de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Foxcatcher »: le milliardaire et les champions

Par Sophie Avon

Le prix de la mise en scène à Cannes n’aura été qu’un début. Bennett Miller est désormais dans la course pour l’Oscar du meilleur réalisateur. En trois films, il a su imposer un univers singulier, prenant appui sur des fondations réelles dont il explore les lignes les plus noires. Après « Truman Capote »  et « Le Stratège », « Foxcatcher » ressuscite un fait-divers dont il fait une tragédie magistrale aux protagonistes ambigus.

D’abord, John du Pont (Steve Carell), richissime américain, héritier d’une dynastie française, vivant dans un vaste domaine entre sa vieille mère en adoration devant ses chevaux (Vanessa Redgrave) et ses trophées sportifs. Il n’aime rien comme voir son pays gagner, patriote jusqu’au bout des ongles qui veut que l’Amérique rafle de l’or aux jeux de Séoul. Dans quelle discipline ? La lutte gréco-romaine. Pour cela, il invite chez lui le champion Mark Schultz (Channing Tatum), jeune homme introverti et secret dont le frère Dave (Mark Ruffalo), également champion, est tout à la fois le coach, l’alter ego, le tuteur. Les deux frères s’aiment tendrement, même si Mark a tendance à subir l’ascendant de son aîné, ce qui peu à peu, le poussera à vouloir s’en affranchir. Mais pour l’instant, le combat entre eux relève de l’étreinte bienveillante plus que de l’affrontement. Bennett Miller les filme dans le silence du gymnase.  Pas de musique mais le bruit mat des corps qui s’empoignent à travers des figures lentes.

John du Pont offre donc à Mark Schultz de rejoindre sa « team ». Dans sa résidence luxueuse, il a installé un camp d’entraînement et arbore une calme assurance.  A la vérité, sa façon d’être, torve, trouble, étrange, devrait faire fuir Mark à toutes jambes, au lieu de quoi, elle le cloue sur place. John se dit patriote, philatéliste, philanthrope et ornithologue – il a d’ailleurs un profil d’aigle et aime à se faire appeler « Aigle » ou « Aigle doré »… Tout ce qu’il veut, a priori, c’est que sa « Team Foxcatcher » gagne les jeux de Séoul de 1988 qui se profilent d’ici quelques semaines. C’est pour ça qu’il a fait venir Mark. Cela tombe bien, Mark aussi veut gagner. Et cet homme qui croit en lui le galvanise.

Interprété par Steve Carell, flanqué d’un nez en forme de bec, John prend le jeune champion sous sa coupe, le regarde s’entraîner, va et vient dans une relation qui s’opacifie à mesure qu’il en dessine les limites. Car le milliardaire n’a de cesse de débarrasser Mark de l’emprise de son frère, puis de prendre sa place ou plutôt, celle d’un père de substitution, et ce faisant, s’ingénie à dépraver celui qu’il est censé mener à la victoire.

Que veut-il, au fond, cet homme fantasque qui rend des comptes à sa mère comme un petit garçon ? Une première clef se dessine sous les traits de cette femme qui méprise la lutte et dont la présence furtive n’en est pas moins une ombre décisive. John ne prétend-il pas que les chevaux sont stupides ? De toute évidence, il déteste le sport équestre, fleuron de sa prestigieuse ascendance, ce qui ne l’empêche pas de chercher désespérément sa place dans les yeux de cette mère dont il raconte à Mark qu’autrefois, elle payait le chauffeur pour qu’il soit ami avec lui. L’argent apparaît vite comme étant l’autre sésame d’une intrigue dont le centre est cette Amérique dévoyée par l’injonction de réussir.

Tout se paye et John qui file en sous-main des enveloppes bien remplies pour remporter les combats auxquels il aime aussi prendre part en juste-au-corps moulant, est persuadé que tout se monnaie. Quand Mark lui dit : « On ne peut pas acheter Dave », il ne répond pas, feint d’acquiescer mais on jurerait qu’il se dit : comment soumettre un homme que rien ne peut corrompre ?

C’est alors que Dave est appelé en renfort au domaine. Le dénouement – tragique – a été relayé par la presse de l’époque et le film y conduit avec sa surprenante douceur, comme si entre ces trois hommes emmenés par la folie d’un seul, la circulation des forces excédait la manipulation avant d’exploser purement et simplement. Tenu par une note sourde, le récit semble avancer dans du coton, mais Bennett Miller y saisit fermement le déclin d’une société minée par le profit : « Quand j’ai commencé à approfondir cette histoire, racontait-il à Cannes, j’ai eu un sentiment curieux car d’un côté, tout s’y passe de façon absurde, parfois drôle et finalement tragique, et de l’autre, quelque chose était familier, quelque chose qui me rappelait l’Amérique et le monde tel qu’il est devenu aujourd’hui. »

  »Foxcatcher » de Bennett Miller. Sortie le 21 janvier.

 

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27 Réponses pour « Foxcatcher »: le milliardaire et les champions

Harfang dit: 19 janvier 2015 à 16 h 11 min

Un film sur la lutte, bof me suis-je dit, mais Sophie vous avez le don et le talent de mettre en valeur des films qu’à priori je n’aurais pas été voir.

La Reine des chats dit: 20 janvier 2015 à 11 h 04 min

Bravo, Sophie. Lu la chronique à la hâte, avant de me diriger ce matin vers moins de réjouissances. Ce papier circonstancié donne fichtrement envie, corps, psychologie abordée sans immaturité, ascendant et névroses au centre… L’intelligence, la justesse de ton, l’absence d’hystérie, le sérieux sans esprit de sérieux pontifiant, bref un peu de hauteur et de distance saine constituent une bonne réponse, discrète mais efficace, qui porte, en période troublée. Le jeu de Mark Ruffalo (découvert dans… »Hulk »!), souvent intéressant. Un acteur marqué par la maladie – rupture d’anévrisme me semble t-il – qui a eu à remonter un handicap physique de premier ordre, du type hémiplégie. Je ne le souligne pas par sensiblerie, ms parce que ça rajoute qqchose à la matité, à la lutte rentrée, justement,l’opacité de ce qu’il développe à l’écran. Paupières lourdes, visage peu mobile, concentré, sorte de lenteur innée, comme arrachée à la pesanteur, qui donnent de l’épaisseur à ses déplacements.
Ds un autre registre, parce que ns ne disposons que de 24h par jour, et que quelque intense soit le plaisir à lire ces notes, vs même avez d’autres choses à faire ? Une critique des « Nouveaux sauvages » de Damien Szifron est-elle ds les tuyaux? Déjà sortie, peut-être? Alors je l’ai manquée et le regrette vivement. Aurais souhaité lire RdC là-dessus.
Vu le film hier soir. Longtemps que je n’avais autant ri. Gaieté féroce, légère ds un premier temps, devant tant de méchanceté roborative. Amoralité joyeuse, – du moins en apparence, j’affinerai un peu plus tard mon propos à ce sujet – dès le premier acte, où l’on apprend que la vengeance est un plan qui se mange froid, qu’il suffit de mettre dans le mille! Poème kitsch en soi, le générique animalier, après ça, annonce la couleur. Il a déclenché mon hilarité avec sa farandole de crocodile la gueule ouverte, ours prêts à mordre, requin aux dents ad hoc et autres prédateurs carnassiers ou oiseaux de mauvais augure!
Les scènes fantaisistes s’enchaînent sans rapport, guidées cependant par un fil secret où cruauté ordinaire, bêtise crasse, malentendus tiennent le haut du pavé. Le cinéaste est argentin, Almodovar à la production. La scène en cuisine ensuite, cantinière aux allures de Mme Patmore de Dowton Abbey, bonhomie en moins, est en qqsorte savoureuse. Sans trop en dire, l’altercation entre automobilistes en bord de route, toutes proportions gardées, m’a projetée du côté de certaines nouvelles de Flannery O’Connor, revisitées par un humour potache d’un goût effroyable à la Marcel Gottlieb (la version toute personnelle qu’il avait eue de passer « Notre Dame de Paris » à son prisme, Quasimodo allant à la tombe enlacé tendrement, non pas avec Esmeralda, ms avec… une chèvre!) « Bombita », réjouissante fable kafkaïenne à propos de la fourrière et d’un ingénieur expert en maniement des explosifs, corrosive et fine sous ses dehors fantasques, ns ramène devant une indéniable réalité : qui n’a pas rêvé, devant pareil énoncé d’une fable, de faire coïncider les deux? Totalement hilarant, cinglé,un mariage entre Ariel et Romi, enfin , partant sur les chapeaux de roues, réunissant leurs deux familles sous la boule à facettes et une sono d’enfer, clôt l’ensemble entre deux baisers de Judas, s’évadant dans le décor vers des accents à la Carver (ce pâtissier menaçant, qui reproche à deux de ses clients de ne pas être venus retirer un gâteau de fête).
Un film réussi, grinçant, méchant, rieur, enfantin, tordu, tordant, frappé au sceau de l’hénaurme et du rusé (pas pour rien si le dernier animal du générique est un magnifique goupil), mais jamais vain, ni jamais irresponsable surtout. Les créateurs, littérateurs, cinéastes à mes yeux bien entendu ne sont par définition jamais tenus à rien. J’ai été très frappée néanmoins par ce qu’ici par exemple implique la transgression foutraque : non pas un abandon à la Ponce Pilate de toute responsabilité, ms au contraire, derrière le masque joyeusement amoral, un serrement de coeur douloureux, un effroi propre à susciter le sursaut : tous les marqueurs de l’humanité sont en effet tournés en dérision, piétinés sans vergogne,ms ce qu’il en ressort toujours, du côté du spectateur, est un effarement, une tendresse constructive, aucun nihilisme. Le corrosif s’attaque à ce qui nécessite d’être combattu, au lieu de se laisser aller de manière non différenciée à canarder tout ce qui passe. Sous ses airs de ne pas y toucher, pareil démêlement exige une vue d’ensemble, une reflexion bien digérée, une maîtrise d’assez bonne volée. Qui dit mieux? En ce qui me concerne, bingo.

Masque dit: 21 janvier 2015 à 10 h 24 min

Harfang dit: 19 janvier 2015 à 18 h 49 min
M & D je ne sais pas ce que JC vous a fait mais aucune raison de le voir partout ! Si

M&D ayant l’habitude de se décliner en plusieurs pseudos croit que tout un chacun fait de même.

Pour les identifier c’est assez simple,
le commentaire est court, mesquin, hargneux
et le commentateur fier de lui.

La Reine des chats dit: 21 janvier 2015 à 12 h 07 min

Dites, gentes Milena&Dora, qu’une dénomination plurielle nous interdit de nous représenter autrement que comme des soeurs siamoises – prises par le cerveau, évidemment – qu’aucun chirurgien n’aurait à cœur de séparer de sorte que, pour reprendre sous forme de variation à la négative la gracieuse formule chiraquienne, »difficile d’en toucher une sans faire bouger l’autre », et Foxcatcher?
Pourquoi ne pas y aller ce soir, revenir demain, cette fois pour nous en dire des nouvelles?
Harfang a raison. Le billet très étoffé de Sophie, empreint de psychologie fine et qui laisse filtrer une menace sourde, présage du meilleur. En particulier que le cinéma est peut-être las de ne s’en tenir qu’à la pellicule…comme une envie de revenir aux fondamentaux, à certain approfondissement sans crainte de se faire traiter d’enclume

Milena et Dora dit: 21 janvier 2015 à 15 h 50 min

Dame Reine des chats, nous ne pouvons tout voir, il nous faut donc choisir, Votre Majesté… et ne manquons jamais de la faire savoir à Dame Sophie dont nous apprécions les billets ; mais, il se trouve que l’omniprésence d’un certain bouffon insupporte nos épidermes chatouilleux, pas vous ? Vos obligées M&D

Sophie dit: 21 janvier 2015 à 18 h 46 min

Bien d’accord avec vous sur les Nouveaux sauvages, Reine des chats, et pas eu le temps de rendre compte ici de la folie meurtrière et salutaire avec laquelle le cinéaste tire ces flèches successives.

Jacques Barozzi dit: 22 janvier 2015 à 19 h 13 min

Vous avez oublié de mentionner la lourde atmosphère d’homosexualité qui baigne tout ce film, Sophie, depuis le corps à corps des deux frères jusqu’à la relation sado-maso qui va s’établir entre le Lutteur et son Maître : mais qui encule qui ?

La Reine des chats dit: 22 janvier 2015 à 23 h 54 min

En effet, Jacques, bien que je trouve votre chute un brin abrupte, de nature à éventer une once de mystère que Sophie avait certainement voulu préserver de facon volontaire, en demeurant plus évasive? L’ennui lorsqu’on nomme un chat…un chat, c’est l’éventuelle déperdition de nuances. Du coup, paradoxalement, un peu de cette opacité brute, de cet énigmatique que dépeint ici s’en trouve entamés. D’où l’efficacité redoutable d’emprunter parfois,?dans la critique sophiavonesque, des paliers de décompression plutôt que de remonter à la surface d’un coup? On peut avoir l’impression de perdre du temps alors que ça fait partie d’un savoir-faire. Cela permet de regarder les poissons de près, sans avoir pour autant la sclérotique qui éclate.
Contente de voir que vous n’abandonnez pas le cinéma! Où étiez-vous passé? Cru comprendre en lisant RdL que vous étiez aux Canaries « cui-cui », comme on le dit des footballeurs nantais lorsqu’ils perdent.

Jacques Barozzi dit: 23 janvier 2015 à 9 h 11 min

Ne croyez pas tout ce que l’on dit sur la RdL, la Reine, j’ai seulement pris du recul d’avec le commentarium.
Sur vos conseils je vais aller voir aujourd’hui les Nouveaux sauvages…

Harfang dit: 23 janvier 2015 à 13 h 48 min

Jacques, tout comme La Reine je salue votre retour …
Comme vous êtes de passage et qu’il n’y a pas eu de billet de notre hôte ici sur « La famille Belier » (mais une critique acerbe à l’antenne du masque et la plume) qu’elle est votre sentiment sur le film, puisque vous connaissez particulièrement bien le sujet ?

La Reine des chats dit: 23 janvier 2015 à 13 h 50 min

Je me disais aussi,,, ah le commentarium. Vous verrez, il y a qqchose là-dedans des Nouveaux sauvages. Je lirai avec plaisir votre post ici, qd vs l’aurez vu. Foxcatcher en tt cas, très intéressant, tout à fait conforme à ce que SA ns en avait subtilement dévoilé

Jacques Barozzi dit: 23 janvier 2015 à 21 h 25 min

Harfang, la Famille Bélier m’a tiré les larmes des yeux : je pensais à mes parents, bien sur, mais aussi à l’enfant que je fus ! En sus, on y étudie l’oeuvre chansonnière de Michel Sardou…

Oui, j’ai bien aimé ces Nouveaux sauvages, le Reine. J’ai sans doute moins ri que vous, mais j’ai apprécié l’articulation du scénario transformant un film à sketchs en film choral !

La Reine des chats dit: 24 janvier 2015 à 10 h 03 min

Je comprends votre émotion pour cette famille Bélier, les ponts que vs y avez vus – j’ai en tête ce que vous aviez raconté de vos parents sourds, de cette mère douloureuse, la façon dont elle vs fut soustraite… Les films grand public me plaisent bcp parfois. Je les place ds une catégorie à part, comme les séries. Je n’en demande pas plus, alors, et les regarde comme tels, avec la hiérarchisation endogène que cela suppose. Si je raisonne en pur terme de divertissement, de plaisir et de fugacité, alors oui, il a pu m’arriver de passer de meilleurs moments avec des films que je jugeais pas terribles qu’avec d’autres, qui, d’une manière ou d’une autre, exigeaient une participation plus active. Aucun snobisme vis-à vis de cela, aucune supériorité à développer. Je n’aime pas manquer Dowton Abbey. J’avais couru ventre à terre pour « When Harry met Sally »(je me demande comment cela a vieilli), « Quatre mariages & un enterrement », voire des choses moins avouables. Ces exemples étant mal choisis car dans leur gamme, il s’agit de bons films. J’assume sans peine mon addiction à toute une catégorie de SF adolescente, X men, Iron man (mon préféré, grâce à l’inégalé Robert Downey Jr dont la performance me séduit aussi ds Sherlock Holmes), et j’en passe. Je dis simplement qu’à force de nourrir des polarités de plus en plus marquées pour ces seuls divertissements, on encourt le risque de faire disparaître le fin, le nourrissant. Je préfère lire Etty Hillesum à David Foenkinos. Et tenez : en matière de SF, je préfère Scott ds « Blade runner », ou plus encore Nichols – Andrew – lors de son « Bienvenue à Gattacca », intelligent, pictural comme une toile de Hopper. Ou, si l’on veut descendre de qq crans, Besson ds « Grand bleu », Jean Bouise, « Roberto, mio palmo » etc, »Nikita » ou à l’extrème limite, « Léon », que ds la machine de guerre bien huilée, si paresseuse, qu’est « Lucy » sans étincelle autre que la semelle rouge des Louboutin de Scarlett « Golden » Johansson (vrai plaisir de l’oeil, ms on peut la préférer ds le très virulent « Match Point » de Woody Allen). L’un n’empêche pas les autres? Si c’est exact, tout va bien – mais est-ce si sûr, concrètement? Au final, ds cette petite discipline personnelle que j’applique, j’ai d’ailleurs l’impression de m’y retrouver. Comme de préférer un excellent sandwich aux crudités bien fait, bon pain frais, bons produits, à un plat en sauce industriel de chez Flunch. Certains livres ou films tiennent mieux à l’estomac que ces grosses boules de Barbapapa : une fois ingérées, elles se réduisent à une cuillère de mauvais sucre, finissent par vs carier les dents. Le film d’Eric Lartigaut, sincère sans aucun, est qd même très loin par exemple d’un Billy Elliott auquel on l’a – totalement abusivement, me semble t-il – rapporté. Bien dommage. Damiens a vraiment une tête formidable, un sketch à lui seul

La Reine des chats dit: 24 janvier 2015 à 10 h 14 min

sincère sans aucun doute, pardon (vs avez déjà essayé de faire votre sac tt en tapant sur un clavier? vivent les acrobates!)BàV

Sophie dit: 24 janvier 2015 à 10 h 34 min

Entièrement d’accord avec vous, Reine des chats, et cette petite incursion, à propos de Scarlett, juste pour rappeler le superbe « Under the skin »

Jacques Barozzi dit: 24 janvier 2015 à 18 h 29 min

Qu’appelez-vous « Les films grand public », la Reine, serait-ce l’équivalent de ce que l’on nommait autrefois en littérature les « romans de gare » ?
Les films de genre, c’est clair, mais cette différenciation entre catégories socio-culturelles, que vous revêtez élégamment du manteau de la « hiérarchisation endogène », qui va du cinéma pour intellos au cinoche du populi, ne me semble plus d’actualité.
Pour ma part, j’en suis réduit à « J’aime » ou « J’aime pas ».
Qu’importe le degré de notoriété du cinéaste, si son film m’a touché : au coeur, au cortex, aux yeux, aux oreilles… !

Jacques Barozzi dit: 24 janvier 2015 à 18 h 47 min

« Le film d’Eric Lartigaut, sincère sans aucun, est qd même très loin par exemple d’un Billy Elliott auquel on l’a – totalement abusivement, me semble t-il – rapporté. Bien dommage. Damiens a vraiment une tête formidable, un sketch à lui seul »

ça n’a rien à voir ou plutôt ce n’est pas le même rapport de force : Billy Elliot se bat contre les préjugés de son milieu familial pour s’affirmer alors que la Fille Bélier fait corps avec sa famille, dont elle est l’interprètes avec le monde des bien entendants. Pas de conflit, juste le désir de prendre son envol et devenir une femme. Femme des années 2010…
Le couple Damiens et Viard est plus vrai que nature ! Ils jouent tout du long en langue des signes et langue des sourds, bel exploit. Et ils s’aiment tant, qu’ils ont tout le temps envie de baiser. Dans ma réalité à moi, ma mère était frigide, rien à voir ! Alors que mon père était plutôt du genre sanguin, comme un italien qui rêve qu’il va avoir de l’amour et du vin…

B comme BERLIN dit: 24 janvier 2015 à 20 h 19 min

J’aime, ou j’aime pas…
La troisième solution :
Me laisse indifférent.

En train d’étudier les mélos koréens récemment découvert. C’est du gratiné pour certains…
L’écriture cinématographique se diversifie de plus en plus, aussi rapidement que les 25 images seconde la diversifie de la photographie.

Seules les deux premières me posent questions.

hamlet dit: 24 janvier 2015 à 21 h 25 min

je ne suis pas sûr que la « famille Bélier » soit vraiment « tous publics », en tout cas le public des « sourds muets » n’a pas du tout aimé ce film, ils ont accusé la scénariste de les avoir pris pour des mongoliens.
Ce à quoi l’association des trisomiques a très mal réagi en disant aux sourds muets qu’ils les avaient insultés.
la scénariste a dit aux sourds muets qu’elle n’avait rien contre aux que c’était juste un film métaphorique pour dire la difficulté de la séparation entre l’enfant et ses parents.
du coup les sourds muets ont dit aux trisomiques qu’ils n’avaient rien non plus contre eux comme quoi c’était juste aussi une métaphore…
Très rare les films réellement « tous publics », et quand ils le sont c’est mauvais signe pour le film.

Le réalisateur de Léviathan, par chance pour lui, n’a pas ce problème : il s’est mis tous les russes à dos, pour le coup il a fait un film jugé anti russe « aucun public ».

Ma nouvelle préférée du film argentin sur les sauvages c’est l’histoire du gamin de riches qui écrase avec sa bm une femme avec son bébé, quand le juge demande un million de dollar pour coller le meurtre sur le jardinier : il y a quelque chose de très russe chez les argentins.
Qui ne rêve pas de rassembler toutes les personnes qui l’ont gonflé dans sa vie dans un même avion et de balancer l’avion dans la mer…?
L’acteur du sketch « Bombita » est celui qui joue dans « in su ojos », film magnifique sur une vengeance, très différente de la vengeance des deux types qui se font exploser dans la bagnole du péteux avec son polo le Moullot qui lui ne roule pas en bm mais en audi.
Suite au film de Trpaero « Carancho » le gouvernement argentin avait fait voté une loi empêcher contre les agissements des compagnie d’assurance à Buenos Aires, peut-être qu’après celui là ils feront voter une loi sur les compagnies d’enlèvement de voitures mal garées…

Certains disent que c’est son épilepsie qui donnait à Dostoïevski sa lucidité sur le monde humain, d’autres pensent que c’est le bagne et le fait d’avoir échapper in extremis à son exécution. Dommage qu’il faille en arriver à de pareilles extrêmes pour être lucide, d’autant que ce monde libéral capitaliste est compliqué, il arrive à échapper à toutes critiques, il glisse entre les doigts de ceux qui veulent se le faire, dans les films « sociaux » à la française on s’endort au bout de deux minutes, Chabrol réussissait pas mal, mais ses films ont vieilli, aujourd’hui quand on montre à des gamins son film sur les soeurs Papin ils disent « m’dame ! m’dame, c’est leur faute à elles, elles avaient qu’à faire des études pour devenir trader ou chanteuse de rap pour s’en sortir ! », la lutte des classes c’est de l’antiquité, c’est tout à fait désespérant….

Pourtant on sent un frémissement, même si ces films sortent sous le label de warner ou d’autres grandes compagnies, on sent que quelque chose est en train de changer, des auteurs commencent à comprendre comment saisir, comme un fauve, ce monde entre ses dents, le serrer dans sa mâchoire et ne plus le lâcher, comme dit un type dans Léviathan : pour combattre le mal il faut recourir au mal. Peut-être cela marque-t-il non pas la fin du règne des grands fauves, mais au moins la possibilité de leur mettre la pression et des coups de dents… qui n’a pas rêver d’un art plus puissant que les puissants, non pas pour les décapiter, comme en 1789, mais juste pour les effrayer, juste pour voir la peur passer dans leur regard, la peur et le doute (comme dans Léviathan) de voir leur pouvoir leur échapper, bien sûr ils savent que dans toutes les groupes humains les faibles et les pauvres éprouveront toujours de l’admiration et de la crainte pour les dominants (la méchanceté, les faibles la réserve à leurs semblables), mais ils doivent savoir que certains portent en eux la conviction intime que la malédiction de cette loi n’est pas une fatalité, qu’un homme a écrit en 1680 un traité de géométrie des pouvoirs où il montre qu’il peut exister un monde où les faibles ne baissent pas le regard devant le mâle dominant, cet homme faisait le pari que les hommes n’étaient pas assignés à obéir à ces lois naturelles, il a tout consigné dans un livre : le Léviathan, un type aujourd’hui a fait ce film qui porte le même nom parce qu’il refait aujourd’hui le pari que cette réalité peut surgir à tout instant, avant lui d’autres on fait ce même pari insensé car chaque être dans ce monde porte en lui la conviction intime et profonde que ce pari, cette promesse pourra un jour réussir, quand on sort de ce film on rêve de mettre les autres réalisateurs avec nos philosophes dans un avion et de les balancer à la mer, d’ailleurs la honte devrait faire que d’eux-mêmes ils aillent se jeter dans la mer.
que les tous publics se lèvent et disent qu’aujourd’hui nous n’avons plus besoin de films pour nous réconforter et nous consoler de ce monde, que ce réalisateur soit béni car son intention n’est pas de nous consoler ou de nous divertir, il n’y a que les américains qui soient assez crétins en imaginant qu’en lui refilant un oscar ils permettront (comme ils le font avec leurs films un peu transgressifs) de le recycler avec leur pognon dans leur système capitaliste.

JC..... dit: 25 janvier 2015 à 12 h 03 min

Je retiens du billet de Sophie, l’admirable, la prodigieuse, l’aimable Sophie, celle qui nous ferait prendre Sophie Marceau pour une actrice et Najat pour un ministre …

- que l’argent peut tout acheter, même l’amour, pire encore les résultats sportifs …. et j’en suis bien d’accord !
- que les sœurs siamoises sont de vraies qonnes ! Qu »elles aillent se faire foutraquer chez les bonobos !
- que l’on doit dire « la » team, alors que j’ai passé ma fin de carrière sportive à entrainer « mon » team …. Instructif.

Bises aux bons, bras d’honneur aux mauvais…

Joachin Du Balai dit: 25 janvier 2015 à 18 h 00 min

Je viens de voir cet excellent film (Foxcatcher). Le lieu (un domaine isolé) a énormément d’importance, il est comme un monde clos dans lequel va se développer la folie d’un homme qui a semble-t-il, à l’instar de sa résidence, rompu tout lien avec le réel. D’ailleurs, et c’est bien vu de la part du réalisateur, on n’accède à ce domaine que par la voie des airs. Sauf à la fin où, le drame accompli, la police, les journalistes investissent le terrain par la route, façon de dire que le réel reprend ses droits.

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