de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Comme un avion »: Bruno Podalydès suit la vie au fil du courant

Par Sophie Avon

La vie est-elle un long fleuve tranquille ou une brève échappée au fil du courant ? Cinéaste du ténu et des résidus de l’enfance, Bruno Podalydès est un mélancolique dont les comédies prolongent la délicieuse créativité des jeunes années, à moins qu’elles ne surmontent le désespoir d’avoir grandi. Ses films ressemblent à des rêves car l’existence est un songe. L’auteur de « Dieu seul me voit » et de « Adieu Berthe » en est cette fois le conteur et le personnage principal.

Dans « Comme un avion » sorte de raid au paradis perdu et retrouvé, il est Michel, un infographiste d’une cinquantaine d’années qui adore l’aéropostale, les grands horizons de Mermoz et l’aviation en général. Cette passion ne l’empêche pas d’avoir jamais eu la moindre envie d’être pilote et quand ses amis lui offrent deux heures de pilotage, il a du mal à masquer sa déception. Pour lui, les avions sont autant de prétextes à une évasion secrète, intime, qui n’a rien à voir avec le fait d’être aux commandes d’un appareil. Michel est un rêveur qu’un simple mot peut expédier dans les nuages. Le nom kayak par exemple, modèle de palindrome dont il découvre soudain à quelle sorte de fuselage et de merveilleuses possibilités il renvoie. Il ne lui en faut pas plus pour commander l’embarcation, la recevoir en pièces détachées et la monter sur le toit de son immeuble.

Sa femme Rachel (Sandrine Kiberlain) est une compagne aimante et compréhensive – « lumineuse » dira-t-il lui-même en partant au fil de l’eau. Elle n’a rien contre le fait que son mari fasse l’école buissonnière, avec tente quechua et ukulélé pour les soirs solitaires, c’est même elle qui le conduit sur la rive et le pousse dans son avion sans elle. L’expédition a beau être modeste, elle n’en est pas moins minutieusement préparée – mais comme toujours avec Podalydès, la poésie se loge dans les détails et si possible, ceux qui ramènent aux temps heureux de l’insouciance. En guise de guide, Michel a relu le manuel des Castor junior – on n’est pas si loin de Wes Anderson parfois -  et pour le reste, il s’en remet au destin. Il a bien raison. La rivière le conduit à des péripéties aussi inattendues que délicieuses et comme dans la vie réelle, en dépit de quelques tracas, il y a toujours de quoi s’émerveiller pour peu qu’on s’en donne la peine.

En l’occurrence, il accoste à l’Ilot, une auberge où la responsable, Laetitia, veuve maternelle et séduisante (Agnès Jaoui) accueille des clients de passage et vit entourée de bricoleurs buveurs d’absinthe (Michel Vuillermoz et Jean-Noël Brouté). La petite serveuse, elle, s’appelle Mila (Vilama Pons) et comme chez Thomas Salvador (« Vincent n’a pas d’écailles »), elle est gaie, désirable et sensible. Elle est aussi romanesque et lunatique, pleurant les soirs de pluie et déployant sa beauté solaire jusque dans les choses les plus domestiques.

Bref, cet endroit est un Eden, un ilot au sens le plus strict du terme, ilot d’immobilité dans un monde en perpétuelle effervescence, ilot de calme dans le chaos général. Michel  du mal à partir et d’ailleurs, chaque fois qu’il s’en va, il a tendance à faire du sur-place, croisant des êtres sur la rive qui sont comme des fantômes ou des fantasmes, dont  sa propre femme qui marche au long de la berge en lui souriant. Entre sommeil et abus d’alcool, le voilà qui s’envole dans son kayak avant de revenir pour repartir encore, et se trompant d’affluent, de s’échouer dans un parking. A moins que ce ne soit l’inverse. Peu importe, la rivière est assez métaphorique pour qu’on y emprunte autant d’impasses et de voies mystérieuses qui de toute façon nous ramènent à la même vérité : on ne fait que passer en semant des points d’ancrage qui seront nos souvenirs. En attendant, jouissons de ce qui arrive.

« Comme un avion » déploie sa musique cocasse et tendre jusqu’au bout. C’est un chant de liberté où tout est permis. Podalydès a l’âge de s’autoriser ce qui le met en joie : les chansons de Georges Moustaki et de CharlElie Couture, Pierre Arditi faisant la tronche au bord de l’eau et toute cette famille héritée d’Alain Resnais qui trouve ici, dans une partition sur mesure, de quoi donner le meilleur mais aussi le plus délicatement souterrain.

Tant de fantaisie aérienne n’empêche pas le film d’être charnel. La découverte du corps de l’autre, l’invention dans l’amour, le plaisir d’un rayon de soleil, la présence de la nature et la liberté d’en jouir sont les seules balises auxquelles s’arrimer le temps d’une parenthèse enchantée où même les objets, dans une vision qu’on qualifierait de panthéiste si le fardeau n’était un peu lourd, participent au bonheur d’être en vie. Dans une radio accrochée à un arbre, dans un porte clef strident ou dans une lampe de poche, se tient le monde de Bruno Podalydès qui joue au petit campeur pour mieux atteindre la spiritualité du ciel.

« Comme un avion » de Bruno Podalydès. Sortie le 10 juin.

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70 Réponses pour « Comme un avion »: Bruno Podalydès suit la vie au fil du courant

xlew.m dit: 9 juin 2015 à 22 h 49 min

Chouette papier Sophie, à vous lire on pense aussi tout à coup un p’tit peu à la partie de campagne de Renoir tournée (sous des trombes de flotte) sur le Loing à l’époque du Front Popu.
Surtout lorsque Michel s’endort dans son canoë et file dans les branchages, vers la pleine berge.
Tout l’humour contenu chez le Podalydès (écroulé de rire à chaque scène de l’extrait), faisant peut-être barrage à la noirceur de l’histoire de Renoir et couple de renversement (pour parler comme une hélice de zinc.)
Qui n’a pas joué au briefing et à la check-list d’avant vol en prenant sa voiture, pour amuser un enfant (ou pour soi-même, avouons-le) ?
Très envie de voir la suite des aventures de ce Kayakonnard qui ressemble à…(moi en fait.)
« J’accorde beaucoup d’importance au matos », amusant cette phrase pour un hébraïsant, l’avion se dit pareil.
En Sorbonne, il y a une vingtaine d’année un prof d’ethno faisait construire un canoë-kayak à ses étudiants de maîtrise (construction à clin, balsa, colle et tout, top sérieux, navigable.)
La bande son casse bien les pattes au canard, mais on peut aussi écouter, de retour chez soi, un bon petit Creedance Clearwater, « Green River », par exemple, avec un sandwich à la paella cajun et une affreuse Bud.
Et Sandrine Kiberlain en Sylvia Bataille, magnifique, comme toujours.

JC..... dit: 10 juin 2015 à 8 h 35 min

Cette semaine, avant d’aller voir le film mentionné par Sophie, toujours de bon conseil, je crois que je vais commencer par les frères Taviani et leur « Contes italiens ».

Beaucoup de films intéressants la semaine dernière : notamment « Ex machina » du britannique Alex Garland. Un film de genre en forme de conte hyper contemporain, où l’on voit l’intelligence artificielle triompher de l’intelligence humaine et l’Eve future s’émanciper en tuant le père qui l’a inventée : un monde nouveau succédant alors au monde ancien, sans plus aucune place pour les sentiments !
Intelligent trop intelligent…

Hula Hoop dit: 10 juin 2015 à 9 h 05 min

Jacques Barozzi dit: 9 juin 2015 à 23 h 09 min
Merci de ne pas transformer cet espace en dépotoir !

Vous voilà prévenue, Sophie. Ce n’est pas très élégant, mais c’est du Barozzi.

bernadette filant à ses bonnes oeuvres dit: 10 juin 2015 à 10 h 18 min

@Hula Hoop

JC arrêtez d’énerver Jacques ! il va finir par se fâcher

Sophie dit: 10 juin 2015 à 15 h 19 min

C’est génial, xlew, cette histoire de prof d’ethno qui fait fabriquer un kayak à ses étudiants!

Polémikoeur. dit: 11 juin 2015 à 9 h 25 min

Une rivière donc
qui n’emmène ni
au coeur des ténèbres
ni à une délivrance pénible.
Avirondement.

Jacques Barozzi dit: 11 juin 2015 à 10 h 21 min

Je parlais l’autre jour d’une certaine tendance au développement du « docufiction » dans la production cinématographique actuelle, marquant un net retour vers le réel.
Il y a aussi une autre grande tendance, que le dernier festival de Cannes à mis au jour : la scénarisation du conte !
Avec le « Conte des contes » de Matteo Garrone, « Les contes italiens » des frères Taviani ou encore la version fleuve et lusitanienne en triptyque des « Mille et Une nuits » du cinéaste portugais Miguel Gomes !
Le cinéma ou raconte moi une histoire vraie ou de légende…

D. dit: 11 juin 2015 à 10 h 26 min

Jacques Barozzi dit: 11 juin 2015 à 10 h 21 min
Je parlais l’autre jour d’une certaine tendance au développement du « docufiction » dans la production cinématographique actuelle

C’est vrai, je m’en souviens comme si c’était hier.

Lardu dit: 11 juin 2015 à 10 h 30 min

« tendance, que le dernier festival de Cannes à mis au jour : la scénarisation du conte ! »

Pas vraiment nouveau. La Belle et la bête de Cocteau, Les Contes de la lune vague après la pluie de Mizo, Les Contes moraux de Rohmer, Peau d’âne de Demi, Le Chat botté de Jenesaisplusqui, j’en passe et des meilleurs.

Jacques Barozzi dit: 11 juin 2015 à 10 h 55 min

Plus rien de nouveau au cinéma, Lardru, je parlais seulement du retour d’une certaine tendance…

Polémikoeur. dit: 12 juin 2015 à 9 h 42 min

A propos de grandes « tendances »,
le film dont il est question dans le billet
ne reste-t-il pas dans le vieux thème
de la quête initiatique, traitée ici
avec distance et décalage ?
Mythe, de plus en plus moderne,
de la seconde chance ?
A moins qu’il ne s’agisse
que d’une recherche déguisée
du cimetière des éléphants ?
Rédemption par le voyage ?
Grotesque pitoyable
de la condition humaine,
comme si la conquête du monde
commençait à l’approche de la retraite,
exception faite de la clientèle des croisières !
Embarquez-vous, rembarquez-vous,
vous verrez du pays !
Roomservicivilement.

Polémikoeur. dit: 12 juin 2015 à 9 h 50 min

En passant, la vocation du kayak
est maritime avant d’être fluviale.
Périssoirement.

xlew.m dit: 12 juin 2015 à 17 h 43 min

« Cocasse et tendre jusqu’au bout », je suis d’accord avec votre vision des choses, Sophie, mais les tous derniers plans sont assez pendants, si vous me passez l’expression, on ne sait pas trop s’il va y avoir des mises au point, si les adultères étaient partagés ou pas, les rires étouffés un peu carnassiers de Sandrine Kiberlain et de l’autre Podalydès (ce n’est plus une mise en abyme là, c’est carrément une mise en eaux vives avec cascades) et le sourire de Michel ne semblant pas tout désarme glacent un peu le happy ending, en fait le film ne se termine pas, même si…
La chanson de Bashung qui court tout le long de cette dernière séquence est d’ailleurs très parlante.
Inutile pour les spectateurs de se battre tendrement à coups de pagaies mouchetées pour dire chacune des références qui les piquent mais les influences de monsieur Hulot ou de Pierre Etaix sont bien-là, comment se retenir de les noter ?.
Cela n’enlève rein à la manière de filmer de Podalydès.
Les deux plus belles scènes pour moi : le jeu de regards entre la môme Jaoui et Michel-Podalydès juste avant qu’il s’étreignent dans le linge d’une scène très proche de celle d’Une Journée Particulière (sensualité infiniment plus directe évidemment), et le moment du rêve de Michel lorsqu’il « voit » des statues drapées qui font fortement penser aux pleurants des tombeaux des Ducs de Bourgogne.
Agnès Jaoui, formidable actrice ici.
Bien à vous (salut à Reine et J. Barozzi, aussi.)

Jacques Barozzi dit: 12 juin 2015 à 19 h 13 min

En visionnant la bande-annonce, je voyais bien que ce film n’était pas pour moi. Je n’y ai vu qu’un film de bisounours pour bisounours ! Une franchouillardise bobo, loin de l’élégance d’un Tati ou d’un Etaix, xlew ! Jaoui est étonnante en grosse bobonne et Kiberlain telle qu’en elle-mêmes, mais ce sont en définitive des personnages secondaires réunis autour de l’égo un peu démesuré du frère Podalydès…

xlew.m dit: 12 juin 2015 à 20 h 56 min

L’Exposition, la dissection même, du sujet « bobo » est aussi l’un des thèmes du film, je crois que cela n’échappe à personne et surtout pas au réalisateur.
C’est plutôt rare les films qui traitent de la classe moyenne dans le cinéma français, le dernier Bercot, le film avec Lindon (excellent), celui des frères Dardenne avec Cotillard, ont pris beauccoup de place, l’air de rien Podalyd§s leur répond d’une certaine manière.
Je trouve bien vu ce qu’il dit des rêves relativement machinaux de son « héros » Michel, le milieu dans lequel il bosse, la vision des professions dites de service qui ont envahi « notre quotidiien » comme dirait l’autre, ‘le livreur de « C’est parti mon colis », qui l’aide sans lever le petit doigt à la réception de son kayak, la scène qui le rapproche d’une façon inattendue avec le vigile (capable de solidarité poétique absolument pas bisounoursée du tout, c’est une rencontre d’homme à homme qui auraient très bien pu se mettre sur la tronche), bien sûr que cela semble artificiel, mais bien mis en balance avec le réel qui, et c’est sa nature cachée finalement, peut basculer dans des situations que recherchait une personnalité comme Mallarmé (la banalité des fleurs, « les moments obscurs au fond de nous tous », pour moi c’est ça qu’explore (en Stanley du dimanche, ok), le Michel du film.
J’ai cru y entendre de belles réflexions, notamment sur la condition mascukine très « passive » selon la Laetitia jouée par Jaoui, sur le fait que les « bobos » préfèreraient aller au fil de l’eau plutôt que remonter le courant (on croirait entendre un aristotélicien se battant contre un platonicien qui serait un amateur de gonflette présocratique, musclant son discours de citations d’Héraclite (ce que Michel ne fait pas, contrairement peut-être à un vrai « bobo » d’aujourd’hui.)
Un autre moment un peu plus grave qu’i n’en paraît, la scène où il se fait turluter tendrement à la hussarde par la patronne de la goguette : je trouve que leur « problématique » (bobo talk again) du parler salace et vulgaire pendant l’amour est superbement amenée.
Je ne l’ai jamais vraiment résolue de mon côté…
Je pourrais sans doute continuer mais, déjà trop long et n’étant en capacté de me relire, j’arrête-là, je tape à l’arrache sur une tablette en carton (comme le GPS en tissu du film (belle trouvaille.)

Jacques Barozzi dit: 13 juin 2015 à 6 h 11 min

Oui, ce couple qui vit côte à côte, chacun avec sa tablette, du côté de la Celle- Saint-Cloud, c’est un peu la version contemporaine des « Choses » de Georges Perec.
Pour le reste, tout m’a paru trop gentil et aussi ennuyeux qu’une vie confortable à Versailles ou dans les beaux quartiers parisiens !

C.P. dit: 13 juin 2015 à 8 h 32 min

Je lis fidèlement les articles soignés de Sophie Avon et les commentaires, j’interviens rarement… Je suis allé voir ce film, poussé par mes enfant (!), pour en avoir aussi le coeur net sur des ressemblances évoquées, et enfin parce que j’aime bien les Podalydès depuis leurs débuts. Il m’a déçu et passablement ennuyé : ni la mise en scène, ni le sujet -très mollement ambigu et en somme sans conclusion-, ni les agréables personnages ne témoignent de beaucoup d’imagination. L’imagination, franchement, il y a en France des quinquagénaires -Desplechin, Carax, Dumont- qui en ont considérablement plus !

C.P. dit: 13 juin 2015 à 8 h 36 min

Pardon : « enfants »… Va faire un tour, papa ! Mais c’est un voyage singulièrement immobile.

Jacques Chesnel dit: 13 juin 2015 à 9 h 18 min

je ne suis pas très admiratif du cinéma « français » contemporain à qq exceptions près mais là j’ai été vraiment emballé (mon côté bisounours ?) par ce voyage onirique et ironique à la fois, par contre je ne supporte toujours pas Sandrine Kiberlain mais Agnès Jaoui, superbe et drôle

xlew.m dit: 13 juin 2015 à 9 h 26 min

Dumont semble imposer sa marque à tout le monde (après avoir essuyé non seulement les plâtres mais aussi s’être taloché de sacrées critiques de la part de ses confrères), même Mehdi Charef s’y est mis.
Comme souvent tout est destiné à pâlir devant l’original.
Le film de Podalydès (un palindrome raté, son nom, ou presque réussi, phonétiquement en tout cas) est un fil sur la mort (je crois qu’on apprend dans l’un des dialogues au début que le père du héros vient de disparaître, alors que le mari de l’aubergiste s’est suicidé), les rêves de vol sont physiquement des visites au royaume des ombres dans les cultures chamaniques, la psychanalyse a des idées sur le sujet que Bachelard, dans l’Air et les Songes, reprit et contra (c’est loin de n’être qu’une expérience « voluptueuse », dit-il, puisque le rêveur « invente son vol. »)
Ce qui peut nous déranger c’est l’exposition très crue de l’infantilisation des personnages (la lecture sur iPad au lit, dans la lumière froide du rétroéclairage, le fétichisme du bouquin d’enfance (franchement Les Castors Juniors !), etc.)
Et alors ? C’est aussi le réel d’aujourd’hui, on connaît parfois bien mieux les complexes entrelacs des séries américaines ou suédoises que ceux des romans classiques du dix-neuvième, semble-t-il.
Si c’est exact c’est l’un des mérites de l’auteur que de le montrer, les personnages de Godard lisaient volontiers au pieu, étaient-ils moins creux spirirituellement autant qu’intellectuellement ? Pas sûr.
Et d’ailleurs sont-ils si bêtes ? Je trouve que le personnage joué par Kiberlain est plutôt « spooky » (le couple dans le film s’envoie — comme on le fait tous — des sms-doux comme les anciens billets, avec toujours un petit mot américain dans la conclusion, est-ce de la fausse monnaie sentimentale pour autant ? c’est très cruel de la part du réalisateur), qui peut croire un instant à son amour, trop platement fusionnel avec Michel, pour être honnête ?
J’ai trouvé sa monstration des quinquas très acérée (les mecs qui se raidissent psychiquement un peu, etc.)
La jeunesse ou la vieillesse ne sont pas oubliées (souvent ça l’est dans les films de comédie qui décortiquent les relations entre une seule et même génération de copains), le vieux ronchon, barracuda terrestre, Arditi (lui sans être lui, totalement amphibie dans sa colère, qui n’est peut-être pas qu’une légende, encore un truc vachard assumé, là) fait l’apparition qu’il fait sans la faire, et le jeune kayakiste (un fiston Podalydès dans la vie fluviale réelle), qui se fait rembarrer, nous fait entr’apercevoir qu’à cet âge, aujourd’hui, on sait être poli et ouvert aux autres, mais si.
C’est un film qui n’est pas si gentil d’après moi.
Podalydès parle de lui tout le temps dans le film en fait (beau sourire le gars en passant), on le voit chanter s’accompagnant d’un ukulélé, dessiner (c’est un graphiste), il y a vingt ans Ferran tournait « L’Âge des possibles » chez les trentenaires, lui, fait un constat, peut-être n’est-il jamais trop tard pour s’aiguiller dans son propre ciel, pour prendre un autre embranchement du fleuve.
Ne pas savoir choisir conduisant peut-être directement à faire des films d’ailleurs.

JULIE dit: 13 juin 2015 à 9 h 55 min

Cher Xavier-Lew, à mon tour : nous n’avons pas envoyé C.P. sur l’eau.
Bien sûr, vous avez raison (et lui aussi) pour ce qui concerne Bruno Dumont.
J’ai trouvé très fines vos remarques, mais vous avez sur le réel comme sur l’imaginaire dans ce film, dans vos comparaisons également, une générosité sacrément projective. De mon côté, j’ai trouvé plat le héros, mais j’ai beaucoup aimé les personnages féminins, alors que Sandrine Kiberlain désole, film après film, mon pauvre père.

Jacques Barozzi dit: 13 juin 2015 à 10 h 00 min

Les défauts du film sont identiques à celui du personnage principal, qui se perd dans l’excès de matériel inutile : il y a trop de détails dont on ne voit pas très bien l’intérêt ni le sens. Pourquoi les cendriers sont-ils pleins à ras bord ? Que vient faire cette fontaine à absinthe ? Pourquoi Jaoui n’aime t-elle pas les jeux de mots mais plutôt les jeux de piste ?

Jacques Barozzi dit: 13 juin 2015 à 10 h 21 min

En général, chez Sophie, tout est dit dans le titre : BRUNO PODALYDÈS SUIT LA VIE AU FIL DU COURANT.

Et ça ne va pas très loin (mais ça fait sacrément gamberger xlew) !
Cependant, après « Les choses », je pense à un autre titre de Perec : « La vie mode d’emploi »…

xlew.m dit: 13 juin 2015 à 11 h 18 min

Les objections soulevées par Jacques Barozzi sont justes, le tabac et l’absinthe sont peut-être des saluts aux temps passés où les intoxications étaient plus visibles (même la cocaïne était sniffée presqu’en public, Cocteau & friends allaient dans les fumeries d’opium comme on va an Monoprix acheter un exemplaire du Monde pour cacher le rouleau de papier toilette Lotus « super doux » qu’on a honte de présenter nu à la caisse (scène du film) .)
Les paradis artificiels au 19 e étant souvent l’apanage des officiers de marine, et de la gent littéraire, voire des bobos de l’époque en général, la bourgeoisie (idem, Podalydès tape juste ici, en montrant que tout s’est démocratisé.)
Chère Julie, c’est l’un des atouts de Kiberlain de jouer toujours un peu sur le fil (elle en parle volontiers dans les interviews), elle qui semble toujours être en mesure de parer la terrible puissance destructrice des dialogues qui sonnent faux (et qui pourraient être nombreux dans les scènes du film où elle intervient), on la croit souvent devoir succomber à la malaisance d’une situation et puis d’un seul coup elle fait fondre les mâchoires de l’étau qui l’enserrent dans le cercle de la mise en scène et offre au réalisateur de la fluidité.
En ce qui concerne C.P., si je dois le voir sur l’eau, cela sera toujours (même en rêve) à bord de l’un des Brooklyn ferries de Whitman, ceux de l’East River, remontant tranquillement la Seine vers les murailles du Châtelet pour prendre par ruse la Colline, donjon des derniers rois du théâtre.
Et je maintiens, « Bruno Podalydès suit la vie au fil du mourant » et je réponds à Jacques Barozzi que tout film fait naître la gamberge, je respecte la sienne, même si invoquer Perec, question projection, c’est très fortement propulsif en soi aussi.

Jacques Barozzi dit: 13 juin 2015 à 12 h 02 min

Moi aussi j’admire la tienne, de gamberge, xlew, même si, comme Jaoui, oui, oui, oui, je préfère les jeux de mains aux jeux de mots !

C.P. dit: 13 juin 2015 à 12 h 46 min

Cher Lew, c’est samedi, et Julie a sans doute voulu dire -perfidement, je vais voir cela avec elle ?- que Sandrine Kiberlain me faisait un peu peur (à l’instar de Rossy de Palma, bien que le format ne soit pas le même). Mais il est vrai qu’elle est, ici et ailleurs, curieusement « sur le fil ». Bon, cette actrice et sa présence au cinéma n’est pas mon truc, et voilà tout. Outre que Je ne la vois guère au théâtre, alors que La Colline, puisque vous en parlez, c’est aussi le retour à la scène d’Emmanuelle Béart, maintenant fidèle à Nordey…

Les remarques littéraires de Jacques sur l’univers transposable de Perec m’ont beaucoup intéressé, mais les objets dans le film ne m’ont paru ni assez dociles, ni assez résistants pour en tirer beaucoup de conclusions.

Enfin, j’admire, moi aussi et très amicalement, la profondeur mythique que vous accordez au voyage (ulysséen ?) dans le film.

Jacques Barozzi dit: 13 juin 2015 à 12 h 53 min

C.P., Rossy de Palma est remarquable dans « Graziella » de Mehdi Charef. Un rôle dramatique qui lui va bien au teint et qui fait dire à son partenaire, Denis Lavant (un habitué de la Colline), qu’elle ressemble à un Picasso : très cubistiquement juste !

C.P. dit: 13 juin 2015 à 13 h 15 min

Jacques, oui ! Mais quant à Kiberlain au théâtre, où je ne l’ai pas vue depuis vingt ans je crois, elle était à côté de Tchekhov comme de Pirandello. Bien sûr que j’ai fait la comparaison avec Emmanuelle Béart, le retour… Bon, on retourne au cinéma ?

Polémikoeur. dit: 13 juin 2015 à 13 h 32 min

Bref, une fabulette,
et plutôt à l’étiage
qu’en crue emportant
tout sur son passage ?
Surpris, vraiment,
de constituer
la clientèle-cible
d’une mythologie
édulcorée ?
Médianiquement.

C.P. dit: 13 juin 2015 à 13 h 49 min

Jacques, c’est une dérive, mais pouvez-vous retrouver pour moi le film, d’Ettore Scola je crois, dans lequel Bernard Giraudeau, -officier en garnison ?- est obligé de fréquenter (et couche finalement avec) une jeune femme malade et très laide ?

Le beau-frère de qui vous savez dit: 13 juin 2015 à 14 h 33 min

C.P. dit: 13 juin 2015 à 8 h 32 min
j’aime bien les Podalydès depuis leurs débuts.

Alors moi, c’est le contraire. Je les ai haïs le premier jour où j’ai vu leur nom. Ils étaient alors inconnus, mais ils avaient fait un moyen-métrage diffusé avant le petit film de Wenders sur le Père Noël (titre oublié), dans les années 80, il me semble.
On y voyait Denis faire une balade en voiture avec un bébé. C’était nullissime. J’étais venu voir un Wenders et, sans prévenir, on m’infligeait cette ânerie. J’avais retenu leur nom malgré moi et m’étais juré de les éviter à tout prix s’ils parvenaient un jour à refaire du cinéma (ce qui me paraissait alors impossible).
Puis j’ai vu des films de Bruno à la télé (pas fou au point de me déplacer en salle après avoir été échaudé), et j’ai vu assez souvent Denis au théâtre, surtout au Français, bien sûr.
Bon, je ne les hais plus, mais je ne leur pardonnerai jamais ce premier (?) film.

C.P. dit: 13 juin 2015 à 14 h 33 min

Merci, Jacques Chesnel. Je retrouve du coup la distribution de ce film des années 80 qui m’avait frappé, mais pas de bande-annonce ni d’extraits, et je ne sais s’il existe en DVD.

C.P. dit: 13 juin 2015 à 14 h 45 min

@ le beau-frère… :

« Versailles-Rive-Gauche » était un film assez frais, dans mon souvenir en tout cas, peut-être surestimé à l’époque, je ne l’ai pas revu. Bien entendu, Denis Podalydès au théâtre, à la CF et d’ailleurs partout aujourd’hui, comédien, acteur, lecteur…

C.P. dit: 13 juin 2015 à 14 h 55 min

Merci de nouveau, Jacques Chesnel. Je vais trouver le DVD. Vous voyez, ce film était pour moi porteur d’une espèce de gêne assez troublante, d’autant que l’officier avait une relation avec une autre jeune femme, elle très jolie (jouée par Laura Antonelli ? )…

no soucis dit: 13 juin 2015 à 17 h 59 min

« dans lequel Bernard Giraudeau, -officier en garnison ?- est obligé de fréquenter (et couche finalement avec) une jeune femme malade et très laide »

C’était du cinéma (en réalité il ne l’a pas sautée )

Jacques Barozzi dit: 13 juin 2015 à 18 h 22 min

Denis Podalydès écrit aussi, dans cet extrait il évoque la maison familiale de ses grands parents à Versailles et on peut y voir aussi le substrat du film de Bruno :

« Mais le jardin dont il faut parler c’est celui du dedans, rue du Maréchal Gallieni. Enserré sur quatre côtés par l’immeuble lui-même, de quatre étages, par un haut mur de vigne vierge à gauche, un autre en face d’où dépasse une belle rangée de peupliers plantés dans le jardin mitoyen, et par un dernier mur à droite, blanc cassé, surmonté d’un bord tuilé, par-dessus lequel s’aperçoit l’immeuble voisin. Il ne change pas de configuration en cinquante ans. Grande étendue de gazon. Gabriel* étendu sur cette étendue regarde les sillons de fumée blanche des avions à réaction, tout la haut dans le carré de ciel. Une girouette en forme d’écureuil, sur le toit de l’immeuble voisin, domine la situation, intrigue toujours. De sa chambre au premier étage, Gabriel embrasse d’un regard tout le jardin. A gauche, la luxurieuse vigne vierge. Le saule pleureur. Le massif de lilas. Le gazon vert famille. Le massif de rhododendrons, aux grosses fleurs épaisses, collantes, profuses. Derrière cette végétation gisent, enterrés par les enfants, tous les petits animaux domestiques, oiseaux, perruches, écureuils, hamsters, lézards. A droite, le jardin est limité dans sa longueur par l’allée pavée des caboins. Rencontré nulle part ailleurs, ce mot désigne les anciens box à chevaux, devenus garages à vélos. Les lourdes portes sont renforcées, sur le vantail intérieur, par d’épais bastings qui forment un Z inversé, sur lesquels aiment à grimper Bastien et Gabriel, pas bien haut. En face, la rangée de peupliers le renseigne sur le vent. En bas, à l’aplomb de sa chambre, une surface pavée délimite le jardin lui-même, dont la pelouse ne commence qu’une fois franchi le petit muret de pierre grise, blanche, accidentée, bordure sur laquelle on s’assoit toujours, attendant que l’un ou l’autre revienne, quand on est à la porte et qu’on préfère attendre en bas. On y discute entre copains, frères et sœurs, cousins et cousines, membres de cette famille qui se distribue entre les différents étages. On se repose un instant d’avoir joué au ping-pong – aux beaux jours, une table occupe l’espace qui sépare le hall du terre-plein gazonné. Parfois, on reste là pour rien, n’attendant rien, sinon que les heures passent. Assis sur cette pierre, Emile avoue un jour à Gabriel qu’il n’en peut plus, qu’il veut en finir, que sa vie n’en vaut pas la peine. Gabriel découvre son frère comme il se refuse toujours à le voir : piégé, anéanti, promis à la mort. Il le contemple d’un rivage à l’autre, séparé de lui par une distance que rien ne réduit, malgré la fraternité, l’identification, le partage des heures les plus noires, les serments, la promesse de l’aider, de l’en sortir, de l’emmener chez lui – Gabriel n’habite plus Versailles et s’en félicite – , de lui faire apercevoir un avenir forcément meilleur, ça ne peut pas être pire.
Du paradis d’enfance, il ne reste bientôt plus rien. Tout va s’obscurcissant. »

*Dans le chapitre de Voix off d’où est tiré cet extrait, contrairement aux autres pages de son livre, récompensé par le prix Femina de l’essai en 2008, Denis Podalydès a changé les prénoms. Ici, il devient Gabriel et parle de lui à la troisième personne, tandis que son frère Bruno est baptisé Bastien et son cadet Eric, qui finira par se suicider, est appelé Emile…

Le beau-frère de qui vous savez dit: 14 juin 2015 à 9 h 06 min

Du paradis d’enfance, il ne reste bientôt plus rien… (Podalydès cité par Barozzi)

…que le goût du Perlimpinpin dans le square des Batignolles et les Mistral gagnants.
N’est pas écrivain qui veut.

Et le vert paradis des amours enfantines dit: 14 juin 2015 à 9 h 09 min

@beau-frère

C’est en effet une manière assez plate de ressortir un thème archiconnu.

in memoriam dit: 14 juin 2015 à 9 h 15 min

S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !

C.P. dit: 14 juin 2015 à 10 h 06 min

Va pour le témoignage fraternel… Mais c’est vrai que ça ne vaut littérairement pas tripette. Il vaut mieux, puisqu’il est un lecteur fort à la mode, que Denis Podalydès lise les textes des autres.

Polémikoeur. dit: 14 juin 2015 à 12 h 21 min

« Paradis d’enfance », vraiment ?
Période préservée, peut-être, au mieux,
et dédiée à l’apprentissage.
Cocon, parfois.
Gare à l’idéalisation rétrospective !
Etat de toute façon transitoire.
Quant à n’en rien rester,
c’est peu accorder aux souvenirs
et à l’empreinte qui nous façonne,
en creux ou en contre.
Temporellement.

Ueda dit: 16 juin 2015 à 14 h 40 min

Laissez Sophie faire son travail, Jacques.

Je ne suis pas sûr qu’elle ait besoin de vos conseils.

Polémikoeur. dit: 24 juin 2015 à 17 h 58 min

Sans bouder le plaisir sucré
du gentil peuple baba cool
de la petite rivière tranquille,
il faut quand même reconnaître
la faiblesse du scénario.
Une idée de départ ne fait pas le poids
si elle n’est pas développée
en histoire vertébrée.
Courmétrorageusement.

burntoast dit: 22 septembre 2015 à 11 h 38 min

Personnellement j’ai été stupéfié par l’humanité qui se dégage de Bruno Podalydès, à des lieux de tous ces acteurs formatés qui ne semblent jouer que pour se faire admirer.
Quelle heureuse surprise !
En revanche, la fin du film avec la danse générale m’a parue un peu convenue.

TJ Maxx free shipping dit: 8 mai 2017 à 5 h 20 min

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