de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Emmanuelle Devos, le vertige du quotidien

Par Sophie Avon

C’est un marché de dupes où les femmes se piègent elles-mêmes. Dans une société qui leur promet tout – amour, carrière, enfants – sans pouvoir tenir ses promesses faute d’être outillée pour ça, elles passent leur temps à essayer d’être parfaites. Voilà bien un drôle de monde où tenir sa place donne le vertige. Juliette (Emmanuelle Devos) a beau essayer de faire face, elle observe sans conviction la vie étroite de cette banlieue résidentielle. Le matin, elle a les yeux ouverts depuis longtemps quand son homme, Thomas,  se réveille (Laurent Poitrenaux), reposé et de bonne humeur alors qu’elle voit venir la journée avec anxiété. Mais qu’a-t-elle donc de si terrible à faire ? Mille tâches minuscules et essentielles, des tranches horaires à respecter à la minute, les enfants, la maison, les invités du dîner, son atelier littéraire dont tout le monde semble se foutre – elle y étudie Virginia Woolf, ce n’est pas pour rien bien sûr, – et courant sur ces heures compressées, l’espoir  d’obtenir un job dans une maison d’édition.

Elle a la quarantaine, de beaux enfants, un mari qui l’aime et qu’elle aime, des amis, et cette angoisse de ne pas y arriver, de laisser passer sa vie sans en tenir les rênes. Autour d’elle, le spectacle n’est guère plus encourageant. Des épouses modèles, des mères idéales et des intérieurs qui en disent long  sur chacune de ces « desperate housewives » dont Isabelle Czajka brosse un portrait qui a valeur d’état des lieux. Mais elle est cinéaste, pas sociologue, et son film, inspiré d’un roman anglais « Arlington Park » de Rachel Cusk, va peu à peu vers une étrange mélancolie dont les plans contemplatifs créent un climat propice au vide. Après tout, le cinéma est d’abord affaire de manque et de hors champ, et c’est grâce à ce qu’elle ne montre pas qu’Isabelle Czajka cerne son propos – qui n’est pas tant de dénoncer le machisme persistant ou l’archaïsme de certains rouages que de montrer, tel un paysage sensible, le désarroi des femmes d’aujourd’hui.

Avec un sens aigu de la dramaturgie, la réalisatrice bâtit ainsi une œuvre crescendo dont la scène d’ouverture, si elle peut paraître grossière, a du moins le mérite de poser les enjeux. C’est un dîner où Juliette et son mari ont été  invités et dont l’hôte est tellement caricatural dans sa manière d’interpeler la jeune femme qu’on hésite à croire que de tels hommes existent encore. De retour à la maison, Thomas,  mi goguenard mi désinvolte, reproche à Juliette d’avoir été désagréable.  Ainsi va le double regard du couple : d’un côté l’inconscience un peu lasse du mari, de l’autre l’angoisse diffuse de l’épouse, entre malaise et sidération, impuissance et névrose.

Car dans cette banlieue taillée pour le bonheur, le quotidien semble toujours sur le point de basculer dans le pire: quand par exemple, Juliette lit un conte à sa fille et termine d’une voix blanche : « Bonsoir les étoiles, bonsoir la lune, bonsoir tous les bruits de la terre… » ou quand Betty (Julie Ferrier) est prête à étrangler un gamin qui a barbouillé son beau canapé blanc.

Cette fibre inquiétante, puissamment romanesque, constitue la très belle ligne de « La vie domestique », film naturaliste sans doute, mais dont  la reconstitution d’une France moyenne supérieure frise le genre, tel un petit polar de la banalité qu’il n’est pas – bien qu’ une fillette ait disparu à l’orée du Parc de Cassan.

Les hommes, eux, aimants quoique non solidaires, se tiennent prudemment à la périphérie du chaos intérieur de leur femme qui les concerne sans qu’ils semblent en éprouver la mesure. « Et moi, tu crois que je passe mes journées à faire quoi ? » demande à un moment l’un des maris qui rentre harassé du travail.  La cinéaste se garde d’étirer ce genre d’échange forcément sans profit, ce qui ne l’empêche pas d’interroger la contingence domestique, tout en s’appuyant sur Virginia Woolf. Laquelle note dans « Une chambre à soi » : « La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles ».

Plus loin, elle écrit : « Car nous, c’est à travers la pensée de nos mères que nous pensons, si nous sommes femmes… » Juliette n’étudie pas « Une chambre à soi » mais « La promenade au phare » avec les jeunes filles qu’elle réunit autour de gâteaux dans le lycée technique où elle anime son atelier. Il est néanmoins bel et bien question de sa mère, royalement interprétée par  Marie-Christine Barrault qui anticipe les angoisses de sa fille et y mêle au cours d’une scène magnifique, l’écho fatal du temps qui passe.  «Pourquoi tu t’emmerdes autant ? » demande–t-elle en voyant que Juliette met les petits plats dans les grands pour son dîner.  « J’ai toujours attendu la prochaine étape pour commencer à vivre, j’ai passé mon temps à attendre que tout soit prêt et quand ça a été prêt, c’était déjà fini… » ajoute-t-elle.

Le film se referme comme il a commencé, sur un dîner. Mais Juliette n’en est pas plus heureuse. « Avant, on mettait de la musique, on dansait, c’était amusant, maintenant on se fait chier comme à une réunion de copropriété », dit-elle à son mari quand les invités ont fui.

« La vie domestique » d’Isabelle Czajka. Sortie le 2 octobre.

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commentaires

60 Réponses pour Emmanuelle Devos, le vertige du quotidien

puck dit: 30 septembre 2013 à 15 h 35 min

quizz : qui a dit « le train du monde me semble banal, lassant, insipide et banal » ?
réponse 1 : c’est Hamlet dans Shakespeare.
réponse 2 : c’est Shakespeare dans Hamlet.

puck dit: 30 septembre 2013 à 15 h 37 min

pourquoi deux fois banal ? lassant, insipide, banal et ?? inutile ? ou stérile ? ou fade ?
misère je m’en souviens plus, c’est le signe d’un début d’une burnaoute.

pado dit: 30 septembre 2013 à 15 h 50 min

Comme J.Ch. je ne suis fan de Miss Emmanuelle.
Comme puck je pense l’avoir déjà vu.
Comme moi j’irai voir autre chose.

Z’avez pas un deuxième choix Sophie ?

J.Ch. dit: 30 septembre 2013 à 16 h 02 min

on a beaucoup de points communs, pado… autre choix ? le film de Dupeyron que j’irai voir demain, surtout pour Gregory Gadebois

pado dit: 30 septembre 2013 à 16 h 09 min

« cette banlieue taillée pour le bonheur »
« Parc de Cassan »

Suis allé voir.
Houlala l’angoisse.
Quasiment 50 bornes depuis La Défense (pour bosser) et autant pour La rue de Passy (pour shoppingner)
Comment en arrive-t-on à ces extrémités.

Quant à la nécessité de filmer les états d’âmes d’auto-aliénés,
je vois pas.

pado dit: 30 septembre 2013 à 16 h 25 min

Sophie,
je sais déjà ce que ressentent leurs compagnons, leurs fils, leurs frères, leurs amis vivant dans Les Parc de Cassan et bossant dans les Tours (des amies aussi)
Surtout, fuir.

puck dit: 30 septembre 2013 à 17 h 24 min

moi ce qui m’intéresse de savoir ce que ressent u.

u. répond moi franchement mon frère, as-tu déjà éprouvé ce sentiment troublant et pénible que ton existence n’était pas à la hauteur de ce que tu pouvais en attendre?

tu te souviens de tes espérances u.?
mais le temps passe u.
être et temps tu connais u.?
le temps passe u.
et tes espoirs s’effilochent u.
tous ces écrits u.
toutes ces docs dans ton ordi u.
il y en a tant et tant u.
comme disent les english u.
so and so docs u.

« so docs u. » c’est la chute, en principe c’est drôle, non?
bon. tant pis.

puck dit: 30 septembre 2013 à 17 h 33 min

c’est vrai tous les types devraient aller voir ce film pour savoir ce que ressentent les femmes.

en tout cas tous ceux qui ne le savent pas encore, c’est à dire les crétins.

puck dit: 30 septembre 2013 à 17 h 37 min

- chéri, tu viens au cinéma, voir un film pour que tu comprennes que ce les femmes ressentent.

- ce soir? pas possible y’a le psg qui joue sur canal+.

puck dit: 30 septembre 2013 à 17 h 41 min

sérieux si quelqu’un connait cette femme il faut lui conseiller de s’inscrire à l’université populaire de Caen.
il en ressortira nietzschéenne et elle va nous virer vite faite ses mioches et son mari débile pour connaitre l’élan de vie, la volonté de puissance nietzschéenne, et les joies de l’éternel retour.
en fait c’est le gros problème des femmes : elles ne lisent pas assez Nietzsche.
Faut lui dire de virer V. Woolf et lire par delà le Bien et le Mal.

Langlois dit: 1 octobre 2013 à 8 h 20 min

Le Pado de la Méduse est allé « voir ». Il est venu, il a vu, et son surmoi de pétoncle a vaincu la complexe de « Deep » (le film) : « Beurk pas beau, comment peut-on être habitant de Persan-Beaumont aujourd’hui en France ? Comment peut-on se résoudre à plonger dans un tel « Abyss » (le film) résidentiel ?
Non plus sérieusement Sophia (je préfète t’appeler comme ça, pour moi tu représentes la sagesses dans ce blog. Assise parmi une assemblée de bureaucrates d’un commentariat à cartes vermeils coupe-file qui semble entièrement trustée par une bande de galopins spectateurs-critiques de leur propre ennui chaussé de lunettes 1 D à monture noire en écailles de tortue pour tenter de pousser la volonté d’imitation à son comble en jouant les Jarmush, Burton ou Godard d’un moment, tu gardes un point d’honneur à porter haut le flambeau de la passion pour la cinéphilie, même entourée de flambys ou de Marie-Chantal qui font exprès d’avoir des visions de « cadavres dans les platanes » (!) pour faire peur à la jeune fille qui ne craint pas la mort et qui dort à poings fermés en elles en suçant la truffe de leur nainain Colargol. Même si je ne fais me fais guère d’illusions, Marie-Hélène va sûrement dire que mon tutoiement est une forme de violence fascisante. Prévisible. Même R.u.u.dy, Puke et J 7 (dit « Pim-pon ») le penseront peut-être, bah tant pis). Non, chère Sophia, la Devos (jusqu’où va se loger la ‘pertinence’ critique ; des blahblahteux n’aiment pas sa voix = condamnation-damnation éternelle) s’en sortira de son marasme sentimental, une tite vodka-menthe-à-l’eau, un grand soupir, une grosse prise de respiration, et elle ira se choisir un amant anglais (il suffit d’être impatiente, d’avoir un jardin et des envies de meurtre) dans un train (comme dans le film qu’elle tourna le printemps dernier que tu avais ici-même très bien étudié, ma Sophia). C’est ça le vrai hors-champ dont tu causes, pas la rèf à Desperate madhousewives. Bien à toi.

u. dit: 1 octobre 2013 à 8 h 35 min

C’est pas mal, Langlois.
Tu te chauffes un peu avant de poster ou ça te vient tout seul sous les doigts?

Elena dit: 1 octobre 2013 à 9 h 15 min

En tout cas, Langlois, vous confirmez le rapprochement avec le protagoniste d’Un Roi sans divertissement : vous me semblez bien explosif …
Contrairement aux apparences (dues à une réaction solidaire à votre attaque pas vraiment légère de Pado) nous ne formons pas une meute : nous sommes très différents, et n’avons pas forcément la même approche des films évoqués par Sophie. Ce serait faire preuve de finesse (évidemment c’est plus difficile que l’agressivité tous azimuts, le name dropping et le style syncopé/allusif) de ne pas mettre tous les commentaires dans le même sac.
Si la voix d’une actrice n’est pas un critère d’analyse, la simple évocation des péripéties de l’histoire racontée non plus. C’est justement ce que j’attendrais d’un cinéphile : qu’il s’intéresse à ce qui est spécifiquement « filmique ». Si vous avez vu Le prochain film (Féret) et la trilogie de Bill Douglas éclairez-moi sur ces aspects-là (plans, cadrages, bande son).
Je connais un peu mieux le récit dans un autre medium : les textes. Il se trouve que j’ai lu le roman de Rachel Cusk, celui qui a été adapté pour ce film. Depuis hier je cherche à remettre la main dessus, car 5 ans après sa lecture il ne m’en reste pas grand chose permettant d’en parler avec pertinence.
Cependant, je peux dire que j’ai d’abord été un peu surprise (en lisant l’article, je n’ai pas vu le film) de cette transposition en France, car je me souviens en revanche fort bien d’avoir trouvé cette histoire très anglaise (je veux dire liée à une certaine façon d’habiter et à un mode de vie particulier). Dans un second temps je me suis rendu compte que dans la fascination française pour toutes choses anglo-saxonnes (et la mode de l’auto-dénigrement) nous avions « importé » ce type d’habitat — et avec lui ses nombreux inconvénients. La réflexion sur ce type-là de banlieue n’est donc pas le réflexe de classe que vous semblez supposer, car cette banlieue-là attire plutôt les « cadres sups » épris d’entre soi.
Et merde, je vais être en retard pour prendre mon RER E dans lequel je vais certainement côtoyer beaucoup de traders, DRH et journalistes.

castex dit: 1 octobre 2013 à 10 h 00 min

Vous êtes bien durs avec cette vie domestique!!
Est-ce la vôtre ou le film qui vous repousse?
Réponse demain! je vais me précipiter au cinéma…

castex dit: 1 octobre 2013 à 10 h 21 min

Ah non, j’irai jeudi! Demain mercredi jour sans école à concilier avec le travail… C’est le sujet, non, Sophie??

puck dit: 1 octobre 2013 à 16 h 05 min

Sophie c’est votre amoureux Monsieur Langlois ?
vaut mieux pas l’asticoter parce que sinon vlan dans les gencives!

Monsieur Langlois sachez que je vous aime bien, en tout je ne veux pas me fâcher contre vous, je suis d’accord avec tout ce vous dites quand vous attaquez u., R.u.u.dy j’ai trouvé ça très drôle, c’est bien fait pour lui ! j’aurais beaucoup de choses à vous dire sur u. mais je préfèrerait qu’il n’entende pas que je cafte.

Sophie a beaucoup de chance car vous semblez avoir beaucoup d’humour, et croyez-moi l’humour, aujourd’hui plus personne n’en a, en dehors bien sûr des gens sérieux comme les comptables, les hommes politiques, les acteurs de cinéma et les économistes.

bien à vous,
très sincèrement vôtre,
votre ami le plus fidèle.

Desmedt dit: 1 octobre 2013 à 17 h 15 min

Un billet qui prouve que quels que soient la réserve toute journalistique, cette espèce de distance casuistique affichées ou le pouf gardé frileusement sous le pied, vous visez également à regarder les choses humaines en face, Sophie. Tout à votre honneur!

Moi non plus je n’aime pas la voix de Devos. Est-ce une raison contraire? Votre Arletty m’esquinte le tympan. Pourtant je ne me suis jamais lassé des « Enfants du Paradis ».

C.D.

pado dit: 1 octobre 2013 à 17 h 22 min

Cher Langlois,
(pseudo peut-être un peu surdimensionné pour vous mais vous avez raison il faut savoir oser le ridicule)
Cher Langlois donc,
(d’ailleurs un surmoi de pétoncle, totalement insignifiant, n’est-il pas préférable au votre qui vous entraîne allégrement vers machisme, misogynie et volonté exacerbée de puissance)

Mais je m’égare, revenons au Parc de Cassan qui était mon sujet.

Donc, Cher Langlois,
(Ah j’oubliais, le Parc de Cassan, d’après son site, se trouve sur la commune de L’Isle Adam et non sur celle de Persan-Beaumont ce qui vous en conviendrez fait une assez belle différence et prouve une malignité assez nauséabonde de votre part)

fin des digressions.

Par conséquent,
Cher cher Langlois,
(entre ne pas avoir le choix de vivre à Persan-Beaumont et s’enfermer volontairement au Parc de Cassan de L’Isle Adam, il y a une différence dirait Sergio)
Si vous ne comprenez pas je ne peux rien pour vous.

Ainsi donc, Cher Langlois,
(mais peut-être habitez-vous vous même dans un de ces petits paradis gardiennés et télé-surveillés pour cadre sup bancaire, votre style me le laisserait supposer)

Mais je m’égare encore.

Cher, cher cher Langlois,
(j’imagine que pour vous il est mille fois préférable d’avoir une piscine privée à partager avec quelques collègues golfeurs que de pratiquer la promiscuité des gamins de Persan-Beaumont dans celle des bords de l’Oise)
Et pourtant elle est grande (la piscine).

Dear Langlois,
(après nous avoir fait un étalage confituriel de vos connaissances cinématographiques, vous pourriez peut-être nous donner enfin votre avis sur un ou deux films dont vous auriez vu autre chose que la critique sur Allo ciné)

Oh,finissons-en.

Cher Langlois,
ben finalement,
rien.
Ah si !
Je te merdre.

J.Ch. dit: 1 octobre 2013 à 18 h 02 min

Juste encore un peu sur Woody Allen : dans le questionnaire de télérama sur les meilleurs films de WA : MANHATTAN est dans les premières places dans les listes par établies par les critiques et les lecteurs

puck dit: 1 octobre 2013 à 18 h 37 min

« dans le questionnaire de télérama sur les meilleurs films de WA : MANHATTAN est dans les premières places dans les listes par établies par les critiques et les lecteurs »

ne cherchez plus ! c’est pour cette raison que c’est le film que Woody Allen aime le moins.

Woody Allen est un type très sensible, il a une connaissance profonde du genre humain, et des lecteurs de Télérama, il s’est dit si le film que les spectateurs préfèrent c’est que ça doit être le moins bons.
forcement.

puck dit: 1 octobre 2013 à 18 h 40 min

et ça c’est vrai pour tous les artistes actuels qui ont un peu de jugeote, ils savent bien que le succès populaire est la pire chose qui puisse leur arriver.

renato dit: 2 octobre 2013 à 8 h 34 min

Au moins que le vôtre ne soit qu’un exercice de style, puck, je reste de l’opinion que vous vous fatiguez pour pas grande chose car depuis toujours la production de biens est différenciée, et il est rare que celle de qualité occupe le devant de la scène, c’est plutôt la moyenne qui l’occupe, puis le temps fait son travail. Prenons les feuilletonistes du XIXe ou le Bamboccianti du XVIIe, vous sauriez citer quelques noms comme ça, sans trop y réfléchir ?

pado dit: 2 octobre 2013 à 9 h 32 min

Chouette un jeu.
Euh,
Dumas, Balzac, Sue, Ponson, Féval.

Je ne sais pas si ça aide puck ou renato, mais renato va sûrement me le dire, il sait tout.

C’est quoi le Bamboccianti ?

pado dit: 2 octobre 2013 à 9 h 40 min

renato,
je suis allé voir (mais non Langlois, ce n’est pas un film)
J’en connais quasiment pas la queue d’un.
C’est quoi le rapport avec les feuilletonistes ?

Polémikoeur. dit: 2 octobre 2013 à 10 h 08 min

Les voix, ah, les voix !…
Celle d’Arletty projetait au moins son caractère
à travers son origine socio-culturelle
plus que marquée.
La gouaille l’emportait donc
sur la paresse traînante.
Sonotonement.

renato dit: 2 octobre 2013 à 10 h 15 min

pado, c’est un private joke.

Cela dit, je parle des feuilletonistes qui ne publiaient que dans la presse, pas de ceux qui anticipaient dans la presse leurs romans. J’aurais dû mieux m’expliquer…

Les Bamboccianti, étaient des peintres qui produisaient des tableaux de petit format où ils dépeignaient la vie quotidienne des classes populaire de Rome et de la campagne environnante. Tableaux faits pour être vendu aux touristes du Grand Tour…

Polémikoeur. dit: 2 octobre 2013 à 10 h 30 min

S’il faut passer par « La vie domestique »
pour avoir un regard sur la sienne
et un accès à ce que ressent
la compagne, la fille,
la sœur, l’amie,
n’y a-t-il pas
déjà malaise ?
Ne faut-il pas
dès lors prévoir
de compléter l’échange
et le dialogue avec un volet
sur la vie sauvage, publique ou autre ?
Non que le sort du personnage du film
ne soit pas digne d’intérêt
mais quel sont le sort
et l’état d’esprit
de la mère célibataire
et pas trop à l’aise financièrement ?
Militantismudinalement.

renato dit: 2 octobre 2013 à 10 h 39 min

C’est vrai que si pour « avoir un regard sur la sienne, etc. », on doit aller au cinéma il vaut mieux ne vivre qu’avec soi-même.

renato dit: 2 octobre 2013 à 11 h 20 min

P.S. à : « C’est vrai que si pour « avoir un regard sur la sienne, etc. », on doit aller au cinéma il vaut mieux ne vivre qu’avec soi-même. »

Cela dit, c’est aussi vrai que l’Autre restera toujours un mystère.

Jacques Barozzi dit: 2 octobre 2013 à 12 h 38 min

Sur le site de Clopine, on peut entendre sa voix en off du documentaire produit sur le pays de Bray par la société de production dont elle est la présidente. La voix de Clopine est très différente de ce que j’imaginais, claire, cristaline, jeune, alors que je m’attendais à une sonorité plus rauque, moins féminine !

J.Ch. dit: 2 octobre 2013 à 13 h 52 min

Jacques Barozzi, je suis allé voir Clopine et Clopin, très chaleureux… et le pays de Bray est magnifique, j’y retournerai

La Reine du com dit: 2 octobre 2013 à 14 h 34 min

J.Ch hier 14h24, Pado ou Desmet, vous n’aimez pas la voix d’Emmanuelle Devos? Allez-y pour son popotin. « Elle a le cul d’Angela Bassett », comme le fait dire Desplechin à Amalric, dans Conte de noël. Pas donné à tout le monde.
J’aurais aimé partager ma passion pour Strange days de K.Bigelow, Bassett en chauffeur de maître exténué, en amie aux épaules larges, solide et fiable, pour les confettis éparpillés en plein ciel, un soir de fin de millénaire, mais hors sujet.

Je n’ai pas vu le film d’Isabelle Cazjka. Difficile de me prononcer sur le contenu. Pourquoi l’article de SA est-il bon, incite t-il à y aller voir?
Sophie Avon s’efforce au moins de poser un regard aigu dans les coins. Ces petits détails qui font l’épaisseur sensible, la précarité opérante d’un film, décelés peut-être au delà de l’attendu apparent, ou du tout cuit. Elle aspire à voir derrière la toile, comme elle engage notre propre oeil à le faire. Est-elle couronnée de succès? Autre question. On verra à la fin.
Ici, une interrogation à portée féministe inscrite dans l’infra, le quotidien d’une France « moyennement supérieure ». Pas idée de ce que ça donne en l’occurrence dans l’assiette. Du moins y a t-il dans la tentative une aspiration qui tente de se dégager du futile. Le résultat, c’est autre chose. Comment en présager avant de l’avoir vu? Peur d’être exaspérée par la grande tendance majoritaire à l’évacuation, l’ellipse de crainte d’être trop lourd, l’injonction au faire court et léger, les « femmes qui se piègent elles-mêmes », la cinéaste « qui se garde bien d’étirer les échanges sans profit », ou encore la fillette disparue à l’orée du parc dont bien entendu, on ne saura rien car ce serait tellement, oh tellement, non, quand même… Pourquoi y aurait-il ratage éhonté d’un côté, chez un cinéaste à peine sorti du bois appliqué à filmer plein pot une scène, tandis que de l’autre, chez les vieux routards du système, la même scène filmée avec une lourdeur emberlificotée inouïe, une prétention ou un cynisme ordinaire trois fois supérieurs, déclenchera des Ah d’une grotesque et complice admiration.
Il faut admettre que cela ne tient pas à cela. Ou que j’aime le lourd : une façon de ne pas éviter, d’aller au bout avec une crânerie intérieure qui finalement dicte, se fout bien de s’embrocher sur le sabre, voire de risquer de « se piéger soi même ». Pas d’économie portée en sautoir.
« Comment fais-tu pour y arriver? » demande son frère au malingre Vincent, dans Bienvenue à Gattacca. – Je n’ai jamais pensé au retour », répond celui-ci. S’il y était resté, naturellement, il aurait continué de la boucler.
SA suggère qu’Isabelle Czajka a le mérite de poser la question du désarroi des femmes, dans une partition qui n’hésite pas à recourir au romanesque, sans en appeler forcément au spectaculaire. Sur le principe, tant mieux, bien que le mérite n’est rien à y voir.
Le collectif Voïna organisant ses performances non autorisées, si stridentes, si exotiques, si délicieusement branchées à des yeux occidentaux qui restent au chaud, femmes se fourrant un poulet – mort, prêt à cuire, je vous rassure – entre les jambes, ou encore Nadedja Tolokonnikova, membre des Emeutes de chattes(ce qui semble un oxymore) désormais incarcérée dans d’affreuses conditions, se faisant filmer lors d’une relation sexuelle non simulée, en public, au zoo de Moscou : celles-ci convoquent d’autres sonnettes pour promouvoir le droit des femmes.
Ces alarmes sont-elles moins naïves? Moins travaillées? Plus recevables ou efficaces ? Nécessaires ? Simplement justes ? Un de ces sons pleins, tellement dissonants que le système ne manque pas de l’étouffer?
C’est la possibilité des polyphonies, la multiplication des voix singulières qui doit être maintenue, encouragée, accrue, au lieu d’engraisser le monopole – voici pourquoi j’irai, pour Isabelle Czajka comme pour Dupeyron, au risque même d’être déçue.
Et maintenant je vous souhaite une bien bonne après-midi. Absolument pas désolée d’avoir été longue. Je délaisse le blog pour Hrabal, et Dieu sait qui perdra au change ?

puck dit: 2 octobre 2013 à 18 h 13 min

whaouh, cette fois-ci je suis largué, je nage dans la confusion la plus totale.

en Afrique du Sud il parait qu’un homme sur quatre a commis, dans sa vie, un ou plusieurs viols. Ces violeurs ont, parait-il une cible privilégiée : les homosexuelles.

Rachel Cusk (qui n’est pas et qui ne sera jamais Virginia Woolf) a écrit un livre, me semble-t-il, sur une situation sociale bien précise : une femme appartenant à la middle bourgeoisie anglaise dans une période « post féministe ».

les individus appartenant à cette caste sont soumis à des pressions ctelles que « réussir sa vie ».
cet objectif de réussir sa vie (qui est commun aux 2 sexes faut pas l’oublier) se heurte à quelques difficultés, dont certaines sont assez métaphysiques et d’autres assez triviales.

Bienvenu à Gattacca est une belle référence car il est évident que si les individus veulent absolument réussir leur vie il faudra en passer par des solutions techniques.
Et pas que le tri génétique permettant de sélectionner les enfants les « moins problématiques » (le dépistage de la trisomie est entré dans la routine des analyses prénatales) mais de se passer de tout le poids de « la nature » :
- les contraintes de la gestation sont en passe d’être résolues avec la gestation in vitro : dans 20 ans les mères n’auront plus besoin de porter leurs enfants, ce qui leur permettra de pas arrêter leurs activités professionnelles
- l’attachement et la sollicitude maternels : au moment de l’accouchement il se libère chez tous les mammifères des quantités phénoménales d’hormones appelées « hormones de la sollicitude » : dans certains pays on commence à demander de bloquer ces productions hormonales pour que les femmes puissent retourner travailler sans avoir l’esprit ailleurs ou se sentir coupables.
- la prise en charge et l’élevage des nouveaux venus….

ces transformations sont inéluctables parce qu’elles sont les seules réponses efficaces aux problèmes et aux pressions de nos sociétés.
sûr que les ukrainiennes et les africaines du sud auront à régler d’autres problèmes avec leurs mecs avant d’en arriver là, elles ont encore des combats féministes à mener.

nous appartenons aux sociétés les plus avancées et les plus modernes, l’expression « most-féminisme » veut bien dire ce qu’elle veut dire.

Dans nos sociétés les hommes sont civilisés, ils sont prêts à aider les femmes à s’émanciper totalement des contraintes de la nature, et c’est pas les écologistes qui viendront entraver cette marche en avant.
Qui peut imaginer à quoi ressemblera le monde dans 40 ou 50 ans ?
Certainement pas Rachel Cusk, qu’on aime ou pas la voix ou le popotin de Devos ce genre de film ne pose certainement pas les bonnes questions, cela dit c’est certainement un film plaisant à regarder.

J.Ch. dit: 3 octobre 2013 à 8 h 01 min

hier soir j’i revu LA REINE MARGOT de Chéreau ; vingt après, je trouve que c’est devenu un film comique par son excès (mot faible) de violence continue, le jeu outranciers des acteurs… bref, ce film a mal vieilli… ou bien c’est moi

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