrésistible ascension de D.Trump » dit qq’un.Que le film soit autre chose q’un joli bonbon enrubanné, j’en ai été persuadée ( j’y retourne seule pour cela) qu’il ait la force , l’acuité et le désespoir d’une pièce de Tchékov ? c’est à voir; le théâtre a sur moi un effet plus immédiat; mais le rapprochement est intéressant. »comment l’art peut -il aider à lire le monde ? » L’intérêt aussi est que W.A est son propre scénariste, et que les mots qu’emploient les personnages sont révélateurs. En fait il est le Grand Ordonnateur, et ( nous) je suis à chaque fois renvoyée aux autres films.
Ceci est presque un excursus;sur la RdL, il était question, la semaine passée des écrivains et jurés, de cinéma. Un livre a-il eu du succès, les droits sont immédiatement achetés; c’est un problème de fric; j’ai lu (où?) qu’un film était en tournage à partir de « réparer les vivants », ce qui me semble une ineptie,on peut craindre le pire ; je me souviens de la saga des » hommes en blanc », j’étais ado et toutes copines confondues nous nous tordions tellement de rire que nous avions dû sortir …
Peut-être aurez-vous le temps de parler un peu du rôle que peut jouer « cafe S  » par rapport à « Ma Loute » par ex qui semble-t-il vous a mise en joie( et que je n’ai pas vu, je ne suis pas à Paris) J’ai retenu de DHH « l’exploitation décapante des clichés, bien trouvé.

Annelise dit: 15 mai 2016 à 20 h 21 min

DHH 17h17, j’ignorais l’existence de plusieurs versions. La revisitation « par le petit sentier » (de traverse, comme les chemins) que vous présentez de Lacoste porte à sourire. Mon inclination pour WA d’ailleurs vous m’y faites penser vient en partie de là… ces histoires découvertes enfant et un peu plus tard, entre autres Isaac Bashevis Singer, avec cette cocasserie très fine & narquoise où il y a de la tristesse embusquée. Je ne l’analysais pas, mais cela m’a incitée ensuite à essayer, puis aimer Philip Roth, Malamud, Bellow… mon cher Moses Herzog dont les mésaventures avec Ramona, Val ou Mady oscillent entre drôlerie, psychanalyse hirsute et cafard assaisonné de pilpoul. Probable que c’est ce que je continue toujours de guetter chez Allen, cet humour teinté de mélancolie, étincelle que la barbarie a tenté d’éteindre, qui vacille dans le vent et brusquement se ravive d’autant plus débridée parfois, virtuose. Comme cette blague traditionnelle qui m’amuse encore, alors que le président d’UDA Raphaël Esrail dont je suis proche me la redit chaque fois : « Je n’ai rien contre les mariages mixtes, la preuve… les Ashkénazes ne sont-ils pas les meilleurs amis des Juifs? » (Elle est généralement racontée dans l’autre sens, en plus il la déforme à sa sauce étant un Séfarade né à Izmir, raflé à Lyon où il faisait de la Résistance elle, sa femme, une Lituannienne d’origine, dernière survivante des convois Papon).

Annelise dit: 15 mai 2016 à 20 h 27 min

Olga, me voilà ennuyée, je ne découvre votre long post argumenté qu’à l’instant, répondant à DHH et alors que je suis forcée de quitter, quel dommage ! Je vous relis mieux d’ici qq heures et tenterai de vous répondre à cette occasion, ou sur un prochain fil. Pour « marivaudage » vous avez raison, abus de langage, mais vous voyez ce que je veux dire !

olga dit: 16 mai 2016 à 0 h 37 min

Annelise 20h27, ne soyez pas » ennuyée », je lis vos com.!En fait je retournerai voir « cafe society » mardi.
Il est projeté dans un gros complex et ce n’est pas ma tasse de thé, ni mon pochon de cacahuettes. » Ma loute  » est projeté dans une petite salle art et essai; j’avoue que je suis curieuse de l’association Bruno Dumont/ Valéria Bruni-Tedeschi.J’aime cette comédienne, qui a une voix incroyable et un quelque chose de léger et mystérieusement fantasque; avec Bruno Dumont ? ?!
@ Cocaïne blues. Vos 2 liens sont extra. ESt-ce pour rééquilibrer Woody Allen ? Vous imaginez l’un de ses personnages écoutant « fortunate son » ?
comme le dit l’un des com. » I’ll play this when Trump or Hillary try to send me to Syria « …
Je ne demande pas à un réalisateur ce que je sais qu’il ne me donnera pas… C’est pourquoi Bruno Dumont…..
Je n’ai jamais vu sourire ou rire une seule fois Woody Allen,depuis le temps qu’on le voit (ou l’interviewe) en France.

daniel dit: 16 mai 2016 à 6 h 14 min

rolando dit: 15 mai 2016 à 9 h 18 min
Oui, radioscopie, ne manque plus que l’andouille de pq

l’andouille de pécul/walter closet est occupé à faire sa propagande fhaineuse sur la rdl -comme ses alterego les islamofachistes, il trouve qu’il n’y a pas eu assez de morts. A propos de film et des appelés: ‘Avoir vingt ans dans les Aurès’ https://www.youtube.com/watch?v=X2uhpyEtobg

JC..... dit: 16 mai 2016 à 6 h 55 min

… et la haine ! … quel merveilleux moment de se sentir haï par les cons, ces petits, si petits !

….ça donne l’impression d’exister un peu au regard de ces gobies aux yeux ronds, tournant sans fin dans leur aquarium sans oxygène.

Annelise dit: 16 mai 2016 à 8 h 59 min

Cocaïne Blues (merci Dylan!), merveilleux extraits. Pour l’allusion que j’ai faite au Motorcycle & Rumble fish, voyez dès que vous le pourrez « Diamond Island » du jeune Chou Davy (Semaine critique), cela devrait vous plaire : Bora quitte sa campagne et va à Phnom Penh où il retrouve son grand frère.
Olga, le billet « Ma Loute » sera là demain. Une Valeria Bruni T étonnante, en dilatation progressive vers une extase immatérielle qu’on voit avancer dans ses yeux bleus arrondis pour l’occasion.
Daniel : quel sujet sensible. Peu de films osent revenir sur les conditions de l’indépendance algérienne, surtout dans ce contexte tendu, comme le soulignait Olivier Hadouchi en recommandant à ce propos « 10949 femmes » de Nassima Guessoum (Espace St Michel à Paris), je ne sais s’il passe encore? Le Monde Diplo consacrait un article à ce thème, avançant que la guerre a débuté probablement à Sétif le 8 mai 1945, quand des militaires français ont tiré dans la foule. C’est un fait. Kateb Yacine je crois y a perdu l’intégrité mentale de sa mère. Pas le sujet ici, mais quand on se pique de démêlement historique il faut tenter de tout voir, ne pas renvoyer les exactions dos à dos ni les mesurer au poids en prenant ce prétexte pour faire monter les enchères. C’est le même Maurice Papon qui signe par exemple la perte de tant de Juifs, embarque des convois d’enfants vers Drancy en 42 qui est préfet de police sous De Gaulle vingt ans plus tard et ordonne de charger à balles réelles une foule désarmée défilant contre le couvre-feu… Je ne sais plus combien de noyés par balles dans la Seine (et métro Charonne). Les Pieds Noirs vivaient sur une terre qui n’était pas la leur mais sur laquelle ils sont nés, ont vécu, aimé sans grande conscience politique de ce qui était à l’œuvre, parfois. Des colons, certes. Et surtout beaucoup de petites gens, contrairement à ce que véhicule le sens commun, employés, sages-femmes, instituteurs, cultivateurs pauvres, des Alsaciens qui voulaient échapper à la nationalité allemande, des Maltais, Italiens, etc, des opposants à Napoléon menacés de bagne qui avaient fui la France… Ils ont été déchirés par la guerre, eux aussi, ont subi des pertes terribles, matérielles et humaines, ont été traités comme des chiens en arrivant en métropole. Dans les petits villages campagnards du milieu des années 60, les Espagnols, Italiens, n’importe quel étranger au périmètre étaient regardés avec défiance, pour ne pas dire mépris. Je suis née plusieurs années après les accords d’Evian, j’étais fluette, très blonde aux yeux clairs et n’étant pas autochtone, les anciens m’appelaient « L’Arabe » ou « Gitana ». J’étais extrêmement flattée. J’ai mis des années à saisir que dans leur bouche ça n’était pas un compliment, même s’ils ne le disaient pas vraiment avec méchanceté. Des appelés rentraient et je me souviens qu’il y a eu une pendaison, un suicide d’un pauvre gars que les horreurs avaient rendu mutique. Mon père est resté au chômage cinq ans, relégué sans travail avec une famille de huit personnes dont de vieilles gens qui n’ont pas tardé à mourir, tellement ils ont été ostracisés. Les Harkis, parqués dans des camps. Fatima Besnaci Lancou a dirigé un drôle de numéro de la revue « Les Temps modernes » là-dessus… Je suis pour lire tout ce qu’on peut, garder les oreilles et les yeux ouverts avant de se faire une idée. Henri Alleg, évidemment. Camus. Et Germaine Tillion, résistante, déportée, défendant l’indépendance algérienne tout en militant contre la torture, mais alors toutes les tortures. ..celles que les dérives des règlements politiques et de l’histoire en marche ont infligé de part et d’autre. Il n’y a qu’en regardant les choses en face que la voie de la désescalade est envisageable. Sinon trop de rancœurs traînent dans les recoins, gangrènent tout.

DHH dit: 16 mai 2016 à 9 h 15 min

@annelise
Si vous aimez cette littérature juive americaine vous connaissez sans doute la série des polars de Kemmelman ,où le détective est un sympathique rabbin, pétri d’intelligence et de scepticisme , qui applique à ses enquêtes la méthode talmudique et toutes les ressources du pilpoul
Et surtout ces romans , à l’egal de ceux d’un Roth ou d’un Bellow ,dressent avec humour de la middle classe juive américaine un portrait réjouissant d’intelligence et de vérité

Annelise dit: 16 mai 2016 à 9 h 42 min

Kemelman ! Vous parlez à mon coeur d’ex polardeuse fan du Zyeux bleus du pongiste Charyn, DHH…(Dire que le rabbin se met à table un samedi, jour du shabbat… Tsss) A demain pour Bruno Dumont.

JC..... dit: 16 mai 2016 à 10 h 11 min

Anne-Lise, vous imaginez une désescalade ? Innocente ! …. la mémoire pour certains faits est autrement plus puissante que le pardon, une invention diabolique !

daniel dit: 16 mai 2016 à 12 h 21 min

Annelise
 » guerre a débuté probablement à Sétif le 8 mai 1945, » ça couvait sans doute depuis toujours (le début) -il y a toujours et des tensions, une méfiance latentes de part et d’autre – la conquête a été extrêmement violente (massacres, enfumades), et le mépris.
@ »une terre qui n’était pas la leur mais sur laquelle ils sont nés, ont vécu, aimé sans grande conscience politique de ce qui était à l’œuvre, parfois.  »
c’étaient deux communautés séparées

@ »quand on se pique de démêlement historique il faut tenter de tout voir, ne pas renvoyer les exactions dos à dos ni les mesurer au poids en prenant ce prétexte pour faire monter les enchères. »
Précisément ! Ras le bol des fascistes qu’ils soient oas ou islamointégristes, de la propagande incessante du provocateur fhaineux jc etwatercloset, qui joue au martyre – comme le fille de l’ex- tortionnaire pour des raisons électorales
Soixante ans après, il serait temps d’arrêter le décompte des horreurs et des morts, à moins d’être assez pervers pour faire le jeu,complètement stupide et stérile des extrêmistes

daniel dit: 16 mai 2016 à 12 h 23 min

 » Il n’y a qu’en regardant les choses en face que la voie de la désescalade est envisageable. Sinon trop de rancœurs traînent dans les recoins, gangrènent tout. »

que ne dites vous ça au pq!

rolando dit: 16 mai 2016 à 13 h 27 min

Oui, encore faudrait-il que le pq comprenne quelque chose, ce qui est très loin d’être le cas… désespérant et désespéré

Annelise dit: 16 mai 2016 à 13 h 59 min

« Tous les après-midis, Gertrude Stein et moi allions à la chasse aux antiquités et je me souviens de lui avoir demandé une fois si elle pensait que je dusse devenir écrivain. De sa façon si typiquement mystérieuse qui nous enchantait tous, elle répondit :
-Non.
J’en conclus immédiatement qu’elle voulait dire oui et je pris le bateau le lendemain. Ce même mois nous allâmes visiter Picasso dans son atelier à Arles. c’était un petit homme qui avait une drôle de façon de marcher. Nous rîmes beaucoup de ses délicieuses idées, mais dans les années 30, avec la montée du fascisme, il y avait très peu d’occasions de rire. Ensemble, Gertrude et moi examinâmes très attentivement les derniers travaux de Pablo, et Gertrude émit cette opinion : « L’art, toute forme d’art n’est rien d’autre que l’expression de quelque chose. » Picasso n’était pas d’accord. Il dit : « Laissez-moi tranquille. J’étais en train de manger ».
J’éprouvai quant à moi le sentiment aigu que Picasso avait raison : il était en train de manger. »

Woody Allen, « Souvenirs de jeunesse d’un esthète »
(Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture / Traduit et préfacé par Michel Lebrun, Edition du Seuil/Solar, 2009)

olga dit: 16 mai 2016 à 14 h 00 min

Ce soir Arte offre à 20h50 (VM) « le facteur sonne toujours deux fois »(d’après James Cain) de Bob Rafelson avec J.Nicholson et Jessica Lange . J’aime ce film (1980) cette version particulièrement; j’aime les 2 acteurs.J’ai aimé autrefois aussi « la veuve noire » du même Rafelson; en voulant rafraîchir mes souvenirs, Wiki m’a rappelé que Bob Rafelson était né dans une famille aisée d’un père fabricant de chapeaux et d’une mère alcoolique….Wiki n’y va pas par 4 chemins !
¤ « la veuve noire » film envoûtant avec 2 actrices remarquables: theresa Russel et Debra Winger.Disparues ? En tout cas « the postman… » ce soir, je m’en réjouis.(115mn)

Annelise dit: 16 mai 2016 à 14 h 09 min

Tentant, Olga. Je me rappelle les deux films. Hélas en pêche cannoise pour vous rapporter des poissons après Ma Loute où je vous attends demain. Teresa la belle vénéneuse, et Debra, après l’anecdotique « Legal Eagles »(l’Affaire Chelsea Deardon, Rod Stewart en BO avec Daryl Hannah qui avait encore ses deux yeux d’avant Tarantino) où elle jouait l’avocate, dans la vie passagère amoureuse de Redford… et proche de Paul Bowles. Pas mauvais goût.

Annelise dit: 16 mai 2016 à 14 h 11 min

Pendant « Postino », vous penserez à moi j’espère poussant ma mob dans la montée (!) avant de descendre à Pollara, sur l’île de salina que j’aime tant. Bon film !

Annelise dit: 16 mai 2016 à 14 h 15 min

…petite taquinerie entre Rafelson et Radford, Olga, pas le même univers mais j’aime les deux alors ..

Annelise dit: 16 mai 2016 à 14 h 18 min

Grâce à Jack, Jessica et Bob, les tables de cuisine en tout cas sont définitivement parées d’érotisme. Cette fois je rempile. A bientôt

DHH dit: 16 mai 2016 à 16 h 59 min

@ Annelise 14 h 11
le facteur de ce soir, celui qui sonne deux fois, n’est pas ce « postino » qui devient l’ami de Neruda, mais cela ne nous empêche pas de vous imaginer sur votre mob et ,en tout cas, de repenser à ce merveilleux film me fait souhaiter que la télé nous le propose aussi un soir prochain

Annelise dit: 16 mai 2016 à 17 h 14 min

Oui oui DHH je le sais bien, mon « Postino » tourné à Pollara qui nécessite la mobylette est de Michael Radford, avec Troisi, bel acteur si vite mort d’un cancer,celui qu’Olga évoque (qui lui, ne dédaignera pas remettre une main pleine de farine à la pâte de Jessica Lange sur Arte ce soir. .), de Bob Rafelson. Taquinerie.
Pour l’heure(encore) devant une possible palme dans qq mn

Annelise dit: 16 mai 2016 à 17 h 24 min

Au débarcadère de l’île, à Salina, juste devant la petite côte qui va à l’église, il y a une horrible installation – un vélo – sur lequel grimpent les touristes pour se faire photographier sur la bicyclette à sacoches du postino ! Je ne l’ai jamais fait. Mamma mia, on souffre en l’imaginant devant gravir la route jusqu’en haut. En descente c’est moins dur, mais il faut forcément imaginer Sisyphe heureux en songeant au retour. Des mollets et un moral de fer sont nécessaires pour une prouesse pareille. Il fait tellement chaud ! Heureusement il y a les fleurs. Salina, l’île pleine de fleurs. Stromboli en comparaison c’est tout sec.

radioscopie dit: 16 mai 2016 à 18 h 06 min

Annelise, je sors de Café Society. Toutes ces bulles, cet or de la lumière, des bijoux, des toilettes, des fausses colonnes doriques (sic), j’en ai la tête qui tourne et légèrement mal au coeur comme après un excès de choux à la crème. Quelques rares perles dans un flot de caquetages. Quant au jazz, pas un black à l’horizon… tiens !

ivan dit: 16 mai 2016 à 20 h 02 min

Woody Allen a appelé sa fille « Bechet ». ça compense non?Penser à Greco crachant dans la main d’un type qui avait manqué de respect à Miles Davis !

daniel dit: 17 mai 2016 à 12 h 48 min

Annelise dit: 16 mai 2016 à 8 h 59 min
Pour récapituler, vous ne m’apprenez rien- j’ai dû mal m’exprimer, m’en prenais au rabachage écoeurant du pq – ce sont des crétins comme lui de part et d’autre qui ont tout fait foirer

Nonosse dit: 17 mai 2016 à 14 h 18 min

daniel j’ai pas l’impression qu’Annelise s’adressait à vous à 8.59 ;plutôt qu’elle abondait dans votre sens mais je peux me tromper! marre des fouteurs de m;..(de tous bords).

radioscopie dit: 17 mai 2016 à 16 h 11 min

@ivan dit: 16 mai 2016 à 20 h 02 min
C’est Billie Holiday qui, en 39, a interprété pour la 1ère fois, au Café Society (New York)la chanson Strange Fruit ode au corps d’un Noir pendu à un arbre i.e. dénonciation des lynchages dont sont régulièrement victimes les Noirs. L’impasse allenienne n’en est que plus évidente.

daniel dit: 17 mai 2016 à 16 h 15 min

Nonosse, Annelise

j’en avais après le pq -ses crétineries me sortent par les yeux , pardon

je sais aussi que beaucoup ou pas mal de PN n’étaient jamais venus en France, n’avaient jamais quitté leur bled ou quartier

cocaïne blues dit: 22 mai 2016 à 20 h 38 min

Cocaïne Blues (merci Dylan!), merveilleux extraits. Pour l’allusion que j’ai faite au Motorcycle & Rumble fish, voyez dès que vous le pourrez « Diamond Island » du jeune Chou Davy (Semaine critique), cela devrait vous plaire : Bora quitte sa campagne et va à Phnom Penh où il retrouve son grand frère.

De Tulsa à Phnom Penh et sur vos recommandations, je me laisserai aller à ce « traveling show » (les places de ciné coûtent-elles moins cher à Cannes hors saison ?)

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