de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

François Cluzet

Par Sophie Avon

Entretien avec François Cluzet à l’occasion de la sortie, le 3 avril, de « 11.6″ de Philippe Godeau, l’histoire d’un convoyeur de fonds qui un jour, le 5 novembre 2009, part au volant de son fourgon avec, à l’intérieur, plus de 11 millions d’euros.

Les acteurs sont-ils trop payés?

Les meilleurs producteurs veulent les meilleurs metteurs en scène, ce qui est normal, mais ils pensent que les meilleurs acteurs sont ceux qui sont le mieux payés. Or, ce n’est pas vrai. Je le sais parce que je viens de théâtre et que j’y ai vu des acteurs formidables, pas connus et mal payés.

La chance existe-t-elle?

Elle  est fondamentale dans ces métiers-là, mais il faut y croire. Un jour, à une émission d’Apostrophe, quelqu’un avait demandé à cinq pontes qui étaient réunis là : qu’est-ce que le destin? Et l’un d’eux avait répondu: le destin commence quand un enfant dit qu’il a de la chance et qu’un autre dit qu’il n’en a jamais… Franchement, moi, je n’ai pas eu à me plaindre.

Comment avez-vous approché le rôle de Toni Musulin dans « 11.6″?

Pour « Intouchables », je devais ne pas bouger, mais c’était dans le regard d’Omar Sy que je me sentais handicapé. Pour Musulin, je me suis dit: cette fois, c’est la parole que tu as perdue. C’est cela qui me fascinait, ce mutisme, sans doute parce que je suis bavard. Ce ne sont pas les escrocs qui m’intéressent.

Toni Musulin n’est pas un escroc pour vous?

Non, ce n’est pas un escroc, il a plutôt un désir de revanche. C’est un homme qui a été humilié par des petits chefs qui n’ont eu de cesse de lui enlever sa dignité. Vous connaissez, cette histoire que j’ai déjà racontée? Le type de la fourrière qui enlève une voiture mal stationnée et qui la replace parce qu’il voit qu’elle appartient à une femme enceinte, et à qui son patron vient dire: mais ce n’est pas ton problème. Si on enlève sa dignité à quelqu’un, il devient violent. Le livre dont le film est adapté (« Toni 11.6, Histoire du convoyeur », Stock) explique d’ailleurs ce ressentiment et la façon dont Toni Musulin a été traité, dont les plus faibles en général sont traités. Mususlin a un problème d’identité, il ne supporte pas ce qu’il paraît. Or l’habit fait le moine, mais c’est surtout l’argent qui fait le moine…

Et les acteurs, qu’est-ce qui les fait?

J’aime les acteurs qui ne jouent pas mais qui incarnent. Il faut que ça sorte du plexus, de la viande, pas du cerveau. Cela ne m’empêche pas de préparer les rôles en amont, mais ce travail-là, une fois qu’il est fait, il faut accepter de poser sa tête. Par exemple, on peut sauter un moment pour accélérer son rythme cardiaque mais cela n’empêchera pas que pour être un type dont le cœur bat plus vite parce qu’il voit une femme qui le touche, il faut se laisser submerger. C’est pour ça qu’on est bien payé, parce que c’est un métier qui joue sur la fragilité. Il faut s’abandonner. C’est un métier qui rend vulnérable et où il faut être vulnérable. Si on veut se protéger, il faut changer de boulot.

Vos projets?

Je tourne en ce moment « Une rencontre » avec Sophie Marceau. Quant au film de Christophe Offenstein, « En solitaire », sur la course du Vendée globe, il doit sortir en novembre; j’en suis très content parce que ça dépasse la voile pour aller vers le film d’aventure.

Le théâtre?

J’ai envie d’y revenir. J’ai eu de la chance parce que j’ai joué aussi bien du classique que du boulevard, mais ça me manque. Au cinéma, on ne travaille pas assez, je suis toujours frustré d’un point de vue artistique.

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