de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Gone Girl »: noces vitrifiées

Par Sophie Avon

Ils s’en étaient pourtant fait le serment : jamais ils ne deviendraient comme ces couples « affreux où  le mari est un toutou et la femme un flic en jupon ». Ils se l’étaient juré mais quelque chose entre eux est advenu car de toute évidence, ils ont sauvé la façade sans tenir leurs promesses.

Adapté du roman de l’Américaine Gillian Flynn, « Les apparences », « Gone Girl » ressemble à ces histoires de famille où couvent des secrets dont il faudra bien, un jour, payer le prix. C’est un cluedo où les indices sont des leurres, où ce qu’on voit n’est jamais fiable et dont la dramaturgie, composée de multiples flash back, est en perpétuel mouvement.

Nick et Amy Dunne (Ben Affleck et Rosamund Pike) forment donc en apparence un couple exemplaire qui s’apprête à fêter son cinquième anniversaire de mariage. Ils ont l’habitude de s’offrir des cadeaux en rapport avec l’éphéméride conjugal,  mais cette fois, l’inspiration n’y est plus. Où est cette magnifique première année où pour leurs noces de coton, ils avaient eu la même idée ? Désormais, ils vivent dans le Missouri, loin de l’excitation de New York où ils se sont rencontrés. Leur pavillon ressemble à la vitrine qu’ils offrent, net mais sans âme. Ce matin-là, Nick sort prendre l’air et en revenant, Amy n’est plus là. Dans le salon, les traces d’une bagarre, la table brisée, les fauteuils renversés. Il appelle la police. Une femme plutôt bien disposée à son égard entame les recherches et bientôt, Nick apparaît comme l’assassin le plus probable. Comment de mari idéal, devient-on le meurtrier de sa femme, c’est ce que David Fincher va mettre un peu plus de deux heures à démontrer – ou pas -, multipliant les pistes, confondant les intuitions, ne déjouant pas tous les pièges du récit mais se débrouillant pour surprendre même lorsque certains rebondissements sont cousus de fil blanc.

On se gardera bien sûr d’éventer le thriller, mené avec la glaciale minutie d’un cinéaste pour qui l’oppression, la paranoïa et l’angoisse sont des ressorts habituels. Le récit est une mécanique semblable à ce qu’il dénonce : splendide à l’extérieur, atroce à l’intérieur. Avec de lents travellings, des plans sophistiqués et des idées maléfiques, il fait partie de ces polars soignés jusqu’au bout des ongles mais propres à vitrioler l’espace.  Quant aux allers retours entre le temps du désir et celui de la conjugalité, ils tissent une trame dont les replis douloureux, parfois à la limite du fantastique, en disent long sur la fragilité des sentiments.

Le film en dit long aussi sur notre époque, la pression de l’opinion publique et le joug d’un système où la sacro sainte communication confine à l’absurde. Personnages secondaires mais présents comme des vigies en fond de cour et promoteurs infatigables du talent de leur fille, les parents d’Amy sont les visages terrifiants de la famille telle que la rêve l’Amérique. Quoiqu’il en soit, arrive un moment où le fantasme du peuple est le plus fort. « Le pays nous a à l’œil, on est grillé », dit l’inspecteur Boney qui elle-même constate la triste réalité – ou plutôt la triste téléréalité.  Dans la tempête levée, seul le chat assiste, immobile, à l’implosion d’un monde.

« Gone girl » de David Fincher. Sortie le 8 octobre.

 

 

 

 

 

 

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commentaires

18 Réponses pour « Gone Girl »: noces vitrifiées

Jacques Barozzi dit: 10 octobre 2014 à 18 h 44 min

« il fait partie de ces polars soignés jusqu’au bout des ongles mais propres à vitrioler l’espace. »

Le scénario est intelligent comme une belle partie d’échec, mais l’histoire est glaciale et déshumanisée. Le plus effrayant c’est que ça marche sur le public, plutôt jeune, qui a applaudi à la fin de la projection !

JC..... dit: 11 octobre 2014 à 11 h 33 min

La Rillette ? c’est un rêveur, Jacky ! il se croit immortellement gamin, le vieux !…

(sale temps dans le Sud : ça passe à travers les ponts, cette pluie d’aquarium ! On colmate)

hélène dit: 11 octobre 2014 à 15 h 37 min

en passant lisant les commentaires : question goût, on peut, comme moi, préférer les rillettes au saucisson

Jacques Barozzi dit: 13 octobre 2014 à 7 h 36 min

Comment se fait-il que je n’avais pas vu « Blue collar » de Paul Schrader à sa sortie (1978) ?
Figurant parmi les reprises, c’est désormais chose faite. Quel film ! Il parait que ce fut un flop à l’époque.
http://next.liberation.fr/cinema/2014/10/07/cols-bleus-rois_1116808
Sophie, vous vous en tenez toujours aux nouveautés ? Pourtant, parfois, pour certains « classiques », ça mériterait que vous fassiez un « arrêt sur images » ?

J.Ch. dit: 13 octobre 2014 à 8 h 33 min

excellente sujétion, Jacques, j’ai revu « La dame Shangaï », j’aimerais savoir ce qu’en pense Sophie

JC..... dit: 13 octobre 2014 à 10 h 44 min

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Sophie, pourriez-vous nous parler de Murnau et de Griffith pour plaire à Barozzi et à la rillette ?

JC..... dit: 13 octobre 2014 à 10 h 55 min

Cher usurpateur gamin, on écrit La Rillette, avec les majuscules de majesté !

Sophie, ne revenez pas en arrière : Murnau, Griffith, Méliès…. tant de choses écrites sur ces inventeurs !

Harfang dit: 13 octobre 2014 à 18 h 18 min

Jacques, les Bordelais dont je suis, avons la chance de voir et entendre Sophie lors des séances UGC Culte sur des films qui ont marqué l’histoire du cinéma …
Je n’y suis pas allé mais en ce moment c’est Videodrome de Cronenberg …

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