de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Films

« Liv et Ingmar », le temps de l’amour

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La maison est vide. Les pièces semblent avoir été désertées depuis peu. Les plans se succèdent, fixant des perspectives immobiles. Des photos en noir et blanc apparaissent. Liv Ullmann, entre deux âges ou du temps de sa splendeur. A deux pas de son visage, son pygmalion, Ingmar Bergman a l’air de vérifier qu’elle est en vie. Mais c’est lui qui n’est plus, et c’est elle qui témoigne aujourd’hui, lumineuse du haut de ses 75 ans (elle est née en 38). Elle témoigne de cette vie passée comme dans un rêve, comme dans un film et qui pourtant, fut bien réelle. […]

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« Stoker », l’ange et le démon

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Pour sa première incursion hollywoodienne, le Sud-coréen Park Chan-wook  filme une histoire de Wentworth Miller (l’acteur de Prison Break) qui n’est pas sans rapport avec ses films précédents – autrement dit suffisamment tordue pour que les studios pensent à lui. Une histoire de famille et de vengeance, d’amour et de haine, d’innocents et de monstres où brille un casting inattendu : Nicole Kidman, Mia Wasikowska et Matthew Goode. Expert en cruauté,  Park Chan-wook n’a eu qu’à radicaliser son style tout en euphémisant sa manière pour faire d’un suspense hitchcockien une sorte de monument gore et sensoriel. S’attachant à de menus détails plutôt […]

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Sortilège orthodoxe

Sortilège orthodoxe

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C’était un sacré pari : celui de faire entrer le spectateur dans le cercle très particulier des juifs orthodoxes sans jamais que soit porté le moindre jugement sur leurs pratiques ou leurs convictions.  De fait, la réalisatrice Rama Burshtein prétend montrer ce milieu-là dans sa complexité, de façon quasi ethnographique, sans position critique ni d’ailleurs assentiment particulier, mais en rendant ses personnages à la fois universels et singuliers. Oui, ce sont des ultra-orthodoxes respectant à la lettre les préceptes de la communauté, mais ils aiment, ils souffrent, ils ont peur et ils ont de l’humour comme tout le monde – la […]

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« Mud » ou le parti de l’amour

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Ce sont des gosses à la Mark Twain.  A peine 14 ans, se débrouillant comme des chefs et la tête pleine de rêves. Ellis (Tye Sheridan) vit sur l’eau, une maison de bois promise à la casse et pour laquelle ses parents s’entre déchirent.  Neckbone, lui (Jacob Lofland) est orphelin, élevé par son oncle (Michael Shannon), un type loufoque qui veille sur lui de loin et explore les eaux tourbes du fleuve.  Dès qu’ils le peuvent, les deux ados enfourchent la pétrolette de Necbone et prennent le large. Ils ont une île aux trésors, une vraie. Et sur cette île, […]

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L’écume des jours à la surface des choses

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Sans doute était-il le seul à pouvoir adapter le roman de Boris Vian qui pour tout adolescent d’autrefois fut l’étendard de la liberté et la jeunesse. Michel Gondry s’est pourtant noyé dans « L’écume des jours », triste roman joyeux où pour tromper la mort, chacun fait semblant d’être heureux et rit trop fort avant de s’en aller pleurer. Le monde de Michel Gondry serait-il trop proche de celui de Vian pour que les deux, en fusionnant, ne puissent que s’anéantir? Plus sûrement, le roman est trop abstrait malgré sa fantaisie pour ne pas échouer à prendre vie sur grand écran, et le réalisateur, […]

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« Iron Man », la chair et l’acier

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S’il est admis qu’un blockbuster américain, fût-il en 3D, abrite autre chose que ce qu’il montre, alors, « Iron Man 3″ est un film sur le cinéma et ses leurres, sur la comédie et sur ceux qui la jouent. Une telle approche conduit tout naturellement à s’interroger sur l’époque. A quoi ressemblerait un monde envahi par les effets spéciaux, déshumanisé par le virtuel, débordé par la technologie? Le fait est que du costume à l’armure en passant par le masque et les chausse-trappes du numérique, tout ici ramène à un enfer orchestré par l’inconséquence des hommes. Le film s’ouvre en 1999, […]

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Des lendemains qui déchantent

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Deux copines viennent de passer le bac. Elles ont la grâce de leur âge. Devant l’ordinateur, Audrey regarde les résultats. Elle est reçue, l’autre pas. Pour Audrey, avoir son bac, cela veut dire pouvoir voler de ses propres ailes, prendre un appartement à Rennes en colocation, être libre – même si ses parents sont sympas et qu’elle a un petit ami ici. Pour Nanou, ça veut dire rester, redoubler, respirer à l’étroit. De fait, quand Audrey s’installe à Rennes et suit ses cours à la fac de socio, elle semble comblée. Quand elle revient chez ses parents, elle se moque gentiment […]

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Kung-fu, la perfection du geste

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C’est une œuvre splendide, puissamment formelle, dont la gestation a pris des années et qui aujourd’hui encore, n’en finit pas d’être retouchée par son réalisateur. On connait la difficulté de Wong Kar-wai à se séparer de ses films. Celui-ci n’échappe pas à la règle, dont les mutations épousent son décor, la Chine des années 30 jusqu’à l’aube des années 50, et la complexité d’un récit à la fois profus et déchiqueté. « Le kung-fu, c’est deux mots, est-il dit dans « The grandmaster », horizontal et vertical, le vainqueur étant celui  qui se tient debout à la fin du combat » ; le film, lui, […]

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L’Algérie, repentis et fantômes

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C’est un cinéma aride, sans fioriture, sans argent non plus, ce qui n’empêche pas la beauté des plans, leur composition savante et la force d’une dramaturgie ponctuée d’ellipses. C’est un film rude et sans tapage qui a la bonne idée de s’ouvrir sur l’hiver d’Algérie – une saison si peu montrée quand il s’agit du Maghreb qu’on sait tout de suite que ce film-là ira contre les idées reçues. Un jeune homme court dans un paysage enneigé qu’on jurerait noyé sous la cendre. Il arrive à son village, frappe à une porte, embrasse sa mère. C’est un repenti, un islamiste […]

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« Oblivion », mélancolique odyssée

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« Peut-on regretter un lieu que l’on n’a jamais vu ? Une époque qu’on n’a jamais connue ? » se demande Jack Harper dans « Oblivion », qui signifie « oubli ». On est en 2077 et la terre a vécu l’apocalypse. Les humains ont gagné la guerre contre les Chacals mais les ravages sont tels qu’il a fallu plier bagage. Seuls, Jack Harper et son binôme, Vika, accomplissent une ultime mission avant de partir d’ici 15 jours. Ils vivent sur une plateforme au-dessus des nuages, en liaison quotidienne avec le Tet, monumental satellite  depuis lequel une certaine Sally dirige les opérations, donne les ordres et surveille ses […]

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« Pieta », mère pas très catholique

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Son job ? Créancier. Sa méthode ? Couper les bras quand ses débiteurs ne peuvent payer leurs dettes. Sa force ? Sévir dans le vieux quartier métallurgique de Séoul que le pays s’apprête à raser. Dans ces vieilles échoppes sombres où trônent encore des machines antédiluviennes, Kang-do ne se laisse émouvoir par rien. Il entre, menace ou mutile sans se poser de questions ni rendre de compte à personne.  Kim Ki Duk, lui, filme la fin d’un monde, la disparition programmée d’un passé chargé de mémoire. « Je n’ai plus rien à faire, je n’ai que des dettes » dit un artisan dont la vie […]

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Le temps de l’aventure, le temps de l’amour

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Alix est une comédienne, d’une quarantaine d’année (Emmanuelle Devos). Elle joue « La dame de la mer » d’Ibsen à Calais, se rend un matin à Paris pour passer un essai. Dans le train, elle remarque un homme installé un peu plus loin dans le compartiment (Gabriel Byrne). Il l’a vue, lui aussi. Leurs yeux se fixent, se détachent, se recroisent. Il est clair qu’ils se plaisent mais il faudra attendre pour que l’aventure programmée par le titre tienne ses promesses. Un instant, la cause semble acquise avec l’arrivée du train en gare du Nord: le bel inconnu s’approche d’Alix et lui […]

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Perfect mothers ou l’Eden maternel

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Elles sont amies depuis toujours, et depuis toujours vivent sur cette côte australe, dans une nature intacte et paradisiaque. Elles ont grandi là, entre ciel et mer – cette eau lagon qu’Anne Fontaine filme dans sa transparence, tout comme elle filme ce lieu comme le berceau du monde. Puis Lil (Naomi Watts) et Roz (Robin Wright)  ont eu leurs fils, à peu près en même temps – qui à leur tour sont devenus amis -, puis elles ont connu des épreuves, notamment quand le mari de Lil est mort, et chaque fois, l’une était là pour soutenir l’autre. Aujourd’hui, elles […]

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Marisa, 20 ans, guerrière

Marisa, 20 ans, guerrière

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Sur la plage, Marisa, 20 ans, regarde ce qui lui échappe : l’horizon, la mer, le ciel si vaste et ce grand-père qu’elle a tant aimé parce qu’il a fait d’elle une guerrière. Elle est allongée, un trou dans le corps, la tête renversée – pas de suspense pour ce film qui place son enjeu ailleurs et brosse, en une heure 40, le portrait d’une jeune néo-nazi. Tatouée, le crâne rasé, elle est scotchée à son mec qui fait partie de la même bande de nazillons. A plusieurs, ils arpentent les trains, effraient les passagers, brutalisent ceux qui n’ont pas la […]

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Almodovar classe l’affaire

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Quand le pays souffre, la croisière s’amuse. Que faire d’autre dans un monde où les démocraties tanguent sous le joug de la finance ? « Les amants passagers » n’est sans doute pas un « grand » Almodovar mais il y a quelque chose de roboratif à voir un cinéaste de plus de 60 ans dispenser sa bonne humeur pour consoler une nation en crise.  Mieux : se servir de cette crise pour en raconter les dépressions et les espérances, les désillusions et les effrois, le tout sous forme d’une farce sans complexe où pour conjurer le néant, on s’envoie en l’air. Rien n’est plus simple puisqu’on […]

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Drague et cinéma

Drague et cinéma

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Son premier long -métrage, « La vie au ranch » était une pétaudière. En apparence du moins, car sous ses airs foutraques, la comédie était travaillée. Pas d’improvisation, des acteurs de rêve, une énergie du tonnerre et un canevas pensé pour aller à l’authentique de la jeunesse et du clan. Sophie Letourneur, la réalisatrice, affirmait sa singularité avec un portrait de génération dont la question en creux était : comment apprendre à vivre sans le groupe quand on a 20 ans? « Les coquillettes », son nouveau long, est d’un registre analogue -dialogues décomplexés, personnages d’une pièce, comédie vérité, intrigue ténue mais réfléchie – sauf […]

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Agathe, Montreuil et l’Islande

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Agathe et veuve. Son mari est mort brutalement et l’urne à laquelle elle s’accroche constitue l’épicentre de « Queen of Montreuil ». A rire ou à pleurer, c’est selon. Selon que cette jeune femme (Florence Loiré-Caille) reste en plein flottement, les mains remplies des cendres de son mari, ou qu’elle réagisse, ouvrant sa porte à tous et laissant la fiction, autrement dit la vie, emporter le chagrin. Agathe est de Montreuil comme on est de la banlieue ou du nord. Dans cette petite commune aux portes de Paris, elle vit dans une copropriété bucolique où ses voisins sont de doux égarés quand […]

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Ryan Gosling et Bradley Cooper, antihéros de l’Amérique

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Rien n’est plus lourd que le sujet de « The place beyond the pines », et pourtant, le film est comme touché par la grâce, non pas allégé d’un quelconque poids, mais dans sa solidité même, rendu vulnérable et bouleversant. Le sujet? La filiation, ce qui se transmet d’une génération à l’autre, l’héritage sous toutes ses formes, et ce qui en découle parfois, de malédiction. « The place beyond the pines » (L’endroit au-delà des pins), c’est la traduction littérale en iroquois de Schenectady, un bled dans l’état de New York, où Luke, cascadeur à moto, débarque pour faire son show. Il est tatoué […]

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Judd Apatow, famille je vous hais

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Ceux qui adorent son humour régressif en seront peut-être pour leurs frais. Ceux qui au contraire détestent les blagues de potache à tendance pipi caca pourraient bien s’attacher à « 40 ans: mode d’emploi », la dernière comédie de Judd Apatow. Pourquoi? Parce que si l’auteur de « En cloque, mode d’emploi » aime toujours autant s’amuser des tabous liés aux fonctions du corps, c’est au service d’un film à la fois hilarant et mélancolique. La jeunesse est encore là, mais sur le point de se faner, et le couple, ce drôle de rempart contre la solitude, est plus que vacillant. Soyons francs: après […]

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Camille Claudel réssuscitée par Bruno Dumont

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A la table du réfectoire où elle s’installe, elle préfère manger seule. A part. Elle n’est pas comme eux. D’ailleurs, elle a obtenu la faveur de préparer elle même ses repas. Quand le soleil point, elle va s’assoir dehors et mord dans sa pomme de terre en regardant la lumière jouer avec les branches décharnées. Elle ne sculpte pas mais son œil d’artiste sait voir. En attendant de quitter cet endroit où sa famille l’a internée, dans cet asile du sud de la France où la guerre, en cet hiver 1915, semble n’avoir pas lieu. Camille Claudel n’a rien à faire […]

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