de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Films

« Dalton Trumbo » : t’as le look, coco ?

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Le nom est connu des cinéphiles pour « Johnny Got His Gun » : ce manifeste pacifiste écrit sous forme de roman en 38-39, adapté au cinéma beaucoup plus tard, remporta le Grand Prix du Jury à Cannes en 1971. Longue maturation qui cache de nombreuses péripéties. Dalton Trumbo avait reparlé du projet en panne à Luis Bunuel, rencontré au Mexique lors de son exil forcé. Les biopics, genre à plaisir variable ? Lourdement fidèles, cela donne Nicole Kidman en Grace Kelly au palais de Monaco. On peut préférer Todd Haynes (« I’m not there ») qui propose à Heath Ledger, Christian Bale, Ben Whishaw ou… […]

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« Paulina » : viva la vida ! (preuve par l’absurde)

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Quasiment dix minutes de conversation entre un père, Fernando, puissant juge de Buenos Aires (Oscar Martinez) et sa fille Paulina (Dolores Fonzi) expliquant qu’elle a l’intention de renoncer à sa carrière d’avocate pour aller enseigner auprès de populations défavorisées aux confins du Paraguay. « Enfin, que veux-tu prouver ? » – Et toi, l’idée qu’une femme pauvre puisse un jour diriger ce centre te dérangerait ? « Ne sois pas ridicule. Tu me traites de réac, maintenant ? Tu ne crois pas que tu vas trop loin ? » – Mes paroles ont peut-être dépassé ma pensée. Le père lui entoure les épaules, ils partent déjeuner après […]

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« Sunset song » : Ecosse, les petits poids.

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Agyness Deyn, poids plume, androgyne, platine. Doc Martens aux pieds, idéale égérie de Vivienne Westwood. Irrésistible, photographiée par Patrick Demarchelier ou défilant pour Saint Laurent. Pas mauvaise actrice, de surcroît ? Comment savoir ? Terence Davies, le réalisateur ? Difficile d’en vouloir à un homme d’une fratrie de dix enfants dont seulement sept ont survécu, né à Liverpool dans la classe ouvrière catholique, qui a adapté lors d’un précédent opus John Kennedy Toole. Ma très grande passion pour l’amateur de hot-dogs pétaradant de « La Conjuration des imbéciles » publiée à titre posthume  m’a fait attendre quelques jours après la sortie du film. Pouvoir […]

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« Demolition » : atouts cassés

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Davis Mitchell a un accident de voiture. Sa femme Julia venait de lui reprocher une fuite dans le réfrigérateur. Elle meurt à l’hôpital. Chemise éclaboussée de sang, le banquier fringant, étoile d’un gros cabinet détenu par son beau-père est vite rejoint par les parents de la morte, Phil et Margot. Atterrés. Lui va prendre des M&M’s au distributeur. Ça coince. À l’accueil, le réceptionniste lui signifie qu’il n’y peut rien. Il n’a qu’à se débrouiller. Sur le moment il ne réagit pas. Rentré chez lui, il commence à écrire une lettre de réclamation. Puis deux, puis trois. De plus en […]

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« A Perfect Day » : suicide is painless

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Balkans. Les populations mises au supplice. « Autrefois, tu étais musulmane, tu avais un voisin chrétien ou vice-versa, ça ne posait pas de problème » dit un des protagonistes devant un paysage apocalyptique. Villages fantômes cisaillés par les tirs, maisons au toits crevés par les explosions. Les frontières – pas seulement géographiques, mais éthiques, le bien, le mal, la monstruosité, l’humanité, le pragmatisme ou le cynisme – sont gommées. Des enfants de douze ans brandissent un revolver pour se disputer un ballon. Outre le conflit ethnico-religieux, l’éclatement du pays a entraîné une dislocation de l’ensemble des paramètres. Des travailleurs humanitaires œuvrent en […]

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« L’Avenir » : Isabelle Huppert, ticket valable au-delà de toute limite

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De quoi prendre peur en découvrant l’affiche. La réalisatrice ? « Fille de » (deux distingués philosophes), « compagne de » (Olivier Assayas). Roman Kolinka, « fils de » (d’un côté, Marie Trintignant, irremplaçable, de l’autre, le batteur de Téléphone), « petit-fils de » (deux monstres sacrés cinématographiques, ainsi que Ginette Kolinka, grand témoin, déportée à dix-neuf ans à Auschwitz). Isabelle Huppert, superfétatoire de la présenter. Aux abris ? Boboïsation en vue ? Impossible de ne pas aimer ? Excommunication immédiate ? La puissance non-dite, atomique, du cénacle, liguée contre vous ad vitam æternam ? Un peu de népotisme est naturel, ne nuit pas, s’il n’est pas (trop) exercé […]

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« Rosalie Blum », entre Sophie Calle et ma Sorcière bien aimée

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Scénariste-justicier minutieux de l’affaire Bamberski auprès de Vincent Garenq, Julien Rappeneau passe à la réalisation, se dévergonde du côté de la fiction en adaptant une B-D de Camille Jourdy, et cela lui réussit. Sans chercher midi à quatorze heures, son film retrouve une dimension de comédie à la discrète féérie surannée. Frais, généreux, gnangnan juste ce qu’il faut, coloré des teintes d’une friandise de Pâques, réussissant à insuffler de la poésie au salon de coiffure d’une petite ville de province, il met de bonne humeur. En premier lieu parce qu’en Rosalie Blum, Noémie Lvovsky brune, sans fard, avec sa carnation […]

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« Triple 9″ : viril, mais encore ?

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Après qu’Olivia Wilde – numéro 13 qui assistait le Docteur House de ses yeux verts écarquillés et qui aimait aussi les filles – a parlé du sexisme hollywoodien ( jugée trop vieille pour jouer la partenaire de Leonardo DiCaprio dans « Le Loup de Wall Street»), interrogeons-nous dans cette veine. Les films ont-ils un sexe ? La scène de l’orgasme simulé a éclipsé certains détails de « Quand Harry rencontre Sally ». Billy Crystal s’enthousiasme pour un film de guerre, pendant que Meg Ryan pleure devant « Elle et lui ». À moins que ce ne soit dans cette romance chamallow, «Nuits blanches à Seattle», avec […]

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« Midnight Special » : special, indeed

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Alton (Jaeden Lieberher) petit garçon pâle est enlevé par son père biologique, Roy (Michael Shannon) aidé de Lucas (Joel Edgerton). Lourdement armés, ils l’évacuent de nuit, en proie à une extrême urgence, dans un climat de grande violence, pour le soustraire aux forces de police lancées à ses trousses, ainsi qu’à un groupe de fanatiques conduit par Calvin Meyer (Sam Shepard), prédicateur ayant élevé l’enfant sous son nom. Meyer monte en chaire pour scander d’énigmatiques prédictions chiffrées révélées par son fils adoptif, avant que la communauté ne soit appréhendée par des agents du gouvernement. Parmi eux, un jeune scientifique, Paul […]

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« Au nom de ma fille » : Auteuil enquête, le coeur en hiver

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Après l’engouement oscarisé de « Spotlight », voilà que la question se pose de nouveau, à la française. La coïncidence des deux n’est pas inintéressante. Quid du rapport entre réalité et transposition, en littérature comme à l’écran, qui semble si bien en cours ? Façon de s’entourer de garanties, rassurer son monde quant à la crainte d’un égarement des dramaturgies dans la nature ? Visage de géant intègre, Vincent Garenq exprime son attirance pour le documentaire. On avait pu le voir avec « L’Enquête » où Gilles Lellouche/Denis Robert claquait la porte de Libération pour plonger les mains dans le cambouis de Clearstream. D’autant […]

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« Ave César » : Salutations en tous genres

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Est-ce un bon cru ? Franchement, pas terrible. Le problème, quand on est tombé sous le charme du Dude (« The Big Lebowski », 1998), des aventures emberlificotées d’un Jeff Bridges mollasson en compagnie de John Goodman en vétéran-que-la-guerre-du-Vietnam-a-légèrement-perturbé, de l’impossible Monsieur Steve Buscemi et de « Jésus »(John Turturro, Marie, Joseph!) jouant au bowling en survêtement mauve, c’est que l’on a beaucoup de mal à être objectif. C’est mon cas. « Fargo », un de mes préférés, avec un Peter Stormare paradigmatique. Voire « Burn after reading », qui tout en étant un des plus faibles est un de ceux qui en raison de ses pitreries approximatives, en […]

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« Spotlight », Oscar du meilleur film ? Si vous le dites.

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La statuette est des plus convoitées. Davantage que le fétiche de « l’Oreille cassée » que tout le monde s’arrache dans Tintin. Les Américains sont friands de films d’investigation. Une longue tradition précédant même « Les Hommes du président », sorti en 1976, où Alan J. Pakula faisait exploser le scandale des écoutes (emblématique au point que, discutant avec des trentenaires, il n’est pas rare qu’à l’évocation des journalistes à l’origine de l’enquête, en lieu et place de Bob Woodward et Carl Bernstein, ils citent en toute bonne foi Robert Redford et Dustin Hoffman) en passant par « Erin Brockovich » de Steven Soderbergh (2000), où […]

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« Eperdument » : les circonstances atténuantes

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Lors de la 41ième édition des César, vendredi dernier, Florence Foresti et son comparse ès cérémonie ont taillé un petit costume à Guillaume Gallienne, prétendant l’avoir aperçu filant, poches non pas crevées comme celles de Rimbaud mais alourdies de cinq statuettes compressées par le sculpteur ayant donné son nom aux récompenses. Air connu, en ce qui le concerne : au passage, allusion à peine voilée à son phrasé, comment dire ? Particulier. Or, si j’avais apprécié le numéro où il incarnait à la fois sa mère et lui, je n’ai jamais vraiment compris la distinction partitive opérée par le titre entre « Guillaume » […]

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Tangerine : un jour son prince viendra

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Les César? Mais oui. Vous suivrez la cérémonie à la télévision, on ne parlera bientôt que de cela. J’ai mes inclinations, mes intuitions, des favoris. Si ça se trouve, nous y reviendrons – ou pas. Autre chose au feu pour l’instant. Los Angeles, à l’époque de Noël. Grandes avenues bariolées, soleil de plomb. Alexandra (Mya Taylor) est allée attendre Sin-Dee (Kitana Kiki Rodriguez) à sa sortie de prison. La superbe Noire à perruque lisse et son amie métis à chevelure blonde, râblée, fessier moulé dans un mini short, prennent un café à la table d’une boutique de donuts. Attendries, elles […]

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« Ce sentiment de l’été » : pavane pour une défunte, et l’amour renaissant

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Sasha s’étire à côté de Lawrence (Anders Danielsen Lie), son compagnon américain, prend son petit-déjeuner. Le vent soulève les rideaux, dehors la chaleur monte. Le grain des peaux est saisi de si près qu’une légère commotion sur son mollet est visible. Elle part à son travail, fendant un parc, la clameur tranquille de rues un peu désertes. La voilà teignant une pièce de toile, les mains pleines de pigments. Elle ne reviendra pas. Sur le chemin du retour, elle s’affaisse. C’est fini. Le jeune veuf est rejoint par la famille de sa compagne. Zoé (Judith Chemla) la sœur, mère d’un […]

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« Demain » : si on (réen)chantait ? Lalalala…

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Pourquoi avoir attendu pour chroniquer le documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent? Je l’avais vu en amont, peu après le massacre au Bataclan. Sidération due au choc de l’actualité ? L’écologie, thème trop en vogue, éculé ? Histoire de voir si le public allait suivre ? L’écologie est au centre de mes préoccupations depuis l’enfance. Ayant grandi à la campagne, mon côté jardinier est du domaine de l’inné. Comme qui dirait un ADN végétal. J’ai autant fait mes classes en lisant Boulgakov, Carver ou Proust, en étudiant les sciences-politiques qu’en regardant des paysans bouturer des plantes, des gens simples mettre […]

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« Chocolat » : Y a bon Banania ?

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Eh oui. La formule fait bondir, alors qu’elle fut avalée des années durant au petit-déjeuner. Ce visage noir si amène, si caricatural, sous le fez rouge… Décontextualisé il fait tiquer, de même que ces réclames du début XXième représentant pour le caviste Nicolas un père et son enfant accrochés à leur litron. Horreur, malheur. L’histoire pour être examinée ne doit pas souffrir d’anachronisme. Tout le monde fumait à tire-larigot dans les films de Sautet. Loin des débats nauséabonds à propos de la « race blanche », j’avais trouvé limite la polémique entourant « Tintin au Congo », et problématique la volonté du Rijksmuseum d’Amsterdam […]

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« Préjudice » : Cédric, fauteur de (grand) trouble

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« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent ». La phrase de Bertolt Brecht offre une synthèse de ce premier long-métrage proposé par le scénariste et réalisateur belge Antoine Cuypers. Commençons par souligner une bricole énervante. La partition musicale appuyée sur des accords de cordes volontairement crispants dépasse son but, éclipsant un malaise plus subtil. On pense tant à la B.O de « The Lobster » (dont j’avais dit ici, sur le fil du 10 janvier, tout le bien ambigu que j’en pensais), que la question se pose de […]

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« Les délices de Tokyo » : l’Homme intranquille (sous les sakura)

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Qu’est-ce donc qui fait qu’on se laisse aller ainsi à l’ensorcellement des images longues, douces, posées, de Naomi Kawase ? Le shintô qui parcourt son œuvre, axé sur le polythéisme, le caractère sacré de la nature et qui place l’homme comme élément parmi le grand tout ? Cette inclination pour le Japon, délicate et vivace, ne pourra qu’être nourrie par cette histoire simple, qui s’ouvre et se referme sur les cerisiers, les allées fleuries de Somei Yoshino d’un blanc pur, à peine teinté de rose pâle, variété favorite des Tokyoïtes qui transforme selon la floraison le ciel en paysage de neige d’une […]

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O + O, pas égal à la tête de Toto

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Un documentaire, venu de Roumanie. À l’heure où au Danemark est envisagée la confiscation des biens des migrants – on sera soulagé d’apprendre que les alliances et effets à « forte valeur sentimentale personnelle » sont exclus a priori de la ponction, mais quid des dents en or ? – où les problèmes se multiplient à Calais, où l’Europe peine à apporter des solutions alors que le traitement des minorités est l’un des premiers indices permettant de jauger du degré d’élaboration d’une démocratie, pas mauvais de se pencher sur le mode de vie d’une « communauté au sein de la communauté ». En l’occurrence, les Roms. […]

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