de Annelise Roux

en savoir plus

La République Du Cinéma

Films

« Maïdan », place à l’Histoire

28

commentaires

Il a planté sa caméra place de l’Indépendance à Kiev, en pleine révolution ukrainienne. De novembre 2013, date à laquelle des citoyens de tous âges se sont rassemblés pour contester le régime de Viktor Ianoukovitch, jusqu’à mars 2014, Sergeï Loznitsa a saisi ce qui entrait dans le champ de sa caméra. Laquelle ne bouge qu’un instant. Le reste du temps, les plans fixes se succèdent, faisant de l’histoire en marche une matière sidérante, un bloc d’actualité en mouvement. Cela commence par l’hymne ukrainien. Les manifestants entonnent le chant, têtes décoiffées, mains sur le cœur, yeux rivés au podium installé là, au […]

lire la suite .../ ...
« Welcome to New York »: Depardieu ensevelit DSK

41

commentaires

« Quand on s’est retrouvé dans la maison de New York où ils avaient vécu, quand je me suis retrouvé à jouer ce personnage de futur président, j’ai eu l’impression de rentrer dans une pièce de Peter Handke ». Gérard Depardieu évoque son rôle dans « Welcome to New York » d’Abel Ferrara, admet que l’ombre de DSK planait sur le tournage mais qu’il ne s’est jamais identifié à lui. D’ailleurs, il a dit et redit qu’il n’aimait pas l’homme. L’interpréter, c’est une autre histoire. Il l’incarne, du moins incarne-t-il un personnage entièrement recréé d’après la personne publique qui il y a trois ans, alors que le festival […]

lire la suite .../ ...
« Deux jours, une nuit »: la grandeur des frères Dardenne

48

commentaires

C’est d’une telle simplicité qu’on en reste admiratif. Plus encore que « Rosetta », « Le fils » ou « la promesse », « Deux jours, une nuit » est une œuvre dont la ligne pure touche au grand art. L’argument est lui-même un modèle de brièveté : une femme a un weekend pour aller convaincre ses collègues de renoncer à leur prime afin qu’elle puisse garder son travail. Jean-Pierre et Luc Dardenne  réfléchissaient depuis plusieurs années à un film sur la crise, sur la précarité des plus faibles et la cruauté d’un monde où la performance compte davantage que l’humanité de chacun. Leur scenario renvoie à un dilemme […]

lire la suite .../ ...
« La chambre bleue »: l’enfer raffiné de Mathieu Amalric

14

commentaires

Présenté en sélection, dans la section Un certain regard, le film de Mathieu Amalric est un petit bijou adapté de Simenon. Lequel a tant servi au cinéma et à la télévision, que l’adapter encore en  2014 est à double tranchant. D’un côté, il y a ce qu’on veut y retrouver : le regard sur la province, le berceau étroit des pulsions extraordinaires, la sourde malédiction attachée aux personnages ; de l’autre, ce qu’on espère: l’originalité d’un œil neuf, la substance universelle d’une œuvre très ancrée dans le XX e siècle et pourtant adaptable à l’envi. La preuve, « La chambre bleue » dont Mathieu Amalric […]

lire la suite .../ ...
« Au nom du fils »: petit brûlot libre et grinçant

14

commentaires

Derrière ce titre « Au nom du fils » se planque une comédie sulfureuse sur le clergé – petit brûlot surréaliste où l’ironie belge (le réalisateur Vincent Lannoo) le dispute à l’effronterie québécoise (le coscénariste Philippe Falardeau). Quoique  s’agissant d’une farce aussi inattendue, il serait plus juste d’évoquer l’universalité d’un propos qui n’a peur de rien et certainement pas de faire rire avec la mort, le mensonge et la pédophilie. Comme toujours en de pareils cas, les dévots ont crié au scandale, remettant en question la sortie du film. Calmement, les exploitants s’en sont tenus aux vertus de ce cinéma libre et […]

lire la suite .../ ...
« D’une vie à l’autre »: double peine

45

commentaires

3 octobre 1990, un an après la chute du mur, la RDA n’est plus. Mais tandis qu’entre les deux Allemagnes, la frontière se disloque, c’est un lever de rideau sur les secrets enfouis d’un pays qui n’en finit plus de régurgiter ses démons. Une femme aux cheveux courts marche rapidement dans un aéroport, va aux toilettes, en ressort cheveux longs, avant de prendre un taxi pour un orphelinat allemand où elle demande à accéder aux archives. « D’ex-pensionnaires reviennent souvent » lui dit le gardien. Sans doute, mais elle n’est pas là pour ça. Elle s’appelle Katrine Evensen (Juliane Köhler, formidable). Quelques semaines plus tôt, en […]

lire la suite .../ ...
« Conversation animée avec Noam Chomsky »: le rêve de la science

44

commentaires

  Sans doute faut-il être aussi dingue que Michel Gondry pour se risquer à ce genre de gageure : réaliser un film d’animation au service d’un savant du XXI e siècle. Comme les esprits au-dessus du commun n’aiment rien tant que les idées fantaisistes, Noam Chomsky a accepté de participer au documentaire singulier dont il devait être la vedette. C’est ainsi que durant 85 minutes, il parle, interrogé par un cinéaste qui n’hésite pas à l’interrompre, à rebondir, à le faire répéter et qui, à l’image, propose son interprétation sous forme de croquis, de bulles, de graffitis apparaissant à mesure de […]

lire la suite .../ ...
« Pas son genre », le hasard de l’amour

15

commentaires

« Mais dans quel monde vous vivez, Clément ? »  s’interroge Jennifer, si fière d’avoir un prénom anglais, comme celui de Jennifer Aniston. Elle n’en revient pas qu’on puisse tout ignorer de l’actrice américaine à l’instar de Clément qui ne l’a jamais vue au cinéma. Il ne sait même pas qu’elle a été l’amoureuse de Brad Pitt. Son monde à lui ? Les idées et les livres. On  l’invite dans des colloques universitaires, il écrit des essais. Pour lui, la philosophie est un sport de combat. C’est ce qu’il enseigne à ses élèves. Que la pensée est d’ordre physique.  Il va apprendre à ses dépens que le sentiment […]

lire la suite .../ ...
« Dans la cour »: Salvadori le burlesque mélancolique

20

commentaires

C’est une cour d’immeuble comme il y en a tant à Paris. Celle-ci est au métro Goncourt – pas étonnant qu’elle soit si romanesque. Chaque fenêtre sur cour  y est peuplée de gens un peu étranges, anxieux ou simplement qui n’y arrivent plus. Mal formatés aux normes de ce nouveau monde que le flux numérique abreuve et que la modernité rend obsolètes. Il y a le psycho rigide (Nicolas Bouchaud) qui entend chaque nuit un chien aboyer et qui lui-même finit par hurler à la lune, il y a un jeune défoncé (Pio Marmaï) qui fait un curieux business de […]

lire la suite .../ ...
« Les chèvres de ma mère »: transmission douloureuse

14

commentaires

Une fois de plus en cet hiver 201, Maguy charge sa brouette dans le chemin escarpé qui va de la maison au tas de purin. « Heureusement que je connais bien mes pierres » dit-elle en poussant sur les bras. Elle a une soixantaine d’années, les cheveux blancs et un visage doux. Sur ce plateau isolé des gorges du Verdon où elle vit depuis plus de 30 ans, elle fabrique des fromages de chèvres. Au moment de prendre sa retraite, de laisser son troupeau et son savoir-faire à une jeune agricultrice, Anne-Sophie, sa fille, Sophie Audier, laquelle n’a jamais voulu reprendre la […]

lire la suite .../ ...
Xavier Dolan, en campagne trouble

4

commentaires

Il a  25 ans et déjà derrière lui, des films tenus par la grâce et la rage, « J’ai tué ma mère », « Les amours imaginaires », « Laurence anyways ». L’amour, le désir, la culpabilité fondent cette œuvre ramassée dont « Tom à la ferme » serait une forme de réaffirmation. Même si au départ, adaptant la pièce de Michel Marc  Bouchard, Xavier Dolan a fait en sorte de changer de cap, il a reconduit ses thèmes favoris. Exilant son petit monde à la campagne et revenant au plus près de ses préoccupations : la cruauté des destins, la difficulté de s’assumer, le désir de vérité dans […]

lire la suite .../ ...
« Les trois soeurs du Yunnan »: des petites filles si grandes

5

commentaires

Ce sont trois petites filles qui vivent dans les montagnes de la province du Yunnan, au Sud-ouest de la Chine. Elles sont sœurs. L’aînée, Yingying a 10 ans, la cadette, Zhenzhen, en a 6 et la benjamine, Fenfen a 4 ans. La caméra de Wang Bing les suit, se fait oublier, saisit leur existence au quotidien, leurs disputes, leurs rires, leurs échanges, leurs repas, leurs déplacements. Toute une enfance dans un village pauvre où les bêtes cohabitent avec les hommes, où les cousins pullulent, où le père est parti à la recherche d’un travail, où la mère s’en est allée, […]

lire la suite .../ ...
« My sweet pepper land »: Hiner Saleem revient à son meilleur

1

commentaire

Rien n’est plus délicieux que ce film au titre si doux alors qu’il n’est pas sans âpreté. Mais chez Hiner Saleem, le drame va avec le burlesque et la déveine avec l’humour, si bien que même la mort, ici, fait plus sourire que pleurer. C’est elle qui ouvre le récit, dans ce Kurdistan où au lendemain de la disparition de Saddam Hussein, le pays est à reconstruire et les institutions à affermir. Seulement voilà, donner la mort, c’est tout un art, et ce pauvre type qu’il s’agit de pendre donne bien de la corde à retordre… Ecœuré, Baran (Korkmaz Arslan) […]

lire la suite .../ ...
Coline Serreau, conduite accompagnée

6

commentaires

C’est le genre dans lequel elle excelle, le documentaire. Attentive aux détails sans perdre de vue la ligne d’un récit, capable de se faufiler au milieu des conversations et d’en extraire des perles, d’aller au cœur d’une problématique et d’en tirer la substance. Parvenant haut la main à faire rire et à faire pleurer avec un sujet qui a priori n’est pas le plus folichon qui soit . « Tout est permis » explore ces stages où les conducteurs fautifs viennent récupérer des points. Coline Serreau s’est déplacée aux quatre coins de la France durant ces journées d’échanges et de ré-apprentissage de la bonne […]

lire la suite .../ ...
« Eastern boys »: la meute et l’enfant

11

commentaires

Depuis le ciel, la caméra observe le petit monde de cette gare du Nord que Claire Simon a déjà explorée. Robin Campillo, lui, promène sa caméra sur les garçons qui circulent du parvis à l’intérieur. Des gars de l’Est comme le titre l’indique, Russes, moldaves, Ukrainiens. Ils chassent, ils regardent, ils traînent, toujours à l’affût. Groupés, solidaires – grappes d’exilés dont la vitalité se multiplie  lorsqu’ils sont ensemble. Au milieu de la gare, un homme d’un certain âge, encore beau (Olivier Rabourdin).  Il est là pour trouver quelqu’un. L’un des petits « easter boys » est à son goût. Il lui donne son adresse et […]

lire la suite .../ ...
« Real », la chambre aux échos

9

commentaires

Rien n’est moins réel que « Real » et pourtant, tout y retentit de façon poignante, comme si l’amour s’y cognait aux murs d’une vertigineuse chambre aux échos. Kiyoshi Kurosawa, dont le récent et splendide diptyque « Shokuzai » était d’une étoffe plus réaliste, nous fait entrer dans cette nouvelle partition sur la pointe des pieds et nous en laisse sortir 127 minutes plus tard, groggy. Son univers, nourri de délicatesse et de la cruauté des mythes, mobilise tout ce que le cinéma compte de trouvailles narratives pour raconter une histoire de passion et de culpabilité. Dans sa façon de jouer avec nos cerveaux, à l’instar de Koichi […]

lire la suite .../ ...
« Aimer, boire et chanter » pour mieux en jouer

14

commentaires

On ne peut aujourd’hui regarder « Aimer, boire et chanter » sans penser qu’Alain Resnais s’est ingénié à mettre en scène sa propre disparition. Pour pouvoir au moins profiter de ce qu’on rate à tous les coups : la procession affligée des proches. Bien sûr, il travaillait déjà sur son prochain film, « Arrivée et départ », également adapté d’une pièce d’Alan Ayckbourn, mais la mort n’en finissait pas de battre à ses côtés, une mort malicieuse, joueuse, presque une copine à vrai dire, et ici plus qu’ailleurs où c’est George, le personnage central, que la maladie a rattrapé et condamne inexorablement. Voire. Autour de […]

lire la suite .../ ...
« Leçons d’harmonie »: Emir Baigazin, metteur en scène éthologue

8

commentaires

C’est un coin âpre du Kazakhstan où vivent Aslan et sa grand-mère. Cette âpreté est donnée d’entrée, comme un état de nature :  Aslan égorge un mouton sans état d’âme, puis le dépèce avec habileté. Plus tard,  seul dans sa chambre, il examine des cafards en les suspendant au-dessus de lézards affamés. Il est passionné de sciences et comme dans ce film d’Emir Baigazin où la minutie de l’observation relève de l’entomologie, il passe des heures à étudier ses bestioles. Parfois, il les anéantit en les électrocutant… Adolescent maigre et secret, Aslan est obsédé par la propreté de son propre corps, […]

lire la suite .../ ...
« Her »: femme objet, femme vivante, le mystère reste entier…

13

commentaires

Chaque époque a les amours qu’elle mérite. Si à l’heure du numérique, la partenaire idéale est virtuelle, dans les années 80, elle n’était qu’un porte-clés. Capable cependant de rendre fou  Christophe Lambert dans « I love you » de Marco Ferreri. Il faut noter que les femmes sont plus sophistiquées dans leurs émois : Charlotte Rampling s’amourachait d’un chimpanzé dans dans « Max mon amour » de Nagissa Oshima. Du moins était-ce un être vivant… Aujourd’hui,  c’est donc un programme informatique nommé « O.S. » qui suscite la passion.  Une simple voix chargée de conduire Theodore (Joaquin Phoenix) dans la jungle d’une application numérique. Une voix féminine,  légèrement rauque, propre aux fantasmes – celle […]

lire la suite .../ ...
Tsaï Ming Liang, vie de chiens à Taipei

4

commentaires

Les chiens errants, ce sont ceux que nourrit cette femme qui va le long des berges et à travers des ruines de béton. Ce sont ces hommes aussi, à moitié clochardisés, qui pour survivre tiennent des pancartes à longueur de jour contre une modeste paie. Dans le vent, sous la pluie, couverts de leur k-way jaunes ou bleus, ils bravent les éléments, demeurent immobiles aux carrefours, grappe humaine qui semble manifester contre le vide de l’existence et dont les panneaux sont des publicités immobilières. Dans le monde du taiwanais Tsaï Ming Liang, il faut se méfier des apparences, elles recèlent de […]

lire la suite .../ ...