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La République Du Cinéma

« Dalton Trumbo » : t’as le look, coco ?

Par Annelise Roux

Le nom est connu des cinéphiles pour « Johnny Got His Gun » : ce manifeste pacifiste écrit sous forme de roman en 38-39, adapté au cinéma beaucoup plus tard, remporta le Grand Prix du Jury à Cannes en 1971.
Longue maturation qui cache de nombreuses péripéties. Dalton Trumbo avait reparlé du projet en panne à Luis Bunuel, rencontré au Mexique lors de son exil forcé. Les biopics, genre à plaisir variable ? Lourdement fidèles, cela donne Nicole Kidman en Grace Kelly au palais de Monaco. On peut préférer Todd Haynes (« I’m not there ») qui propose à Heath Ledger, Christian Bale, Ben Whishaw ou… Cate Blanchett de devenir Bob Dylan.
L’incarnation, toute une histoire.

Bryan Cranston a obtenu une large reconnaissance grâce à « Breaking Bad ». Il fait fureur en « Walt » White, chimiste cancéreux incliné à verser dans le crime. Comédie noire : comme pour « Dexter », les Américains prouvent-ils qu’un côté grinçant, le politiquement très incorrect sont bienvenus ? La subversion est marge étroite, tandis que la complaisance déguisée (pour l’ultra violence, la cruauté, le gore) peut être un vrai Sunset boulevard. Alors que les tensions sont de nouveau d’actualité entre Russie et Etats-Unis, le désir de s’attaquer à la biographie de Dalton Trumbo dont l’histoire est intimement liée à la guerre froide tombe à pic.
L’homme a connu plusieurs mues tout en restant lui-même, et Jay Roach, réalisateur dont le pedigree ex abrupto – « Mon Beau-père et moi », « Austin Powers » – n’a pas trop de quoi faire frétiller (« Austin Powers » mériterait néanmoins quelques louanges grâce à un kitsch si intense qu’il finit par passer, non le rideau de fer mais le mur du son) en dévoile une ou deux dont j’ignorais l’existence.
Outre l’étonnement de la découverte, la coïncidence politique du propos dans un contexte certes différent, mais réactivé, de période de gel entre les deux blocs lui confère une pertinence inattendue.
Dalton Trumbo (Bryan Cranston tout en moustaches, fume-cigarette greffé aux lèvres) était connu à Hollywood pour son adhésion aux idées communistes. Dans les années 50, la House Un-American Activities Commitee, « HUAC », très vétilleuse commission d’enquête s’est mise en tête d’épurer l’industrie du cinéma de contaminations venues du froid. Lèvent la grande peur, la suspicion réciproque. Les époux Rosenberg sont condamnés à mort pour trahison. Le maccarthysme va envoyer au tapis des acteurs, producteurs, réalisateurs, scénaristes, brisant carrières et familles, ruinant des réputations en couchant des noms sur la liste noire.
Dalton Trumbo fut l’un des « Dix d’Hollywood » condamnés pour outrage au Congrés pour avoir réfuté les questions sur ses « orientations », les tournant en ridicule. Onze mois de prison, après quoi il n’eut plus de travail et dut s’exiler avec sa famille.
Jay Roach a un certain culot d’intercaler cette scène de derrière les barreaux avec un prisonnier noir que la quête de Trumbo n’incline pas à la fraternité : quels points communs, au-delà de la défense d’idéaux théoriques entre un condamné noir ayant abattu un homme blanc venu l’agresser et un Blanc qui agite des idées progressistes mais fréquente le gratin ? Au lieu de les faire copiner, il les prive d’intersections.

Le film mélange les documents d’époque en déroulant le fil de la vie de Dalton. Sa femme (Diane Lane, avec une rectitude d’épouse américaine de l’époque bien rendue), Clé(o) de voûte d’un édifice dont les fondations vont être drôlement secouées. Trois enfants qui après avoir eu à subir la délation, le mépris, les persécutions vont être artisans avec leur père de la défense de la liberté d’expression. Comment ? En restant soudés. Être un Rouge n’est pas toujours rose.
Lui ne dispose que d’un moyen : travailler. Sauf que plus personne n’en veut. On voit défiler (les vrais) Lauren Baccall et Humphrey Bogart, attentifs à la montée de l’intolérance, en appelant à des démêlements plus nuancés. Gregory Peck exhortant à moins d’amalgames. Quelle modernité !

Il y aussi John Wayne – héros fordien absolu, « The Quiet Man », mon personnage de prédilection totale en Tom Doniphon dans « L’Homme qui tua Liberty Valance » – qui hélas se trompe, précipite la chute de Trumbo. Il eut beau être parmi les modérés, il mena bel et bien à la tête de la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals la croisade contre tout hypothétique sympathisant du Kremlin censé manipuler les spectateurs au travers du cinéma… croyant bien faire ? La scène où Trumbo le défie sur la question de l’engagement est cruelle pour lui, sans dénier son humanité. Kirk Douglas, notre presque centenaire (né Issur Danielovitch Demsky le 9 décembre 1916) qui va permettre avec « Spartacus » la sortie du placard en le faisant réapparaitre au générique. Preminger lui emboîtera le pas avec « Exodus ». Entre temps, Trumbo aura tout de même remporté deux Oscars sous pseudos, en 54 pour « Vacances Romaines » et en 57 pour « Les Clameurs se sont tues ». Tour de passe-passe à la Romain Gary/Emile Ajar, jeu d’hétéronymes à la Pessoa… Le film a le mérite de poser la difficulté de raisonner en simples termes de « bons » et de « méchants ».
Un fossé sépare Hedda Hopper (Helen Mirren modèle miraculeusement ses traits jusqu’à ressembler à une belette malfaisante sûre de son bon droit), comminatoire lorsqu’elle enjoint à un producteur de se séparer des « mauvaises influences », ou elle s’arrangera pour que l’industrie prospère de son studio échappe aux mains de « ces Youpins qui l’ont baisée sur le sofa » d’un Edward G.Robinson… À la ville, l’acteur était un collectionneur d’art cultivé, entretenant des liens de sympathie avec les idées progressistes. Menacé de chômage, mis au ban, plutôt que d’être blacklisté il s’adonna à la délation. Écartèlement d’un anti-héros qui en ressort flétri, déchiré. D’autres, comme le personnage d’Arlen Hird, synthèse en réalité d’amis scénaristes de Trumbo aux trajectoires plus radicales. Les frères King (excellent John Goodman qui incarne Frank), producteurs de nanars préoccupés uniquement de faire rentrer les dollars, qui vont lui confier du travail, mais pas pour raisons éthiques… Il y a des plans facétieux (reflet dans un œil d’or de l’enveloppe s’ouvrant sur la statuette). Pour quelqu’un qui sait ce que c’est que l’engagement dans l’écriture, Bryan Cranston dans sa baignoire, rivé à son papier de machine à écrire au kilomètre rapetassé de partout à force de ratures, corrections, rajouts, nuances, digressions, éclaircissements apportés est d’une vérité émouvante.

Impossible de conclure sur les ravages des méfiances indistinctes, abusives, usant de raccourcis, de méconnaissance, d’idées toutes faites pour dresser les gens les uns contre les autres et régler au passage des comptes personnels sordides sans rappeler « Angels in América ». Les années Sida, la défiance, le climat délétère, les dénonciations, la manipulation des peurs entre Est et Ouest… tout y figurait ! Meryl Streep, Patrick Wilson, Justin Kirk, Emma Thompson et Mary-Louise Parker, pour une mini-série dont la mise en scène, pourtant signée Mike Nichols, n’était pas sans rappeler Terry Gilliam sous substances. Al Pacino en procureur homo honteux ravagé par la maladie, poursuivant d’une hargne d’autant plus homophobe un jeune infirmier efféminé empli de bonté à son égard, tandis que revient méchamment le hanter le fantôme d’Ethel Rosenberg était hallucinant.

« Dalton Trumbo » de Jay Roach

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45 Réponses pour « Dalton Trumbo » : t’as le look, coco ?

Eriksen dit: 27 avril 2016 à 16 h 59 min

Mauvais souvenir de ce Johnny got his gun, vu 10 ou 15 ans après sa sortie et que j’avais trouvé d’une subtilité de bazooka.
Une palme d’or politique, comme souvent, et qui ne prouve rien, parce qu’elle cherche à prouver.

xlewm dit: 27 avril 2016 à 17 h 29 min

Très complet et bel article, Annelise mais je crois que le doué Trumbo carburait énormément sous substances lui aussi, whiskey et amphés à gogo, le film n’insiste pas là-dessus et a bien raison.
Votre analyse porte beaucoup sur la Guerre dite froide, qui semble devoir refaire un tour sur la scène politique en cette fin des années dix, mais l’homme que l’on nous dépeint sur l’écran était aussi un protagoniste de la seconde guerre mondiale, tout son engagement communiste s’y ancre.
C’est, à mon avis, là que l’épine s’enfonce dans le pied du spectateur pourtant bien disposé, déjà confortablement crucifié pour la bonne cause sur son siège en drap rouge, bouffant du popcorn et sirotant avec une paille un Coca Zéro dans les allées du Gaumont-Appia, tout un travail digestif qui caresse son estomac dans le bon sens du poil de l’Histoire. Blurp.
Le gentil daltonophile, average plus que moyen, ne saura rien de la main mise des Reds sur une grande partie d’Hollywood en ce temps-là (eh oui, les syndicats veillaient au grain, les scénaristes étaient découragés d’écrire des histoires qui ne valorisaient pas le prolo, un biopic sur Trotsky, ennemi de leur Dieu du Kremlin, fut à pluseurs reprises décapité à la source, les écrivains apointés par les Studios n’en menaient pas si large), ce ne sera pas kasher (comme dirait la vieille bique de Hopper magnifiquement caricaturée par Mirren qui délaisse sensibilité et subtilité, toutes les deux natives, pour le coup) que de le rappeler.
Trumbo et ses amis, partisans de Staline, traitèrent Churchill et Roosevelt « d’agresseur » et « d’impérialiste », respectivement après le pacte soviéto-nazi de 1939 (déchiquètement de la Pologne) mais retournèrent leur veste dès que Staline ordonnera à son Internationale de soutenir l’effort de guerre, Dalton allant jusqu’à retirer personnellement les exemplaires restants de son fameux livre des stands des éditeurs et libraires.
Le film, bourré jusqu’à la gueule d’excellentes actrices et d’aussi bons acteurs, est trop démonstratif, trop thésard (on dirait que la Walt White a profité des derniers épisodes de Breaking Bad pour s’atteler à la composition de son personnage maudit alors qu’il était reclus dans son chalet ceint par la neige, c’est à la fois amusant, quelquefois ridicule, souvent très vain), j’en appris sans doute plus avec les séries Boardwalk Empire et Mad Men sur l’esprit qui animait l’Amérique dans les années vingt et soixante, sans parler de All About Eve qui transmit infiniment plus des relations complexes entretenues à Tinseltown.
J’aimerais souligner la noble attitude de Melvyn Douglas (grand acteur de l’époque, libéral, très engagé à gauche) qui fut dégoûté par Trumbo et les suiveurs du PC.
Lui était pour jouer la carte de l’honnêteté, de se déclarer communistes (après tout le first amendment était là pour protéger chacun, on ne vivait pas en Urss que diable) et refusa de joindre les cellules léninistes clandestines.
Que les procès macarthystes furent une désolation pour l’Amérique, je ne le nierais certainement pas, mais la façon que les prévenus eurent de se la péter grands seigneurs offusqués, fort méprisants envers la Cour, lors des auditions, est quelque chose qui n’est pas suffisamment décortiqué, elle en dirait pourtant long sur l’anima des gens qui haïssaient de tout leur être Farrel, Kravchentko et Koetsler.
Et j’admirerai jusqu’à la fin le courage et le génie de Trumbo.
Cela ne m’empêche pas non plus d’être ému par la rectitude morale d’un Edward Dmytryk qui expliqua dans son autobiographie toutes les manoeuvres inavouables qu’eut à subir l’industrie du cinéma de la part des communistes (qui n’existèrent donc pas vraiment selon la doxa) ni de me souvenir de la façon dont Nolte et Harris traitèrent plus bas que terre un Elia Kazan lors de la remise d’un Oscar d’honneur en 1999.
Jusqu’en 1956, Trumbo, qui avait lu Koestler et Orwell, soutint l’entreprise léniniste.
Deux historiens (de gauche) américains, Ceplair et Englund (« L’Inquisition à Hollywood ») racontèrent que l’anticommunisme (loin d’être réduit à la charge montrée dans le film, Reagan et Wayne apparaissant tels des zombies de la méchanceté la plus crasse) qui régna à cette époque ne fut qu’à l’image de ce contre quoi il luttait.
C’est ce qui me rend la fin du film un peu amère (le discours dilueur des responsabilités de chacun lors du célèbre speech de 1970).
Le cinéma américain ne sait plus faire quelque chose qui frappe l’intelligence, les émotions aujourd’hui, en matière de biographies (je repense au très beau Lenny Bruce revu il y a peu à la télé).
Bravo pour votre critique, pointue et très utile pour celui qui est votre lecteur.

Annelise dit: 27 avril 2016 à 18 h 28 min

Lew, Eriksen, Roro d’hier (et d’aujourd’hui, mais moins que demain j’espère), je ne fais que passer mais wow ! Passionnant sur la dictature& les mères dans « Paulina », ici sur les studios, le macchartysme, Tom Doniphon ou Ronald qui get his gun contre les cocos..qu’aviez-vous pensé du « Reds » de Warren Beatty, Xlew ?.D’accord pour dire que Johnny s’en va t-en guerre n’a pas aussi bien vieilli que d’autres, Eriksen,cela dit expliquez moi en quoi cela vous gêne, un grand prix cannois « politique »?(J’ai ma petite idée, je pense que nous nous rejoignons plutôt mais voudrais le lire de votre bouche.) « Le Maitre et Marguerite », livre éminemment politique. Semprun est politique. Kundera. Marquez grâce au réalisme magique en sorte de réconciliateur post mortem, entre Castro, la guérilla et le président (de droite) colombien qui décrète 3jours de deuil national. Qu’est-ce que ça veut dire « politique »? Pas un gros mot. Pas interdit non plus de les préférer à Annie Ernaux, ou (à tout Seigneur tout honneur), pour continuer un peu sur « Paulina », de trouver beaucoup de séduction au film « politique » d’un Santiago Mitre

passou dit: 28 avril 2016 à 7 h 59 min

Curieux comme AnneLise aussi bien que Xlewm dans leurs très utiles jugements (utile pour moi qui n’ai pas vu le film et qui hésite encore, craignant les bons sentiments et le déjà vu) aucun des deux n’évoque Elia Kazan alors que c’est le nom le plus cité historiquement dès qu’il est question des ravages du maccarthysme à Hollywood. Une casserole qu’il n’a jamais cessé de trainer. Serait-ce que son chemin n’a jamais croisé celui de Trumbo ? Est-il absent du film ?

Quelque chose me dit que le film de Martin Ritt sur la question allait plus loin.

Mon admiration pour Johnny got his gun demeure intact.

Eriksen dit: 28 avril 2016 à 9 h 00 min

Vous avez raison Annelise, l’adjectif « politique » n’est pas nécessairement négatif au cinéma.
Le négatif, c’est un film « démonstratif et thésard », pour employer les mots de Xlewm. Le cinéma est asservi à un but.
Le positif ? : des questions plus que des réponses (exemple Paulina ;-) ).
Quand il s’agit d’un « prix [cinématographique] politique », le négatif du mot politique l’emporte plus franchement il me semble :
Le film primé et l’entité qui attribue le prix se justifient l’un l’autre dans un cercle de renforcement, dont les médias sont le moteur.
Or ceux-ci relaient très bien les films à thèse et éludent ou déforment les films de questionnement, pour des raisons de commodité ou par pragmatisme.

Xlewm, votre analyse est un fort beau résumé de « Pour une finir avec le Maccarthysme » de Török, en moins partisan toutefois.

Annelise dit: 28 avril 2016 à 9 h 58 min

Pierre (ce matin) m’a tuer! Tu as parfaitement raison pour Ritt – merci Roro d’en faire mention – quant au stambouliote new yorkais Kazan, hélas oui il en fut et non des moindres. Pas lu le livre de Hubert Prolongeau à ce sujet, je ne sais ce que ça vaut, s’il s’agit d’un document biographique ou d’un torchon surfant sur une ancienne amitié mais je l’ai manifestement écarté pour des raisons d’évitement, de préservation sentimentale du mythe
Eriksen, ok pour l’argumentation, « le film primé et l’entité qui attribue le prix se justifiant mutuellement », j’entends. Pour en revenir à « Johnny got his gun », probablement a t-il été écrit au départ dans une sorte de premier degré qui vous gêne, primé comme tel ensuite, en une période d’embourbement vietnamien contre lequel s’insurgeaient Mlle Jane Fonda et autres Hollywood’s members à conscience « politique », justement. Il n’en demeure pas moins que je ne mentionne pas la rencontre avec Luis Bunuel par hasard. Le film en lui-même, au-delà d’une exécution que vous seriez tenté de qualifier de primaire trimballe beaucoup du bagage de Trumbo. Et en a sacrément sous la pédale, par dessous le fil narratif du pauvre handicapé amputé tous azimuts : film à thèse incontestablement, qui plus est daté, mais « Barbarella » qui ne véhicule pas les mêmes prétentions l’est aussi, daté, c’est ce qui fait son charme. Et onirique, délirant ! Je parle de « Johnny » pour les derniers adjectifs, les amphétamines dont parlait Xlew n’y étaient peut-être pas pour rien. Des croisements avec le naturalisé mexicain Luis auquel Trumbo avait songé à remettre la réalisation sont évidents. Les tonalités crues ou tendres, le jeu avec la couleur, l’enfermement dans un corps-cercueil, la notion de « monstruosité » comme pièce à conviction qu’il s’agit de cacher soigneusement ou remiser… quelqu’un comme David Lynch ne s’est pas caché d’avoir fait son miel de beaucoup de choses là-dedans.

Eriksen dit: 28 avril 2016 à 10 h 18 min

vous avez probablement raison.
Le film thésard mobilise, puis énerve. Il faut peut-être plus de temps pour enfin le voir.
vous l’avez vu récemment?

Annelise dit: 28 avril 2016 à 10 h 38 min

Non, Eriksen. Une dizaine d’années. Le débat remplit ses fonctions, du coup moi aussi envie de le revoir pour des raisons symétriques presque inverses aux vôtres. Ce qu’écrivent ce matin Roro et Pierre Assouline sur Martin Ritt, I perfectly agree. Jay Roach pas à ce niveau. Pour un public qui n’est pas nécessairement instruit des péripéties de l’époque, bon début pour s’y intéresser. Appris par Xlew que Nolte et Harris avaient cartonné Elia Kazan lors de la remise de son Oscar d’honneur en 1999? De quelle façon Lew? Cela me pose toujours problème éthique la manière (ou pas) « d’outer » ceci ou cela chez les autres. Reste qu’il fut délateur. Comment s’appelle le délateur d’un délateur? Un justicier? Le Z qui veut dire zèle de Zorro? (Tiens « Z », encore un film politique…)

xlewm dit: 28 avril 2016 à 11 h 17 min

Nous restons très loin d’un film de Ritt avec ce Roach, c’est sûr, mais cela ne devrait décourager personne d’aller voir ce qu’il propose de la figure de Trumbo.
Il y a tout de même une ou deux belles scènes, celle, relevée par Annelise, qui nous le montre en compagnie de Kirk Douglas (qui le sort de la liste noire), peut-être celle aussi de son retour chez lui, puis de l’adieu à sa maison (là je comprends pourquoi on est allé chercher Cranston, qui sait faire s’apitoyer Margot comme personne dans les longs métrages, un cabotinage qu’il tuait systématiquement pourtant dans l’oeuf pour Breaking Bad).
Cranston est à des années lumière de la prestation de Beatty dans Reds, acteur que son côté légèrement gandin et fabuleux superqueutard pouvait desservir, Son John Reed avait du souffle (c’est vrai que Keaton a plus de feu intérieur que Lane, combat inégal des deux Diane, à chacune sa moitié de Poitiers, sa part de Pithiviers).
Les onze mois de détention subit par Trumbo sont une tache sur la démocratie américaine, et c’est un partisan qui le dit.
Ce que je reprocherais toutefois au film serait de ne pas faire assez saillir l’hypocrisie qui régnait à Hollywood à cette époque.
On ne croise pas Kazan, pour répondre à P. Assouline, (Beatty, qui l’a longuement interrogé sur les noms qu’il donna, a toujours plaidé en sa faveur plus tard), mais on rencontre un Edward G. Robinson.
Lui aussi dénonça des gens mais cela n’empêcha pas Martin Ritt de retravailler avec lui.
Ce qui m’aurait autrement plu, c’est un film qui aurait plus discuté la question du Code de Production, des interactions continues avec la Légion Catholique de la Décence, Trumbo (beaucoup plus Preminger, un vrai pionnier en ce domaine, il apparaît d’ailleurs dans le film) dut s’y coltiné plus souvent qu’à son tour.
Que diraient Hopper et Trumbo du niveau de langue et de la violence atteints dans les films d’Hollywood en 2016 ?
Je n’ai pas beaucoup aimé la lumière d’un film trop long, ni voir une actrice que j’admire (pour sa beauté aussi), Helen Mirren, transformée très hardiment en Reine affreuse directement sortie du film d’à-côté, méchante Blanche-neige, vilaine Reine des Ice-creams d’une salle de ciné voisine. Remarquez si Charlize Theron devait un jour être blacklistée, je serais le premier à la faire travailler, quitte à lui prêter mon nom, je sais qu’elle n’est pas trop bégueule.

xlewm dit: 28 avril 2016 à 11 h 24 min

@ 10h38, en refusant ostensiblement d’applaudir sur scène, en protestant avec des gestes, Annelise.
Beatty et Meryl Streep manifestant leur admiration pour quatre pendant l’hommage.

JC..... dit: 28 avril 2016 à 13 h 14 min

Mac Carthy a fait un excellent travail à l’époque : rendons hommage à ce crétin, bien utilisé, pour extirper la vermine rouge du cinéma hollywoodien, faiseur d’opinion ….

Annelise dit: 28 avril 2016 à 17 h 04 min

Xlew 11h17, vos développements étayés font mouche. Comment ne pas sourire à votre évocation si juste des deux Diane l’air de ne pas y toucher, à celle de Beatty qui fut plus ambigu dans Reds que ne l’est Cranston en Trumbo, en effet, ou dans Bonnie &Clyde, bien qu’étant connu pour ses (multiples?) penchants – mais pourquoi cela aurait-il dû peser pour juger de sa crédibilité par ailleurs ? Votre portrait d’Helen Mirren version « Le Chasseur et la Reine des glaces  » – inutile de nier, votre passion avouée pour Kristen Stewart ET la sublime Charlize « l’or, j’adore »(surtout en Ravena) vous y aura incliné, et nul ne songe à vous jeter la pierre – est cuit al dente !

Vébé dit: 29 avril 2016 à 11 h 45 min

Roro 28 avril,parce que Kazan a assumé il serait moins coupable? Je vous charrie mais la question induite par Passou, quid de son absence dans le film, revient à la poser. J’aime bien la manière d’Anne-Lise et Xlem d’y répondre. C’aurait été utile de savoir quels noms furent donnés (l’enquête de warren Beatty le révéle t-elle?) Pourquoi Robinson et pas lui dans le film de jay roach?

Il s’est peut-être contenté de révéler des noms déjà connus(trahison moindre) comme c’est suggéré dans le film avec E.GR. Ou la révérence était telle que le réalisateur n’a pas voulu qu’elle en sorte amoindrie. Ce n’est pas anodin qu’un acteur figure mais pas un réalisateur. L’attitude d’un Edward Dmytryk fut exemplaire. Warren Beatty avait peut-etre envie de faire un tour sur les quais et Meryl Strep se rêvait en Blanche ou approchant,alors qu’un acteur était exposé sans avoir de quoi négocier son retour en grâce.

On reste dans l’excellence avec ce billet. Le film de Jay Roach fonctionne plus sur le mimétisme qu’autre chose, Anne-Lise le dit tres finement, il n’est pas « extraordinaire » mais remet certains points sur les « I » en offrant la possibilité de réfléchir à de grands axes historiques et politiques que la jeune génération pas mal acculturée méconnait. JC toujours partisan de passer le lave-pont partout, de jeter le bebe avec l’eau du bain n’y voit pas d’inconvénient, moi si.

Jibé dit: 29 avril 2016 à 11 h 53 min

« la possibilité de réfléchir à de grands axes historiques et politiques que la jeune génération pas mal acculturée méconnait »

Vous croyez vraiment que les autres générations sont plus cultivées, Vébé ?

JC..... dit: 29 avril 2016 à 16 h 29 min

Dans toute bonne démocratie populaire, il est de bon gout d’envoyer les méchants, les traitres, les minorités indisciplinées, les communistes, les aristocrates, les indiens, les juifs, les déviants sexuels, les non-conformes, dans l’autre monde : lao gai, goulag, camp d’extermination, prisons confortables, hôpitaux psychiatriques, chaises électriques sous tension suffisante.

Nos amis américains ont admirablement su gérer l’intolérable présence sur leur sol d’Indiens incultes, de communistes à la Rosenberg, de minorités gênantes pour le business…

Que cela nous serve de leçon contre les Nouilles Debout, les Besancenot-mélanchoniens subventionnés, les adeptes du chamelier fou…

roro dit: 29 avril 2016 à 17 h 46 min

Vévé « parce que Kazan a assumé il serait moins coupable? »
non bien sûr, mais il l’ a reconnu au moins
Et ‘À l’Est d’Eden’, ‘Baby Doll’, ‘Un Homme dans la foule’, ‘l’Arrangement’, ‘les Visiteurs’..

passou dit: 29 avril 2016 à 21 h 22 min

AnneLise « Comment appelle-t-on le délateur d’un délateur ? ». Avec ces quatre mots, on peut déjà se lancer et écrire un roman.

Sur Kazan, voir Michel Ciment.

Jibé dit: 29 avril 2016 à 23 h 55 min

Mais c’est quoi cette évocation de la vie de saint Dalton Trumbo ?
Il avait le look coco et on en fait en plus un génie, du bien, au talent scénaristique intarissable ! Depuis la première humiliation publique à la résurrection finale, en passant par toutes les étapes de son Chemin de Croix, c’est un peu de la vie de Jésus qui nous est conté ici ? Un prophète des années cinquante à Hollywood.
Le face à face avec le génie maléfique nommé Kazan, n’aurait pas été à son avantage. D’où son éviction de ce film manichéen et saint sulpicien.
Je crains, en toute amitié, que vous vous perdiez parfois en élucubrations stériles, Annelise et Xlew…

Eriksen dit: 30 avril 2016 à 0 h 11 min

Le délateur d’un délateur semble indiquer un changement de pouvoir entre le début et la fin.

sat' morn' dit: 30 avril 2016 à 7 h 24 min

Il savait que ce n’était pas la période la plus honorable de son existence, qu’il avait brisé des vies, mais il ne regrettait pas ce qu’il avait dit à la Commission, très informée et qui n’attendait que des confirmations, parce qu’il fallait alors sauver la démocratie, se défendait-il, dans un contexte international où elle était en péril. En 1936, il avait quitté le parti communiste pour n’avoir pas à dénoncer des camarades, ne l’oublions pas. (…) Losey se complaisait volontiers dans son rôle de victime de ces années-là, où il avait été poursuivi. (…)
http://www.histoire.presse.fr/actualite/portraits/michel-ciment-la-memoire-du-cinema-01-01-2004-6840

sat' morn' dit: 30 avril 2016 à 7 h 25 min

oublié les  » pardon
« Il savait que ce n’était pas la période la plus honorable de son existence, qu’il avait brisé des vies, mais il ne regrettait pas ce qu’il avait dit à la Commission, très informée et qui n’attendait que des confirmations, parce qu’il fallait alors sauver la démocratie, se défendait-il, dans un contexte international où elle était en péril. En 1936, il avait quitté le parti communiste pour n’avoir pas à dénoncer des camarades, ne l’oublions pas. (…) Losey se complaisait volontiers dans son rôle de victime de ces années-là, où il avait été poursuivi. (…) »

http://www.histoire.presse.fr/actualite/portraits/michel-ciment-la-memoire-du-cinema-01-01-2004-6840

JC..... dit: 30 avril 2016 à 8 h 21 min

Jibé voit juste !
Annelise et xlew s’envoient en l’air dans un orgasme onaniste collectif, une critique du plus bel effet càd une branlette hollywoodienne à propos d’un, forcément, « chef d’œuvre »….

Annelise dit: 30 avril 2016 à 10 h 05 min

Jibé (mon bon JC,c’est autre chose…)où avez-vous lu que Xlew ou moi crions au chef-d’oeuvre? Il paraît clair que Trumbo nous intéresse davantage que son évocation. Je trouvais plus stérile votre extase métaphysique pour « Lucy » de Besson, même si, les Louboutin de Scarlett… Enfin vous savez bien que je vais tout voir.
Vébé, « révérence » je ne sais pas – mais déférence ? Comme le signale Roro, Kazan a fait une ou deux bricoles qui la suscite non? (Roro hier 18h01, j’adore votre extrait de Martin Ritt, un bon résumé du climat tonique). Meryl Streep ou Beatty qui lui en témoignent peuvent être conscients de la difficulté du démêlement d’alors, davantage que désireux de lui cirer les bottes pour obtention d’un rôle. A l’époque, Meryl Streep a déjà joué pour Cimino dans « Voyage au bout de l’enfer », dans « Holocauste »,obtenu un Oscar avec Benton pour Kramer contre Kramer (pas mon favori), fait la mère divorcée de « Manhattan » chez Woody Allen, été re-Oscarisée avec Pakula pour le « Choix de Sophie », donné dans « Out of Africa » avec Pollack et « Sur la route de Madison » avec Eastwood… Warren Beatty, son lien à Kazan est plus affectif et ambigu : grâce à lui s’il est passé du statut d’escort boy de Joan Collins à celui d’acteur prometteur (le Bud de « La Fièvre dans le sang »). L’étiquette de séducteur acquise en même temps qu’il rajoutait une lettre à son nom Henry Warren Beaty pour s’inventer (comme Faulkner) lui colle à la peau, il mettra du temps à s’en débarrasser comme il peine à se dégager de l’image d’un père baptiste, autoritaire, alcoolique et violent. C’est Truffaut qui lui fait lire le scénario de Bonnie & Clyde pour lequel il se passionne alors que la Warner ne veut absolument pas en entendre parler : « aucun intérêt »! Les studios lui rient au nez en lui expliquant que c’est nul. Lâché de toutes parts il tient bon et bing, Oscar grâce au gangster boiteux impuissant. BB et Gainsbourg auront de quoi chanter. On commence à le prendre au sérieux en dépit de ses gentilles casseroles de beau-gosse-aux-belles-nanas – jusque là il est envié pour ses conquêtes mais non admiré – alors qu’il faut croire que la politique le travaille, ce n’est pas une tête creuse… Il fait le délicieux remake de « Heaven can wait » mais très vite, « Reds », projet complexe s’il en fut. Il prend des risques, se heurte plus d’une fois à des portes fermées. Gonflé : ré-Oscar, après de bonnes traversées du désert, cette fois comme meilleur réalisateur! Il est têtu, surtout quand il a raison. En 1999 lors de cet hommage houleux à Kazan qu’il appuie, ce n’est pas une starlette masculine « Warren la belle gueule » qui applaudit. Beatty, démocrate, avait même envisagé de se présenter à la présidentielle américaine en 2000 avant de soutenir Al Gore. Pas un gugusse qui déboule sans bagage ni connaissances sur des sujets épineux.
Vébé je ne sais si la génération actuelle est « acculturée » ni en perdition par rapport à la précédente. Pas persuadée que cela se pose en ces termes mais votre remarque m’interpelle. Le NYT (poursuivi en ce moment par deux employées noires pour discrimination?) avait publié il y a quelques années une étude troublante sur la persistance mémorielle autour des attentats de 2001. La chute des tours est paradigmatique, certes, mais entourée d’un flou qui explique ici et là que les théories complotistes fleurissent – peu de gens relient par exemple ce qui se passait en Afghanistan, la mort de Massoud deux jours avant, Al Qaida d’hier et Daesh, l’Irak ou la Syrie aujourd’hui. Il ne s’agit pas du tout des mêmes choses et il ne faut pas les confondre, mais la méconnaissance de bases communes et des circonstances initiales empêche de comprendre les évolutions ultérieures. Trumbo, le film de Roach n’a aucunement la finesse ni l’ampleur d’un Martin Ritt. Lew ou Pierre l’ont clairement énoncé et je partage leurs points de vue. Mais le film remet le focus sur une époque qui a encore bien des zones d’ombre : Sat’Morn de ce matin m’intéresse aussi en citant Losey, je vais jeter un oeil au lien.
Et essayer de vous mettre en ligne (si j’y arrive), à défaut, vous copier/coller en suivant une communication de Joseph McBride (Berkeley), grand spécialiste de John Ford, scénariste, écrivain, professeur de cinéma, ami de Laura Truffaut faisant part du refus d’accorder une distinction à John Wayne pour son rôle dans la blacklist. Actualité oblige ! Les plaies ne peuvent être refermées tant que certaine élucidation n’a pas eu lieu

Annelise dit: 30 avril 2016 à 10 h 09 min

Puis JC qu’avez-vous contre l’onanisme maintenant, c’est nouveau? N’allez pas vous priver de votre fonds de commerce

Annelise dit: 30 avril 2016 à 10 h 14 min

Communication de Joseph McBride, spécialiste de John Ford (San Francisco State University):

The California Assembly has shot down a proposal for an annual John Wayne Day due to his racism and support for the blacklist. I interviewed Navajos in Monument Valley in 1973 about him, and they told me they were shocked when his 1971 Playboy interview appeared, because they had always found him friendly when he worked with them there. One young man’s reaction was especially memorable (you can read the whole article on my website josephmcbridefilm.com): AMC Magazine, July 2001
Hail to the Duke
by Joseph McBride
In 1973, I visited Monument Valley, the eerily beautiful section of the
Navajo reservation where John Wayne and John Ford made some of their
most celebrated Westerns, such as Stagecoach, She Wore a Yellow
Ribbon, and The Searchers. There I met a young Navajo who had just
returned from service in Vietnam and was still wearing his army fatigue
jacket. When I asked what he thought about Ford, he replied, “Is he the old
guy with the eyepatch? He’s OK.”
Then I asked what he thought of John Wayne. I assumed this was a touchy
subject, particularly since Wayne’s 1971 Playboy interview in which he
responded when questioned about the suffering of American Indians, “I
don’t feel we did wrong in taking this great country away from them, if
that’s what you’re asking. Our so-called stealing of this country from them
was just a matter of survival. There were great numbers of people who
needed new land, and the Indians were selfishly trying to keep it for
themselves.”
The young army veteran was so infuriated by Wayne’s comments that he
told me if Wayne ever came back to make another movie in Monument
Valley, “He’d better watch out, because I’ll be sitting up there in those
rocks with my M-1 rifle and I’ll pick him off.”
In the next six years until Wayne died, I often wondered what I would do if
I heard that he was going back to Monument Valley to make another
movie. Would I alert him to the danger looming in the ancient mesas or
simply let history happen? . . .

Eriksen dit: 30 avril 2016 à 10 h 54 min

L’Histoire ne se justifie pas.
La pression des droits de l’homme fait faire les pieds aux murs à certains pour justifier l’inconciliable. « Selfishly »… faut oser.
Mais ya rien à justifier. C’est la loi du plus fort et puis c’est tout.
Le discours des Lumières n’engagent que ceux qui y croient.

Annelise dit: 30 avril 2016 à 11 h 03 min

…suite de 10h09 : pour une fois que vous avez l’occasion d’affronter (si j’ose dire) l’ennemi en face! Cinq contre un! Quel « mano a mano ». De l’allure! Sans avoir (j’espère) la tentation de lui planter un couteau dans le dos… Ne la perdez pas.
Eriksen : bien sûr que l’histoire en elle-même ne se justifie pas, qu’il n’y a rien à « justifier ». La question n’est pas là, et l’autre partie de votre proposition me semble trop en contradiction avec certains de vos développements effectués ici pour ne pas la juger un chouia ironique. Obligée de filer mais suivant le débat

Eriksen dit: 30 avril 2016 à 11 h 19 min

Votre délateur de délateur interpelle Annelise :
Un délateur rapporte une action juste à une autorité injuste tandis qu’un citoyen rapporte une action injuste à une autorité juste. Délateur/citoyen c’est une question de point de vue.
Votre point de vue, qui enchâsse les délateurs les uns dans les autres comme des poupées russes, semble considérer que tout « rapportage » se fait nécessairement à une autorité injuste, quelle qu’elle soit.
seriez-vous anarchiste dans cette république ?

Annelise dit: 30 avril 2016 à 12 h 04 min

Eriksen, votre impertinence me rattrape par le coin de l’oreille – alors qu’il faut que j’y aille! Votre distinction m’amuse, vous savez très bien combien elle fait sens. On pourrait s’amuser à jouer avec ces frontières (un délateur peut être aussi quelqu’un qui rapporte un état de fait objectif auprès d’une autorité grosso modo recevable, mais qui n’accepte pas ce qui est révélé comme « conforme » etc – eu ce débat avec un ami considérant qu’il n’y a aucun problème à révéler en dehors de son consentement l’homosexualité d’un comédien ou autre personnage public.. et nous voilà repartis sur un débat sur tout ce qui différencie la moraline, le droit, la morale et l’éthique). En tout cas, la biographie fordienne de J.McBride est passionnante, relate comment le petit catho pauvre d’Irlande a soigneusement entretenu sa légende au dur pays protestant. Il écrit qu’au moment où on lui administre à n’en plus finir les derniers sacrements il murmure « coupez! » Marié jusqu’au bout en dépit de sa passion pour Katharine Hepburn ou Maureen O’Hara (la photo que j’ai vue de sa pierre tombale grâce à Joe McB est magnifique, témoigne de cette fidélité conjugale hors pair), hyper alcoolique mais toujours soigneusement en dehors des tournage pour ne pas subir de pressions désagréables des studios, père et grand-père piteux, à ses heures mesquin, truqueur, ambigu (plusieurs westerns des débuts, scénario confié à une plume réputée pour son racisme ahurissant) mais capable de grandeurs époustouflantes visibles dans ses films, d’opinions « à la marge » inattendues (si Wayne dans les 30-40 est résolument de droite curieusement, Ford non…) »The Quiet Man », « How green » pour écot au pays natal, ou la réplique « This is my steak, Liberty », irremplaçables! Le personnage de Doniphon (le transfert de l’Amérique des pionniers où règne la loi du plus fort vers l’Etat de droit incarné par Ransom/James Stewart), Vera Miles allant déposer des fleurs de cactus sur sa tombe… en 1962 je n’étais pas née et ça marche encore, je pleure toujours devant The man who shot Liberty V !

JC..... dit: 30 avril 2016 à 12 h 50 min

Annelise dit: 30 avril 2016 à 10 h 09 min
« Puis JC qu’avez-vous contre l’onanisme maintenant, c’est nouveau? N’allez pas vous priver de votre fonds de commerce »

Je n’ai rien contre l’onanisme, Annelise, simplement il me parait bien plus agréable de sous-traiter, la compétence ne manquant pas.

Milena et Dora dit: 1 mai 2016 à 8 h 32 min

un conseil amical en passant et entre filles, Annelise : ne répondez pas à cet olibrius nuisible de JC qui fout la zone partout où il sévit, un seul remède : virer ou ignorer ce sale type

Eriksen dit: 1 mai 2016 à 13 h 21 min

De Dalton Trumbo, Jay Roach fait non seulement un saint, mais aussi un Dieu : le Créateur ex-nihilo, en trip direct de la page blanche à l’oscar. Les autres ? communistes ou non c’est de la petite bière : cet homme aux neurones d’or apparait irremplaçable.
Fatiguant.
Cela sent la propagande, et dans un film dont le sujet est la lutte contre une supposée propagande… le procédé est un peu curieux, voire contre-productif.
Mais on peut aussi oublier la question de la réalité historique et prendre ce Dieu Trumbo selon Roach, comme un paradigme d’humain créateur, un alchimiste transformant la réalité en émotion, un orfèvre sachant tirer la force émotionnelle des situations. Dalton fait cela dans ces scénarios. Par calcul ou par foi en l’homme ? on s’en fout finalement. Entre un génie transcendé par la foi et un calculateur machiavélique il n’y a pas grande différence, tout juste une prise de conscience. Le résultat est le même : il nous amène où il veut… Ce qui, vu son communisme et la période considérée, justifie en creux le Maccarthysme. Ça ne manque pas de sel.
Plus encore, La traversée du désert de Donald Trumbo coïncide avec ses scénarios les plus célèbres : les deux oscars (Roman holidays and the brave one) Spartacus et Exodus. Il réussit mieux sous l’obligation de dissimuler de ses sympathies communistes, peut-être parce qu’il il en revient à l’essentiel : sa foi en l’homme. La vraie vie de Trumbo selon Roach (ou selon Trumbo lui-même si Roach est le prête-nom de Saint Trumbo) se moule parfaitement dans son style d’écriture et Trumbo semble scénariser sa vie avec la même moulinette que ses films : la foi en l’homme. Et sur ce plan-là, l’idéal communiste peut entrer en résonnance avec l’idéal américain.
Bien briefer par la critique d’Annelise et les commentaires, j’étais prévenu que ce serait un peu hagiographique. Et pourtant, on a beau savoir, ce Dalton Trumbo est diablement séduisant. J’avais eu la même sensation pour All about Eve de Mankiewicz, où l’on est affranchi dès le début sur l’arriviste qu’elle est, mais on se laisse séduire tout de même… par faiblesse ou par plaisir.

xlew dit: 1 mai 2016 à 17 h 37 min

Spartacus et Exodus, grand souffle, je suis d’accord.
Il n’est pas nouveau que l’on dise que le sol américain était terreau favorable à l’édification du socialisme.
Beaucoup d’intellectuels européens, mi sourire en coin, mi sérieux, prévoyaient de bel chose pour l’établissement définitif d’un Grand Soir aux States, les prérequis définis par le Manifeste de Marx étant tous là, prêts à unir leurs atomes dans la béance géographique d’un raisonnable historique espoir.
C’est Roosevelt finalement qui mettra un point final aux promesses de ce genre de développement, en levant l’hypothèque du communisme domestique (il faudrait mentionner le microscopique World Workers party, très influent malgré tout, et les Wobblers).
Il ne se comporta pas différemment de Jules Moch, ministre de l’intérieur socialiste qui fit tirer contre les syndicats séditieux menés en sous-main par les hommes de Moscou dans la France de l’immédiat après-guerre (même si le PCF avait de fortes convictions nationalistes, je ne le nie pas)…
Amusant aussi de relire De sang Froid de Truman Capote et de s’apercevoir que le père de famille assassiné, Herb Clutter, fit partie des services du ministère de l’agriculture rooseveltien qui fit la police dans les rangs des agriculteurs en 1930 pendant le New Deal, leur imposant à la soviétique des rendements prévus sur plan, et des types de semailles obligatoires (tout à fait contraire à l’esprit américain tel qu’analysé avec la puissance de lucidité que l’on sait par Tocqueville).
Une catastrophe humaine.
Un Mister Clutter redevenu méthodiste bon teint au début du livre de Capote, immensément travailleur et propitiateur de l’esprit d’entreprise le plus éloigné possible de directives étatiques issues d’une quelconque programation quinquénnale.
Reprendre un bonne fois pour toutes la sanction wildienne : d’après le grand Bill d’Hollywood, seul Trumbo était un type d’envergure, les neuf autres étant des also-ran très, très, mineurs (les noms sont trouvables sur internet, pour répondre à Vébé).
Le Grand Hollywood, ce sera peut-être celui de la team Riskin qui fit des films à partir de 1942 (au départ de pure propagande) tellement bons (grâce aux talents des auteurs et réalisateurs) pour contrer les méfaits de la médisance nazie (qui peignait les Américains comme de sanguinaires cowboys), qu’on les sortit sur grand écran dans les salles des pays libérés, au même titre que les longs métrages de comédies ou d’aventures.
Passion soudaine des peuples européens pour la vision d’une Amérique pas uniquement idéalisée, au grand dam des communistes de ces mêmes pays (alors que la plupart des scénaristes et réalisateurs US étaient démocrates voire socialistes).
Et puis, il n’y eut pas que Trumbo, une petite pensée pour Richard Brooks serait la bienvenue, par exemple.
Ce qui manque au Roach c’est un peu plus d’humour, un Mike Maiers en Kazan aurait remis Cranston sur d’autres rails chromatiques que ceux de cette espèce de coke douce qu’on nous présente à sniffer sur l’écran comme si l’on était dans une salle d’Epinal en 1919.

JC..... dit: 2 mai 2016 à 11 h 02 min

Il ressort aux yeux d’un aveugle dans mon genre…. que ce film n’en est pas, réellement, un !

Tout juste un tract passéiste, non ?

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