de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Enfance argentine

Par Sophie Avon

Le film s’ouvre sur une scène de rue où l’on se tire dessus, scène de violence immédiatement transfigurée en animation. Sans être omniprésent, le dessin apparaîtra plusieurs fois, à certains moments clé du récit, transposition ludique pour signifier que cette histoire-là, quoiqu’elle raconte, sera jusqu’au bout du côté de l’enfance et d’un petit garçon nommé Juan.

Juan et sa famille, argentins militants dans les années 70, membre de l’organisation Montoneros, quittent le pays pour y revenir plus tard sous une fausse identité.  Juan s’appellera Ernesto, du prénom de Che qu’il vénère. Il y a l’oncle Beto, sympathique figure de jeune aîné qui apprend à Juan que les filles se dégustent comme des amandes au chocolat, il y a les parents et la petite sœur, un bébé de quelques mois.

« Enfance clandestine » est bien sûr un film sur la dictature argentine, la persécution politique, les disparitions et les meurtres, mais c’est aussi un beau récit d’initiation où Juan / Ernesto découvre l’altérité, les filles et surtout Maria. Tout se passe comme si l’enfance résistait à toute forme d’oppression pour défendre son propre territoire, y compris  dans ce film dense où les plus belles scènes sont celles  de la découverte amoureuse. Quand par exemple, Ernesto et Maria parviennent à s’isoler dans la forêt où avec l’école ils campent, découvrant une voiture carbonisée dans une clairière où ils s’installent comme dans un nid aussi peu douillet que leur attirance mutuelle. Quand au palais des glaces, ils déambulent entre les lumières colorées et les panneaux de verre, dans une transparence féérique mais illusoire.  Quand Ernesto veut partir avec Maria, petit vagabond faisant face à la fragilité de l’autre.

« On a utilisé pas mal d’éléments et on les a modifiés », commente le réalisateur Benjamin Avila pour qui Enfance clandestine n’est pas entièrement autobiographique mais seulement inspiré de sa propre jeunesse.  « Je ne voulais pas être le protagoniste de cette histoire. C’est un film sur les enfants de disparus… » Il a eu du mal à trouver le financement, non pas en Argentine, mais à l’international où les partenaires étaient perplexes: encore un film sur la dictature, lui disait-on.

Quand le film, finalement mené à bien, est sorti, en septembre 2012, en Argentine, il a eu un succès énorme qui a dépassé tout le monde, à commencer par les producteurs. Il a fallu ajouter des copies, les débats ont fleuri. Comme quoi, ce n’est pas un sempiternel récit sur la dictature mais une œuvre originale sur la mémoire d’un pays et l’apprentissage d’un gamin.

352 enfants restent disparus à ce jour: c’est donc aussi un film d’actualité.

« Enfance clandestine » de Benjamin Avila. Sortie le 8 mai.

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