de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Caprice » : l’art d’emberlificoter le destin

Par Sophie Avon

« Quand Dieu veut te punir, il exauce tes vœux » écrivait Karen Blixen. Emmanuel Mouret en arrive aux mêmes conclusions tout en admettant que nos envies sont parfois indécises et qu’au fond, le mieux est de laisser faire le temps.

Ce n’est pas pour rien si son nouveau film s’appelle « Caprice », du nom d’un de ses personnages ; les fluctuations du désir sont au centre d’une œuvre qui ne veut apporter aucune réponse et n’a qu’une ambition : produire du jeu, donner du plaisir. Clément (Emmanuel Mouret) est un être sensible et doux qui aime son fils, le théâtre et son métier. Il est instituteur, vit en célibataire depuis que sa compagne l’a quitté pour un ami du couple, et en bon père, veille un weekend sur deux sur son fils Victor. Lequel est un enfant atypique, adorant lire et refusant de jouer avec une console. Le film s’ouvre ainsi : père et fils assis sur un banc, le petit garçon dévorant un roman, son père lui proposant de faire autre chose…

Dans l’art d’être comblé, Clément va connaître un accomplissement proche de la magie – d’ailleurs le film, comme chez Woody Allen, est truffé de sortilèges et de tours de passe-passe. En voilà un : devenu le professeur particulier du neveu d’Alicia, une comédienne célèbre qu’il vénère, Clément finit par s’installer en couple avec la jeune femme. On avait prédit à Alicia (Virginie Efira) qu’elle aimerait un homme d’un milieu très différent du sien. Elle l’a rencontré. Ils vivent heureux. Dans un premier temps du moins, parce qu’avec Emmanuel Mouret, rien n’est jamais très simple et la bonne volonté de chacun n’est souvent qu’un moteur à provoquer des catastrophes. Surtout quand cette bonne volonté cache autre chose, qu’elle est l’avers d’une pulsion mal identifiée.

Voici Caprice justement (Anaïs Demoustier) qui aspire à être actrice.  Clément tombe sans cesse sur elle sans la reconnaître. Mais la jeune fille, elle, le reconnaît, et peu à peu, entre dans sa vie. Il a beau refuser, vouloir l’éloigner, tenter de la décourager, il a du mal à couper court à cette amitié qui ressemble à de l’amour. Et au fond, pourquoi a-t-il tant de mal à se débarrasser d’elle ?

Un cinéaste n’est pas acteur pour rien. Celui-ci trimballe ses embarras candides de film en film – à quelques exceptions près – et trouble les cartes par sa présence insolite faite de maladresse et de délicatesse. Si le comédien a imposé cette figure d’homme fragile, indécis, incapable de jouer les durs, le réalisateur n’en finit pas d’affiner le profil, de lui proposer des partenaires diaboliques et d’agrandir l’espace de jeu. Mettre dans les pattes de Clément, au moment où il vit avec une star aimante et sans caprice justement, une petite jeune fille débordante de passion nommée Caprice, c’est emberlificoter le destin à plaisir, mais c’est aussi montrer le vertige d’une vie où ce qui se présente peut se dérober et où ce qui s’édifie n’est pas toujours le fait de notre volonté.

Le scenario de « Caprice » n’en finit donc pas de s’amuser de virages inattendus, déjouant sans cesse les attentes et  s’appuyant sur des personnages complexes dont on ne sait jamais, s’agissant de Caprice notamment où est la part de candeur et celle de calcul, de duplicité et d’innocence. « Mais tu sais le mensonge, c’est pas une mauvaise chose », dit la jeune fille qui s’est invitée chez Clément pour prendre une douche. Si les mensonges de l’existence ont du bon, ceux de cette comédie où court une mélancolie diffuse sont encore meilleurs.

« Caprice » d’Emmanuel Mouret. Sortie le 22 avril.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

27 Réponses pour « Caprice » : l’art d’emberlificoter le destin

ueda dit: 22 avril 2015 à 15 h 22 min

Nous sommes le 22 aujourd’hui, non ?
Eh bien, je suis désolé, mais le film n’est pas à l’affiche.

Sophie dit: 22 avril 2015 à 22 h 31 min

Vous me faites peur, Ueda! Vous habitez dans un désert? Oui, Jacques, je vais parler du Wenders samedi…

ueda dit: 23 avril 2015 à 17 h 18 min

Je l’ai vu à New York.
Je n’ai pas tout compris parce que c’était en version originale, évidemment.
J’attends la version doublée en allemand.

jane dit: 24 avril 2015 à 9 h 01 min

c’est le fifille à les génies tu vois , lars tu vois il la fait acter comme mado saso c’est une signal de créativation très gigantesquement brilliant

Jacques Barozzi dit: 24 avril 2015 à 9 h 31 min

Ce que l’on a vu c’était « La couleur de la grenade », une version triturée, non conforme à la volonté de Paradjanov. Cette nouvelle version de « Sayat Nova » est remontée dans l’esprit d’origine…

ueda dit: 24 avril 2015 à 12 h 17 min

Sophie, ne vous inquiétez pas.
C’est notre ami Puck qui s’amuse à écrire à notre place. C’est qu’il nous aime et regrette que nous ne soyons pas plus présents.
Jacques, JC, votre serviteur…, il fait tous les rôles!

ueda dit: 24 avril 2015 à 13 h 01 min

Puisque je suis là, Sophie (pardon, Puck, de prendre votre place), comment faites-vous pour rendre compte des films en long et en détail?

J’ai connu un critique de cinéma névrotique (« mais si j’aime les arbres, mais seulement au cinéma ») qui griffonnait dans le noir pendant la séance.

Vous fiez-vous à votre mémoire et n’écrivez qu’après coup?
Pour le film que Jia Zhangke, je sais que vous êtes allé le revoir (moi aussi).

Sophie dit: 24 avril 2015 à 13 h 45 min

Il y a les critiques qui laissent décanter et ceux – dont je fais partie après avoir été dans la première catégorie – qui écrivent tout de suite après, voire pendant!

Jacques Barozzi dit: 24 avril 2015 à 17 h 59 min

Beaucoup de charme dans cette comédie tout en douceur sur les jeux de l’amour et du hasard, dans la lignée un peu surannée du théâtre de Bernstein et de Sacha Guitry mais revivifié par de jeunes comédiens tous épatants…

critique pro dit: 24 avril 2015 à 18 h 50 min

« sa compagne l’a quitté pour un ami du couple »
Trop sympa, la vache!

 » pourquoi a-t-il tant de mal à se débarrasser d’elle ? »

elle est collante

« le mensonge, c’est pas une mauvaise chose  »
Bel exemple pour la jeunesse !

ueda dit: 25 avril 2015 à 10 h 00 min

« qui écrivent tout de suite après, voire pendant! » (Sophie)

Ça fait penser aux gens qui tiennent un journal (diary).
Ils commencent par vivre et écrire plus tard.
Et puis, ils finissent par s’obliger à vivre de telle ou telle manière, dans l’anticipation de ce qu’il devront écrire.

Il existe peut-être des gens qui procèdent de manière inverse.
Ils écrivent le samedi 25: « Aujourd’hui dimanche 26 j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai embrassé Germaine. »
C’est courageux mais ça plombe un peu le week-end.

JC...... dit: 25 avril 2015 à 17 h 13 min

Je ne voudrais pas m’énerver mais …. tenir un journal !!!

A de rares exceptions près… c’est Narcisse se mirant dans une casserole d’eau tiède, non ?

giulietta massina dit: 26 avril 2015 à 9 h 12 min

quand on parle de casseroles,Benito JC en trimballe plus d’une sonnante et trébuchante

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