de Annelise Roux

en savoir plus

La République Du Cinéma

« In the family »: Chip, Cody et Joey, la preuve par l’amour

Par Sophie Avon

Ce film n’a rien d’un thriller et c’est pourtant un véritable suspense. Chaque plan est une surprise, chaque avancée de l’intrigue est un pas de côté. Il est au fond, à l’image de la vie, loin des histoires formatées et des récits prévisibles, mû par un fil souterrain dont on sent qu’il est solide et vrai.

« In the family » n’est pas une autobiographie. Patrick Wang, le réalisateur (américain d’origine taiwanaise) interprète le rôle principal mais ne raconte pas sa vie et au final, au bout de ces trois heures qui passent comme une pluie d’été, on reste tout étonné d’avoir vu s’épanouir sous nos yeux la bonne volonté d’un homme dont l’amour et la douceur triomphent. Ce n’est pas si courant d’assister à cette mise à disposition du meilleur sans mièvrerie ni sentimentalisme.

Chip est un petit garçon de 6 ans qui dort dans une chambre où la lumière entre peu à peu. La scène ressemble à une lente mise au point. Le réveil – un sauvage mugissement animal – le fait bondir du lit. Il se précipite vers son père qui dort. On entend une deuxième voix hors champ. On comprend qu’ils sont deux. Cody et Joey, Papa et Papou. A ce stade, on redoute le film plaidoyer ou porte-drapeau. Or, on va être cueilli par tout autre chose. Bien sûr, « In the family » démarre avec l’histoire de deux hommes qui s’aiment et élèvent un enfant, mais ce n’est pas là le cœur du récit, son noyau intime, sa raison d’être. Ce qui le façonne et le propulse au rang de magnifique huis clos sur la paternité, c’est une trajectoire singulière, celle de Joey, poussé au désespoir par des rebondissements imprévisibles, et sortant du tunnel par le haut.

« In the family » est l’histoire d’un type qui croit qu’on peut vivre une vie normale, une vie d’américain moyen dans le Tennessee – alors qu’il est d’origine asiatique, homosexuel et qu’il a tout perdu, ses parents biologiques, sa famille adoptive, jusqu’à celui qu’il aimait, Cody. Il lui reste Chip, mais Chip n’est pas son fils. Aucune juge ne vous donnera la garde de cet enfant, lui dit en substance un avocat pourtant bien disposé. A nouveau, le récit pourrait relever du combat militant ou de la démonstration, mais Patrick Wang bouscule tout , met des ellipses à la place des pleins, des silences à la place des dialogues et des cadres fixes là où n’importe quel metteur en scène agiterait sa caméra. Il ne filme pas la colère, seulement la détresse et au milieu de la souffrance, le réconfort d’une tasse de thé ou le sourire de Paul, un vieil avocat ému par l’habileté manuelle de Joey. Car Joey a appris à faire des reliures et ce geste hérité de son père va le sauver. De la douleur, de la solitude, du manque et du sentiment d’injustice.

On s’en voudrait d’entrer dans le détail des rebondissements qui ponctuent le film, mais on peut révéler la façon dont Wang filme le bonheur de la paternité ou au contraire l’anéantissement. Un plan lui suffit, à chaque fois, pour montrer la densité de la vie, la merveilleuse présence au monde de l’enfant entre ses deux pères, ou au contraire, le vide qui tout à coup pénètre l’âme, la caméra mise à distance et filmant Joey de dos, depuis la rue dont les bruits prennent le dessus comme si l’annonce de la tragédie, impossible à entendre, était devenue inaudible. Dans une autre scène, alors que Joey est venu récupérer Chip chez sa belle-sœur qui refuse de lui ouvrir, on voit la jeune femme qui attend, immobile, silencieuse, et par l’étroite vitre de sa porte d’entrée, on distingue le gyrophare d’une voiture de police. On comprend alors qu’elle a appelé les flics pour se débarrasser de Joey.

Par séquences ramassées qui courent sur plusieurs mois, allant du bonheur à la reconstruction en passant par la solitude et les souvenirs de l’être aimé, ce film miraculeux va à l’encontre de tout ce qu’on voit habituellement. C’est une œuvre à la marge et universelle, sur le côté et en plein cœur.

  »In the family » de Patrick Wang. Sortie le 19 novembre.

Cette entrée a été publiée dans Films.

11

commentaires

11 Réponses pour « In the family »: Chip, Cody et Joey, la preuve par l’amour

un autre anonyme, zoophile dit: 18 novembre 2014 à 6 h 58 min

Parler d’amour entre personnes de même sexe, évolution de notre société tolérante oblige, c’est ouvrir la porte au parler d’amour entre espèces différentes, au mariage, à la PMA/GPA inter-espèces.

Quand pourrons-nous, enfin, épouser notre guenon ? notre hippopotame ? notre cochonne ? notre chienne ? notre chatte ? notre tourterelle ?

Au nom de l’Amour, naturellement…..

un anonyme parmi d'autres dit: 18 novembre 2014 à 11 h 09 min

JC zoophile, pourquoi n’osez-vous plus signer de votre pseudo habituel ? Vous avez peur que Sophie ne vous prenne pour ce que vous êtes ?

La Reine des chats dit: 18 novembre 2014 à 13 h 29 min

Obligée de quitter mon repli grothendieckesque – Grothendieck, « ante mortem », je vous rassure – émue aux larmes par le bouleversant appel au réveil des consciences d’Anonyme zoophile de 6h58. OUI, Anonyme zoophile, rien que de très normal, d’on ne peut plus sain, beau,légitime que ce désir de vivre au plus près, dans l’amour, le partage, les droits, la dignité légalement protégés & garantis, avec ceux avec lesquels nous avons envie de construire, dont nous nous sentons le plus proches, qui finalement nous ressemblent alors que dans un premier temps ils paraissaient si éloignés! D’où votre déchirante légitimité de ce matin, fussiez-vous ou non notre inénarrable JC, à pouvoir si vous le désirez légaliser avec votre hippopotame, votre cochon! (D’ailleurs pourquoi voir aussi petit, s’en tenir là, en laissant à la marge coyotes et serpents?)
Autrement Sophie, excellent billet. Le film immédiatement comme ça m’évoque cet Ang Lee charmant des 90′s, bien avant « Brokeback mountains », donc, « Le garçon d’honneur », où un Taïwanais naturalisé US vit en équilibre avec son chéri, Simon, loin de la culture parentale,jusqu’à ce que son père, malade du coeur, et sa mère, bien traditionnalistes et inquiets de ce qu’ils prennent pour un célibat assez mélancolique et de mauvais augure, ne décident de venir le visiter à domicile. Ang Lee signait là un film délicat, sentimental, simple et d’une grande fraîcheur, qui n’excluait pas des pointes caustiques, visionnaires pour l’époque. Patrick Wang sera t-il à la hauteur de ce beau souvenir?

Giovanni Sant'Angelo dit: 18 novembre 2014 à 17 h 15 min


…chip chip chip codey,!… fait la poule à Joey,!…

…du cinéma à la papa,!…l’ensemble des discutions vont par graduations dans une case réductrice sur l’échiquier des ouvertures d’esprits,!…

…par contre, avec des pensées sincères,.. sans rouages de connivences pour doubler les interlocuteurs,…( pour racler des informations en toute morale, comme les Luxlead’s du droit-fiscal en accords secret-multinational )
…donc, pour avec des pensées sincères,…il ne faut pas avoir des préoccupations de cinéma homosexuel,!…

…autrement, le doute s’installe sur le véritable progrès qui ne véhiculerait que des artifices en inversions, pour assurer le bide-abrutis des commentaires, pour perdre son temps, à tout les niveaux pour les autres sans respects d’authenticité,!…

…conclusion, faire écrire sur le net,… le venin de serpent des commentateurs, pour l’édulcorer en contre-vérités du pouvoir en place,!…donc,!…faire » jaser » les chaumières,!…comme ramasser en analogie des statistiques,!… » gender studies « ,!…

…un payement, pour journalisme » libre » rémunérer par l’état, pour les critiques conviviales exposés,!…
…un chèque mensuel,!…sans être classé comme revenu imposable,!…qui va refusé,!…
…dans de telles conditions,!…etc,!…
…Ah,!Ah,!…Croix-Rouge,…des cahiers du cinéma pépé,…Bip,!Bip,!…Go,!…etc,!…
…combien sans budget à vendre,!…mon oeil,!…

Giovanni Sant'Angelo dit: 19 novembre 2014 à 14 h 02 min


…le cinéaste aujourd’hui,…filme parce qu’il est payer pour exécuter un travail, une commande, une copie/coller, ou encore une imitation sur ordres,!…

…un cinéaste-artiste,!…se construit par lui-même,!…par éléments infinis en liens,…il choisit ses parcours, ses économies pour s’équiper,!…temporise,!…ses efforts,…se joue et se déjoue aux alliances,!…
…il juge,!…les poids et mesures sur les échiquiers, s’en mêle, pour ses poses à illustrer,!…utilise un symbolisme caché transparent à plusieurs interprétations,!…
…proportionne l’alchimie des plans, les traveling, les cadrage,!…Non,…il n’imite pas la photographie,…il se donne, pour un sens de réflexion,!…en plus de la liberté à concilier les imaginaires,!…il est roman, à tableau unique,!…

…c’est pas une image d’Epinal,!…à St- Hubert,!…ou autres St-Christophe,!…un artiste doit créer presque avec les limites de son temps,!…politiques, internet,!…

…filmer en centralisant les solutions comme des fiefs éternels aux besoins des gens dans la diversité à rester libres autonomes,!…

…mais, vous le saviez déjà,!…c’est pour me faire jaser,!…vous êtes servis,!…

…combien, votre crotte,!…juste un clic-clac,!…Ah,!Ah,!…Go,!…etc,!…Bip,!Bip,!…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>