de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Diamant noir » : Anvers, contre tous

Par Annelise Roux

Le film de Arthur Harari, pépite du festival de Beaune avec « Man on high heels » du Coréen Jin Jang. Gemme ! Si ce n’est déjà fait, courez le voir pendant qu’il est temps.
Ce premier film franco-belge succède à des moyens métrages de facture plus naturaliste qui rapprochaient le cinéaste de Pialat. Arthur Harari, appuyé d’un directeur de la photographie inspiré en la personne de son frère Tom, déborde le cadre, prend des accents à la Michael Mann et s’envole vers un récit dense très noir, au lyrisme heurté axé sur la vengeance, l’initiation, la reconnaissance, la famille.

Filandreux en ce sens qu’il est plein de fibres, très écrit, convulsif, chargé, trop mais ce défaut se transforme en qualité en augmentant la sensation d’étouffement, d’errance dans un espace dont les possibilités s’étiolent, saturé d’interrogations identitaires, affectives, sociales, de violence sourde, empêchée jusqu’au moment de l’explosion du dénouement final, l’opus est dédié à l’acteur qui dans le film joue cette figure tutélaire (Abdel-Hafel Benotman), référent paternel de Pier (Niels Schneider) mort dans la vraie vie à la fin du tournage.
D’autant plus troublant que « Diamant noir », passée la scène d’ouverture virtuose où l’on serait tenté de confondre un tour de diamantaire sur lequel les artisans polissent les pierres avec un vinyle et qui s’avère en fait être une pupille enflammée, installe d’emblée la tension qui préside à la narration : la technique s’apprend, ce qui compte c’est l’œil… Premier geste. Ce qui différencie l’ordinaire de l’exception c’est cela,« si elles étaient toutes pareilles, c’est comme si la pierre était morte».

Pier Ullman végète à Paris entre petits boulots et casses sans envergure, se faisant poser quand il se cogne un strip sur l’arcade par le fameux Rachid qui l’a pris sous son aile. L’homme est un dur qui ne paie pas de mine. Il prépare ses coups avec méticulosité, tandis que Pier est dominé par l’impulsion. Son père qu’il n’avait pas revu depuis l’âge de quinze ans meurt dans la rue, probablement en tentant de le rejoindre.
S’ensuit une scène au cimetière où le rabbin venu officier lui demande des renseignements sur le mort, avant d’apposer d’un coup de canif sur sa chemise la Kri’a, déchirure rituelle qui marque le deuil.
Pier bondit en arrière, le sursaut en recevant l’accroc faisant aveu et de son intranquillité et de sa frustration. Pour réponse à la question du religieux il fouille le linceul, en extrait un moignon au bout du bras avant que le cercueil soit descendu en terre. Pour lui cette amputation qui n’est pas que celle du corps appelle vengeance implacable.

Sa réintroduction progressive à Anvers chez son oncle Jo (Hans Peter Closs) estimé responsable de cette déchéance (son père, croit-il savoir, avait perdu sa main par la faute de sa famille, de riches diamantaires l’ayant tué à la tâche avant de lui infliger des traitements psychiatriques) par le biais de l’intérêt affectueux, légèrement supérieur cependant, que lui voue son cousin Gabi fait froid dans le dos, surtout après que l’on a vu de quelle façon Rachid se fait professeur de détermination sans concession auprès de lui sur un pigeon.
En face de Niels Schneider, barbichu à la Orlando Bloom qui aurait attrapé un abcès à l’œil, August Diehl, vu en nazi orné chez Tarantino est marquant avec son physique aryen fracturé par l’épilepsie : fils unique, héritier naturel du patriarche haï par Pier, il met le pied à l’étrier à ce dernier tout en même temps qu’il le relègue à des travaux de chantier, une petite chambre monacale pendant que lui offre à sa fiancée romaine Luisa (Raphaële Godin) une sérénade somptueuse.
Rivalité biblique. « Tu ne parles même pas anglais ni flamand » : à Antwerpen, où littéralement Silvius Brabo s’est illustré en coupant la main du géant avant de la jeter, cette ville chic où la taille est un art, Pier d’abord récusé va se vouer corps et âme à la perte de ses ennemis, au tissage lent d’une toile d’araignée dont l’architecture ressemble à un diamant.
Le film regorge de symboles – l’œil qui suinte, la main manquante, la restauration juste de la lignée – d’allusions empilées – les Juifs « êtres à part », comme l’est cet Indien adepte de non violence qui se propose de racheter l’atelier – de non-dits. Cet éparpillement pourrait ratisser large, il ouvre sans arrêt des facettes nouvelles, se reconcentre au contraire dans une volonté de résolution mannienne, comme le feu du joyau. C’est la maladie secrète qui rend le fort plein de bave à la merci du faible, sans que le premier puisse inverser la tendance. La femme d’à côté désirée par Pier qui ne se rendra pas, dont la défense sera pourtant abandonnée au bénéfice de la restauration du cercle autrefois rompu. Pier se fait professeur à son tour, simulant une crise de laboratoire où elle doit lui glisser dans la bouche un peigne, qu’il ose enfin l’approcher, les mâchoires serrées.

Tous les buts poursuivis comme dans la tragédie antique convergent vers la seule idée de laver l’affront, quitte à remporter une victoire à la Murphy, lorsque Peter O’Toole dans le film de Peter Yates se laisse couler pour venir à bout du sous-marin sous ses pieds.
Car le film rive non seulement par sa mise en scène endurcie, pas toujours au cordeau mais poings crispés, suante, le retournement surtout qui traverse le propos de part en part : quels sont les pères, entre le manchot qui revient sur le tard, Rick (Jos Verbist), l’expert respecté qui enseigne la taille réservée à l’élite et Shah Gopal (Raghuncth Manet), richissime homme d’affaires que l’ingénuité fièvreuse de Pier devant un dessin aura mieux fait ployer que tout autre manœuvre ? Quels sont les durs, quel bras de fer est engagé et quelles en seront les victimes ?
Est-ce la punition, la vengeance qui remettent en selle ou la relaxe dans les deux sens du terme ?
Que signifie la véracité d’un récit, de la légende sur laquelle tout est fondé ? « Dis que tu sais que c’est moi », souffle Pier à son oncle Jo qui rétorque : « Tu es mon neveu ».
Auparavant, Arthur Harari avait mis en scène Joseph, l’intraitable despote, poursuivant son fils saoul dans le jardin, lui enjoignant doucement de rentrer alors que Gabi le nargue avec un tuyau d’arrosage. Il éclabousse la caméra.
Taillé.

« Diamant noir » de Arthur Harari.

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commentaires

126 Réponses pour « Diamant noir » : Anvers, contre tous

Sylvain dit: 20 juin 2016 à 11 h 13 min

Prem’s. j’y vais alors que le parc à côté a les grilles ouvertes, les rayons ont tardé dans le ciel parisien. Il faut croire que vos désirs sont des ordres, AliRoux. C’est drôlement prescripteur ce que vous écrivez. On y prend goût.

Jamais entendu parler d’Harrari. Les diamantaires ont déserté la ville de la main coupée pour l’Inde. Hier soir je me suis trouvé à relire vos réponses sur l’article précédent, celle à Caroline Chérie réchauffe mon coeur las. Bientôt je vais les imprimer. Edel et vous, c’est le bonheur surprenant dans le renvoi de la balle. Des Ericsen itou.

Le niveau injecté dans les tuyaux est super haut, à cheval sur l’éditorial pulitzer et un espèce de prospective romanesque raffinée très perso et vivante ,vachement séduisante. Humanisme d’abord, sans graisse. Anne Lise, vous êtes bonne pour travailler pour la Revue XXI.vous devriez postuler.

Une des rares qui donnent de quoi béqueter sur papier, à l’heure de la short list et du reader digest. Vous ne vous la pétez pas alors que ça dessille sec. Pas les hooligans russes qui veulent faire sauter les adversaires anglais à Toulouse et l’UE par la même occase qui vont démentir.

jodi dit: 20 juin 2016 à 11 h 20 min

Vous savez pourquoi l’accroc? Pour la cérémonie le corps est enveloppé dans un talit dont on coupe les tsitsits. Le judaisme ne fait pas de mondanités avec la mort.Le bois est le plus simple .On déchire le vêtement pour marquer la douleur et on le jette à la fin des 7 jours (« Shiva ») de récitation du Kaddich . La crémation était contraire à la tradition, vous comprenez pourquoi, les rabbins massorti maintenant l’acceptent . J’irai voir le film .TBelle chronique.

jodi dit: 20 juin 2016 à 12 h 38 min

AnneLise ,sans vous offenser ,l’orthographe exacte du signe de deuil de déchirement du; vêtement est Queri’ah et non Keria

Zem dit: 20 juin 2016 à 14 h 46 min

Smells good anne-Lise ! On va voir ça bientôt. Patrick de StEx vous a démarchée? N’abandonnez pas ces colonnes SVP. On aime y retrouver votre muscle particulier mi ombre mi soleil. Cecil Saint-Laurent hier nous dit en résumé que ça sent le vieux de se fourrer la tête dans le sable? Bien vu;ou à désespérer de tout pendant qu’on enterre les deux policiers dans l’Hérault.
Orlando Bloom, dernière fois que je l’ai vu c’était dans le (très mauvaise)adaptation de caryl Ferret sur les townships. Très très mauvais.

Zem dit: 20 juin 2016 à 15 h 16 min

Pardon j’avais mal lu; il ‘ressemble’ à Orlando Bloom mais pas avec lui. Les oreilles pointues du ‘Seigneur des anneaux’ Anne-lise! les jeunes filles en sont folles.

Annelise dit: 20 juin 2016 à 16 h 17 min

12h38 bien possible qu’il y ait une autre orthographe à « Kri’a » – dans le doute j’avais eu recours préalablement à une vérification, ne me rappelant pas le terme exact. Je ne nie pas la qualité de votre source, aucune offense, au contraire. La mienne est bonne aussi

Petrus dit: 20 juin 2016 à 19 h 07 min

Ce diamant noir était attirant… Hélas. Aucun des cinémas voisins ne le programme. Pas plus, d’ailleurs, que les forêts de Sibérie chroniqué la semaine dernière par Annelise. Alors quoi ? Sabotage ? Conspiration des distributeurs ? Il ne connaissent pas la République du cinéma ces gens-là ? C’est terriblement frustrant. Heureusement, grâce à Ian Fleming, on sait que les diamant sont éternels, je finirai bien par voir un jour celui-là…

Jibé dit: 20 juin 2016 à 20 h 23 min

Là c’est du sérieux Annelise, on ne plaisante plus, ce film est une grande petite merveille ! Scénario en béton, narration filmique sans images trop léchées ni musique engloutissante (suivez mon regard en direction de la page précédente) et comédiens authentiques. Niels Schneider, traversé d’émotions fortes et contrastées, passablement cabossé de la tête et des mains, félin et nerveux en diable, est le vrai héritier du jeune Delon du Gattopardo. Plus surement que le beau gosse du Grand Blanc. Amusant de voir aussi que toute la belle horlogerie de la vengeance va capoter à cause d’un grain de sable imprévu : la pulsion sexuelle ! Une fois le vrai père enterré, dont l’absence pèse sur le héros de tout son poids mort, celui-ci va passer de père de substitution en père de substitution : l’Arabe de Belleville, violent, débrouillard et affectueux ; le Juif Flamand d’Anvers, froid détenteur de la clé conduisant à la vérité et le sage et fortuné Indien, qui le conduira au seuil de la sérénité. Beau diamant noir, imparfait et unique, brillant de mille facettes, ce film aurait mérité de figurer dans la sélection officielle du festival de Cannes !

Annelise dit: 20 juin 2016 à 20 h 57 min

Ah oui Jibé pour ce qui aurait été de figurer en sélection ! Pas le temps tout de suite mais pourquoi pensez-vous que la vengeance capote « à cause de la pulsion sexuelle »? Luisa? Il faut qu’on en reparle. Le film a tellement d’angles, de lignes de fuite, d’entrées et de sorties… on ne voit pas chacun les mêmes au même moment

Annelise dit: 20 juin 2016 à 20 h 59 min

Petrus je suis déçue. Vraiment bien, le genre de films que je me réjouis de défendre. Je pensais que les cinémas d’art et essai…

Eriksen dit: 20 juin 2016 à 21 h 21 min

Un faisceau lumineux provenant du soleil se concentre dans un diamant qui s’illumine. : c’est le dessin d’enfant d’un grand diamantaire Indien de religion Jaïn. Il illustre la facette divine du Diamant, un absolu à portée d’homme, le divin capté dans le monde sublunaire.
Mais l’homme ne sait pas gérer la perfection quand il la tient, car il réplique l’Unique et donc le perd. C’est ce que fait Gabi, le fils du diamantaire, fasciné par le prix de ce qui n’est finalement qu’un caillou : c’est la facette marchande. Rick, le tailleur de pierre, puis Pier le vengeur et Bopal l’indien Jaïn, réussissent à combiner l’unique avec le multiple : c’est la facette humaine du diamant, celle qui fait de la taille de chaque pierre un chemin vers l’unique et non vers le parfait.
Belle pierre philosophale que ce film … qui rend digeste un scénario vengeur, qu’en général je déteste (un truc de faux-derche pour à justifier la violence et pouvoir s’y vautrer). Truffaut renia « la mariée était en noir » pour ça. Mon premier compte-rendu de film (première et dernière allégeance au meurtre vengeur) concerna le « vieux fusil » de Robert Enrico.
J’ai aimé des vengeurs pourtant. Hamlet surtout, qui n’est vengeur qu’en dernier recours. Face au fratricide, crime originel, celui qui suit le péché du même tonneau, il procrastine pour laisser au pire des hommes la voie du repentir. Il le tue pourtant, quand la mort imminente signe son propre échec : mieux vaut un repentir qu’une punition, mais à défaut, mieux vaut une punition que la victoire du crime. Les vengeurs qui s’amendent sont les plus beaux, et en premier lieu Chimène : « vas je ne te hais point », abdication courageuse pour rompre le cercle vicieux de la folie des hommes, et signe patent du féminisme de Corneille et de son époque.
Le Diamant Noir se passe à Antwerpen (en flamand « la main jetée ») , capitale du diamant et de la vengeance…. au centre de la Grand Place s’élance la statue de sylvio Brabo, fougueux jeune homme vainqueur d’un racketteur du fleuve qui coupait les mains des récalcitrants. L’athlète Sylvius jette au loin dans l’Escaut la main coupée du géant… Son corps est exultant mais déjà sa bouche est triste. Comme disait Lorenzaccio après l’assouvissement de sa vengeance sur Alexandre de Médicis « je suis plus creux et plus vide qu’une statue de fer-blanc ».
Heureusement le traitement de la vengeance est ici subtil. Soudain fils à la mort d’un père qu’il n’a pas connu, Pier est happé par la vengeance, son seul héritage. Sa détermination semble pourtant s’éroder quelque peu sous la pluie de réussite qui l’assaille à Anvers. La machine infernale est en route et je ne lèverai pas le suspens.

Eriksen dit: 20 juin 2016 à 21 h 25 min

Jibé dit:20 juin 2016 à 20 h 23 min et 21 h 16 min
bien d’accord sur la succession des pères. mais je ne comprend pas pourquoi vous dites qu’en ne sautant pas sur Luisa, l’oncle serait parti.
c’est pour moi la culpabilité de Pier envers Gabi qui pousse Pier à ce simulacre… pour rompre l’idylle. Luisa était presque mure.

Jibé dit: 20 juin 2016 à 22 h 53 min

En quoi Pier devrait-il se sentir coupable envers son cousin, Eriksen ? J’ai plutôt l’impression qu’il n’a pu réfréner son désir pour Luisa,sa fiancée, au point de quasiment vouloir la violer. Elle était presque mûre, mais prendra peur et demandera à son futur beau-père, l’oncle de Pier, de le chasser de la maison…

Jibé dit: 20 juin 2016 à 23 h 03 min

Oui, moi aussi, après le temps d’exposition de la problématique du film, j’ai craint que par la suite la résolution serait tout entière réduite à l’histoire d’une vengeance. Heureusement pas, c’est plutôt à un voyage initiatique en accéléré de notre nouvel Ulysse qu’il nous est donné d’assister !

Eriksen dit: 21 juin 2016 à 9 h 31 min

Tu dois avoir raison. Pier tente de prendre Luisa, parce qu’il a envie d’elle depuis le début, et que c’est maintenant ou jamais. Sachant l’imminence de la fin de l’histoire, il tente d’obtenir la cerise sur le gâteau de sa vengeance, et l’assouvissement d’un désir exacerbé par cette femme désirable allongée avec lui sur un lit défait. Luisa résistant trop, il s’arrête, montrant ainsi que le viol ne faisait pas parti de son schéma de vengeance.
De fait, il rend Luisa à Gabi…
Cependant, l’intérêt du film réside également dans les doutes de Pier. Il a développé contre son gré un lien affectif positif avec cette famille qui lui donne toutes les opportunités qu’elle avait retirée à son père. Sa vengeance ne tient plus que par la pression de Rachid et Kevin. Gabi ne lui a rien fait bien au contraire. Bien que membre de la famille qu’il hait (haïssait), il lui a mis le pied à l’étrier. Mais j’avoue que, sauf à envisager qu’il aurait pu poursuivre son trajet de jeune diamantaire dynamique après un holdup réussi et un viol raté (difficile à admettre tout de même), l’hypothèse du viol altruiste est douteuse.
En revanche, l’amour naissant de Luisa pour Pier ne fait aucun doute pour moi. Pier est surdoué, sensible, courageux, aura du pouvoir et de l’argent, et n’est pas épileptique. Le film montre, me semble-t-il, la bascule de Luisa d’un amour dans un autre, et l’instinct qui la pousse à changer de cheval.
Jibé, peut-être, du fait de ton homosexualité, n’as-tu pas vu les regards que Luisa porte sur Pier… et le temps d’hésitation qu’elle prend pour repousser ses avances sur le lit défait ?

Sylvain dit: 21 juin 2016 à 10 h 15 min

Allé hier. Impression forte.

A coup sûr « Mannien ». Et Brian De Palma. Film chargé, très chargé. ..on avait perdu l’habitude;c’est la cueillette après ,dedans, de ce qu’on veut y voir. Les couches de lecture s’enchaînent, se chevauchent.

gaby commence par mettre un couvercle sur la tête du petit cousin. Il regarde la fille,la Romaine,boxeuse surdiplômée comme une glace à la vanille. Comme la belle maison, le vin renversé à table. ça fait partie des codes qu’il ne possède pas. Sorte d’annexion?

Jibé : le jeune pénètre la famille prodigue qui l’invite à sa table, profane la confiance. On comprend pas trop la réaction de l’oncle, par contre. Et votre vrai héritier de Delon a des pustules.. enfin, respect!

Jibé dit: 21 juin 2016 à 10 h 27 min

Oui, oui, j’ai vu l’amour naissant chez Luisa, et, vu la violence et le bouleversement qu’il génère, elle prend soudainement peur, Eriksen. L’amour est universel, non réductible à l’hétéro ou à l’homosexualité….
Non, il y a plutôt un changement de direction du film, qui, comme le souligne Annelise, bascule du film noir à la tragédie antique. Tragédie dans laquelle les dieux se jouent des humains. A son insu, la vengeance de Pier, rationnelle, froide, telle que conseillée par le premier père de substitution, va être supplantée par une vengeance supérieure : le fils du père spolié va s’imposer insensiblement comme l’héritier naturel de la famille, sur laquelle plane toujours l’ombre tutélaire du triplement génial grand-père, ainsi que leur rappelle le diamantaire Indien : savant génial, théoricien génial et homme d’affaires génial ! Pier, contrairement à Gabi, va découvrir, dans ses gènes, la passion ancestrale et voudra acquérir les rudiments du métier de tailleur de pierre. J’y suis d’autant plus sensible que c’était le métier de mon propre père, disparu lorsque j’étais enfant. Mais lui, c’est le marbre qu’il travaillait à bras le corps, alors que pour Pier, c’est de la plus noble des pierres dont il s’agit : le diamant. Ne pouvant plus arrêter la machine de la vengeance, Pier perd pied et le grain de sable amoureux va tout précipiter. Résultat : deux morts et un blessé !
Tous scènes identiques et capitales ponctuent la narration filmique. Les trois pères de substitution demandent à Pier, les yeux dans les yeux, ce qu’il veut vraiment faire. Se venger dira t-il au premier, connaitre la vérité sur la scène primitive qui ouvre le film, demandera t-il au second, et enfin partir confessera-t-il dans un souffle au troisième…

Jibé dit: 21 juin 2016 à 10 h 42 min

Pour les influences, j’ai beaucoup pensé à Visconti. La scène du bal des diamantaires m’a évoqué celle du Gattopardo. Et Luisa m’a rappelé Annie Girardot, qui elle osa passer de l’ainé au cadet, avec les conséquences tragiques, pour elle, que l’on sait, mais là, la boxeuse, c’est elle !
Pour le père Juif Flamand, froid à l’extérieur, mais tendre finalement, j’ai pensé au « Droit du plus fort » de Fassbinder. Arthur Harari, un jeune cinéaste à suivre…

Eriksen dit: 21 juin 2016 à 11 h 02 min

@sylvain : Je comprends très bien la réaction de l’oncle. Son fils est impropre à la dynastie familiale, tout comme le père de Pier l’était, probablement pour d’autres raisons. Le hold-up (raté) est un solde de tout compte vis-à-vis de son frère renié, non pas tant sur cette histoire de main amputée (on ne sait pas vraiment quelle version, de cette du père de Pier ou de l’oncle Joseph, est la bonne), que par le vol de l’héritage, à priori incontestable.
Il voit dans Pier son vrai successeur et par là-même solde sa propre culpabilité tout en rompant le cycle infernal de la vengeance.

@jibé : Bien vue les scènes des pères et les réponses multiples ! La vengeance supérieure dont tu parles n’était cependant plus une vengeance, mais un retour à l’équilibre familial (sauf pour Gabi, contre qui il n’a d’ailleurs pas vraiment à se venger). Ce solde de tout compte n’a pas eu lieu car Pier n’a pas pu résister à la pression de Rachid ou à sa propre soif de vengeance. Dommage pour lui.
La dernière phrase de mon post n’était qu’une « vengeance » humoristique, d’un commentaire sur « quand on a 17 ans » : « Eriksen, peut-être, du fait de ton hétérosexualité, n’as tu pas vu le jeux de regards, que, dès le début du film, Damien porte sur Tom et inversement. ».
Un retour amical du berger à la bergère… (ou l’inverse).

Jibé dit: 21 juin 2016 à 11 h 17 min

« La vengeance supérieure dont tu parles n’était cependant plus une vengeance, mais un retour à l’équilibre familial »

Oui, il conviendrait plutôt de parler d’ironie du sort. Car pour l’équilibre familial, sitôt retrouvé, il va définitivement exploser. Fuite de l’héritier naturel et probable engloutissement de la petite affaire de diamant anversoise par le riche diamantaire indien ! « Anvers, contre tous », titre Annelise !

Eriksen dit: 21 juin 2016 à 11 h 26 min

oui, d’autant plus que j’ai lu que les diamantaires juifs d’Anvers avaient été supplanté récemment par les …. jaïns. Anvers, drôle d’endroit.

jodi dit: 21 juin 2016 à 12 h 45 min

Jibé dit: 20 juin 20.23 Si ça « capote à cause de la pulsion sexuelle » c’est normal Eriksen 21.21 le com après Anne Lise achève de donner envie . Pas trop la soirée pour aller au cinéma hélas .. va y avoir plein de monde dans la rue pour fêter l’été.

Jibé dit: 21 juin 2016 à 13 h 42 min

« va y avoir plein de monde dans la rue pour fêter l’été. »

Et probablement moins de monde dans les salles de cinéma, Jodi. C’est le soir où jamais d’en profiter ! Moi, j’ai la chance de pouvoir y aller l’après-midi, et les séances sont souvent comparables à des projections quasi privées !

Emmanuel dit: 21 juin 2016 à 14 h 09 min

Billet remarquable.Apprécié sur RDL le développement romain entre Edel et vous .Confirmation d’une belle complémentarité,votre trio de choc avec Assouline. Le post sur Catane,illustration de ce qui est donné régulièrement ici : une écriture goûteuse à l’unicité forte, définition du diamant exceptionnel dans le film? Solidité des reins, et avec ça une humanité pas permise mise au service des failles ,des recoins.De quoi ébranler . Iggy Pop sera diffusé par Radio France.J’irai voir l’Anvers ce soir avant d’écouter l’Iguane en podcast .

Zem dit: 21 juin 2016 à 14 h 18 min

EXCELLENT FILM : de l’épaisseur, des pistes et encore des pistes avec signalisation trompeuse, des culs de sac. Mais pourquoi persister à faire de Pier un héros positif, animé de belles intentions? A la base une petite frappe sans honneur, qui fait son nid dans une famille qu’il veut ravager. D’accord avec Jibé, les pères successifs. Mais « l’abdication noble » de Chimène(Eriksen)? Il ne va jamais au bout.Une entaille à l’arcade et il se réfugie chez le père de cruauté(Rachid).Coups de gouvernail désordonnés, qu’il ne réussit jamais à ordonner. En fin de compte il trahit tout le monde. Même son départ à la fin : il n’assume pas ses actes, ne va jamais au bout.Inachevé.

Jibé dit: 21 juin 2016 à 14 h 59 min

Pas tout à fait d’accord avec vous, Zem. Au départ, Pier est surtout un paumé. On le serait à moins ! Le film m’apparait plutôt comme un voyage initiatique resserré durant lequel il va passer de la révolte à la connaissance et à la liberté. Vous avez raison, ce n’est pas un héros positif, mais qui le dit ? Il a ses faiblesses, ses fragilités, ses lâchetés mais ce n’est pas un salaud. Assuré du silence de ses deux derniers mentors et passant aux yeux même de la police d’Anvers pour un héros, il aurait pu aisément s’installer dans la peau du digne héritier de la famille…

Annelise dit: 21 juin 2016 à 15 h 23 min

Sur mon téléphone avant de repiquer, donc pas commode : Zem, inachevé oui, c’est pourquoi on est dans le film d’apprentissage, mais « petite frappe sans honneur »?,,sûrement pas, je pencherais pour le tourment, ce que dit Jibé. Epatant post d’Eriksen 20 juin, l’allusion à Lorenzaccio, »vide comme statue de fer blanc » après la vengeance, la dimension féministe du Cid… Et Sylvain quelque part qui parle de De Palma. Ça m’a troublée car j’y avais pensé, en particulier dans les coloris, le rythme, meme si le film se rapporte très clairement à Michael Mann, avec ces longs plans effilochés, presque rêveurs parfois mais le halètement n’est pas loin, ces scènes d’aiguillages. La gare s’éloigne et on pense aux pistes d’atterrissage, aux avions qui décollent de nuit dans The Heat, pendant que « Vince »/Pacino et Neil/De Niro restent coincés, cloués par la tragédie qui les lie tous les deux, cette gémellité contrariée.. Cette fièvre, nimbée d’une énorme mélancolie…

Annelise dit: 21 juin 2016 à 15 h 29 min

Emmanuel, podcast d’Iggy Pop ?Je croyais que c’était en direct, cadeau spécial 21 juin pour les Parisiens… (ce que je suis pas ce soir).

Annelise dit: 21 juin 2016 à 15 h 32 min

30 degrés, les gens en bras de chemise, en sueur, s’apprêtant à partir pour le stade plutôt que d’aller découvrir Arthur Harari, pourtant il vaut le coup

Jibé dit: 21 juin 2016 à 15 h 38 min

Influence où hommage ? Dans le film il est question de la station Termini de Rome, là même où Pasolini aller chercher ses gigolos d’un soir dont celui qui lui fut fatal !

Annelise dit: 21 juin 2016 à 18 h 17 min

Jibé, oui Termini où on prend le train pour Florence, on court sur le quai, évidemment en pensant au passage à Scola, toujours cette tentation que j’ai de gifler les têtes pour rire, enfin je me retiens… le dessin de Pier là aussi infléchit davantage Luisa que les rodomontades, c’est l’appel à l’affectif, elle n’est plus soudain cette femme qui fait de brillantes études de chimie mais à égalité avec lui, une femme auquel le dessin rappelle sa mère, comme le dessin naïf de l’Indien sur lequel Pier s’extasie va faire toute la différence. Oui c’est un film à niveaux multiples, une grande fresque à messages désordonnés qui se concentrent tous au même endroit, si on se laisse faire.
Votre père travaillait le marbre, alors? Les professions quand les plumes ou la caméra s’y penchent recèlent presque un érotisme, on rentre dans l’arrière boutique, on soupèse et on mire le fruit avec l’épicier… on n’a pas parlé de ça mais la partie technique, artisanale du film est fascinante, aussi. Jouant sur les symboles bien sûr, mais concrète. J’ai toujours aimé la description du métier de gantier dans « La Pastorale » de Philip Roth… les longues digressions, inutiles si on veut, sur le travail du cuir. Beaucoup de mes amis les sautent alors que sans les lire in extenso, pas mal de les parcourir… on y devine la méticulosité de Seymour, le « Suédois », les remugles de l’atelier. Cela en dit long sur le fracas de cette famille qui se croyait à l’abri, ce Suédois qui avait tout pour lui, qui va être jeté à bas par l’amour renié par elle de sa fille bègue. Très important de savoir perdre du temps,dans la littérature surtout, ce motif ralenti. Les images je ne suis pas loin de penser pareil, ce qui n’exclut en rien la nervosité par ailleurs. Je tape vite, il faut que j’y aille. Mais plus j’y repense, non, pas « une petite frappe dénuée d’honneur ».

Paul Edel dit: 21 juin 2016 à 20 h 45 min

Vu » Diamant noir ». oups.. Eclairages languissants sur des deuils, des trognes à la Soutine.. Ateliers avec des séquestrés étouffés plutôt que passionnés.., ces diamantaires personnages enfoncés dans la fausse volupté de leurs coussins pleins de mauvaises odeurs, de rancœurs, déjà tous victimes et ratés gluants, école de cadavres , aucun cristal là dedans.. …. quelle tribu familiale, tous flétris et avec mauvaise haleine.., dans le genre faisandé rendez nous le Visconti des « damnés » façon famille Krupp.. enfin, parfois, un regard de hibou..ou d’oiseau de proie bien vu, mais que ça se traine.. j’ai trouvé ce film désertique malgré un repas grinçant sur une terrasse avec Anvers qui paresse en bas comme une ville en carton- pate…..

Jibé dit: 22 juin 2016 à 0 h 08 min

Paul, je crains que vous ne soyez en dépression ! Ici nous sommes dans un film noir qui vire à la tragédie, certes, mais c’est un diamant noir qui brille de mille feux ! Vous devez avoir besoin de soleil ? L’été est là !

Paul Edel dit: 22 juin 2016 à 8 h 59 min

Moi? en dépression Jibé? parce que je ne partage pas votre opinion? vous plaisantez je suppose. je suis gai comme un pinson!et puis je connais de vrais dépressifs qui ne cessentjstement de s’enfermer au cinéma. tenez ce matin je me pose de vraies questions fondamenbtales; je me demande toujours pourquoi Ingmar bergman a remplacé son chef operateur Gunnar fisher, si romantique,si inspiré,avec ses noirceurs charbonneuses, ses ciels d’ orage, ses enchevetrments de brahces d’arbre sur les pare brise.. par cet éteignoir de Sven Nykvist et ses éclairages en murs de chapelle blancs et froids , géométriques; sans oublier ses gros plans (plutot des gras plans) de visages des femmes qui semblent barbouillés de chaux , de creme Vichy ou de fromage frais ,ces admirables comediennes de Bergman, de Bibi Andersson àLiv Ullmann sans oublier Ingrid Thulin ma préféré.. enfin sur la RDL hier soir, ils étaient tous dans une chapelle ardente entre le silence le tapage de Dieu.. quel blog..

Sylvain dit: 22 juin 2016 à 9 h 36 min

Vos opinions P.Edel? Bougon par nature, la tonalité frise l’atrabilaire sauf s’il y a Bretagne ou Italie, des filles avenantes. Bogart le teint jaune relevant le menton de « The Look » Annelise Thulin.

Lecture plaisante, pas dit le contraire. Annelise parlait d’érotisme hier, j’en vois pas mal dans l’échange.Vous devriez quand même changer de disque sous peine de tomber dans les rets Sartre vs Flaubert débattus RDC il y a quelques j ?

L’incapacité à se distancier de ses propres goûts, fondue dans la critique auto-justifiée.Les damnés je vous ferais remarquer,c’était il y a longtemps.

Aujourd’hui ,le poisson sans mémoire (hasard), second couteau de Nemo, le studio Pixard rapportent 136millions de dollars en 3 jours. La réalité la voilà. Faire un film comme celui d’Arthur Harrari dans le contexte relève de la résistance.

Sylvain dit: 22 juin 2016 à 9 h 47 min

Soutine, bien vu. Toutes les femmes de <bergman sont attirantes par leur mystère dense. Ma préférée : Ullman. Ce prénom de feuille au vent. Nykvist, un éteignoir? Allons.

Il file la métaphore bergmanienne, seconde l'Ingmar comme le bon assistant fidèle qu'il est, sentant le froid descendre. Parce que vous croyez que c'est le hasard, le voile crayeux ?

L'été les enfants libérés réclament davantage la présence.Moins de temps à venir ici mais le fromage frais, vraiment? Vous ne voyez pas que c'est voulu?

Sylvain dit: 22 juin 2016 à 11 h 03 min

La vue d’un coin de tour Eiffel plus ou moins embrumée depuis la fenêtre de mon bureau un 22 juin m’aura rendu morose moi aussi. Pas chagriné,morose.

Jibé dit: 22 juin 2016 à 11 h 17 min

Paul, votre dernière carte postale de Rome, adressée ici, était d’une tonalité intéressante. Ne croyez-vous pas qu’Opitz devrait reprendre le travail ? Un soleil noir dans le genre polar métaphysique !

Paul Edel dit: 22 juin 2016 à 11 h 32 min

sylvain,merci de vos conseils, je les examine avec grande attention..mais quand vous écrivez « se distancier de ses propres gouts »?alors là, non, je renâcle.. on n’a que son petit jugement et à le suivre avec tenacité… c’est notre seule petitge boussole inrieure.. elle est précieuse.. puor ne pas se faire embrigader par je en sais quel « gout commun ».. car à travers les siècles, on a toujours préféré un paul bourget à un Proust .. et un eugène sue à une ‘éducation sentimentale ».. au cinéma  » Bambi  » de walt disney keemportera toujurs face à’ »l attente des femmes » de Bergman..la confrontation avec les autres..parfait.on le fait tus les jours avec ces blogs… qu’onme traite de vieux, d’atrabilaire, de grincheux, ça ne me gêne pas..
mais comment on ‘ « se distancie » de ce qu’on ressent? mystère.Expliquez moi! là,je ne comprends plus.si on n’est pas honnete avec ce qu’on ressent, alors où va-ton? on fait du politiququement correct.. avec un oeil sur le box office pour plaire au lcteur et au rédac chef.. ce qui nous donne des pages entières à chaque Spielberg..que de journaux et magazines pages cinéma où tout le monde copie l’autre pour être encore plus politiquement correct que le voisin…on tombe vite dans le panurgisme de son époque. horreur.
Revenons à Bergman.
bien sûr, je charrie un peu avec les choix si épurés, si sobres, sorte de protestantisme du regard de sven Nykvist qui prnd le visage pour théatre du monde…. Mais je préférais le grand ciel de « Jeux d’été, » les recoins un peu charbnneux d’un jardin le soir, dans « l’attente des femmes » (un de mes films cultes..) ou le Gunnar Fischer, visiblelent aussi fasciné ue bergman par la pulpeuse Harriet Anderson de 1953 qui s’éveille au soleil, aux reflets d’eau, à la terre tièe et semble sr’éveiller comme Eve sur unbe île de la baltique….- Fisher retravaillera avec Bergman deux ans plus tard avec les ombrages somptueux de « Sourires d’une nuit d’été » , avec « le septième sceau »et ses gravures si construites.. et « les fraises sauvages »!!! la robe blanche sur fonds de sous bois obscurs et palpitants..on sait tous combien les plans de ces fims sont dans notre rétine avec une persistance fabuleuse.. quand on vaa passer avec « a travers le lmiroir » en 1961 avec le seul Sven Nykvist, on a gagné des gris plus nuancés,une espèce de regard sage, une concentration mesurée sur le visage et ses méplats et la beauté parfois implacable d’un oeil,comme un puits sans fodns ou une prunelle d’animal., mais on a perdu les gravures,les visions flalboyantes, les intuitions si puissantes.. de Fischer… .

Annelise dit: 22 juin 2016 à 11 h 56 min

Sylvain 9h36, « la critique auto-justifiée » je lis un peu en biais en situation mal commode, vous parlez pour moi? Pour Paul? L’un et l’autre? C’est comme les maladies auto-immunes : si on n’en meurt pas à petit feu, toujours la possibilité d’en guérir spontanément. La façon qu’a PE de dépeindre les dessous du bunker est au cordeau. On est à Anvers, en 2014 ou 2015, famille de diamantaires juifs qui voit les affaires se restreindre – entre parenthèses l’autre père de substitution resté à Paris s’appelle Rachid, je doute que ce soit anodin-, le climat entre tailleurs dans la chambre forte hormis Rick ressemble davantage à celui d’un atelier à Hong Kong assez glauque et fané, qu’à un lieu d’émulation artisanale heureuse. Soutine je n’y aurais pas pensé et maintenant qu’il l’a dit… Comme quoi. Mais vous ne me ferez jamais voir un motif absent, c’est mon coté petit gosse qui sait bien que le roi est nu. Pour le reste de ses opinions, PE est seul juge, il n’a besoin de personne en Harley Davidson.

Annelise dit: 22 juin 2016 à 12 h 02 min

Ah bon Sylvain je vois que mon post est parti en même temps qu’arrivait la réponse de Paul. Vous lirez ce soir. En tram, pas pratique, surtout quand des écoliers braillards se ruent en rigolant dans la rame, sortant d’une cantine, tout rouges à cause du soleil qui aujourd’hui écrase tout, impatients de découvrir le fleuve…

Jibé dit: 22 juin 2016 à 12 h 08 min

Oui, très intéressante la vision noir c’est noir de Paul Edel, et sa formule des « séquestrés d’Atelier », qui sent son petit Sartre, est heureuse, si je puis dire. Mais, moi vivant, je ne laisserai jamais dire que Pier à une trogne à la Soutine et qu’il a mauvaise haleine !

Jibé dit: 22 juin 2016 à 12 h 19 min

Moi aussi j’ai regretté qu’il n’y ai pas plus de scènes montrant Anvers, ville portuaire singulière. Mais, entre maison, bureaux et atelier, le film est un huis-clos, et le film ne devait pas nous permettre de nous en échapper !

Zem dit: 22 juin 2016 à 12 h 59 min

11.32 ,11.56 bono, bonissimo niveau entre anne-Lise et PEdel.
T’es un romantique Jibé. Personne dit du mal de ton protégé donteoueuri. Il a les belles fesses comme Personnaz tu penses?
Demain, va faire chaud entre la manif pas permise qui sera autorisée à Bastille et question Brexit.

Jibé dit: 22 juin 2016 à 13 h 17 min

« la manif pas permise qui sera autorisée à Bastille et question Brexit. »

Pétards mouillés, Zem. Les plus dangereux sont toujours les plus inattendus !

ben tiens dit: 22 juin 2016 à 14 h 44 min

« la manif pas permise qui sera autorisée à Bastille  »
faut ce qu’i faut pour faire un pied de nez à la droite et à la droite dure

Emmanuel dit: 22 juin 2016 à 15 h 34 min

Si le film avait développé sur Anvers, vous auriez dit qu’Harari fait dans le guide touristique. Bon, Edel, vous l’avez aimé ou pas ce « Diamant noir »? Vous chantournez, chantournez, avec vous on ne sait jamais. Autant vous dire que vous n’êtes pas le seul à avoir envie qu’Annelise vous confie le sifflet, béret sur l’oeil. A votre place j’aurais fait pareil. Vous faites semblant de ne pas comprendre, mais vous savez que « l’opinion personnelle », c’est le 49.3 de la critique. On ne le sort que s’il n’y a pas autre chose, le coup de la distanciation que vous ne savez pas faire, à d’autres! Je comprends que ça vous arrange, mais pas à moi. Tout dépend où est le curseur, vers quoi on le pousse. On se dépatouille pour renommer le népotisme et les coteries, je sais ce que je dis.Garder son honnêteté en poche, bien sûr mais après?Le diable est dans les détails. Puis Luchino Visconti, son Berger flamboyant, l’entreprise prussienne en Allemagne Thyssen Krupp, ça a beau avoir été une des premières en Europe, je ne vois pas le lien intemporel avec ces Juifs qui bossent dans une ville belge où se fait sentir le déclin, la veille du brexit.Peut-être menacée de l’infiltration djihadiste, Harari ne fait pas entièrement l’impasse. Eh oui : ça commence dans la Goutte d’or où Pier prend le métro.
Le départ en vacances m’obligera à renoncer, sinon je tiendrai jusque là.Votre duo du Port de l’Angoisse fait des admirateurs et des envieux, je vais vous dire pourquoi il est beau. A ma droite, Edel, vieux lion paressant, belle crinière Goncourt, ventre plein. Un romantique désabusé, les pires. Il pense que moins aimer, c’est aimer mieux. A ma gauche, Annelise. Pourquoi la jeune efflanquée,farouche et lui se plaisent entre les lignes? Je vais vous éclairer. Vulnérable, altière. Elle a mal plus vite, beaucoup plus vite que lui et il le voit. Elle fait ça sans crier, elle est trop secrète. Bouillante, émotive sans naïveté,concentrée, plus vivante et moins dure. Pas commun, la bonté sans cucul de cette trempe. Et puis cette belle langue qui apporte de l’air et du frais, un oeil étonnant, panoramique ou fixé sur le focus. Elle voit tout de suite que Pier descend à métro Simplon. Edel donne de ses gros coups de patte capiteux pour chasser ce qu’il qualifie de mouches, pendant que l’Italienne blonde, fine comme Massari sert des repas à plusieurs plats, Gina décoiffée de « Il était une fois dans l’Ouest ». Elle lui jette une oeillade sous la frange, va chasser pour rapporter de quoi becqueter aux lionceaux. Lui se roule sur le côté au soleil. Edel, c’est ce flegmatisme déçu, rageur, tendance misanthrope. Une sorte de dédain à la générosité bien cachée. Chez elle, féminité teintée d’une pointe virile, sans gonades (pardon Annelise) : je parle de ce qu’il y a de vif, de net et d’original. Coup de stylet profond qui permet d’écouler, là où le léonesque se contente du résumé italien qu’il érige en opinion. Sa certitude ne s’embarrasse pas, va droit au but.
Aucun des deux n’est satisfait, alors qu’on adore le contraste et la complémentarité. Mais je le redis, Edel vous n’êtes pas seul sur les rangs. Pour en revenir à Harari « ça traîne », quel résumé manqué. Tout oblitéré, cela dit en sympathie.Sur Bergman et Nykvist, repentir fameux.

Emmanuel dit: 22 juin 2016 à 15 h 49 min

Annelise je me suis laissé emporter dans un long post. Il ne sort pas? Votre cerbère le garde en modération ou quoi? A cause du mot grossier? Mille excuses si…

Emmanuel dit: 22 juin 2016 à 15 h 51 min

Je retente avant de partir. Post incriminé émis à 15.30, le dieu chronologie reconnaîtra les siens (s’il ressort de l’enfer)

Philong Chu dit: 22 juin 2016 à 21 h 53 min

Annelise dit: 22 juin 2016 à 12 h 02 min
En tram, pas pratique, surtout quand des écoliers braillards se ruent en rigolant dans la rame, sortant d’une cantine, tout rouges à cause du soleil qui aujourd’hui écrase tout, impatients de découvrir le fleuve…

PE, comme on vous surnomme ici avec une affection empressée, je serais vous, je laisserais un temps tomber Sartre et Flaubert pour coller à l’actualité et livrer quelques passages du voyage de Sendhal à Bordeaux

Philong Chu dit: 22 juin 2016 à 22 h 34 min

Le texte qui accompagne la vue du dite

« Bordeaux est, sans contredit, la plus belle ville de France. Elle est un peu en pente vers la Garonne. De toutes parts on aperçoit ce beau fleuve tellement couvert de navires que, pendant assez longtemps, je remarquais qu’il eût été impossible de tendre une corde d’un bord à l’autre sans passer sur un navire. »
(Mémoires d’un touriste). »

Paul Edel dit: 23 juin 2016 à 11 h 02 min

Philong Chu
Je préfère quand Stendhal s’extasie sur la cathédrale de Dol dans un de ces des endroits où il n’est jamais allé. mais le plasir qu’il a de copier- coller son ami Mérimée lui donne du ton !…je plaisante..dans ses Mémoires d’un touriste », en folio, il est excellent dans le registre grincheux pour parler des « taudis » des aubergistes qui font tout pour le retarder d’un jour et lui compter des additions salées. enfin, parfois, toujours de mauvaise humeur, il écrit sur Montpellier « Montpellier est une des plus laides villes que je connaisse, mais d’une laideur à elle, qui consiste à n’avoir pas de physionomie. On monte, on descend sans cesse ;ce sont des petites rues étroites. Les maisons sont petites et mesquines. «
Chez lui rien n’est objectif mais tout reflète son humeur du moment. Quand il revient dans sa ville natale, Grenoble, pleine de mauvais souvenirs d’enfance ( rédigés avec une telle alacrité intelligente) dans « vie d’Henry Brulard » il remarque ceci :
 » « Les paysannes des environs, dans leurs plus beaux atours, vendent des petits paquets de cerises arrangées en bouquet, et des fraises admirables cueillies dans les bois du côté de la Grande Chartreuse. » 10 Aout 1837.
Rappelons que Stendhal est désormais assez célèbre depuis 1830 avec la publication de « le rouge et le noir » . Quand il revient à Grenoble, Il a 44 ans, il lui reste 5 ans à vivre avant de s’effondrer rue neuve des Capucines, à paris, prés des Grands Boulevards.. voilà.il s’est « colleté avec le néant » selon son expression, mais ce jour là, définitivement. Je l‘imagine aujourd’hui : il déguste ses cerises entouré de paysannes « dans leurs plus beaux atours ». il n’a pas connu le cinéma mais le siens, intérieur, est une folie de femmes voilée de mélancolie, sur fonds de ciels romains .

Jibé dit: 23 juin 2016 à 11 h 22 min

Sur Stendhal à Montpellier :

« Vers une heure, à Montpellier, on me conduisit dans une auberge située dans la Grand-Rue*. Ce matin, en m’éveillant, je trouvais que la fenêtre unique de ma chambre donnait dans une rue qui peut bien avoir six pieds de large ; et la maison vis-à-vis a cinq étages.
Je suis sorti pour chercher un café passable ; je n’ai trouvé que des pharmacies. En effet Montpellier est le pays des médecins et, par conséquent, des malades riches. Tous les Anglais poitrinaires, mélancoliques, viennent y mourir. Enfin j’ai surmonté ma répugnance à adresser la parole à des inconnus et demandé à deux beaux messieurs sur le pas de leurs boutiques l’adresse d’un bon café. Chacun m’a indiqué le sien et je suis allé demander une demi-tasse de café dans des cafés vraiment incroyables. Dans la suite, je me suis aperçu qu’il n’y a point de café passable à Montpellier.
Je suis allé au plus bel hôtel. Là, comme je n’arrivais pas en poste, une grande femme sèche m’a reçu avec une froideur piquante pour mon amour-propre. « Mais qu’importe ! » me disais-je, en faisant placer mes malles dans une charmante chambre à trois fenêtres au premier, qui donne sur la rue et sur un jardin.
L’indiscrétion d’un domestique m’a fait connaître le nom du café à la mode. J’y ai couru, mais hélas ! mes désirs ne connaissant plus de bornes, j’ai demandé de l’eau chaude. J’avais dans ma poche une provision d’excellent thé de Kianchon**, lequel n’a jamais vu la mer, cadeau de l’aimable Mme Borel. […]
Ce café donne précisément sur l’Esplanade. Il y avait foire et, de plus, grandes manœuvres, à l’occasion du 1er mai. Soleil superbe et vent assez froid pour être désagréable ; je n’en ai pas moins passé là deux heures à voir manœuvrer, et, je le dis à regret, assez mal. Les officiers sont instruits, mais ces pauvres soldats sont mous, timides, ennemis du mouvement. Les soldats de cavalerie ont la tournure militaire et ont été très bien.
Comment dire poliment le malheur qui m’est arrivé ? J’ai trouvé la population bien vêtue qui assistait à la parade, de petite taille, mesquine et enfin, pour trancher le mot, bien laide. Sans doute j’étais mal disposé. […]
Cette esplanade donc, située entre la ville et la citadelle, domine la campagne ; à ses deux extrémités, on a la vue d’une suite infinie de petites collines sèches, plus ou moins garnies d’oliviers. Elle-même est plantée de petits arbres membrés bas, et affectant un peu trop la forme du chou ; ils n’ont point encore de feuilles, tandis que quelques marronniers placés autour d’un bassin sont couverts de fleurs et charmants.
Il faudrait enlever deux ou trois pieds de terre du centre de cette Esplanade pour que le public pût jouir des manœuvres, courses, etc. Mais peut-être le Génie qui s’ennuie en province et tyrannise les pauvres villes de l’intérieur, s’y opposerait vivement. […]
Ce matin, comme le vent était froid en partant, j’ai eu la témérité de vouloir déjeuner avec du thé. J’en ai pris dans le paquet que m’a donné M. C*** et me suis acheminé vers le meilleur café de M(ontpellie)r, dont enfin je suis parvenu à me faire dire le nom, non sans cependant avoir été trompé plusieurs fois.
Là, je me suis livré à des travaux d’hercule pour avoir de l’eau chaude, mais je n’ai pu réussir ; j’ai pris du thé à l’eau tiède par ce froid.
Illumination à l’Esplanade, mais le vent froid me fait fonction de mistral et gâte tout pour moi.
M (ontpellier) est une des plus laides villes que je connaisse, mais d’une laideur à elle, qui consiste à n’avoir pas de physionomie. On monte et on descend sans cesse ; ce sont de petites rues étroites ; jamais vingt-cinq toises en ligne droite. Les maisons sont en pierres et en général ont trois étages, mais petites, mesquines, sans aucune physionomie. Pas d’églises ; une cathédrale ridicule ; mais une des plus belles promenades du monde et où, tôt ou tard, on mettra des arbres, car ceux qui sont au Peyrou sont en si petit nombre qu’ils ne font pas masse d’ombre. »
(« Voyage dans le Midi de la France », Bibliothèque de la Pléiade
Editions Gallimard, 1992)

* L’hôtel du Cheval blanc.

** Déformation de Chekiang (ou Tchö-Kiang), nom d’une province chinoise productrice d’une qualité très appréciée de thé vert.

Eriksen dit: 23 juin 2016 à 11 h 47 min

Montpellier a bien changé ou Stendhal était vraiment très mal luné ou avait très mal au genou : Bordeaux est plat, c’est plus facile que montpellier. Reste que je souscris à son avis sur Bordeaux même si les bateaux ont disparu.
@ phi longchu 21h, votre « voyage de Sendhal » m’a semblé très censé.

Philong Chu dit: 23 juin 2016 à 12 h 13 min

À propos de fleuve, de voyage et de Bordeaux il me semble que le « piéton » Hölderlin a écrit quelques lignes remuantes

Jibé dit: 23 juin 2016 à 12 h 19 min

(Annelise nous ayant abandonné pour partir en vacances, sans aucunes indications sur les sorties de la semaine (pas vraiment riche à première vue), tant pis pour elle si l’on s’égare dans des chemins buissonniers !)

Sans être vraiment la Toscane, Montpellier et sa région, Camargue incluse, est un beau morceau de Méditerranée. La ville est superbe, avec des faux-airs de la royale Versailles, riche en histoire et paysages, dotée d’une jeunesse active, festive et bénéficiant de beaux espaces culturels + de proches plages naturistes, que demander de plus !
Cela dit, la critique subjective, pleine d’humeur, de Stendhal n’en est pas moins savoureuse !

Annelise dit: 23 juin 2016 à 12 h 31 min

Emmanuel hier 15h34. La modération m’échappe en ce moment, pas d’internet ni d’accès au tableau, donc, j’imagine en raison de la Fête du fleuve qui brouille les fréquences. Post retenu par l’emploi du mot en question? Le commentaire n’est pas passé dans un premier temps alors qu’il suggérait que « je n’en ai pas ». Est-ce à dire qu’il serait passé direct s’il était dit que j’en avais? De quoi plonger dans un abîme de perplexité.
Bordeaux, il y a maintenant de gros bateaux qui remontent vers le mouillage du miroir d’eau, depuis l’ouverture du nouveau pont. Les gens dans les immeubles sur les quais ouvrent leurs volets et se retrouvent nez à nez brusquement avec des retraités américains partis en croisière, prenant le soleil à bord de leur paquebot Silver en trempant dans le café des viennoiseries ou du pain français, c’est très drôle. Vous ne voulez pas rester à Anvers?

Annelise dit: 23 juin 2016 à 12 h 34 min

Non Jibé pas encore tout à fait les vacances. La semaine prochaine je crains de crever la baudruche, n’en disons pas davantage. Pourtant je me retiens.

Annelise dit: 23 juin 2016 à 12 h 36 min

Mais des ratés dans la connexion parfois, et occupée ailleurs en journée jusqu’à tard, sans possibilité d’accéder. Je vous lis en rentrant

Jibé dit: 23 juin 2016 à 13 h 03 min

Crever la baudruche, qu’est-ce à dire, Annelise ?
Vous allez descendre un film ou un cinéaste porté aux nues ?

Nadia dit: 23 juin 2016 à 14 h 29 min

Merci ALR, pour la critique « Diamant noir » et votre Bordeaux au parfait rendu !
Un autre voyageur venu mourir dans la ville du « port de la lune » : Goya.
Votre fidèle lectrice.

Rowan Oak dit: 23 juin 2016 à 15 h 02 min

Dommage qu’on n’évoque pas plus souvent les films en DVD ou qui passent à la télé… revu ces jours-ci « Cutter’s Way » de Yvan Passer, quel beau film !

Vous mé réconnaissez ? dit: 23 juin 2016 à 15 h 16 min

Eh bien dites donc, je n’étais plus venu sur ce blog depuis des lustres. Je vois que Sophie a été remplacée. Il y a beaucoup plus de commentaires. Malheureusement, il y en a beaucoup trop de Jibé, qui est toujours aussi nunuche. Dommage, sans lui, la République du ciné aurait une certaine allure.

JC..... dit: 23 juin 2016 à 16 h 01 min

Annelise,
Vous m’attaquez sur la RdL du prestigieux Passou à propos de ma lutte contre l’obscénité féministe normande …

Je me défendrai jusqu’à la petite mort ! et je viens me frotter à vos 48 kilos de méchanceté par vengeance légitime : porcinité oblige !

Attendez vous à un cinéma busterkeatonien.

Jibé dit: 23 juin 2016 à 17 h 59 min

« Dommage, sans lui, (Annelise) aurait une certaine allure. »

Allure, Allure, j’ai pas une gueule d’Allure, et dis-donc D., tu veux ma main dans ton allure !

christiane dit: 23 juin 2016 à 18 h 03 min

Ce soir sur FR3 « Le gamin au vélo » des frères Dardenne. Bien sûr ce n’est pas dans une salle de cinéma mais un grand plaisir de revoir ce grand film.
Au cinéma, vu « Tout de suite maintenant » de Pascal Bonitzer avec Agathe Bonitzer, Julia Faure, Isabelle Huppert, Jean-Pierre Bacri, Pascal Gregory Vincent Lacoste, Lambert Wilson. Profond, implacable et tendre.

Annelise dit: 24 juin 2016 à 1 h 36 min

Rowan Oak 15h02, il se pourrait que vous soyez exaucé avant les vacances. C’était prévu comme ça.
JC, beau morceau à 16h18. Les femmes trompettistes sont rares. Vous avez raison de préférer « la petite mort » à une plus grande. Cela m’évoque les Neiges du Kilimandjaro, Hemingway, l’homme à la jambe gangrénée qui refait le compte de ses amertumes, en particulier vis à vis de sa femme « à laquelle il aimait tant faire du mal dans leur chambre à coucher ». Quelle rudesse poignante, s’apercevoir qu’il s’est laissé acheter, qu’il n’est plus temps – il sent « l’haleine fétide de la mort » -, que l’amour a été gâché.
A propos des villes, Jean Echenoz confessait à une époque son désir de faire un roman géographique. Quelques vues estimez-vous ont manqué dans ce film sur Anvers, ses quartiers art nouveau & art déco,ces immeubles dont je me demande si ce n’est pas Horta, le même archi qu’à Bruxelles, qui les a dessinés ? A Paris, c’est Guimard qui nous offre pour illustrer le style des motifs végétaux ou floraux typiques, dans les enseignes du métro – tiens, même orthographe que Paul, le mari de Benoîte Groult? Paul Guimard fréquentait jeune le garage Demy, à Nantes. Il est l’auteur de « Les choses de la vie », roman dont Claude Sautet a fini par faire un petit quelque chose. Son épouse BG et lui sont morts à Hyères à des années de distance, un scooter a t-il été aperçu parmi ceux saluant les cortèges funéraires?
Vous mé, erreur: SA est irremplaçable – dans mon coeur, au « Masque » et sur canal.

Sylvain dit: 24 juin 2016 à 18 h 16 min

Annelise ça coiffe tout c’est la sidération « Brexit ». Sur RDL les conversations dessus vont bon train.

J’ai vu que vous y aviez participé, ça m’évoque St.Sweig (Bartillat), vous connaissez ça ? Gageons que oui.Cette exultation du « leave  » partagée par UKIP et certains travaillistes donne de quoi mouliner.

Souhaitons que ça dure. Les retraités ont eu tendance à voter pour, contrairement aux jeunes à l’espérance de vie plus longue. Espérons qu’ils ne vont pas déchanter. En Dordogne l’aéroport qui dessert les belles demeures risque de brasser moins de monde.

Votre analyse des campagnes françaises est plus fine que le diagnostic des bobos qui jugent l’Europe à l’aune de leur allergie au gluten et leur marché vegan no cuir au Bon marché qui coûtent une blinde.

Enfin on verra. j’admire votre façon d’évaluer sans donner la leçon, vous auriez pourtant davantage de quoi que nombre de ceux qui l’ouvrent.

Phil dit: 24 juin 2016 à 18 h 59 min

Ça cause, ça cause …et pas un mot sur Dédé d’Anvers ? Contagion du brexit, les classiques fichent le camp

Annelise dit: 24 juin 2016 à 21 h 16 min

Dear Phil, d’un peu loin mais pour Dédée, en ce jour historique cela m’a bien l’air d’être en voiture Simone (Signoret) pour le « out ». Sylvain, en parlant d’Europe, Anvers, ville d’un des plus vieux zoos. J’ai horreur de ça – I mean des zoos. A côté de Horta, penser à Henry Van De Velde, fondateur de l’Art nouveau belge, Anversois.

Sylvain dit: 25 juin 2016 à 9 h 06 min

Annelise,
est ce que vous avez lu les décla de Mc Liam Wilson dans Le Monde ?
Toutafait dans le sens des vôtres.

Unicité de la parole littéraire ou est ce que vous avez cotoyé ça suffisamment de près pour émettre une opinion?

Phil 18.59
Ha oui Dédé dans le film d’Allégret jusqu’à preuve du contraire, pas un homme. Vous le confondez avec Blier ? Pas le même physique que Signoret.

Annelise dit: 25 juin 2016 à 13 h 38 min

Fête du Cinéma, de dimanche à mercredi. Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française loue la diversité, se félicite « des 200 millions de spectateurs européens potentiels ». Séances à 4 euros. Au lieu des 10 habituels, comme il le souligne c’est le moment d’y aller en famille.
Un de mes 2 providentiels webmasters vit à Londres. Il se désole de l’ambiance électrique tendue qui y règne cet après-midi. Un autre ami, musicien, s’inquiète de ce qu’il va devoir obtenir des visas chaque fois qu’il sort. John Cleese, Michael Caine, Liz Hurley sont ravis, Mick Jagger ne sait pas trop, Daniel Craig se montre pessimiste et ennuyé. B, his name is B

Annelise dit: 25 juin 2016 à 13 h 45 min

Phil et Sylvain : Dédée d’Anvers avec un e, oui.
Il ne faudrait jamais tomber amoureuse d’un marin, Phil… mais si on ne peut pas s’en empêcher? On ne va pas faire les orgueilleux ni casser la bouteille sur le comptoir à la Gérard (Philipe)Qu’elle était belle, Michèle Morgan.

chantal dit: 25 juin 2016 à 14 h 03 min

je vous répond ici Annelise car cela bloque chez Passou.

Oui la dame qui a soutenu Solveig Anspach était là hier soir à la remise des prix, très émue la productrice d’Agathe Films & cie.

L’actrice Florence Loiret – Caille, un petit fil de fer assez épatant faisait quelques facéties pour dérider l’ambiance. L’innénarable et touchant Samir Gueschi en grutier ne sachant pas nager à la piscine Maurice Thorez.

Ma préférence à été au film d’Iciar Bollain, El Olivo, un road movie fable post – moderne.

La jeune Alma qui ne supporte pas de voir son grand – père qu’elle chéri par dessus tout dépérir depuis la vente à une multinationale Allemande de son vieil olivier de 2000 ans; convainc son entourage d’aller le rechercher à Düsseldorf. Après bien des péripéties, elle commence une sorte de grève symbolique devant le siège de la firme qui en a fait son emblème totémique, afin de le ramener en Espagne. Le soutien à son action provenant des réseaux sociaux protecteurs de l’environnement, la dépasse complètement.

C’est naïf émouvant et drôle comme la réplique grotesque de la statue en plâtre de la liberté éclairant le monde qu’ils trimbalent sur leur camion ( volé dans un jardin paysager de villa résidentielle catalan ) afin de l’échanger contre l’arbre perdu.

Le film a eu pas mal de prix et l’adhésion des fondus cinéphiliques.

Annelise dit: 25 juin 2016 à 14 h 27 min

La master class avait l’air bien, Chantal? Solveig A, je me souviens de ce premier qui l’avait lancée lors de la Quinzaine en 1999, « Hauts les coeurs » (avec Karin Viard), où il était question de cancer. Une récidive l’a emportée. Dans tous ces films il y a une sorte de légèreté qui n’en est pas, un rire maintenu, je trouve cela très véridique et émouvant.
Reparlons-en si vous réussissez à voir Maren Ade. Peut-être avez-vous vu aussi Davy Chou (Semaine critique de Charles Tesson), le franco-cambodgien « Diamond Island », chaudement recommandé ici.

chantal dit: 25 juin 2016 à 17 h 03 min

oui oui, la master class était très bien, il a expliqué comment il était devenu cinéaste, avec un tas d’anecdotes, le plus chouette c’est comme il a expliqué sa direction d’acteurs, comment il est devenu plus patient avec l’âge sans cacher toutes les boulettes qu’il a fait, ses échecs commerciaux, il était vraiment spontané et relax, par contre le timing impeccable ne nous a pas permis de poser des questions.

Je vais devoir attendre pour voir Maren Ade, ils le proposent en août en salle.

Vous m’avez bien tentée avec votre billet sur Diamond Island, il se fait que je connais un peu le créneau sur Antwerpen, j’ai bossé avec eux dans le temps ambiance secret et mafia, c’est une ville portuaire très complexe, riche et très pauvre, avec des coins très violents comme décrits dans le film avec des lois de clan, des vengeances, il faut des nerfs solides, j’ai connu des gens cramés dans des bagnoles en sous – sol, des escroqueries, fraudes à la tva, affaires louches en tous genres, mais la vitrine toujours propre, et le riche client à préserver de toutes les manières.

La statue du Brabo très symbolique. bravo pour ce que vous nous proposez.

Jibé dit: 25 juin 2016 à 19 h 34 min

Tu parles de Diamant noir, Diamond island c’est tout autre chose, Chantal. Mais en dehors d’Anvers, tu vas aimer le film, l’histoire… Un bijou à voir absolument, quoiqu’en pense Popol le grincheux !

Paul Edel dit: 25 juin 2016 à 21 h 18 min

Jibé, tu es épuisant à ne pas vouloir comprendre qu’on ne suive pas aveuglement tes enthousiasmes; quel drole de naïf tu es.. alors tu utilises les grands mots :..« grincheux »,comme si .. avec toi c’est toujours de « blanche neige et des sept nains » ».. comprends une fois pour toutes que j’ai des gouts cinema differents des tiens. Je suis sensualo – nervalien post expressioniste, une catégorie de cinephile peu repertoriée dans les encyclopédies de ciné-mamma.. Si »Diamant noir « est un film « post- moderne » faut prevenir… Tiens ce soir, je me regarde à travers un verre ballon de calva, « nuages flottants » de Naruse.. curieusement cette histoire d’un couple en dérive dans un japon post -nucélaire,si pauvre.. et ce couple qui ne peut ni se quitter ni s’endurer complètement me livre des verités qui me sont précieuses pur mes ruinartions nocturnes.. il flambe ce film !! ..un vrai buisson ardent de la tendresse humaine. …et puis je craque pour l’étonnant visage et le jeu d’ Hideko Takamine: elle sait courir pour rejoidnre son homme et marche à ses côtés , toit rfpés de lui,le soir, comme personne..

Jibé dit: 25 juin 2016 à 21 h 23 min

Et toi, Polo, cesse un peu de regarder dans le rétroviseur, va de l’avant !
Je sais, c’est pas réjouissant. WGG nous promet la guerre civile. Je comprends que tu y ailles à reculons…

Paul Edel dit: 26 juin 2016 à 8 h 56 min

Aller de l’avant !! aller de l’avant !! mon bon Jibé, comme tu y vas, toi !! de l’avant.. tu n’as pas mon âge.. , je veux bien aller de l’avant, mais pas trop vite, car je tombe sur un mur..une fosse, une allèe de cimetière, un service de réanimation, un medecin accablé en prenant ma tension.. non merci.. je veux bien aller doucement de l’avant par temps doux, bord de mer..avec huitres et Muscadet dans la besace.. ou en empruntant la via Appia Antica si elle me mène vers une trattoria avec piments séchés, Orvieto au frais, artichauts frits..et putons qui bêlent dans l’arrière cour.. et les personnages de Fellini ou pasolini attablés pas loin.. et pour le soir un petit cinoche de village, sans films hystériques, sans scope et sons surrounde.. sans éclairages de couloirs désaffectés avec vieux néons vibrants qui transgforment les comédiens en spectres hépatiques..genre « diamant noir « , sans ces grosses machines à effets spéciaux blocs à busters hollywoodiens avec monstres intergalactiques jetés tout plastoc dans un aquarium éclairé au néon et nuages orageux en spray.. et tortues ninja..tiens, à propos de tortues Ninja j’ai déjà une voisine sur mon palier très très tortue ninja quand elle se fait belle pour ses invités , ou pour sortir son fils, petite tortue ninja réplique , au jardin des Plantes, où on ne devrait pas les chasser le soir.. Sérieusement Jibé que je remercie de ton « gout de l’été »,et m’avoir cité me fait chaud partout.. j’en ai pris un ristretto..au soleil..sous les maronniers du boulevard Arago.. tranquille canal sans eau.. pour savourer .
Confidence Jibé : le dernier film récent que j’ai vraiment aimé , mais alors vraiment beaucoup,c’est « Nahid » de Ida Panahandeh, jeune réalisatrice iranienne.

Jibé dit: 26 juin 2016 à 9 h 24 min

Le boulevard Arago est bien mélancolique, sans doute du fait des longs murs tristes de la prison de la Santé, où séjourna… Jean Genet ! Mais il a son charme, grâce aux jolis jardins publics qui parsèment son parcours. Notamment celui de l’Observatoire, au sommet, jouxtant celui de la SGDL et son bel hôtel particulier, et, en face, de l’autre côté de la rue Saint-Jacques, le jardin de curé des religieuses, où elles cultivent leurs potager…

Jibé dit: 26 juin 2016 à 9 h 31 min

Mais non Chantal, personne ne te rectifie le portrait ici, bien au contraire !
Dommage que tu n’aies pas pu savoir pourquoi Volker Schlöndorff n’a pas réalisé « Lutetia », d’après le roman de Passou ?

chantal dit: 26 juin 2016 à 13 h 45 min

Jibé, un peu tard dans la journée, mais j’écris en ce moment, mon souvenir sur Genet, la première fois que je remontais sur scène pour un texte de théâtre après le rôle d’Inès dans huis clos de Sarte, j’avais choisi de jouer Madame dans les Bonnes, c’était en audition pour un examen d’entrée à l’INSAS, sous l’oeil redouté de Michel Dezoteux, le directeur de l’Iconoclaste Théâtre Varia. Je me suis plantée car pas du tout la bonne respiration pour jouer cet extrait, le texte pourtant m’avait fort impressionnée.
Bonjour à l’Hôtel de Massa, je me souviens que ce n’est pas très loin du pendule de Foucault.
Pour le Lutécia, seuls eux savent, Volker Schlöndorff est en train de tourner son suivant, il nous a expliqué son rapport à l’oeuvre littéraire, ce que Melville lui appris, le découpage dialogué à partir de deux exemplaires, la découpe dans le texte original. Bonne journée ;)

Jibé dit: 26 juin 2016 à 13 h 53 min

« le découpage dialogué à partir de deux exemplaires, la découpe dans le texte original. »

Tu peux développer, Chantal, pas très bien compris et ça m’intéresse ?

chantal dit: 26 juin 2016 à 16 h 12 min

Pas de souci, c’était une méthode qui consistait à découper des extraits du texte littéraire à adapter pour cela il fallait deux exemplaires du livre, ensuite il collait les morceaux découpés sur une page vierge ce qui permettait de s’ajuster comme une sorte de montage, c’est la même technique qu’utilise souvent Michel Vinaver pour ses textes dramatiques issus de l’actualité ( 11 septembre ).

Mais dans l’échange il a dit un peu taquin que maintenant les nouvelles technologies sont bien plus pratiques et rapides.

je mets en lien le compte – rendu de la séance rédigé par notre représentant cinéma André Buytaers :

https://karoo.me/cinema/volker-schlondorffcinquante-ans-de-cinema

Annelise dit: 26 juin 2016 à 16 h 20 min

Chantal 25 juin 17h03 votre évocation d’Anvers était assez parlante pour qu’on rectifie automatiquement la confusion. Diamant noir se situe donc dans la ville à la main coupée tandis que Diamon Island se passe au Cambodge, avec petite préférence pour celui-ci. Vous verrez si vous avez l’occasion, des accents à la Rumble fish… Solei le frère aîné porte bien son nom, à un l près ? Sorte de Motorcycle boy rejoint par son cadet campagnard poussé vers la ville par les grands travaux à y effectuer. Des scènes d’amour languides, en particulier certain baiser, des leçons de conduite comme un tour de manège… Davy Chou a reçu le prix du festival du film romantique à Cabourg, ils auraient pu choisir pire.
On attend ce que VS vous a appris sur ce fameux découpage.
Paul vous me touchez ce matin 8h56 avec le ristretto « bu en l’honneur », cette façon d’aller de l’avant « pas trop vite et par temps doux » et me faites rire hier 21h18 avec le Mikio Naruse « regardé à travers un verre ballon de calva ». Rempli comment le verre ? Pas étonnant ensuite que « le film flambe », ça titre à combien votre alcool ? Rien ne dit je suis d’accord que le résultat ne serait pas similaire sans, sauf que le flamboiement de la mélancolie accru, privé d’anesthésie, le visage et le jeu d’Hideko Takamine ne vous seraient pas arrivés pareil – décuplés ou éteints? Tant pis,on retombe toujours sur ses pieds à un moment ou l’autre, l’important est ce qui reste après décantation.
J’ai regardé les livres préférés mis en lien par Pierre sur le fil RdL. Les listes me procurent toujours un vertige. C’est le profus rangé en file indienne pour pouvoir sortir. Touche intimidante à mes yeux, mélange de petite gêne et d’attirance, comme d’apercevoir une photo dépassant d’un portefeuille. Je me dis que quand même il ne faut pas pousser? Personne ne leur a mis un revolver sur la tempe. Mais je le ressens comme ça. Je l’aborde avec le désir de ne pas m’attarder. Je m’efforce de rester discrète afin de ne pas gêner. Il y a ceux qui balancent ça comme ça sans chercher midi à quatorze heures, les assurés qui disent ce qui leur passe par la tête. La spontanéité je n’y crois pas trop en l’occurrence, ou bien comme indice d’un certain contentement de soi, d’une absence de doutes. Les listes plus étudiées, on sent affleurer que le top ten est avancé comme curriculum : celles ci sont de deux sortes, calculées ou construites. Pas exactement la même chose. Les malignes disent aussi pas mal, mais m’intéressent moins que les visages nus, ou celles où l’artifice est là pour tenter de compenser des défauts, témoins de fragilités émouvantes, de petits orgueils – mais je n’aime pas l’idée de faire « parler » trop ceci ou cela au corps défendant des intéressés. Ainsi que je l’ai dit je ne m’étends pas. Je n’attends personne au tournant.
N’empêche, je trouve un poil de coquetterie à Lydie Salvayre qui couche sur son papier Eric Chevillard 10 fois sur 12. Volo, lui, alors qu’il a tant d’humour – je relisais ses « Songes de Mevlido » il y a peu, encore ri devant son grand oiseau blanc téléphoniste, coassant dans le combiné des « allo? » obsessionnels – donne dans le massif. Sa liste est celle du post-exotique, résistant au système : « Oeuvres de Dos Passos », « Oeuvres de Dosto », « Oeuvres de Marquez », à vous de faire votre miel. Il ne veut pas détailler trop, pour ne pas risquer de disperser la cohérence infrangible.
Geneviève Brisac, seule à avoir donné sa liste en fonction de l’âge. Un critère distinctif, pourtant? Emmanuel Carrère qui cite Edith Warthon, à l’époque où je l’ai connu ne jurait que par Philip K.Dick, Flannery O’Connor, Perec. A lui que je dois ma première lecture des « Braves gens ». Son hommage à son ami Pachet, c’est tendre de penser qu’il l’a rajouté au dernier moment car ce dernier vient de mourir? Si ce n’est pas le cas, la coïncidence n’en est que plus belle.
Le billet assoulinien consacré à Virginia Woolf, conforté par l’enquête de Télérama. Impressionnant de voir à quel point le nom revient souvent – et aussi, Joyce, Proust, Beckett… Tant mieux. « La Princesse de Clèves », est-ce pour embêter Nicolas Sarkozy? Et Jean Hatzfeld qui met en haut le nom d’Olivier Hatzfeld, s’agit-il de son fils? A un degré aussi assumé le népotisme ne s’appelle plus comme ça mais de la fierté paternelle?
Littell, Rouaud & Rolin ont été les trois à citer « Vie et destin » de Grossman qui m’est si cher. Quel lien entre eux, difficile à dire? A première vue ça ne me saute pas aux yeux. J’ai été heureuse de retrouver Boulgakov (chez Sylvie Germain), Behemot qui caracole partout espièglement, lançant ses tours de diable à la suite de Woland. Quel choc, la première fois ! Avec Maylis de Kerangal je veux bien partager Michon, « Vies minuscules » (merci de nouveau à l’auteur de « La Classe de neige », qui fut pour moi bon professeur de français, affichant par lettre 5 ou 6 fois son goût pour l’homme des Cards et du texte dédié à Andrée et la Petite morte de la fin, de l’abbé Bandy à la mobylette lâchée contre un talus pour mourir, m’incitant à le lire) et « La Pastorale » de Philip Roth (« Portnoy » retrouvé aussi sur quelques listes, c’est le Singe au fesses « semblables à deux mandarines enfermées dans un sac » qui doit être content). But my heart belongs plutôt au Suédois, à sa vie gâchée par le rouage imprévu du tourment resté en travers. La scène où Jerry son frère le persécute, lui reprochant son affectivité mal calibrée envers sa fille m’avait fait pleurer.
En revanche je ne comprends pas en effet l’absence de Bellow. Moses en pleine déprime qui va se réfugier dans une maison de vacances déserte, affecté de découvrir des squelettes d’oisillons dans les toilettes désaffectées. Il faut dire que Mady et Valentin lui en ont fait voir de belles, il va falloir du temps pour que Ramona dont les talons claquent si agréablement sur le parquet l’aide à retrouver ses marques. Herzog, il m’arrive de l’ouvrir au hasard par ci par là, histoire qu’il sache que je penserai toujours à lui.Je le connais presque par coeur. Et puis Kafka, et puis Faulkner, en particulier ses palmiers pour ne pas oublier Jerusalem. Des ultras contemporains. Des Italiens, des Allemands, des Français, des Sud-Américains, des Russes.
Dix noms, ce n’est pas assez. Il en faudrait cent, il en faudrait mille, dix mille, et encore.
Le prochain billet nous verra descendre en qualité. Cela m’a tapé sur les nerfs et je le démonte : de ces agacements qui me paraissent de santé publique. Malgré tout quand je me prononce en critique – je repense à Emmanuel (!) 22 juin 15h34 et ses réserves sur « l’opinion personnelle » – je voudrais souligner que je ne suis pas tout à fait dans des dispositions équivalentes ni n’épouse strictement les mêmes motifs que quand il est question de mes seuls « goûts ». Il peut m’arriver de dire du bien de quelque chose qui n’entre pas vraiment, voire vraiment pas dans la catégorie, auquel je reconnais par ailleurs des qualités. Inversement, pas parce que j’aime ça, ou que je n’aime pas ça, que je condamne au peloton celui qui me contredit. « On discute » comme dirait Woody Allen que je préférais dans « Match point », ses histoires d’amour surannées ou ses fables farceuses. Parfois je relis ou je revois et la lumière venue de l’extérieur modifie sensiblement ma lecture.
A demain.

Paul Edel dit: 26 juin 2016 à 18 h 02 min

Merci Annelise en commentant les auteurs préférés de nos écrivains français (enquête Télérama) de noter vous aussi l’abscence de Saul Bellow, et de ce fabuleux « herzog » lu et relu et rerelu.. je suis un peu triste que Tanizaki ou Mishima, ne soient pas cités plus souvent, tellement leurs deux œuvre sont larges, sensuelles, intelligentes, immenses comédies humaines d’un japon en train de changer..immense.. j’aurais mis sans doute des gens plus l’écart,mes vrais livres de chevet, comme Nerval.. comme Schnitzler, ou Audiberti, le très grand Peter Härtling ou Heimito von doderer oour ses « démons ».
J’aurais aussi placé Reynolds Price et son recueil de nouvelles « les noms et visages de héros ».et puis quand je suis fatigué de tout, je reviens au plus beau roman jamais écrit, « la chartreuse de parme »..

l'ombelle des talus dit: 26 juin 2016 à 22 h 24 min

La chartreuse, sans filiation … Ni ascendants, ni descendants, rien que de purs identifants ? Des marqueurs d’appartenance ?
Vague souvenirs d’étudiants placés en filière littéraire dont les questions d’un concours portaient sur Stendhal, alors qu’ils s’attendaient à des auteurs « ultras contemporains » ; que de protestations ne s’élevèrent pas ! Par comparaison, de la gnognotte le foin que firent il y a quelques jours des lycéens de la filière S autour de France … De filières en filiations, le roman qui fera rendre gorge aux froids sociologues est écrit depuis toujours [ dans le casque
https://www.youtube.com/watch?v=9Q6S9O2mFRE ]

Annelise dit: 27 juin 2016 à 21 h 17 min

Oui j’ai entendu ça. ..je ne connaissais pas votre Cowboys junkies, wow. Ne restez pas avec un train de retard venez sur Neon Demon (failli ne pas vous lire)

Annelise dit: 27 juin 2016 à 21 h 33 min

Je ne vois pas le rapport avec Harari mais c’est très beau cette guitare, une espèce de détente nostalgique débilitante, du genre qui vous fait passer sous la barre et rend stone. Beaucoup d’amis musiciens, petite j’ai souffert de dyslexie, je n’ai jamais pu apprendre le solfège, les conditions n’étaient pas trop bonnes, c’est sans doute pour ça. D’autant plus curieux que jusqu’à ce que je bifurque vers 20 ans, j’étais prodige en maths. Comme John Nash mais en moins bien, j’avais l’impression que les équations se baladaient en ondulant au fond de la mer, les inconnues ou aléatoires comme des filaments de méduse. Enfin bref j’aime la musique, je l’ai dans le corps. Essayez de raccrocher les wagons avec nous? Merci pour vos mises en ligne.

Annelise dit: 27 juin 2016 à 21 h 40 min

Les rires on dirait qu’elle va se mettre à pleurer. Cela me fait penser à Brando à l’Actor… on lui demande la terreur, il rit pupilles rétrécies par l’épouvante. Ou le dernier sourire de Noodles/De Niro dans le film de Leone quand il pense à l’amitié de toute une vie avec Max foulée aux pieds, trahie.

121st dit: 27 juin 2016 à 21 h 48 min

En désespoir de lien, je signale que les New York Dolls ont repris de manière épatante le Pills de Bo Diddley (pour l’occasion renvoyé dans le Mississippi). Attardé au point de raccrocher ? Vous avez de l’humour ; tant mieux pour vos proches.

Catherine dit: 4 janvier 2017 à 15 h 48 min

J’ai été très choquée par la mort de ce pigeon en direct. Je suis étonnée qu’aucun spectateur n’ait manifesté la moindre émotion devant cette action injustifiée. ! comme si il fallait pour donner plus de poids à une atmosphère tuer en direct ! On est mal barré !!! la prochaine fois ce sera qui ?

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