de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Films

« La planète des singes: l’affrontement » ou l’amour de soi

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« Ca va finir comme ça, il ne restera personne » dit une voix off. La terre, cette planète bleue que les hommes ont chérie et dévastée s’éteint comme une ampoule. La grippe simienne a eu raison de l’humanité. Le préambule de « La planète des singes » est un crépuscule sur lequel le récit prend appui pour renaître de ses cendres. Un gros plan sur le visage de César, des années après, achève de relancer l’aventure.  César, le singe sage, est le chef de meute qui vit paisiblement à la frontière d’une ville, San Francisco, autrefois habitée par les hommes. Le retro virus […]

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« Boyhood », l’enfance dure

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Auteur d’une trilogie mémorable déployée sur quinze ans, avec Julie Delpy et Ethan Hawke (« Before sunrise »/  « Before Sunset »/ « Before Midnight »), Richard Linklater n’en a jamais fini avec le temps. Grâce à « Boyhood », il défie les dieux, nargue Saturne : douze ans de tournage, à raison de quelques jours par an, pour enregistrer le passage des années. Mason junior est le héros central de cette magnifique entreprise (Ellar Coltrane). C’est un petit garçon de six ans quand démarre le film. A la fin, il en a 18 et entre à la fac. Mason a une sœur, Samantha, la propre fille du réalisateur, […]

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Guillaume Canet est « L’homme qu’on aimait trop » et qui n’aimait pas assez

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Tel ce visage qui apparaît, dessiné au crayon, au tout début du film, combien de fois faudra-t-il reprendre le croquis pour révéler le véritable visage de Maurice Agnelet ?  On ne saura sans doute jamais si cet homme est un cœur de pierre ou d’assassin. En se servant des mémoires de Renée Le Roux écrites par son fils Jean-Charles, André Téchiné n’a guère pris de distance avec les faits mais il a refusé de charger Agnelet, laissant l’énigme intacte, examinant plutôt, autour du trio formé par une mère, sa fille et son amant, les mécanismes du pouvoir, de la trahison et […]

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« Blue ruin », un blues sans regret

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Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin : la voix d’Otis Blackwell fredonne « No regrets ».  Et si après un si noir récit, il s’agissait de conclure en beauté, de façon narquoise et quelque soit la tragédie de vivre ? Ce qui est fait est fait, à la place des regrets, des actes : voilà ce que semble dire ce film de genre pas tout à fait comme les autres. De la Virginie au Kentucky, « Blue ruin » suit le parcours mortifère d’un homme qui à lui seul pourrait bien incarner l’âme amère d’un pays. C’est un vagabond (Macon Blair, extra en zombie […]

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Ken Loach : la lutte et le plaisir

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En 1932, Jimmy Gralton est une légende vivante en Irlande, chez lui.  Engagé auprès de l’IRA, il a du fuir en 1922, en pleine guerre civile, pour continuer à lutter de loin, depuis l’Amérique où il s’était déjà exilé en 1909. Dix ans après la fin de la guerre d’indépendance, il rentre au bercail pour s’occuper de sa mère. Autodidacte, insoumis, il a fait tous les métiers et redonné du cœur aux plus faibles, ceux que le pouvoir et l’église oppriment sous prétexte de bon ordre. Or, Jimmy Gralton a toujours préféré la liberté à l’ordre. S’il n’avait pas existé, […]

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Vivian Maier, la photographe révélée

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Un jour de l’année 2007, alors qu’il est à la recherche d’images sur les environs de Chicago, John Maloof, agent immobilier de 25 ans, tente sa chance dans une salle des ventes où il achète un carton plein de négatifs. Une fois chez lui, il constate qu’aucun d’eux ne peut lui être utile, enferme le carton dans un placard, le ressort quelques mois plus tard, regarde attentivement les clichés. Ils sont magnifiques. Ce sont des photos de rue en noir et blanc : une petite fille qui pleure, un gosse qui s’agrippe à la jupe de sa mère, des clochards, des […]

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« Under the skin » ou l’envers du monde avec Scarlett

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A mesure qu’elle recule, ils avancent vers elle. Elle les aimante tous, les uns après les autres, qui tâchent de l’atteindre et s’enfoncent dans une eau d’encre aussi soyeuse que le néant. Ils pourraient s’arrêter, renoncer, mais ils continuent à la suivre comme si un fil invisible les empêchait de fuir. Femme fatale, belle à se damner, elle les a repérés au hasard des rues, demandant son chemin depuis sa camionnette, prenant l’air de celle qui est perdue et prête à consentir aux désirs les plus fous. Qui pourrait résister ? Qui peut résister à une attraction aussi puissante ? « Je rêve ? » […]

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« Le procès de Viviane Amsalem »: la guerre des nerfs

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C’est un procès interminable. Le litige ? Une femme tâche d’obtenir le divorce de son mari. Cela fait déjà trois ans que Viviane Amsalem réclame de pouvoir divorcer d’Elisha, dont elle vit séparée. Mais il refuse. Ce procès a lieu aujourd’hui, en Israël. Archaïque mais toujours en vigueur, la loi prévoit que seuls les rabbins peuvent prononcer un mariage et sa dissolution et que cette dissolution dépend du bon vouloir de l’homme. Alors Viviane se bat. Assistée d’un avocat, face à trois rabbins obsédés par la paix des ménages, soucieux surtout du mari. Lequel, malgré la désertion de Viviane du foyer […]

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« Au fil d’Ariane »: Robert Guédiguian réalise un rêve

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C’est une fantaisie. Une de ces comédies où l’insolite et le rêve sont là pour proposer une récréation et solliciter l’imaginaire. Robert Guédiguian va ensuite s’attaquer à un tournage consacré au génocide arménien, il a eu envie de cette respiration  en Méditerranée, entre éden marseillais et réinvention du monde. Au début, sa caméra se faufile le long  d’une sorte de cité idéelle comme on en voit dans les maquettes d’architectes. Une ville passée à la chaux et dont les individus sont sans visage. Et si le labyrinthe de Thésée était au cœur de ces immeubles sans couleurs où dans un […]

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« La ritournelle » ou l’art de rebondir

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Au cours du film, une scène magnifique a valeur de métaphore : le fils de Xavier, jeune acrobate en apprentissage, fait un numéro de trampoline où la poésie le dispute à la rigueur du geste. Fasciné que son fils soit capable avec son corps de faire une chose aussi gracieuse – tomber et se relever sans jamais sembler subir la pesanteur, ou plutôt la subissant mais la défiant éternellement -, Xavier a les larmes aux yeux, ce qui ne l’empêche pas de sourire parce qu’il est fier de son fils et que sans doute pour la première, il comprend vraiment le […]

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« Black Coal »: Ours d’or mal léché

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L’Ours d’or berlinois lui a été dévolu, signe que le polar, plus que jamais, innerve un cinéma mélancolique et profond. Celui-ci a même été conçu comme un portrait de la Chine contemporaine, et c’est un tableau aigu, pas de la veine de ceux de Jia Zhang ke, mais où, à chaque scène, on sent vivre un pays à travers ses habitudes et ses convulsions secrètes. Et puis Diao Yinan est un styliste aux idées sombres et aux cadres lumineux. Il suffit de regarder le premier plan où quelque chose apparaît dans ce qui pourrait être de la terre et qui […]

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« Bird People »: le pari du merveilleux

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« Bird People » s’impose immédiatement dans ce qu’il a de contemporain : ces couloirs du RER où passe la foule, essaim  anonyme d’hommes et de femmes marchant d’un pas rapide, se pressant vers des buts divers qui les isolent tout en les assimilant. N’y a-t-il rien de plus caractéristique de l’époque que ce flux déshumanisé dont Pascale Ferran, rapprochant peu à peu sa caméra, filme les individus ? Chacun aux prises avec ses préoccupations, nourrissant un concert de voix intérieure qui donne à cette ouverture sa familiarité et son étrangeté. On ne peut douter que cette fourmilière soit notre monde, mais bel et bien, le […]

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« Maïdan », place à l’Histoire

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Il a planté sa caméra place de l’Indépendance à Kiev, en pleine révolution ukrainienne. De novembre 2013, date à laquelle des citoyens de tous âges se sont rassemblés pour contester le régime de Viktor Ianoukovitch, jusqu’à mars 2014, Sergeï Loznitsa a saisi ce qui entrait dans le champ de sa caméra. Laquelle ne bouge qu’un instant. Le reste du temps, les plans fixes se succèdent, faisant de l’histoire en marche une matière sidérante, un bloc d’actualité en mouvement. Cela commence par l’hymne ukrainien. Les manifestants entonnent le chant, têtes décoiffées, mains sur le cœur, yeux rivés au podium installé là, au […]

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« Welcome to New York »: Depardieu ensevelit DSK

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« Quand on s’est retrouvé dans la maison de New York où ils avaient vécu, quand je me suis retrouvé à jouer ce personnage de futur président, j’ai eu l’impression de rentrer dans une pièce de Peter Handke ». Gérard Depardieu évoque son rôle dans « Welcome to New York » d’Abel Ferrara, admet que l’ombre de DSK planait sur le tournage mais qu’il ne s’est jamais identifié à lui. D’ailleurs, il a dit et redit qu’il n’aimait pas l’homme. L’interpréter, c’est une autre histoire. Il l’incarne, du moins incarne-t-il un personnage entièrement recréé d’après la personne publique qui il y a trois ans, alors que le festival […]

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« Deux jours, une nuit »: la grandeur des frères Dardenne

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C’est d’une telle simplicité qu’on en reste admiratif. Plus encore que « Rosetta », « Le fils » ou « la promesse », « Deux jours, une nuit » est une œuvre dont la ligne pure touche au grand art. L’argument est lui-même un modèle de brièveté : une femme a un weekend pour aller convaincre ses collègues de renoncer à leur prime afin qu’elle puisse garder son travail. Jean-Pierre et Luc Dardenne  réfléchissaient depuis plusieurs années à un film sur la crise, sur la précarité des plus faibles et la cruauté d’un monde où la performance compte davantage que l’humanité de chacun. Leur scenario renvoie à un dilemme […]

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« La chambre bleue »: l’enfer raffiné de Mathieu Amalric

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Présenté en sélection, dans la section Un certain regard, le film de Mathieu Amalric est un petit bijou adapté de Simenon. Lequel a tant servi au cinéma et à la télévision, que l’adapter encore en  2014 est à double tranchant. D’un côté, il y a ce qu’on veut y retrouver : le regard sur la province, le berceau étroit des pulsions extraordinaires, la sourde malédiction attachée aux personnages ; de l’autre, ce qu’on espère: l’originalité d’un œil neuf, la substance universelle d’une œuvre très ancrée dans le XX e siècle et pourtant adaptable à l’envi. La preuve, « La chambre bleue » dont Mathieu Amalric […]

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« Au nom du fils »: petit brûlot libre et grinçant

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Derrière ce titre « Au nom du fils » se planque une comédie sulfureuse sur le clergé – petit brûlot surréaliste où l’ironie belge (le réalisateur Vincent Lannoo) le dispute à l’effronterie québécoise (le coscénariste Philippe Falardeau). Quoique  s’agissant d’une farce aussi inattendue, il serait plus juste d’évoquer l’universalité d’un propos qui n’a peur de rien et certainement pas de faire rire avec la mort, le mensonge et la pédophilie. Comme toujours en de pareils cas, les dévots ont crié au scandale, remettant en question la sortie du film. Calmement, les exploitants s’en sont tenus aux vertus de ce cinéma libre et […]

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« D’une vie à l’autre »: double peine

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3 octobre 1990, un an après la chute du mur, la RDA n’est plus. Mais tandis qu’entre les deux Allemagnes, la frontière se disloque, c’est un lever de rideau sur les secrets enfouis d’un pays qui n’en finit plus de régurgiter ses démons. Une femme aux cheveux courts marche rapidement dans un aéroport, va aux toilettes, en ressort cheveux longs, avant de prendre un taxi pour un orphelinat allemand où elle demande à accéder aux archives. « D’ex-pensionnaires reviennent souvent » lui dit le gardien. Sans doute, mais elle n’est pas là pour ça. Elle s’appelle Katrine Evensen (Juliane Köhler, formidable). Quelques semaines plus tôt, en […]

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« Conversation animée avec Noam Chomsky »: le rêve de la science

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  Sans doute faut-il être aussi dingue que Michel Gondry pour se risquer à ce genre de gageure : réaliser un film d’animation au service d’un savant du XXI e siècle. Comme les esprits au-dessus du commun n’aiment rien tant que les idées fantaisistes, Noam Chomsky a accepté de participer au documentaire singulier dont il devait être la vedette. C’est ainsi que durant 85 minutes, il parle, interrogé par un cinéaste qui n’hésite pas à l’interrompre, à rebondir, à le faire répéter et qui, à l’image, propose son interprétation sous forme de croquis, de bulles, de graffitis apparaissant à mesure de […]

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« Pas son genre », le hasard de l’amour

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« Mais dans quel monde vous vivez, Clément ? »  s’interroge Jennifer, si fière d’avoir un prénom anglais, comme celui de Jennifer Aniston. Elle n’en revient pas qu’on puisse tout ignorer de l’actrice américaine à l’instar de Clément qui ne l’a jamais vue au cinéma. Il ne sait même pas qu’elle a été l’amoureuse de Brad Pitt. Son monde à lui ? Les idées et les livres. On  l’invite dans des colloques universitaires, il écrit des essais. Pour lui, la philosophie est un sport de combat. C’est ce qu’il enseigne à ses élèves. Que la pensée est d’ordre physique.  Il va apprendre à ses dépens que le sentiment […]

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