de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Deux jours, une nuit »: la grandeur des frères Dardenne

Par Sophie Avon

C’est d’une telle simplicité qu’on en reste admiratif. Plus encore que « Rosetta », « Le fils » ou « la promesse », « Deux jours, une nuit » est une œuvre dont la ligne pure touche au grand art. L’argument est lui-même un modèle de brièveté : une femme a un weekend pour aller convaincre ses collègues de renoncer à leur prime afin qu’elle puisse garder son travail.

Jean-Pierre et Luc Dardenne  réfléchissaient depuis plusieurs années à un film sur la crise, sur la précarité des plus faibles et la cruauté d’un monde où la performance compte davantage que l’humanité de chacun. Leur scenario renvoie à un dilemme où, in fine, il s’agit de choisir entre la solidarité de groupe et l’intérêt individuel. Avec cette femme, Sandra, qui a été en dépression et dont on voit à quelle fragilité elle est sans cesse ramenée, y compris au moment de renouer avec sa vie active, les frères belges proposent le parcours d’une revenante qui croyant regagner son droit au travail, va gagner bien plus que cela.

Accéder à une humanité plus grande, c’est la question fondamentale du cinéma des Dardenne qui sous couvert de films sociaux, touchent à une métaphysique du vivre en commun. Une nouvelle fois, avec une confondante rigueur, armés d’un récit qui pourrait paraître répétitif, ils interrogent le cœur même de l’être derrière la réalité du monde du travail. C’est sans doute là que se niche la sidérante beauté de ce film sans la moindre fioriture : traverser les apparences, atteindre à l’essentiel de la vie en déroulant une galerie de personnages qui tous ont leurs raisons, soit de renoncer à leur prime pour aider Sandra, soit de la vouloir quand même, quitte à ce que Sandra se retrouve au chômage.

Les collègues défilent, petite humanité vivant dans ce nord estival où la lumière rend les maisons pimpantes, où le carmin des briques apporte à chaque plan sa note de couleur. Loin de tout misérabilisme. Rien n’est sordide, ici, ni les collègues qui ont besoin de cet argent  – 1000 euros de prime – ni les maisons, ni le beau ciel de cet été Belge, ni même le chef de cette petite entreprise où les travailleurs sont peu nombreux.

Quant à Sandra, magnifique héroïne qui est de chaque plan et à laquelle Marion Cotillard donne son visage de madone mélancolique, elle pleure, se décourage, pense à renoncer, arpente les lotissements modestes mais coquets, portée par l’amour de son mari qui surveille la quantité de cachets qu’elle absorbe, s’occupe des enfants et ne lui lâche jamais la main. Sandra est une femme effrayée qui à ses propres yeux ne vaut rien.  Ses collèges ? Elle les comprend. Sans cesse, elle répète : « ben je les comprends…. 1000 euros… » Cela ne l’empêche pas de pleurer derrière un camion quand le sentiment de sa nullité l’oppresse, quand à la difficulté de convaincre s’ajoutent l’impression d’être une mendiante et ce mal être qui a peu à peu réduit à néant sa force vitale. Elle est si vulnérable, Sandra, que dans la voiture, son mari coupe Petula Clark qui chante ses idées noires.

Parfois, elle va mieux, elle y croit, parfois, elle se décourage, renonce, préfère se coucher et dormir. « J’arrête de faire chier tout le monde, je ne suis pas à la hauteur », dit-elle alors. Elle a le regard fixe, braqué sur cette route qui n’en finit pas. Au pire, pourtant, les frères Dardenne choisissent à la fois le meilleur et la fin la plus inattendue qui soit, dont on ne révélera rien bien sûr, mais qui hisse leur cinéma au firmament des fables morales. Ce n’est pas que le scenario se complique beaucoup et propose un rebondissement spectaculaire – mais il offre juste l’articulation idéale pour tenir à distance trop de cruauté et choisir contre le mauvais sort la tranquille assurance d’une décision magnifique.

Le film dès lors dessine ce portrait de femme allant vers de sa propre reconquête. Elle n’a fait que pleurer mais conquiert sa force et sa grandeur dans un monde qui n’a pas pu la rendre mesquine, égoïste ou faible. Une leçon pétrie d’humanité. Une merveille. Une troisième palme ?

« Deux jours, une nuit » de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Sortie le 21 mai. En compétition à Cannes.

 

 

 

 

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commentaires

48 Réponses pour « Deux jours, une nuit »: la grandeur des frères Dardenne

JC..... dit: 21 mai 2014 à 4 h 47 min

Considérant le cinéma comme une distraction, et rarement un film comme une œuvre d’art, je viens m’enchanter des billets de Sophie qui m’obligent à réfléchir sur notre sort !

On y trouve la fable de notre temps, étudiée par les Belges « Leur scenario renvoie à un dilemme où, in fine, il s’agit de choisir entre la solidarité de groupe et l’intérêt individuel », fable qui devrait nous porter à réfléchir… si on n’en connaissait pas la réponse réelle à l’échelle de l’humanité, depuis la nuit des temps.

Et Sophie nous sort un resplendissant  » la question fondamentale du cinéma des Dardenne qui sous couvert de films sociaux, touchent à une métaphysique du vivre en commun. »

Une « métaphysique du vivre en commun » !
Quelle bonne notion ! ça me plait comme concept !…. Sophie vous êtes merveilleuse …!

JC..... dit: 21 mai 2014 à 13 h 07 min

Ta réaction est compréhensible, camarade ueda… je la respecterai, d’un point de vue théorique

la Reine des chats dit: 21 mai 2014 à 17 h 34 min

Mais, Ueda, je ne crois pas que JC soit persifleur lorsqu’il relève la pertinence de SA à parler au sujet des Dardenne Brothers de « métaphysique du vivre en commun ». Ne gâchez pas son (comment qualifier ça?) épineuse, ou ombrageuse pudeur, en la faisant remonter de la sorte à la surface sans fard, ni écran ricanant. Mieux vaut observer les mêmes paliers de décompression que pour la plongée, sinon gare aux yeux rouges, à la sclérotique qui claque (aussi pétaradant à dire que les chaussettes de l’archiduchesse), aux maux de tête et vomissements réflexes.
Les Dardenne savent filmer avec beaucoup de délicatesse et d’humanité cieux gris, petites émotions compliquées, secrètes, simples pourtant d’être partageables unanimement,ils donnent fort envie d’y aller, d’autant que le papier de SA une fois de plus discerne pile poil de quoi il retourne, le met en lumière avec ce côté sensible et aiguisé que l’on retrouve dans son Dire adieu, seulement leur film sort le même jour que le nouvel opus des X-men (ma profonde, et j’en conviens insortable came : ok, je vous entends d’ici, « pas de quoi se vanter »..)Néanmoins pour moi, quel dilemme! Je le résoudrai peut-être en n’allant voir ni l’un ni l’autre ce soir, juste une balade sous la pluie, au bord de l’eau, avant de revenir à Winnicot que je lis en parallèle avec un livre recommandé dans la crémerie d’à côté, chez PA, Kosztolanyi – très belle découverte par ailleurs.
Xlew, je ne sais si à propos de My sweet pepper land, la dimension western avait déjà été dépeinte par d’autres critiques? Je commence toujours par me faire une opinion par moi-même, ne lisant généralement les critiques qu’après. Je me suis aperçue que SA avait fait elle aussi allusion à Leone, ce qui ne m’a pas surprise tant le clin d’oeil m’avait paru évident. Je ne cherche pas à m’aligner, et tant mieux si au final les violons s’accordent en un genre de klezmer où la derbouka, le davul sont contents d’entraîner la clarinette mais ne cherchent pas à la convaincre, la plier à leur ligne, instruments de torture à l’appui. Disons que je prête oreille à ce que dit SA, même s’il a pu, peut ou pourra encore nous arriver d’être en total désaccord. Ainsi a t-elle réussi à me convertir parfois (pour la plus grande gloire de la littérature évidemment)à des auteurs qui avaient tendance à me faire fuir. Grâces lui soient donc rendues. Sur ce, je vais sauter sur mes pattes avant l’orage, étant certes nyctalope mais pas imperméable sous l’ondée, hélas. Mes prunelles en amande rétrécies de plaisir à la lecture de votre mention des tambours chamaniques de la grande Asie, de ces femmes renardes de la Mongolie associées à des fées divinatrices, aux âmes des morts, mais aussi à d’insaisissables démons facétieux, tour à tour sombres ou bénéfiques. Bien à vs, meow-meow.

JC..... dit: 21 mai 2014 à 18 h 31 min

Surtout, Reine des chats, n’en tirez aucune conclusion mais j’ai un rapport aux félins, et félines, d’une sensualité pelagineuse. Histoire de peau.

Étonnamment, ma divine chatte, Mimi von M., n’attaque pas les tourterelles apprivoisées, lesquelles me grimpent dessus avec la facilité dont Bercy use pour tout contribuable payant impôt, càd inquiétant individu potentiel !…

Jacques Barozzi dit: 21 mai 2014 à 18 h 50 min

Sur ce coup, totalement d’accord avec vous Sophie !
Les frères Dardenne posent une simple équation et aboutissent à une résolution éthique plutôt que logique ou mathématique. De fait, ce film n’est pas pour JC, il se ferait du mal. Adieux les lois du libéralisme économique et des stratégies syndicales ! Sandra se lève et retrouve toute sa dignité : il suffit parfois pour cela de savoir dire NON…
Peut importe la palme d’or ou le prix d’interprétation pour Marion Cotillard, tous deux bien mérités, car le film cartonne : salle comble cet après-midi au Forum des Halles. Il est vrai, Reine, que pour X-men, à côté, il y avait une impressionnante queue (plus bandante qu’une file d’attente) : c’est aussi ça le cinéma !
L’intello y cotoie le populaire…

JC..... dit: 21 mai 2014 à 19 h 28 min

Jacques, il y a des moments où je me dis que Blanche Neige aurait mérité un nain de plus nommé …Naïf !

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 9 h 11 min

Simplet ou Naïf, c’est du pareil au même, JC ?
Des qualités qui ne font pas défaut à Sandra ou Rosetta, ces fleurs d’utopie des frères Dardenne, qui se révèlent… révolutionnaires !

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 9 h 29 min

D’un mot ou d’une phrase, Sophie, vous pourriez nous donner vos impressions sur des films dont on parle et auxquels vous ne consacrerez pas forcément un article ici : le Ferrara ou le Godard ?

xlew.m dit: 22 mai 2014 à 10 h 23 min

Le personnage de Julianne Moore dans « Maps of the stars » serait prête à renoncer à son pourcentage sur recettes d’environ mille US$ pour faire partie de la distribution du premier film américain des bros Dardenne. Faut bien payer les machinos et graisser la patte des gars de la Writer’s Guild of America. Chacun selon ses moyens, il n’y a pas de petites oboles, etc.
(J’ai lu ça dans Variety, ce matin.
Non, non, de rien.)

xlew.m dit: 22 mai 2014 à 11 h 01 min

Tous les nageurs de la piscine Suzanne-Berlioux qui, pour se reposer de leurs émotions nautiques, vont s’offrir une toile à l’UGC des Halles, juste au-dessus du jardin, place de la rotonde, ont dû croiser un jour Jacques Barozzi, si j’ai bien lu l’un de ses commentaires…j’ai les poils qui se dressent à cette pensée, meow-meow, Reine doit connaître ce genre d’émotions, quoique depuis qu’elle nous a donné une petite description – succincte mais vibrante – de sa personnalité et de son physique (brune méditerranéenne, fusion idéale des deux rives, celle du septentrion, celle du grand sud), le ronronnement intérieur est devenu méditation, peut-être même rêve…
Le film des Dardenne est d’une beauté qui cueille vraiment. Il y a un côté virtuose, qui jamais ne se voit, à filmer cette histoire simple, les T-shirts rose-pâmé et bleu-soufflé-par-la-dépression de Sandra, qui pourra les oublier ? Cette façon de la filmer de dos, (la fine musculature de Cotillard est comme une redondance subtile de sa détermination mentale), de montrer, c’est vrai Sophie, son visage de « madone » (on l’a tant vu pourtant capturé par le passé par des photographes « de guerre » sur différents théâtre de conflits où la population civile morfle en premier), sans tomber dans l’illustration pieuse, c’est fort.
(Un salut en passant à Camille Lepage, la jeune photographe qui n’hésitait pas à sonner à toutes les portes au Mali pour saisir les gens – ses frères et soeurs comme elle disait – dans leur vie, au coeur du danger.)
On retrouve l’héroïne du film de J. Audiard, « De Rouille et d’os », même en fauteuil roulant Sandra aurait eu la même force (dans un film plus démonstratif, qui pointait plus « les méchants. »)
La Belgique est plus cinégénique que la France, et puis c’est tout, mince, qu’est-ce qu’on peut rajouter d’autre ? (même le père Godard doit trouver le travelling d’un bus jaune qui coulisse en arrière-plan du visage pastel de Sandra, fascinant.)

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 11 h 22 min

xlew.m,, pour les nouveautés, les films à grande distribution, je me partage entre les Halles, Bercy-Village et le MK2 Bibliothèque : salles confortables, bar, escalier mécanique, comme au Rex, qui fut le premier en Europe à se doter d’une escalator intérieur.
Le seul défaut, c’est qu’on y est souvent, comme ce fut encore le cas hier, placé à côté de mangeuses (majoritairement des filles) de popcorns !

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 11 h 27 min

J’ai connu jadis une fille prénommée Reine, comédienne intermittente, qui tenait un stand de fringues aux puces de la porte de Vanves, une rousse diaphane, croisée de Delphine Seyrig et de julianne Moore…

xlew.m dit: 22 mai 2014 à 11 h 56 min

Jacques, j’ai connu (jusqu’en 1998 je crois bien) l’ancien ciné du forum, qui n’était pas très confortable, on sortait par un vieux couloir souterrain aux murs de béton jaunis par les vibrations du métro, mais j’ai le sentiment qu’on vivait plus de choses en ces temps reculés, j’ai des souvenirs inracontables ici, aujourd’hui il ne se passe plus grand chose dans les salles, du côté du public. Quand je pense que tu as connu le Paris de la fête gay (la vraie, pas celle qui tombe sous le coup de la loi murayienne, celle des macchabées homines festivi) des années quatre-vingt, ça doit te faire drôle le Paris d’aujourd’hui. On a tous nos salles de légende, mais bon, aujourd’hui je me contente des Halles (vieux souvenir ému de la réduc du samedi matin) ou du MK 2 Beaubourg pour les nouveaux films. Et puis, honnêtement, c’est de plus en plus Canal + ma salle de ciné (diffusion dix mois après la vraie sortie, c’est presque supportable.)

la Reine des chats dit: 22 mai 2014 à 13 h 00 min

Xlew, 11h56 à propos des salles, j’ai vécu bcp à Rome – Florence & Milan aussi, ms surtout Florence et Rome, et comme une autre princesse qui doit être chère au coeur de Jacques, l’Audrey en scooter grégorypeckien des « Vacances », Rome est sans conteste ma préférée, même si le match avec la ville des Offices est serrée, la Florentine tenant la corde rudement avec son Arno vert sous Ponte Vecchio, l’échafaudage qui a entouré la galerie du musée une partie de l’an dernier, son Boboli haut perché où je faisais mon footing, courant jusqu’aux citronniers en pot de la fontaine de Neptune avant d’aller prendre le pouls de la ville depuis la terrasse des Chevaliers – enfin bref, votre commentaire des souvenirs « iracontables ici » me fait penser à l’amitié qui unissait Fellini, roi du Tridente avec Chirico, et Manara, lien qui je trouve est manifeste dans leurs deux oeuvres. Dans les cinémas de l’un comme de l’autre il s’en passe de belles (je pense à la Claudia de Manara, quelque peu distraite par ses pulsions dans Le déclic, pendant que son mari et elle sont censés être suspendus à un film japonais, ou certains arrières-plans très réalistes chez Fellini)..Qq chose là de très italien dans la conception, en effet ! Dans une salle de spectacle traditionnellement on braille, on mange on boit on vit on fume, éventuellement on aime, l’obscurité s’y prêtant..
Quant aux portraits esquissés, Xlew 11h01 et Jacques 11h27,merci, ils tombent tout deux étonnamment justes quand ils pourraient paraître antinomiques, entre rousse diaphane et brune méditerranéenne. Comme le dit Echenoz, « les grandes blondes ne sont pas forcément grandes ni nécessairement blondes ». C’est très bien vu. Sans parler de cette histoire des deux corps, ce que l’on paraît et ce qu’on est à l’intérieur… J’ai d’ailleurs connu des femmes tsiganes, pourtant Sintis et non pas Manouches, très blondes, aux yeux bleus ou plus rarement, verts. Xlew je ne sais si vous connaissez l’Italie ? A Milan, c’est tout à fait classique aussi : méditerranéennes pur jus aux cheveux et aux yeux clairs. Pourtant qq chose les distingue résolument des Scandinaves. Rien à voir. Elles sont plus vivantes, moins diaphanes, plus opulentes, bien que cela ne tienne pas aux mensurations. Ensuite c’est vrai que plus on descend, plus cette contradiction apparente s’estompe, on retombe plus facilement sur la définition conforme aux brunes méditérranéennes. En Sicile ou dans les Pouilles (terres de mes amours beaucoup plus récentes mais explosives, alors qu’ayant tant aimé Rome, je ne pensais pas que qq chose serait susceptible de faire vaciller la primauté de cette ville dans mon coeur), par exemple les femmes sont si brunes parfois qu’elles ont les lèvres noires, à l’instar des belles de Tunisie ou d’Algérie, de l’autre côté.
Je pars, pas le temps de relire,bien à vs

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 13 h 38 min

 » Il y a un côté virtuose, qui jamais ne se voit, à filmer cette histoire simple »

C’est tout à fait juste, Xlew.
On dirait presque de la téléréalité ou un épisode de Strip-tease : 48 heures de la vie d’une femme et pourtant c’est du grand cinéma !

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 13 h 43 min

Le cinéma, un art de frères ?
Les frères Lumière, les frères Prévert, les frères Coen, les frères Larrieu, les frères Dardenne…
Où sont passées nos bonnes soeurs ?

xlew.m dit: 22 mai 2014 à 17 h 18 min

Reine, je vois ce que vous dites, à ma grande honte je n’ai pas encore visité les Offices, bien que d’ascendance piémontaise – Turin et la Savoie du temps qu’elle était italienne -, et c’est peut-être ça qui l’explique (io scherzo, à peine), je ne connais pas Florence (pourtant Malaparte…), jeune c’est Sienne, les Marches (à cause d’un poète), Bologne et Venise qui m’attiraient.
Ce que vous notez des blondes italiennes, c’est la pure vérité, mais du coup vous me faites penser à une scène du beau film de Marco Tullio Giordana, « La Meglio gioventu’. »
En 1966, Nicola Carati, le héros, part en Norvège où il tombe amoureux de la splendide Therese, jouée par la sublime Therese Vadem (la fille d’un entrepreneur propriétaire d’une scierie près d’un lac où l’amour ne s’était pas endormi.) C’est une blonde typiquement « scandinave », yeux bleus, cheveux or, sourire nature à l’éblouissement tranquille. J’ai toujours pensé que c’était elle, « la fille du nord », qui avait décidé du genre de femmes dont Nicola éperdument s’éprendrait plus tard à son retour au pays natal. La Giulia des Brigades rouges est blonde comme les fougères de Suède (premier rappel de Therese ?) et bien plus tard dans l’histoire, la merveille sicilienne Mirella Utano, jouée par Maya Sansa, brûlante brune à la douceur aussi étrange qu’incomparable, put peut-être, l’espace d’un court moment, le renvoyer à la grâce de cette rencontre, même si elle gardait son statut de flirt de jeunesse. Le passage du blond au brun, du châtain au roux (ah, la folksie Lydie des rives de l’Egée), c’est une expérience que les hommes de France peuvent faire aussi, un rite magique qui n’est plus qu’italien. Io scherzo. (à peine.)

u. dit: 22 mai 2014 à 18 h 43 min

(Aucun post ci-dessus n’est de moi.)

C’est un film que j’aime déjà sans l’avoir vu, ce qui est quand même ennuyeux.
Je signe pratiquement à tout les yeux fermés.

Il y a toujours chez ces deux frères quelque chose qui me touche infiniment (alors que devant les frères Coen, la distance peut être admirative ou ennuyée, la distance est toujours là.

Jacques Barozzi dit: 22 mai 2014 à 19 h 06 min

Le faux ueda confond acteurs et réalisateurs !

Xlew, après avoir vu « Maps of the stars » on se dit qu’il n’y a plus rien à sauver à Hollywood ! Attendons voir ce que va en dire Sophie ?

ueda dit: 22 mai 2014 à 22 h 56 min

Ah bon ? Parce que les frères Lumière et les frères Prévert étaient des réalisateurs ?
J’ai cité des acteurs, certes, mais aussi des producteurs et un opérateur.
Et ma belle-sœur.

la Reine des chats dit: 23 mai 2014 à 0 h 51 min

Xlew 17h18 m’a tuer.
Les Offices, vous avez toute latitude, rien ne presse : elles sont, elles resteront là – splendides en tout temps. Le Printemps vous y attend dans sa nacre, et le Bronzino, Jean de Bologne et Eleonore de Tolède en sa robe empesée à motifs bleus, au sous-sol, aussi, cela dit allez-y vraiment, un des plus beaux musées qui soient, la réputation n’est pas usurpée (avant, arretez vous bien piazza di la Signora où j’ai habité.., le David.., les arcades et bientôt, toujours et surtout, l’Arno, vert amande selon qu’il va faire beau, où quelquefois ont lieu des courses d’aviron),mais le pbm n’est pas là, vous me touchez en plein coeur avec Marco Tulio Giordana, La meglio gioventu… Si vous saviez! Giorgia que l’on envoie acheter une glace et qui ne sait pas, c’est moi. Nicola qui lutte pour que témoignent les damnés effrayés des hôpitaux psy où les malades étaient parqués comme des bêtes, moi encore. Leur ami maçon dont les affaires vont et viennent, qui retape la maison de la fin, l’ami si cher, Carlo, qui épouse la soeur (cette scène merveilleuse où Nicola et lui sont saouls et se confient l’un à l’autre), la mère qui fait la classe, brisée, et semble ailleurs, Mirella qui photographie le visage d’un homme qui va voir les putains après lui avoir offert un collier et se fait appeler « Nicola » lorsqu’elle lui demande son prénom, Matteo, enfin, qui un 31 décembre après une apparition en famille et une partie de cartes, enjambe le balcon après avoir rangé soigneusement ses chaussures.., quel film merveilleux! Je suis toujours surprise qu’en France personne n’ait l’air de le connaître? Une fresque ambitieuse, d’une tendresse merveilleuse. Et je me rappelle parfaitement la scène à laquelle vous faites allusion : Nicola barbu fait des travaux de scierie, avant de rallier Florence inondée où il va faire la connaissance de Giula qui joue du piano avant de s’engager dans les brigades rouges. Incroyable comme cela m’avait marquée. Heureuse que vous le rappeliez à ma mémoire. Autrement, je suis allée voir le film des Dardenne. Tout à fait conforme au billet.Presque moins enthousiasmant, en comparaison?

Lutte des classes dit: 23 mai 2014 à 12 h 20 min

« L’intello y cotoie le populaire… »
« Moi j’ai bien aimé Grace de Monaco »
Jacques Barozzi

Nous nous doutions un peu que le côté intello n’était pas son fort.

la Reine des chats dit: 23 mai 2014 à 16 h 02 min

Eleonore de Tolède et Jean de Médicis, non « Bologne »! Dans ma distraction je fais la faute à chaque fois, peut-être car dans l’entrée de la villa Médicis il y a cette sculpture de Bologne?
Ce que j’ai aimé la première fois que je suis descendue dans la crypte qui abrite le tableau, ce n’est pas tant ce Bronzino, splendide ms de facture somme toute académique, relativement plat, que l’attente, cette façon de descendre par paliers, on observe des temps de pause, main sur le cordon de soie de la rampe, encore un pas – une pause – un nouveau pas, jusqu’à l’oeuvre qui luit dans la relative obscurité exigée par sa conservation. Très curieux alors comme le costume, la robe incrustée de nacre et de parements d’or éclatent littéralement de vérité. On croit en sentir le grain sous les doigts. Je ferme les yeux et je retrouve la sensation. Cotillard vue hier soir chez les Dardenne a ce visage un peu terne et las, non pas inexpressif mais éteint

la Reine des chats dit: 23 mai 2014 à 16 h 10 min

Puis ainsi que l’a dit SA, par vagues il se réanime, comme s’il était de nouveau éclairé de l’intérieur. C’est sensible, sobre et fort d’arriver à capturer et rendre cela. Marion Cotillard trouve ici une légitimité qu’elle avait perdue avec sa grotesque agonie chez Nolan (Batman). Le réalisateur censé l’avoir mal dirigée avait bon dos. Elle prouve qu’elle peut être également une bonne actrice « physique »

Jacques Barozzi dit: 23 mai 2014 à 16 h 42 min

Oui, beaucoup mieux que dans The immigrant. Hollywood nous a déjà gâchés Omar Sy et Jean Dujardin…

xlew.m dit: 23 mai 2014 à 23 h 41 min

@ u. et Reine, à la fin le neveu de Nicola reprend le fameux « tutto è bello », la devise du jeune Carati. En pleine contradiction avec le constat du héros du film de Sorrentino, tourné dix ans plus tard, « è solo un trucco » dit-il, la recherche de l’instant de la « grande bellezza » n’est à ses yeux qu’un chiqué de plus, une impossibilité sur la Terre.

J’ai lu que Cotillard avait beaucoup suggéré de choses aux fratelli Dardenne lors des répétitions, notamment le tremblé de la main qu’elle a lorsqu’elle saisit le poignet de son mari joué par l’excellent Rongione. C’est une scène qui fut répétée des dizaine de fois avec la même intensité. Attention danger, les frères ! Vous ne nous avez jusqu’à maintenant pas habitués à avoir recours à ce genre de petites recettes qui heureusement tombent juste pour ce film mais qui pourraient vite sentir la grosse ficelle dans les prochains.

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