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La République Du Cinéma

« Gloria », 58 ans, attire l’oeil

Par Sophie Avon

Elle s’appelle Gloria. Autant dire qu’elle a de qui tenir. Au point que Sebastian Lelio a longtemps hésité sur le prénom de son personnage. Gloria, pour tout cinéphile, n’était-ce pas le domaine privé de Cassavetes, l’exclusivité de Gena Rowlands ? Et puis la chanson d’Umberto Tozzi a levé ses scrupules. Après tout, cette Gloria-là aussi est une sacrée femme, incarnée par une actrice formidable, Paulina Garcia, toujours en équilibre.

58 ans, un regard ironique, une allure élégante, un sourire éclatant. Pas belle, non, mais séduisante, oui. D’ailleurs, elle le sait. Bien sapée, elle va dans les boites de nuit et les dancings pour senors. Elle boit bien. Trop sans doute mais de sa solitude, elle ne fait aucun drame. Chez elle, il n’y a guère que le chat du voisin qui lui rende visite et elle le chasse tant il est laid. Quant à ses enfants, ils ont leur vie. Le fils a son bébé et des problèmes de couple. La fille est prof de yoga, aime un suédois. Pour la voir, Gloria va à ses cours. Mère et fille se parlent entre deux portes.

Dans sa voiture, Gloria fredonne des chansons d’amour. Elle aime la vie et les émotions fortes. Pourquoi faudrait-il y renoncer ? Pourquoi faudrait-il renoncer à être regardée quand on a toujours envie de plaire ?

Elle aime rire aussi. Elle participe à des séances d’exercice pour ne pas oublier de projeter sa joie en se tenant les côtes. Son jeune voisin du dessus serait bien inspiré d’en faire autant. La nuit, il hurle : « je veux mourir ! ». Gloria a beau alerter sa mère, prévenir le concierge, rien ne vient à bout de ces cris lugubres.

Un soir, au dancing, un homme plus âgé ne la quitte pas des yeux. Elle lui sourit, l’aguiche. Ils dansent, sont immédiatement sur la même longueur d’ondes, échangent quelques mots, rentrent ensemble. Font l’amour. C’est rare de voir au cinéma deux corps que la jeunesse a fuis s’abandonner dans des étreintes crues. Sebastian Lelio reste pudique tout en étant explicite. Avec son nouvel amant, Goria bascule dans le vertige du désir. D’ailleurs il a un parc d’attraction qui s’appelle Vertigo Park. On peut s’y jeter dans les airs, perdre la tête, tirer avec une mitraillette en pastique.

Est-ce pour cela que cet homme est resté un enfant ? Dans ce pays (le Chili)  pétri de politique où la moindre romance se déroule sur fond de manifestation et de revendication, Rodolfo est un vieil enfant qui écrit des poèmes d’amour mais ne sait pas aimer une femme. Très vite, Gloria devra faire face aux sentiments qu’elle éprouve et qui  lui mettent la tête dans le sac. Au sens strict du terme puisque  fatiguée, ayant trop bu, elle plonge dans son cabas pour y enfouir son visage.

Peu à peu, elle s’abandonne à cette route inattendue. Dans la rue, devant un pantin désarticulé en forme de squelette, elle semble regarder ce qu’elle brave. Elle décide de se jeter dans les bras d’un autre avec qui, sur un tourniquet, elle perd le contrôle. Beau plan de cette femme qui tourne et à qui la tête tourne.

Entre verres d’alcool et cigarettes, Gloria poursuit son chemin et danse pour rendre hommage à ce qu’elle est encore : une silhouette intrépide et belle. Seule, peut-être, mais qu’on regarde.

« Gloria » de Sabastian Lelio. Sortie le 19 février.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

18 Réponses pour « Gloria », 58 ans, attire l’oeil

Polémikoeur. dit: 20 février 2014 à 20 h 53 min

En tout cas, côté interprétation, « ça » passe le test de la bande-annonce muette ! Côté chanson : une pensée pour un Polnareff d’avant l’exil.
En tout cas, belle Gloria, ne te blesse pas au pied pour ne pas mourir d’attente à 61 ans, aux urgences de Cochin ! Pas drôle ? Parce qu’il n’y a pas ce goût de chant du cygne dans le sujet ? « Carpe diem », jusqu’au dernier ! Le Facteur ne sonne qu’une fois ! « Time is monkey » ! Oui, une saloperie de tête de cul de singe moqueur et grimaçant qui a beau recevoir des volées de « paint ball », il revient toujours égal alors que l’âge galope.
Allez, une petite morsure pour Gloria !

Jacques Barozzi dit: 20 février 2014 à 22 h 27 min

Elle ne fume pas que des cigarettes la Gloria, Sophie !
Elle en a bien besoin en attendant de trouver un homme à la hauteur de ses dernières illusions…

la Reine du com dit: 21 février 2014 à 16 h 05 min

Fort beau papier, SA, pour un magnifique personnage dépeint comme intrépide, vivant, vulnérable, aussi . .Ce « Je veux mourir » du voisin de dessus..cela m’a rappelé d’autres accents, qui parlaient eux aussi de la fragilité et du désir de vivre, malgré tout, même si c’est dur, même si c’est tellement bête, même si ça ne sert à rien.

xlew.m dit: 21 février 2014 à 18 h 29 min

Ouais, bof, ça n’a pas l’air de casser trois pattes à un amant de Nancy Cunard…
Paulina Garcia ressemble comme deux gouttes de Pisco à Judith Magre mélangées au portrait craché de Michelle Bachelet (une actrice et une femme politique que j’admire).
Je connais de jeunes néo-sexagénaires intellectuellement bien plus rock’n'roll, à l’aura sexuelle dix fois plus forte, et qui n’ont pas besoin d’un flingot à paintball pour claquer les mecs contre le mur d’un seul regard.
Le Sebastian a dû regarder beaucoup les films du mexicain Jaime Humberto Hermosillo pendant ses études à la Femis de Valparaiso.
Je ne suis guère impressionné. Et si, si, mille fois si, on ne pique pas impunément le prénom de Gloria (et ce n’est pas un Cassavetessolâtre inconditionnel qui parle), son « excuse » me paraît vaseuse.
Il aurait fait un film avec dans la bande originale le « Ti Amo », sublime rengaine du même chanteur, là j’aurais applaudi des deux reins.

primerose dit: 21 février 2014 à 22 h 05 min

Barozzi frime un max, par contre quand M. Chesnel « traite » les spectateurs des Tuches sur TF1 (à juste raison), aucun commentaire, alors que sur la RDL le même Barozzi se vante d’avoir regardé et apprécié.
Un vrai cinéphile de conviction.

la Reine du com dit: 22 février 2014 à 1 h 21 min

Xlew, le papier de Sophie A. me donnait très envie d’y aller, et vous me l’avez démonté en deux coups de cuillère à pot – un talent que je ne vous reprocherai pas.
Gena Rowlands, qu’on soit inconditionnel ou pas de Cassavetes, c’était quand même quelque chose, non? Il faudrait que je revoie Femme sous influence. En lisant la note sophieavonesque, je pensais plutôt au personnage de Yo tambien. Malgré tout j’ai un souvenir suffisamment fort du couple Cassavetes, une inclination assez affirmée envers eux pour m’être prise de passion – sans doute exagérément? – pour le personnage joué par leur fils Nick (in situ, grand chauve, frère de la femme de Nicolas Cage/Troy, mettant sa soeur à l’abri dans une débauche de violence, comprimant d’un doigt tranquille sa carotide en train de pisser le sang dans « Volte-Face », excellent et baroque John Woo, pendant que Travolta/Archer joue du revolver à tout-va.)
Puis j’avoue que j’adore votre chute « d’applaudir des deux reins » à toute complainte italienne. Que ce soit Tozzi Celentano, Conte ou autre, je marche!
Svalutation!

Jacques Barozzi dit: 22 février 2014 à 8 h 00 min

Hier, dans les locaux de la chaîne Théâtres, que me faisait visiter son directeur des programmes, j’ai croisé Michel Vuillermoz, et je lui ai dit tout le bien que je pensais de sa prestation dans le film « les grandes ondes ».

Après « Omar », sorti récemment, j’ai vu « Bethléem », Sophie. Il y aurait beaucoup à dire sur ces films Israélo-palestiniens qui ne nous laissent guère d’illusions sur les perspectives de ce conflit inextricable !

Jacques Barozzi dit: 22 février 2014 à 8 h 07 min

« cinéphile de conviction » ?

Je ne sais pas ce que cela veut dire, primerose, seulement quelqu’un qui aime le cinéma, sans exclusive : « Les Tuche » est une gentille pochade, amusante à regarder à la télévision, sans plus !

xlew.m dit: 22 février 2014 à 23 h 19 min

Reine du com, je crois que vous avez raison, c’est le bon moment pour redécouvrir les films de Cassavetes et le jeu de ses acteurs, Gena en tête. Il y a une vingtaine d’années, le nom de Cassavetes était un mantra que l’on entendait sur les lèvres de beaucoup de monde (quelques acteurs français à l’époque s’en gargarisaient). Aujourd’hui tout s’est apaisé, on peut désormais enfin goûter à son cinéma (en faisant gaffe aux hangovers) sans modération. Mon post n’était pas à sa place, je le reconnais (n’ayant pas vu le film, simplement la bande annonce, je suis comme l’un des personnages de « Rien sur Robert »…) Hasta la vista. (Nick, pas mal, mais John dans Johnny Staccato, extra.)

Polémikoeur. dit: 23 février 2014 à 11 h 38 min

« Gloria, pour tout cinéphile »,
ça ne vous a pas un petit goût
de crépuscule, de boulevard du crépuscule ?
Chronodatamétriquement.

Jacques Barozzi dit: 25 février 2014 à 10 h 43 min

« Pauvre Chili »

Pas tant que ça, joana, on découvre à travers ce film une classe moyenne qui n’a rien à envier à la nôtre, au contraire !

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