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La République Du Cinéma

« Fatima »:mère blessée, enfant en colère

Par Sophie Avon

Elle a un beau visage empli de bonté. Dans la maison où elle fait des  ménages, elle a trouvé 10 euros dans un jean et les a rendus à la propriétaire. Fatima est une femme intègre et modeste, toujours patiente, même quand elle subit une discrimination insidieuse. Elle vit avec ses deux filles, Souad, 15 ans, et Nesrine, étudiante en médecine.  Leur avenir est ce qui compte le plus pour elle, bien sûr. Elle maîtrise mal le français, quelques mots, le minimum appris à ses cours d’alphabétisation ou en demandant à ses filles, mais elle comprend très bien ce qu’il en est lorsque Souad, en colère, la traite d’incapable et lui jette à la figure de retourner à ses ménages. Fatima est une mère blessée  qui redoute d’être séparée de ses enfants à cause de la langue, qui a peur de ne transmettre que la défaite et la honte. Entre sa cadette qui n’est pas une adolescente facile et son aînée, stressée par son concours d’entrée, elle essaie néanmoins de remplir son rôle. De recadrer l’une et de rassurer l’autre.  Souad et Nesrine ont d’ailleurs un père, lequel assure en douceur une éducation solide.

Fatima, elle, ne renonce à rien quand il s’agit de l’accomplissement de ses filles. Même quand les voisines la harcèlent. Même quand elle chute dans l’escalier et ne peut plus travailler. A ses heures perdues, elle écrit. En arabe. Des textes en forme de fragments, des pensées à la fois simples et profondes. « Parfois, je deviens une femme froide » écrit-elle. Ou encore : « Là où un parent est blessé, il y a un enfant en colère ».  Sous ses dehors modestes, Fatima est une femme exceptionnelle. Elle est de ces « invisibles » qui dans l’ombre œuvre pour le meilleur. « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse » dit Philippe Faucon. Il a choisi de filmer la forêt.

Adapté de « Prière à la lune » de Fatima Elayoubi, « Fatima » est un portrait de femme mais c’est aussi, à travers ce tableau de trois générations, une œuvre sur la transmission, sur les ressources de l’amour maternel, sur la façon dont une mère, en conquérant sa propre place, laisse à ses filles la possibilité de tenir la leur. Comment retrouver l’estime et la confiance en soi ? Comment reprendre de la hauteur dans un monde où tout vous assigne au plus bas ?

Fatima y parvient. Obstinée, calme, trouvant dans l’écriture de quoi regagner la lumière. Redoutant l’avenir mais trouvant les moyens de faire face. Et faisant basculant le monde au moment où tout semble compromis. Pour jouer cette mère courage, Philippe Faucon voulait une femme qui ne puisse, réellement, s’exprimer en français, convaincu que cela ne devait pas se jouer. Il l’a trouvée en la personne de Soria Zeroual, une Algérienne vivant dans la banlieue de Lyon dont « Fatima » est le premier film. C’est peu de dire qu’elle apporte une justesse poignante au film, lequel creuse encore le terrain que le cinéaste de « La désintégration » arpente depuis ses débuts, explorant infatigablement  les rapports qu’entretiennent la société française et son immigration.

Sans recours au spectaculaire, sans angélisme non plus, s’en tenant au quotidien de personnages dont il suit pas à pas les désarrois et les élans, affirmant à chaque plan la vérité de la vie, Philippe Faucon signe un très grand film en forme d’épure.

« Fatima » de Philippe Faucon. Sortie le 7 octobre.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

45 Réponses pour « Fatima »:mère blessée, enfant en colère

Sophie dit: 7 octobre 2015 à 12 h 53 min

Non je ne dirais pas ça Jacques, mais ce que je n’écris pas, c’est qu’on n’a pas besoin d’être exilée ou séparée par la langue pour être Fatima. Fatima, c’est moi, c’est vous.

Arnaud dit: 7 octobre 2015 à 12 h 59 min

un miracle de cinéma comme il n’en arrive pas un par an sur les écrans (le dernier de cet acabit était, sans doute, Louise Wimmer). Beau sobre solaire énergisant évident – la classe ! Et le dernier plan est à lui seul une leçon (à la fois d’humanisme et de cinéma)

nico alain et fifi dit: 7 octobre 2015 à 13 h 35 min

« Comment retrouver l’estime et la confiance en soi ? Comment reprendre de la hauteur dans un monde où tout vous assigne au plus bas ? »

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Jacques Barozzi dit: 7 octobre 2015 à 17 h 30 min

Moi, Fatima, elle me fait penser à Zorah, la femme qui venait faire le ménage chez moi, il y a quelques années, lorsque je travaillais encore à l’Hôtel de Ville de Paris.
Oh, juste trois heures par semaine, le reste du temps elle était employée à nettoyer la demie douzaine de boutiques de la chaine des magasins de chaussures de luxe où travaille mon ami, responsable de celle de l’avenue de l’Opéra.
A cette époque, elle avait toujours l’air triste.
Vivant dans une cité de la place des Fêtes, avec un mari invalide, plus âgé qu’elle, elle avait en plus des soucis que lui occasionnait la conduite de son adolescent de fils.
Elle avait aussi une plus jeune fille, qu’elle poussait dans ses études.
Et rien qu’elle seule pour faire bouillir la marmite !
Femme douce, sérieuse, efficace… mais triste, triste et mutique !
Depuis, nous sommes devenus amis, de loin, avec pudeur.
Je la vois de temps à autre à la boutique de mon ami.
Elle est redevenue souriante : son fils s’est marié en Algérie et à eu une petite fille…
Sa fille fait des études de Droit.
Et elle, elle bosse tout le temps.
Quand elle a besoin de faire une lettre administrative ou professionnelle, elle me demande de corriger son brouillon, que je réécris complètement, en traduisant au mieux ses intentions.
En parlant de mon ami et moi, elle dit que nous sommes ses grands frères, et une année sur deux, quand elle revient de ses longues vacances d’été en Algérie, elle nous rapporte toujours cinq kilos de dattes fraîches en branches.
Non, Sophie, je ne crois pas avoir le courage et la générosité des Fatima ou Zorah qui partagent avec nous le territoire de notre doux pays de France, in Europe…
J’irai voir le film demain sans faute, promis, on en reparle après !

JC..... dit: 7 octobre 2015 à 20 h 11 min

Ah, Jacky, comme tu es tendre ….

Ton histoire d’esclave -comme je les aime, les esclaves discrets et travailleurs- m’a ému aux larmes.

Guimauve !

JC..... dit: 8 octobre 2015 à 11 h 41 min

Pauvre Raymond ! Un fils comme Laurent, c’est à vous dégouter de saillir classique et d’engrosser bobonne Barre !

(…pour vos chroniques cinéma, Sophie, c’est parfait !… sauf que je ne vais jamais au cinéma, j’ai peur dans le noir … peur de voir des films nuls et d’y perdre du temps …)

Jacques Barozzi dit: 8 octobre 2015 à 13 h 17 min

D’autant plus que pour voir des films nuls et perdre du temps, JC, il te suffit de te regarder dans une glace : c’est gratuit !

alain dit: 8 octobre 2015 à 15 h 44 min

je ne sais plus quelle chaîne, regardée par hasard, avait passé La Désintégration, de Philippe Faucon! Impressionnant..

alain dit: 8 octobre 2015 à 16 h 32 min

aurent Barre dit: 8 octobre 2015 à 14 h 10 min
« Puisqu’il ne va jamais au cinéma, que vient-il éructer ici ? »

il n’a rien d’autre à f …

JC..... dit: 9 octobre 2015 à 9 h 46 min

Vous n’y êtes pas du tout, crapulets !

Contrairement à Vos Lenteurs, je suis extrêmement productif, rapide, efficace : j’abats 10 fois plus de travail que vous, chenilles processionnaires de la bêtise….

Si je ne vais pas au cinéma, c’est parce que, j’apprécie le talent de Sophie, certes, pour autant je crois que dans sa bonté subtile, elle … enjolive les travaux imagés qu’elle ne peut éviter de voir, ce qui m’est permis…

Homme libre, toujours tu chériras ta mère !

Jacques Barozzi dit: 10 octobre 2015 à 7 h 43 min

Avec ou sans valise en carton, Phil ?

Force et fragilité d’une immigration qui conduit du bled à la banlieue, en fait sur deux générations dans ce film, pour la troisième il faudra attendre encore un peu…

memoire dit: 10 octobre 2015 à 14 h 20 min

Baroz
Les premières générations ‘vivaient’ dans les bidonvilles (Nanterre, Champigny etc )(« Les Sacrifiés », « O Salto »

Jacques Barozzi dit: 10 octobre 2015 à 19 h 12 min

Oui, mémoire, mais les Fatima sont leurs femmes ou leurs filles ainées, nées et restées au bled, avant d’être rapatriées en France grâce au regroupement familial à partir des années Giscard (première génération).
Leurs enfants, nés en France, comme la Nesrine du film et sa plus jeune soeur, appartiennent encore à la seconde génération.
Les enfants de cette dernière génération, petits enfants des premiers, encore très jeunes, sont l’esquisse de la troisième génération, pas abordée dans ce film…

memoire dit: 11 octobre 2015 à 7 h 55 min

« leurs femmes ou leurs filles ainées, nées et restées au bled, avant d’être rapatriées en France grâce au regroupement familial à partir des années Giscard (première génération). »

Certes. Beaucoup ont suivi le mari ou père, cependant, bien avant Giscard

Ueda dit: 11 octobre 2015 à 11 h 33 min

on s’y perd dit: 10 octobre 2015 à 14 h 15 min
C’est pas une sainte ?

Non, Fatima au Portugal est un lieu, où une petite bergère genre Bernadette Soubirou a obtenu des secrets de la Vierge.

Phil dit: 11 octobre 2015 à 12 h 49 min

Il s’agissait de trois bergers, Ueda, à qui la Vierge est apparue en mai 1917 et leur a annoncé, entres autres mauvaises nouvelles, la révolution d’octobre.
Puis le soleil a tournoyé dans le ciel, sous les yeux de 70.000 témoins.
Nos amis portugais rappellent que cette Fatima, qui donne son nom au lieu dit, finit par épouser un Chrétien.
C’était vers l’an 1200, plus rien à craindre question rapprochement familial du cheik Gis-card.

tous les paris sont ouverts dit: 11 octobre 2015 à 13 h 01 min

« leur a annoncé, entres autres mauvaises nouvelles, la révolution d’octobre. »

elle avait encore trop fumé la moquette de sa sainteté
( c’est la fin de la guerre de 14 qu’elle a annoncé ont-il affirmé a posteriori )

Phil dit: 11 octobre 2015 à 13 h 21 min

Deux sont morts peu de temps après, le troisième, la bergère, vivra 90 ans. Les Portugais rient rarement. Ils parait qu’ils tiennent ça du souvenir de l’occupation musulmane.

JC..... dit: 11 octobre 2015 à 13 h 22 min

Ces bergers avaient la branlette hallucinatoire …. Boudiou ! je te vois la Vierge, putaincong, j’ai la tige en feu !

Porquerolles. Dans nos parages, on dit que trois vierges ont vu un berger… lequel se serait enfui, compte tenu de la qualité bizarre du cheptel virginal accueillant ….

Jacques Barozzi dit: 11 octobre 2015 à 14 h 25 min

Fatima ou Fat’ma, la Femme, l’équivalent de notre Eve ou Marie.

Le berger était sans doute homo, JC, un métier, comme entrer dans les ordres, qui permettait de ne pas être suspecter jadis à cause de son célibat…

alain dit: 11 octobre 2015 à 17 h 04 min

JC (« trois vierges ont vu un berger… lequel se serait enfui, compte tenu de la qualité bizarre du cheptel virginal accueillant … ».)

Lui n’appréciait pas la compagnie des chèvres du cru

Baroz
le prêtre (ou autre grade, j’ai oublié lequel) qui a fait scandale récemment au Vatican en présentant son compagnon urbi et orbi, a précisé que la plupart des curés en sont

alain dit: 11 octobre 2015 à 17 h 08 min

« Les Portugais rient rarement. »
c’est vrai

« Ils parait qu’ils tiennent ça du souvenir de l’occupation musulmane. »

coùùe c’est étrange , le souvenir de Salazar n’y serait pour rien ni celui de sa guerre en Angola..

sans blague dit: 11 octobre 2015 à 17 h 41 min

Ils parait qu’ils tiennent ça du souvenir de l’occupation musulmane. »

ah ouais l’inquisition portugaise était une période heureuse alors

Phil dit: 11 octobre 2015 à 19 h 18 min

On chantait le fado bien avant Salazar. L’inquisition n’a jamais fait rire, ni le siècle mis pour repeupler l’Algarve.

ce n'est pas puck dit: 12 octobre 2015 à 6 h 44 min

« Ils parait qu’ils tiennent ça du souvenir de l’occupation musulmane. »

tu parles – Et l’Espagne?

Miss Tigris dit: 12 octobre 2015 à 8 h 21 min

Pour la bonne santé de ce blog magnifique : élimination définitive de JC, c’est simple puisqu’il déteste le cinéma et vient ici uniquement pour polluer

Phil dit: 12 octobre 2015 à 8 h 35 min

Le Portugal a su conquérir en frayant avec l’occupant, l’Espagne jamais. Il ne faut pas se faire un film: cette mixité forcée n’a jamais enlevé le sentiment de supériorité des Portugais sur les autres peuples. D’où cette ‘Fatima », arrachée aux maures. L’Espagne peut bien rire, les Portugais sont plus malins. Cont

Heureusement qu'il y a Sophie dit: 12 octobre 2015 à 15 h 01 min

La République du cinéma relève le niveau de ce site. Voici ce qu’on peut lire, par exemple, sur la RdL :

Ueda dit: 12 octobre 2015 à 15 h 30 min
j’ai moi-même un très petit phallus

JC..... dit: 13 octobre 2015 à 16 h 35 min

Revenons aux fondamentaux : ce n’est pas la taille qui compte mais ce que nous en faisons !

Au service de Dieu !

Amen.

cadre socio-historique dit: 17 octobre 2015 à 14 h 50 min

Ueda dit: 11 octobre 2015 à 11 h 33 min
« au Portugal … un lieu, où une petite bergère genre Bernadette Soubirou a obtenu des secrets de la Vierge. »

Les HP étaient débordés

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