de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Dustin Hoffman

Par Sophie Avon

À 75 ans, Dustin Hoffman a choisi de passer à la réalisation. À l’entendre, une succession de hasards l’y a conduit, mais à l’écouter, on réalise que cet homme joyeux et généreux n’est évidemment pas arrivé là par miracle. Avec  » Quartet « , il signe un film élégant sur la vieillesse et sur l’art.

Comment avez-vous abordé ce tournage ?

Il y a un film que j’ai voulu revoir, c’est  » La Règle du jeu « , de Jean Renoir, à cause de l’unité de lieu. Mais finalement, c’est un entretien avec Renoir qui m’a aidé, notamment parce qu’il évoque sa façon de passer d’un mode naturaliste au départ à un registre différent à mesure que le film avance, et ses réflexions ont été pour moi comme autant de devises, par exemple lorsqu’il dit qu’il ne faut pas tout savoir pour faire un film, ne pas se créer de fausses certitudes, garder à l’histoire son mystère… Au fond, notre coscénariste, c’est le public. Donc, il ne faut jamais trop en dire.

Pourquoi la réalisation ?

J’étais étiqueté acteur, et quand vous êtes étiqueté, il n’y a aucune chance qu’on vous confie jamais un scénario comme réalisateur. Mais je jouais à Londres dans  » Last Chance for Love  » avec le chef op John de Borman, qui me répétait :  » Avec ta sensibilité et tous les films que tu as faits, pourquoi ne passes-tu pas à la réalisation ?  » Je lui ai dit OK, préviens-moi si tu tombes sur un bon scénario ! Quelque temps après, il en a parlé à la productrice Finola Dwyer, qui cherchait un réalisateur pour  » Quartet « . Elle m’a envoyé le scénario écrit par Ronald Harwood d’après sa pièce de théâtre, et je l’ai adoré. Lui-même a eu l’idée de cette histoire en voyant le documentaire sur Verdi  » Le Baiser de Tosca « . Le compositeur, qui vivait à Milan, rêvait d’une grande maison dans laquelle les chanteurs d’opéra les plus nécessiteux pourraient trouver refuge en vieillissant. Il a laissé un testament pour que sa maison devienne ce refuge. Ronald Harwood a transposé l’histoire en Angleterre. Trois acteurs étaient déjà pressentis pour les rôles principaux, dont Maggie Smith. Je lui ai demandé quelle partenaire elle choisirait – car on ne demande jamais aux acteurs avec quels comédiens ils ont envie de jouer – et elle m’a parlé de Pauline Collins. Donc, vous voyez, je n’ai guère eu à choisir quoi que ce soit…

La mise en scène est une passion pour vous ?

Si Dieu me tapait sur l’épaule pour me dire : fais ce que tu veux maintenant, je serais pianiste de jazz. Je renoncerais à mon métier d’acteur pour le jazz, pour lequel, malheureusement, je n’étais pas assez doué. Mais à propos de passion, il y a un film que j’aurais dû évoquer, c’est  » La Belle Noiseuse « , de Jacques Rivette (avec Emmanuelle Béart et Michel Piccoli, NDLR), qui est une œuvre sur ce qu’est l’art. Sur le fait d’avoir quelque chose à exprimer qui ne vient pas. Il y a ce peintre face à qui le modèle, Emmanuelle Béart, pose nue pour la première fois. Il la traite mal et, à moitié film, on voit cet homme en costume à côté de cette belle jeune femme nue, et il lui ouvre son cœur : cela me bouleverse rien que d’en parler. La leçon à tirer, c’est que Rivette n’a pas choisi une midinette pour jouer ce rôle, mais une femme dans toute la plénitude de sa beauté, car ce qui déclenche l’art, c’est la femme dans sa plénitude, ce qui prouve qu’elle est d’un genre supérieur.

Qu’avez-vous appris en tournant ce film ?

Je croyais tout savoir. En tant qu’acteur, j’étais persuadé, et je le suis toujours, qu’on se dirige soi-même et qu’on dirige ses partenaires. Mais ce que je ne savais pas, c’est que le réalisateur et ses assistants jouent la comédie en permanence devant les acteurs, car ils savent des choses qu’ils ne nous disent pas. Ils nous laissent dans notre bulle et ne nous parlent pas de tous les problèmes qu’ils doivent résoudre : rien ne se passe jamais comme vous le prévoyez, et même si vous avez préparé, il arrive toujours un imprévu.

C’est un film sur l’art, mais aussi sur la vieillesse…

Oh oui, et je ne peux pas dire que ce n’est pas grave de vieillir, car l’âge nous rappelle que notre vie est extrêmement éphémère. Au début, quand je faisais mes gammes, je vivais avec Robert Duvall, dont le frère voulait être chanteur d’opéra. Je me rendais compte de la difficulté de son métier. Parce que là, vous l’êtes ou vous ne l’êtes pas, il n’y a pas d’autre possibilité ; c’est comme la danse classique ou le sport.  » La danse est une discipline qui n’est pas naturelle au corps « , m’a dit un jour une amie danseuse. Et on ne peut pas rester à un haut niveau longtemps, malgré son désir. Un matin, vous vous réveillez, la passion est toujours là, mais la capacité est partie. C’est cela qui m’intéressait…

 » Quartet « , de Dustin Hoffman. Sortie le 3 avril.

 

 

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