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La République Du Cinéma

Guillaume Canet est « L’homme qu’on aimait trop » et qui n’aimait pas assez

Par Sophie Avon

Tel ce visage qui apparaît, dessiné au crayon, au tout début du film, combien de fois faudra-t-il reprendre le croquis pour révéler le véritable visage de Maurice Agnelet ?  On ne saura sans doute jamais si cet homme est un cœur de pierre ou d’assassin.

En se servant des mémoires de Renée Le Roux écrites par son fils Jean-Charles, André Téchiné n’a guère pris de distance avec les faits mais il a refusé de charger Agnelet, laissant l’énigme intacte, examinant plutôt, autour du trio formé par une mère, sa fille et son amant, les mécanismes du pouvoir, de la trahison et de la passion – tout ce qui comme dans une tragédie antique met en route les mouvements archaïques de l’être.

A la fin des années 70, Maurice Agnelet (Guillaume Canet) est un avocat qui  conseille Renée Le Roux (Catherine Deneuve), propriétaire du casino du Palais de la Méditerranée de Nice. Puis il a fait la connaissance de la fille de Renée, Agnès (Adèle Haenel), jeune héritière pleine de vie qu’il n’a guère de mal à séduire. Logique, il est « L’homme qu’on aimait trop », et qui sans doute, n’aime pas assez. En 1976, c’est un homme de 38 ans, dont le cabinet tourne au ralenti et qui digère difficilement d’avoir été brusquement écarté par Renée Le Roux, laquelle soupçonne Fratoni, patron du casino concurrent, de vouloir prendre le contrôle du Palais de la Méditerranée. De son côté, Agnès veut récupérer sa part d’héritage. Son père est mort depuis plusieurs années, elle rentre d’Afrique, ouvre une boutique d’objets africains et de livres, mais n’entend pas laisser à sa mère l’argent qu’elle lui doit. Pour ce faire, elle va accepter de la poignarder dans le dos. Quand, au lendemain du vote pour la présidence du casino où la jeune femme a  retiré sa voix à Renée Le Roux, Nice Matin titre : « Agnès Le Roux trahit sa mère », on se dit que tout est en place pour une admirable leçon des passions humaines.

Agnelet a soigneusement poussée Agnès à la trahison. Acceptant le deal de Fratoni (lequel blanchit l’argent de la mafia), manipulant les uns et les autres, ouvrant un compte commun avec sa jeune maîtresse sur lequel Fratoni a déposé trois millions de francs. Maurice et Agnès pourraient vivre heureux après tout, ayant récupéré de quoi vivre bien et tournant le dos à Renée. Or c’est le malheur qui les guette – elle surtout. Il l’avait prévenue : « Je ne suis pas un cadeau, tu sais ». Sa mère aussi lui avait dit : « Méfie-toi de ce type, il n’en veut qu’à ton argent ». Mais elle n’a rien voulu savoir. La voilà délaissée par son amant qui voit d’autres femmes et s’éloigne d’elle.

Cette femme qu’André Téchiné a montrée si pleine de vitalité, tantôt comme un soldat furieux, tantôt débordant de joie de vivre, riant fort, plongeant dans l’eau froide, dansant jusqu’à la transe – cette femme-là s’évanouit, dépérit, s’efface et disparaît.

Le film est formidable jusque-là. Téchiné filme la côte d’azur comme une palette de couleurs, rutilante, élégante, merveilleuse, artificielle. C’est un monde de leurres où chacun porte un masque. La seule qui n’en a pas, c’est Agnès, qui aime sans garde-fou, y laisse le bonheur et la vie.

Le procès, trente ans plus tard, conclut le film en l’affaiblissant. Notamment parce que l’auteur de « Rendez-vous » s’ingénie à vieillir ses protagonistes et que le procédé jure, ce qui est un comble sans doute, dans ce récit d’illusions et d’apparences. Mais il y a aussi le fait que la partie judiciaire ne lève pas l’énigme et n’apporte guère plus sur le mystère des personnages. Une femme a disparu, ne laissant ni cadavre ni révélations. Elle n’a laissé que des soupçons.

  »L’homme qu’on aimait trop » d’André Téchiné. Sortie le 16 juillet.

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5 Réponses pour Guillaume Canet est « L’homme qu’on aimait trop » et qui n’aimait pas assez

Sophie dit: 15 juillet 2014 à 18 h 28 min

Jacques, suis allée voir Palerme d’Emma Dante. Pas mal mais un peu déçue quand même. Bonne idée de départ – déclinée d’ailleurs jusque dans un roman – mais ça manque de force, de transcendance, d’universalité…

JC..... dit: 18 juillet 2014 à 10 h 49 min

Le mal que se donne la noble Sophie pour ses splendides billets …

Pour si peu de commentaires !

L’étal du poissonnier … le regard mort des sardines au mercure doucereux … sacrifiées à quel dieu ?

ueda dit: 22 juillet 2014 à 12 h 24 min

« Le mal que se donne la noble Sophie pour ses splendides billets … »

On la lit, camarade JC, on l’aime.

Mais quand on est éloigné des salles de cinéma…
On la relit plus tard.
Mais alors on n’écrit pas.

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