de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Films

« L’Etreinte du serpent » : Chullachaqui, les reflets ont-ils une âme?

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Comme d’entrer dans un salon en compagnie d’un expert en art africain, d’avoir le regard attiré par une collection de pièces disposées en enfilade, Fang, Punu du Gabon ou masques Sepik de Nouvelle-Guinée. Se dire qu’ils sont beaux à regarder, mais trop peu patinés. Lui ne fait pas de commentaires. À côté, un Grebo de la Côte d’Ivoire, un Songyé du Congo moins évidents requièrent son attention. Vous lui demandez pourquoi, il vous répond en chuchotant « ceux-là ont dansé », ce qui dans le langage des collectionneurs stipule une authenticité sans commune mesure. Seuls les objets ayant servi possèdent une […]

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« Mia Madre ». Pas seulement la sienne. Beaucoup des nôtres.

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Depuis « La Chambre du fils » où Laura Morante et lui entraient à pas comptés dans le sanctuaire d’un adolescent disparu après une plongée, avec d’autant plus de précautions qu’ils s’étaient quittés sur l’inachèvement d’un petit mensonge pas très glorieux qui rendait le déchirement plus poignant, voyant le dernier film de Nanni Moretti, on se dit qu’il ne se renouvelle pas beaucoup. Toujours cette haute silhouette tentée par le journal intime – ses interrogations existentielles, morales, politiques, sa maladie de Hodgkin, le sport, les couples qui se défont – au je ne sais quoi de tracassé, ce grand nez au vent, […]

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« The Lobster » : bisque bisque homard

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Il continue d’être à l’affiche dans de petites salles, parfois loin de la vie parisienne, voire hors de France. Encore largement temps d’en dire un mot, ne serait-ce qu’au travers d’un billet mis en ligne durant une seule journée. Offrons-nous ce petit plateau de fruits de mer, en ce dimanche pluvieux. Le cinéaste grec Yόrgos Lanthimos est-il dérangé ? A-t-il une case en moins ? La question peut s’avérer taraudante après avoir vu « The Lobster », son premier film en anglais. Surtout si on a vu « Canine » au préalable, dans lequel Papa et Maman exigeaient pour laisser partir de la propriété fifils et […]

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Alacrité/Bacri, contre-emploi? Pas sûr.

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Depuis le temps qu’on en rêvait : Jean-Pierre Bacri, utilisé dans un contre-emploi où il serait enfin lui-même. Un peu bougon, parce que renfermé comme nombre de timides, de rêveurs délicats qu’un rien blesse. Séduisant. Un jeune premier crédible. Son éclat de chocolat au front, en plein milieu ? Il aurait pu se le faire enlever, mais sûrement pas : grain de beauté sur la lèvre de Cindy Crawford. Nous y sommes. Ce statut lui va bien, à Jean-Pierre. Il suffit qu’il monte dans un avion, quitté par sa femme (Isabelle Gélinas), esquissant tant bien que mal un sourire pour faire propre et […]

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Short, version longue

Short, version longue

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Curieux film de gangsters assourdi, en col blanc ou plutôt en costume de traders et de yuppies. Compliqué à estimer sur l’instant. L’aspect technique de l’entreprise – désosser les mécanismes financiers qui ont conduit à précipiter l’économie mondiale dans la crise en 2008, après l’éclatement de la bulle immobilière, l’affaire des subprimes et la chute de Lehman Brothers – en dépit d’une distribution si alléchante qu’elle ne laisse aucun choix (Steve Carrell/Christian Bale/Ryan Gosling/Brad Pitt, entre autres) est trop difficile à analyser pour que le quidam puisse juger de sa pertinence. Un cinéphile ordinaire n’y portera évidemment pas le même […]

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Nouvel an : à nos jours sans faim

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Évoqué en passant sur un fil précédent, le film de Harold Ramis datant de 1993, « Un jour sans fin » avec ce présentateur météo irascible, vachard, qu’était Phil Connors/Bill Murray, mérite qu’on s’y arrête. Un Bill Murray hargneux, venu en traînant les pieds assister à l’éclosion de la marmotte dans un bled plouc, rendu marteau par un réveil automatique et qu’une flopée d’existences s’évertue à remettre dans le droit chemin… Depuis l’acquisition de haute lutte des arts jusqu’à celle, plus intuitive et primordiale, des rapports humains, long is the road. Comment ce visage, grêlé à la manière de celui de Tommy […]

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Jedi or not Jedi

Jedi or not Jedi

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La tendance systématique à prôner « c’était mieux avant » serait-elle en voie de s’imposer ? Émerge au contraire nettement la stimulante idée que cela a toutes chances d’être mieux demain, un jour à venir prochain, si tant est que ne soient pas dilapidés les héritages antérieurs. Tabula rasa ? Changer les serrures, les codes ? Pourquoi pas. Cela sous-entend néanmoins toujours qu’aient été pris en compte à un moment donné un historique, une mémoire, fussent-ils évacués, laissés de côté, forclos. S’inscrire dans l’historique ? Alors il faut l’assumer. En bouleverser la donne ou continuer dans la direction prise – mais en posséder le sens, être […]

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Liste de Noël

Liste de Noël

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Vous n’avez pas l’habitude de faire des cadeaux ? Ni d’en recevoir ? Pas le bon timing, en ce qui vous concerne? Histoire de calendrier ? Votre religion vous l’interdit ? Question de principe ? Envie de participer à la fête ? Vous craignez d’abuser ? Vous peinez à l’instant d’exprimer un choix ? Pas le moment de faire des folies ? Pas envie, après tout ce qu’il s’est passé ? Vous en avez assez des cravates ? Vous avez espéré qu’il plaisantait, quand il a parlé d’un nouvel aspirateur ? Vous avez failli basculer dans la dispute, quand vous vous êtes aperçue qu’il était sérieux ? Cela ne viendrait pas à l’idée […]

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Bouche bêêêêêê

Bouche bêêêêêê

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« La Vie rêvée de Walter Mitty », où revenait à lui Ben Stiller que l’on croyait abonné aux rôles de couillon hébété, pâles duplicatas de celui qui, appareil dentaire scotché au palais se coinçait l’oiseau dans la braguette chez les Farrelly et non vice versa (« Mary à tout prix », 1998, dont les frasques, le comique de situation graveleux et embourbé avaient de quoi faire rire), ne serait-ce que pour cet envol d’hélicoptère, orgasme retardé s’étoilant lentement en fleur de badiane au-dessus du pôle scandé du « Space Oddity » de David Bowie, donnait fortement envie d’Islande, de ses étendues plates, ses montagnes russes, […]

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Au-revoir les enfants

Au-revoir les enfants

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Comme je suis partie rapidement, je vous dois peut-être une explication: j’ai beaucoup de choses à faire, mes rendez-vous cinéma à Sud Ouest, au Cercle (Canal), au Masque et la Plume, sans parler de mon prochain roman, si bien que je voulais me libérer un peu. Mais ne vous inquiétez pas, je vais très bientôt être remplacée par quelqu’un de très judicieux et écrivant admirablement. Ainsi, parfois, je glisserai des commentaires… A très bientôt! Sophie

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« Madame Bovary »: Mia, c’est Emma

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Une toute jeune femme court dans la forêt. Sa robe a la couleur des feuilles mortes qui jonchent le sol. Etoffe d’automne pour une vie qui fuit sans attendre l’hiver. Elle s’appelle Emma, elle est sortie du couvent quelques mois avant, peut-être davantage. Le temps de se marier à un mari qui, fût-il aimant, n’a pas suffi à la combler. Pourtant, Emma Bovary (Mia Wasikowska) voyait sa vie comme un théâtre. Elle avait hâte que la représentation commence. Il arrive qu’on réduise Emma à une femme qui s’ennuie dans la conjugalité, tombe amoureuse hors de son mariage et se tue […]

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« Notre petite soeur »: Kore-eda, trésor de la famille

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Nul mieux que Koré-eda n’a saisi l’enfance au cinéma. Son innocence et sa détermination. Sa pureté et sa volonté. Dans « Nobody knows » qui valut à son jeune comédien d’être récompensé au festival de Cannes 2004 ou plus récemment dans « Tel père tel fils », miracle de grâce et d’émotion, le cinéaste nippon a creusé le même sillon où court la vitalité de très jeunes personnages face à  la trahison des adultes. Dans « Notre petite sœur » dont la trame, sous ses dentelles de gynécée charmant, possède une tonalité sourde, une ombre portée en continu, il confirme sa délicatesse et sa capacité d’enchantement, […]

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« The walk: rêver plus haut »: Joseph-Gordon Levitt

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L’histoire est bien réelle mais c’est d’abord une fable dont le héros est un funambule. « Pour moi, marcher sur un fil, c’est la vie », dit Philippe Petit auquel le film de Robert Zemeckis rend hommage. Un matin d’août 1974, il a tendu un fil entre les tours jumelles et traversé. Dans le ciel new-yorkais, à quelques 417 mètres au-dessus de la ville: quarante-trois mètres de marche au pas. Le World Trade center venait d’être achevé. Il se dressait pour l’éternité, croyait-on. Philippe Petit a affronté le vide depuis les tours parce que cela semblait impossible à réaliser. Il avait des […]

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« La glace et le ciel »: Claude Lorius, inlassable missionnaire

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C’est un homme de 83 ans qui avance sur la glace. Silhouette frêle, visage souriant, posant sa main au-dessus de la surface qui craque. Depuis 30 ans, Claude Lorius met en garde les hommes. Ce qu’il avait pressenti est en train d’arriver. « J’ai vu, dit-il, en l’espace d’une vie, que l’homme était en train de modifier le climat… » A force de brûler du pétrole, du charbon, du bois. A force d’user de la terre comme d’une propriété aux ressources infinies. A force de la croire immuable, insensible aux interventions humaines. Or, elle bouge, vit, se métamorphose. Les ouragans, la fonte […]

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« Seul sur Mars »: Vendredi ou les limbes de l’espace

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La Nasa a collaboré au film à proportion de ses intérêts : une image galvanisée par l’aventure cinématographique, relayée par un public acquis à sa cause et favorisant par conséquent les prochaines missions. Pour autant, « Seul sur mars » est une pure fiction, une œuvre fantastique dont l’ouverture, la base même du récit, est improbable. La tempête qui jette au sol Matt Damon, percuté par une antenne ne pourrait se produire sur la planète rouge. Ce qui n’a pas empêché le romancier Andy Weir, auteur du livre dont Ridley Scott s’est inspiré, de s’autoriser ce pas de côté. « Il fallait que je […]

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« L’homme irrationnel »: Woody Allen jette les dés

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Le Woody Allen nouveau ? Excellent  cru, notes d’automne, long en bouche. Parvenu à un point d’équilibre que le cinéaste a peaufiné de film en film : un tiers de philo, un tiers d’humour, un tiers de tragédie. Le savoir-faire est incontestable, la mise en scène virtuose et la façon dont le récit s’articule, verrouillant d’autant mieux chacune de ses étapes que le point de départ est fondé sur l’aléatoire, donne une comédie noire admirablement ficelée. Sans compter que malgré sa mécanique irréprochable, la densité de la vie y circule en même temps que ses multiples leurres. A 80 ans, Woody Allen […]

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« Fatima »:mère blessée, enfant en colère

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Elle a un beau visage empli de bonté. Dans la maison où elle fait des  ménages, elle a trouvé 10 euros dans un jean et les a rendus à la propriétaire. Fatima est une femme intègre et modeste, toujours patiente, même quand elle subit une discrimination insidieuse. Elle vit avec ses deux filles, Souad, 15 ans, et Nesrine, étudiante en médecine.  Leur avenir est ce qui compte le plus pour elle, bien sûr. Elle maîtrise mal le français, quelques mots, le minimum appris à ses cours d’alphabétisation ou en demandant à ses filles, mais elle comprend très bien ce qu’il […]

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« Vers l’autre rive »: Kiyoshi Kurosawa visite les limbes

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Et si les défunts continuaient de vivre encore un peu ? S’ils erraient quelque temps, non dans les limbes, mais sur la terre,  le temps d’un adieu ? Après « Shokuzai » et « Real », Kiyoshi Kurosawa poursuit son exploration de l’au-delà, ou plus exactement de cette zone entre deux mondes qui autorise un ultime croisement, une vie commune à la lisière du gouffre. N’est-on jamais d’ailleurs qu’à cette lisière-là ? De Shakespeare à Will Self, les écrivains ont abondamment fréquenté ce territoire. Le cinéma aussi, à sa manière, à travers les films de genre et leurs  figures de morts-vivants et de fantômes. Dans « Vers l’autre […]

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« Vierge sous serment »: le droit d’être femme

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C’est le film le plus intriguant et l’un des plus beaux de la semaine à venir. « Vierge sous serment » ou le prix à payer pour vivre à l’égal d’un homme quand on est fille d’une société patriarcale.  Dans des montagnes enneigées, Hana, jeune femme à l’allure androgyne (Alba Rohrwacher, farouche et douce) mène une vie rude, à une altitude où la solitude pèse, même quand on a sous les yeux le plus beau paysage du monde. La voilà qui part, gagne la vallée, prend le bac qui n’est autre qu’une barque améliorée, traverse l’eau turquoise, monte dans un bus, […]

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« Les deux amis »: Louis Garrel en fugue amoureuse

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C’est le triangle amoureux le plus joliment convenu qui soit : deux garçons se disputant une fille. Mais il y a des centaines de manières de le raconter. Louis Garrel qui a déjà largement exploré le thème du trio dans ses courts-métrages précédents, passe au métrage supérieur avec la même ligne, héritier de Musset, soucieux du sentiment plus que de l’action. Interprète et chef d’orchestre d’une partition toute en jeu de dupes, il déploie habilement une histoire d’amitié et d’amour qui se dénoue d’un côté pour se nouer de l’autre. Disons que « Les deux amis », Abel et Clément (Louis Garrel et […]

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