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La République Du Cinéma

« High Rise » : la tour infernale de J.G. Ballard

Par Annelise Roux

Le film a quitté l’affiche ces jours, mais vous l’avez peut-être vu. De quoi discuter autour, de toute façon, en attendant que ne soit donné le coup d’envoi de Cannes avec Woody Allen.
J’avais lu James Graham Ballard  il y a des années chez Calmann-Lévy, dans la collection Dimensions SF. Couronné du Prix Jean Monnet aux Littératures européennes à Cognac, mort à Londres en 2009, l’écrivain n’a jamais rencontré qu’un faible succès commercial. Œuvre réputée difficile. Du genre touffue. Raison pour laquelle beaucoup laissent béton ?
Justement c’est le titre phare : « La trilogie de béton ». Son nom circule sur les lèvres comme un mot de passe, le triptyque en a influencé plus d’un : Joy Division, dont j’espère que le chanteur Ian Curtis n’a pas décidé de mettre fin à ses jours, découragé par la noire vision des mégapoles offerte par l’auteur d’anticipation né à Shanghai en 1930. Spielberg, qui s’est inspiré de sa vie pour « L’Empire du soleil », Ballard ayant été incarcéré enfant dans un camp de prisonniers civils au moment de l’invasion de la Chine par le Japon. Cronenberg qui lui a emprunté « Crash » et à présent, Ben Wheatley, jusqu’ici plus connu pour ses films horrifiques et autres projets à la limite de la série B, qui s’est appuyé sur le même producteur que Cronenberg, Jeremy Thomas, afin de s’attaquer à « I.G.H ».

I.G.H, ce fameux Immeuble à Grande Hauteur, high rise en anglais, troisième volet de la trilogie est une tour de quarante étages dont la construction s’effondre.
On peut penser à la tour Ponte dont le chantier fut lancé en 1971 sans lésiner – plus haute tour d’Afrique, avec centre commercial, galerie d’art et librairie intégrés, uniquement conçue pour les Blancs, s’entend – surprise en pleine décrépitude quelques années plus tard par le photographe sud-africain Mikhael Subotzky : le joyau de Johannesburg, réduit à l’infamie comme symbole de la ségrégation et des tensions post-apartheid.
Les dates coïncident à peu près, puis la désorganisation, grande histoire de Ballard… J.G. est un torturé d’une fréquentation tonique et toxique. La dimension maniaque de ses livres, la sourde paranoïa qui en émane donne de la méticulosité à ses délires : inquiétants, prophétiques, cryptés, profus dans leur manière de distribuer le chaos… L’auteur tire ses ficelles, écartèle ses marionnettes et fait grimacer les pantins hypnotisés par ses ramifications synaptiques alambiquées : peu lu peut-être, mais quand on s’y adonne… admiré, envié, rarement égalé !
On sent que le réalisateur ne s’est pas fait prier pour le rejoindre. Avec son univers bien weird, il est content d’avoir de la belle étoffe dans laquelle donner des coups de dents à l’arrache.

Il réembauche d’ailleurs Jeremy Irons vu chez Cronenberg (« Faux-semblants ») pour le rôle d’Anthony Royal, architecte concepteur qui vit au dernier, sortant sur un toit terrasse au milieu de jardins à la française, regardant sa femme monter à cheval tandis que les étages en-dessous sont affiliés à une organisation sociale aussi hiérarchisée qu’injuste où dominent l’argent, la cupidité, l’ambition, la loi du plus fort.
Le docteur Robert Laing (Tom Hiddleston dans cette peau se mue en rival de Michael Fassbender par le côté aryen, carnassier, fixe et fracassé découvert dans « Shame ») prend possession d’un nouvel appartement à la suite d’un deuil. Très vite épié par des voisins plus ou moins gâtés, Wilder (Luke Evans) qui trompe outrageusement Helen (Elisabeth Moss au visage d’un angélisme démoniaque), sa femme enceinte jusqu’aux yeux, ou encore Charlotte Melville (Sienna Miller), mère de Toby, petit garçon doué, trop curieux, qui ne cesse de fureter partout, dégainant un kaléidoscope qui lui permet de voir la vie telle qu’elle est : déglinguée.
Sienna Miller dégage de l’énergie en traînée fétarde, ni cruelle ni douce, rivée à l’adoration de son nombril. Son application à manipuler, se servir, jouir – jusqu’au filet de salive entre les bouches qui montre la voracité de ses baisers de mante – est morbide comme cela se dit de l’obésité quand elle verse dans une pathologie sans issue.
Une simple panne de courant au dixième, et vont déferler les rancœurs, les revendications, une violence que rien ne saura endiguer, pas même les orgies – sexe, nourriture, alcool, drogue. Se remplir empêche-t-il par ailleurs de se vider? Entre fornication, défécation, démesure et ordures, les souvenirs, le recueillement, la tentative de l’amour ne sont que motifs de moquerie, d’abaissement supplémentaire supplantant de beaucoup la bestialité.

Wilder – un des plus sauvages, comme son nom l’indique – a tant goûté au sang qu’on s’attend à ce que Nicholson surgisse de « Shining » armé d’un hache pour lui offrir une chambre à l’hôtel Overlook.
Le film quitte les gonds. Est-il réussi ? Cette qualification, si elle peut être appliquée à Ballard, est loin de suffire à le définir. Les interprétations attachées à sa prose sont en grande partie idiomatiques. C’est ce qui en fait la puissance. Ben Wheatley réussit à recréer dans certains plans, certains décors, l’influence manifeste du surréalisme et de la psychanalyse présente chez l’auteur. Quelques cadrages propulsent chez Giorgio De Chirico, ces toiles oniriques, solitaires et dérangeantes, de l’Italien qu’on retrouve à la galleria d’arte moderna de la villa Borghèse. Cependant la mise en images rabat le cinéma qui se déroule dans nos têtes, le confine à des pistes tracées. Un des rares contre-exemples est cette adaptation d’un autre de mes auteurs de science-fiction favori, Philip K.Dick : Ses « androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »  transformés en « Blade runner » m’avaient Ridley Scottchée.

On peut se repaître ici de quelques scènes, quelques maximes. Le docteur Laing décalottant un crâne de sa gangue de chair comme si retourner l’enveloppe tel un doigt de gant permettait de comprendre le mental, Wilder lui balançant que ce sont « les indépendants dans son genre qui sont dangereux » (sous-entendu, la société ne peut user des leviers ordinaires pour les corrompre). Le « Brazil » de Terry Gilliam en faisait une démonstration virulente. Jeremy Irons/Royal observant le verger sur son toit enchanté avant d’être englouti par la fronde peut être entendu de deux manières : critique acerbe d’un capitalisme sauvage générateur d’inégalités qui va droit dans le mur, ou angoisse métaphysique de taille jetée au visage d’un démiurge irresponsable et égoïste, auquel ses enfants ne viennent pas seulement demander pourquoi il les a abandonnés, mais des comptes sanglants.

« High Rise » de Ben Wheatley  

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39 Réponses pour « High Rise » : la tour infernale de J.G. Ballard

xlew dit: 9 mai 2016 à 9 h 25 min

« I’ve got the spirit but lose the feeling » chante (tragiquement, mais avec un sens du beau assez inouï) Curtis dans Disorder, Annelise.
Je crois que Wheatley peut reprendre à son compte cette idée qui décrirait bien son rapport au roman de Ballard (qui détaillait radicalement bien les relations entre les personnages, les interactions entre les étages, toutes choses cavalièrement écartées dans le film au profit de prouesses graphiques reposant sur des jeux de miroirs, des plans répétés jusqu’à la nausée, digne de celle de Roquentin dans Le Havre non encore détruit par les bombes, mais enfin le Big Ben a l’ai content de lui dans les entretiens, c’est l’essentiel).
J’aime le rappel des films que vous faîtes entrer en correspondance, j’ai envie de rajouter Rosemary’s Baby quant à moi, on a l’impression que l’on pourrait déboucher à tout instant dans la chambre propice aux naissances fatidiques dans les couloirs de cette tour, tant le désordre scénaristique règne en maître.
J’ai eu la sensation d’être parfois dans un film, resté inédit, de Jean Rollin, mais mille fois plus speedé bien sûr, même si les tranches de gore y sont aussi mille fois plus ridicules.
Son interprétation du style ‘année septante’ est relativement atroce. (Wheatley cherche en plus à nous faire prendre les vessies de Bangor — lieu du tournage –, pour les lanternes de Shepperton — lieu de vie de Ballard).
Je comprends l’embarras du critique, lard ou bacon, beaux-arts ou lardon, difficile de faire la part, c’est en effet une sorte de Shining outré dans lequel un Jack Torrance n’y retrouverait pas son petit Danny.
Il semble que beaucoup de métaphores soient laissées sur le carreau, critique du capitalisme, folie d’un apprenti-Speer qui donnerait libre-cours à un néo-brutalisme (le nom d’une école d’architecture après tout) ?
On en sait trop rien.
Je n’ai pas saisi les articulations entre les différents degrés de la tour, c’était plus clair dans Snowpiercer, pour dire mon avis.
Ballard est souvent tiré à gauche par quelques admirateurs mais son High Rise (si le film peut filer une illumination aux jeunes spectateurs c’est celle d’aller lire les beautés contenues dans Concrete Island et Vermilion Sands) pourrait très bien parler aussi des Maisons du Fada staliniennes que l’Urss control-freak éleva à Moscou dans les années 1947-49, avec supermarché, ciné, pour la Nomenklatura, une façon d’espionner tout le monde).
Aujourd’hui à Paris la plupart des nouvelles réalisations d’immeubles comportent des cinquième étage F5 ou 6, avec l’incontournable jardin-terrasse, des façades badigeonnées de lierres, balcons saillants, bégonias partout, marrant quand on se souvient que la norme hausmanienne privilégiait le confort au niveau des deux premiers paliers et réservait les toits aux gentilles petites bonnes de Bretagne.
La musique de la bande annonce est trompeuse car s’il on entend un superbe titre de Tangerine Dream (soundtrack d’un merveilleux film de Michael Mann avec James Caan au début des années quatre-vingt), le film est baigné d’une partition écrite par Mansell, un peu soupeuse, avec en tout cas pas mal de croûtons trempés dans l’orchestration de l’habituel compositeur de Peter Greenaway.
Greenaway (A Zed and Two Noughts) étant peut-être cité par la bande avec la scène des pêches qui se décomposent (?).
C’est cela le truc qui cloche chez Wheatley, comme vous nous le rappelez, il sut être par le passé quelqu’un qui pouvait tirer une certaine quintessence de ses projets avec les moyens qu’on lui allouait (faibles), là on a le sentiment qu’il nous offre son bluff clé en main, nous imposant peut-être entre les lignes qu’il fait l’histoire du cinéma (puisqu’il se paye le romancier anglais de l’anticipation par excellence).
Ian Curtis fut peut-être touché par la vision d’un film d’Herzog mais (lisons Annik Honoré, son amie, ou la bio faite par deux jounalos indépendants) c’était un être dévoré par un feu intérieur (poncif, mais lui-même trouvait que la vie n’était qu’une succession de banalités que seul l’amour pouvait déchirer), et un feu littéral (la ‘maladie’ que l’on sait).
La fameuse « gentrifiction », calculée et et brocardée par de nombreus commentateurs, n’est pas seulement verticale, (comme à Londres où le prix des logements des gated-communities à tourelles d’observation sur la Tamise explosa du temps du maire Johnson) elle peut être aussi se répandre sur un plan, comme à Bordeaux, où il est de mise de dire que la ville pourrait se couvrir de pavillons et frapper à la porte du Cap Ferret, lieu de villégiature grand’bourgeoise, comme dirait Prolongeau. (C’est pour vous taquiner Annelise que je fais long jusqu’au Pyla.)

Vébé dit: 9 mai 2016 à 11 h 25 min

Anne-Lise je comprends pourquoi Passou vous avait tressé de telles couronnes pour l’article sur Christophe Honoré. Il a retwitté sur vous ce matin. On sent la romancière à chaque ligne sans que vous soyez cuistre un quart de seconde.

Poétique on ne peut plus personnelle à la fois concise, mordante ou farfelue, ça change des lvdlb, de Widergranger sur RDL qui vous font passer l’envie de participer en déversant des tombereaux d’injures.

Difficile aussi de passer avec vous, Xlem. Votre diatribe remet brillamment les pendules à l’heure. Je n’ai jamais entendu Ian Curtis, mais savais que Emmanuel carrère était grand lecteur de Ballard. Il s’était dit « inspiré de » Philip Dick pour La Moustache », ce qui m’avait incitée à remonter aux sources en lisant les « originaux ».

Le film de Ben Wheatley n’est pas à la hauteur. Il met l’hystérie en remplacement de la critique acerbe qui caractérise le livre. Ce n’est pas étonnant que les lecteurs découragés par Ballard préfèrent les « dérivés ». C’est du domaine des précurseurs contre suiveurs.

Une fois que la voie est ouverte c’est moins difficile de rentrer dans le sillon défriché.

L’original par sa brutalité, son foisonnement ou sa complexité est moins immédiatement à la portée du grand-public, pourtant de mon point de vue c’est dans cette matrice que le lecteur ou le spectateur à de quoi puiser.

Le film se laisse voir, avec sa cuisine de dégoûts bien orchestrée, mais ne génère pas de grands lendemains. Panne très ordinaire d’une époque aux ambitions qui rétrécissent. Sienna Miller joue bien et j’apprécie que vous l’ayez soulignée, anne-Lise.

Cela prouve que votre féminisme, plus du côté de la féminité délicate, n’a rien n’a voir avec le systématisme des chiennes de garde (sur RDL, DHH parlait des ravages de Simone de Beauvoir auprès de sa génération, ce qui n’est pas faux dans la mesure où les femmes de mon âge l’ont reçue sans filtre, et Widergranger divaguait sur les femelles qui n’aiment rien comme un mâle qui les domine)

La finesse de vos notations est d’un autre niveau. Vous citez Giorgio Di Chirico, j’ai envie de citer aussi Jerome Bosch. L’enchevêtrement, tous ces visages grimaçants voués au supplice de la jalousie sans frein, au goût brutal de l’argent. Les livres de Ballard sont une satire cent fois plus crédible et durable que ce style de films.

jodi dit: 9 mai 2016 à 12 h 41 min

Beau billet.J’étais à la prem de l’Archipel anne-Lise…parait que c’était vous la jeune femme blonde qui parlait à la fin avec le réalisateur?Voilà de quoi fidéliser encore plus.Le film présenté boulevard de Srasbourg ,séduisant par sa fragilité.Je n’aime pas d’habitude ce style à l’arrache,très « Dolan jeune surdoué sans entrave ».Votre présentation était divine comme la Sagnier, vous lui ressembler un peu d’ailleurs…Ballard et K.Dick valent mieux à eux 2 que la platée de sangsues qui leur ont ensuite sucé le sang après avoir fait des manières,tortillé pour les lire!Il en fallait une sacrée paire pour publier ces zozos.Ou simplement du flair,une intelligence et exigence sur l’avenir.Je me dis que c’est la même chose.Quand on voit en bandeau chez Passou la pub d’Enthoven,vieux bronzé à la lampe,éternelle risée avec ses brushings ,vanter les mérites de Mme Orban dont la qualité principale est d’avoir été la belle-fille du regretté Rheims et la femme de son mari on trouve ça pathétique.Après faut pas s’étonner de terminer sous les ricanements,dans les oubliettes pas trop reluisantes de l’Histoire qui finit in jour ou l’autre par faire le distinguo.Un truc de clairvoyance,contre la politique du pur et simple beurre.

roro dit: 9 mai 2016 à 14 h 01 min

Vébé
à quoi bon ne voir que les mauvais côtés-
on ne peut pas nier l’importance de (l’apport) de S de Beauvoir – elle n’aurait pas existé, une autre aurait occupé sa place -il faut replacer dans le contexte. (c’est drôle de voir les ridicules petits coqs de la rdl montrer leurs minable smuscles lui ch dessus, s’en prendre aussi à A Ernaux du haut de leur éducation sentimentaloporno

JC..... dit: 9 mai 2016 à 17 h 07 min

Dur de passer après vous, xlew, Vébé, jodi, roro ! Quel bonheur de vous lire, verre d’eau en main en parlant de l’importance de Simone de Beauvoir, aujourd’hui …. !

Annelise dit: 10 mai 2016 à 0 h 17 min

Tom Dooley, bien aimable de songer à panser ainsi ma fatigue quand je rentre. Votre Doc Watson n’a rien d’élémentaire.
Lew, le temps passe vite au contraire avec vous. A part chez les producteurs télévisuels fans de pitch, tout ne se résume pas, surtout quand on atteint un bon niveau de complexité. Je vois d’ici leurs têtes si on avait demandé à Kafka ou Perec de « résumer ». En revanche vous m’intriguez en parlant du Pyla – les biographies mentionnant que je suis native de Bordeaux, c’est pour ça ? Je n’y ai pas toujours vécu mais le fleuve, l’Atlantique me manquent où que je sois, c’est vrai. La Bretagne, la mer Egée, l’Adriatique ont mes faveurs mais le banc d’Arguin… vous serez toujours bien reçu en faisant long jusqu’à la dune ou jusqu’à là-bas dans le ton qui est vôtre. La dernière fois que j’y pique-niquais, nous y étions seulement les mouettes et trois ou quatre bateaux, néanmoins lorsque Laurent Delahousse a débarqué juste à côté avec une glacière de bel aspect mais sans plus, pas mieux que celle dont nous disposions, j’ai senti que les jeunes filles d’à côté s’élançaient dans les vagues avec un entrain inhabituel. Je ne me l’explique guère, l’interview de Woody Allen qu’il a menée hier au journal de France 2 n’étant pas encore programmée. Le mystère demeurera donc entier. Je ne sais pas comment Ballard aurait perçu la ville de Mauriac, de Montaigne et de Montesquieu? Mon enfance fut davantage du côté de la banquette clic-clac offerte par Jeanine et André Bazin à l’enfant sauvage Truffaut pour le sauver des 400 coups, d’un Le Clézio laissé (en roue) libre, baguenaudant sans doute un peu isolé dans les champs de canne à Rodrigue que de la Thérèse de l’hôte de Malagar au catholicisme répertorié ( ses penchants secrets, un peu moins?) Ma mixité sociale de départ – j’ai vécu à la fois dans le paysannat, jeunesse pleinement passée, sans aucun filtre, dans le milieu des ouvriers vinicoles, un petit village un peu consanguin où une seule classe comptait des élèves du C.P jusqu’à des grands qui passaient le certif (!)et ignoraient exactement quel âge ils pouvaient avoir, disons entre 14 et 19 ans, et les plus prestigieux châteaux vinicoles, où le hasard m’a amenée à partager l’intimité de figures légendaires, propriétaires de crus ou grands aristocrates, en France et ailleurs (un aristocrate véritable étant pour moi l’homme qui au moment d’un dîner s’habille un poil en deça afin d’être certain de ne mettre personne mal à l’aise parmi ceux qu’il convie, ce genre de choses…) Peut-être cette espèce de bâtardise initiale m’a t-elle donné d’apercevoir toujours les deux versants de la montagne à la fois. Le mépris n’a jamais été mon fort, disons – et c’est probablement ce que j’apprécie chez vous, cette capacité à la causticité sans aigreur ni malveillance.Votre allusion aux constructions ex URSS m’a bien amusée. Très véridique surtout! La paranoïa décrite comme par hasard est monnaie courante dans les régimes totalitaires, conséquence et outil (Cf. « La vie des autres »,où Sebastian Koch incarnait un dramaturge à la vie sous surveillance) Combien d’exactions faites au nom de la guérison du mal « indépendance » ou « singularité » ?
Jodi, c’était bien moi,pourquoi ne pas vous être signalé? Contente que le film vous ait séduit. Ce personnage busterkeatonien, très écrit et sensitif, avait été nominé pour les César, je l’ignorais. L’équipe est en pleine écriture d’un nouveau long.
Vébé, parfois du sport sur RdL. Le moins qu’on puisse dire. Pierre Assouline est endurant, maîtrise bien le vaisseau amiral, ne vous en faites pas. Je rejoins plutôt Roro, je ne crois pas qu’il faille déclarer caduc l’apport de Simone de Beauvoir. Il me semble que les femmes de ma génération en tout cas ont patiné sa lecture d’une conception du féminisme plus fondue dans la pratique – même si le droit de vote n’est intervenu qu’en 45 (cela paraît déjà bien proche à l’aune de nos vies humaines, alors dans le temps « historique »…), qu’il y a des inégalités criantes. Son intuition lui dictait certainement de tenter de les corriger en donnant un coup de gouvernail appuyé. Où en serions-nous sans elle, ou Simone Veil? Un reniement complet ne me paraît pas souhaitable, tandis qu’une pondération sans anachronisme, une réévaluation passée au prisme des besoins et des envies actuels ne peuvent pas faire de mal.
J’espère que vous continuerez de parler du film, de Ballard ou de K.Dick qui en disent long aussi demain : n’ayez aucun complexe Xlew !

radioscopie dit: 10 mai 2016 à 8 h 15 min

« Quelques cadrages propulsent chez Giorgio De Chirico, ces toiles oniriques, solitaires et dérangeantes, de l’Italien qu’on retrouve à la galleria d’arte moderna de la villa Borghèse »

Plus sûrement au Museo Carlo Bilotti (Aranciera di Villa Borghese).

Annelise dit: 10 mai 2016 à 8 h 29 min

Oui! Merci pour cette précision, Radioscopie. La Galleria contient au moins deux portraits, dont celui en veste (jaune?) & épais cheveux poivre et sel, sur l’autre Giorgio De Chirico est torse nu, est-ce possible que ma mémoire invente ce détail? Son visage à la mèche tombante, ses pectoraux un peu flasques d’un homme qui n’est plus tout jeune. Quelle beauté. Vu aussi là-bas les pommes vertes disposées sur un journal ouvert de Felice Casorati (lors d’un séjour à villa Medicis je croisais sans cesse dans le coin) Ah, la peinture. Avez-vous vu le film, ou à défaut, êtes-vous lecteur des auteurs cités? La découverte vaut le coup, les premières difficultés & réticences surmontées

Jacques Chesnel dit: 10 mai 2016 à 8 h 32 min

Coucou, je reviens bientôt, avec Woody… et une remarque : les digressions c’est bien, la concision aussi ! à +

radioscopie dit: 10 mai 2016 à 9 h 21 min

J’ai boudé cette tour (infernale) préférant rester sur le La Tour (revu récemment au Prado) dont le St Joseph charpentier du Louvre… On frise la cimaise mentale… En revanche, j’ai opté pour Red amnesia, film remarquable.

Vébé dit: 10 mai 2016 à 10 h 32 min

Roro, je me suis mal exprimée, je ne remettais pas l’apport de SdB en question mais le trouve daté et déplorais l’agressivité déclenchée par les assertions des uns et des autres à ce sujet sur RDL.

@nouveau contributeur de 8h32. Je me sens visée par votre « petite phrase ». Ce reproche de digression que vous adressez me soucie. J’aime beaucoup lire par exemple Xlem, trouvez-vous qu’il s’égare? Tout en voyant très bien où est le fil rouge j’y trouve des richesses supplémentaires sans prix. Désolée si je vous donne l’impression de noyer le poisson.

J’ai été une lectrice assidue des Cahiers du cinéma, je suis auditrice fidèle du Masque depuis si longtemps que j’ai oublié quand. Nous avons créé un petit cercle littéraire et cinématographique. L’appelation est pompeuse mais correspond à la réalité : nous sommes entre dix et vingt à nous réunir régulièrement autour d’un dîner-discussion thématique.

Nous avons pris l’habitude de nous appuyer sur les billets d’Anne-Lise, nos lectures croisées de la semaine pour étoffer une réflexion que nous espérons plus vaste que le binaire et épidermique j’aime</j'aime pas.

Pardon si vous trouvez que j'encombre l'espace. Est-ce le cas? Vous pourriez profiter de ces colonnes pour partager votre savoir en complément au lieu de vous retirer sur l'Olympe. Le format offert par Anne-Lise permet de quitter le schéma de plus en plus imposé et restrictif de la rapidité expéditive, du "rester en surface" avec obligation de ne pas s'attarder et ne pas aprofondir.

Excusez-moi Anne-Lise pour cette mise au point chez vous. Je ne suis qu'invitée. Je ne voudrais pas abuser alors que vous me faîtes le plaisir de m'accueillir.

Pour moi il ne s'agit pas de digressions mais de développements qui ouvrent des portes fructueuses. Jacques Chenel, s'ils vous déplaisent vous pouvez également sauter les commentaires, vous en tenir aux chroniques toujours concises et étayées. Et ne lisez jamais Proust ! Ni la littérature russe, ni beaucoup d'Américains, de Sud-Américains, d'irlandais, de Hongrois, Tchèques … vous y perdriez votre latin !

Jacques Chesnel dit: 10 mai 2016 à 11 h 10 min

Dites-moi, dame Vébé, où ai-je écrit que les digressions me déplaisent ? j’ai écrit que j’aime aussi les concisions… quant aux lectures, vous tombez mal, je ne lis QUE de la littérature américaine du Nord comme du Sud, alors ???

Eriksen dit: 10 mai 2016 à 11 h 37 min

@vébé
L’agression de Jacques Chesnel semblait plutôt vénielle, et plus générale que particulière à vous. Vous vous êtes sentie victime ? Je n’ai pas trouvé vos propos digressifs et votre pondération sied bien au ton de la République Diplomatique du Cinéma, moins chargée en testostérone que la République Dysentérique les lettres.
Mais gardons-en un peu quand même dans les débats, car ce blog est aussi un ring.

jodi dit: 10 mai 2016 à 13 h 59 min

Ne vous sentez pas agressée Vébé ,les digressions sont le propre de l’homme débatteur,contrairement aux tyrans détenteurs de véritéà la c.Un blog de cette qualité,dont le contenu équivaut aux Cahiers des meilleurs jours n’est pas fréquent surtout quand il permet à tout le monde de s’exprimer et qu’Anne-lise au lieu de nous claquer la porte au nez prend la peine de répondre.La concision poussée à l’extrême,ça donne Télé Z,Chesnel qui est un vieux de la vieille de RDL,qui a été agressé plus souvent qu’à son tour par le pq et qui touche sa bille en cinéma le sait mieux que n’importe qui.Encore ,pour télé Z,faut pas être cruciverbiste pour pas être détourné du bon chemin.En plus plus J.Chesnel nous parle de Woody Allen sur Wheatley,vous voyez le clin d’oeil! A ce sujet ,comment vous avez trouvé l’interview de Delahousse,Anne-Lise?Boum-boum, questions-type non?

roro dit: 10 mai 2016 à 14 h 21 min

Vébé dit: 10 mai 2016 à 10 h 32 min
Idem sur Simone

Eriksen dit: 10 mai 2016 à 11 h 37 min
Ils font croire qu’ils en ont (de la testostérone ), le s malheureux (le gnome de pq y compris) !

Jacques Chesnel dit: 10 mai 2016 à 16 h 03 min

Une simple remarque sur les « digressions » : j’adore lire Annelise, c’est documenté, fin et drôle ; ainsi dans un commentaire de son billet sur un film , elle note : « aimer Miles Davis parce qu’il joue dos au public » (ce qui n’est pas tout à fait exact, pour l’avoir accompagné pendant quelques tournées, cela lui arrivait quand il ne « sentait » pas le public ou avait des problèmes avec la sono ou les musiciens); là je ne voyais pas très bien le rapport même lointain, j’ai assez digressé dans ma vie pour savoir de quoi on parle… bise, Annelise

Annelise dit: 10 mai 2016 à 16 h 34 min

Vébé, I confirm en ce qui concerne Jacques : aucun procès en sorcellerie à lui faire. Habitué de longue date RdL/RdC, critique de jazz à ses heures,lecteur de Faulkner avec moi… Il préfère Woody Allen ou Hou Hsiao Hsien à Ben Wheatley, je ne lui jetterai pas la pierre car je pense pareil, même si je mets un point d’honneur, sans démagogie ni excès d’utopie, à donner des critiques qui sortent de l’éternel de ce que vont voir les cinéphiles. Pierre Assouline m’accorde totale carte blanche et tant mieux, j’aimerais que la grande majorité silencieuse qui lit les billets et ne poste jamais (ou timidement, s’adressant à moi en MP sur la page Facebook du blog) peu à peu s’y mette.
Pour Miles, je tiens l’anecdote d’un luthier et ami de Michel Portal qui me l’a rapportée telle que vous l’énoncez. J’avais trouvé la métaphore si belle, votre façon de l’entendre et la mienne diffèrent-elles tant que ça ? Pour moi cela symbolise tourner le dos aux agressions, se réfugier dans une bulle d’évasion ou de concentration intérieure pour renouer avec un équilibre, une justesse, le meilleur de soi. Les sensibles et les créateurs en ont grand besoin. Rien dans ce que vous rapportez qui réfute ma façon de le voir.
Eriksen, Roro, pas le temps mais il faut que je revienne sur cette histoire de testostérone, un peu fantaisiste ! Après avoir vu Woody? En revanche pour le billet vous attendrez un peu : la beauté de la critique « alternative » c’est cette volonté de partage. Attendre que tout le monde ait eu le temps de le voir en salles, et non dispenser sa chronique en chaire, comme un sermon

Annelise dit: 10 mai 2016 à 17 h 31 min

Jodi, difficile exercice pour France 2, le pauvre Woody pris d’assaut à Cannes J – 1, qui voudrait sans doute musarder dans Paris avec femme et enfants, qui se retrouve obligé avant l’avion pour la Croisette de faire passer à Laurent Delahousse et des millions de Français en dix minutes chrono que oui, le massacre au Bataclan lui a serré le cœur. Dur métier, de part et d’autre

Eriksen dit: 10 mai 2016 à 22 h 25 min

Tourner le dos c’est une manière de demander à l’assistance de fermer les yeux. Rien que la musique. Une part de théâtre aussi, pourtant. Je me souviens de Miles Davis dans les arènes de Nîmes jouant Time after time. La position, je ne sais plus, reste seulement la mémoire d’un fait que je sais inexact : je le vois au sommet des arènes, derrière la scène, disparaissant. L’impression a probablement construit le souvenir, avec l’aide de l’imagination mais elle corrobore la vôtre : un effacement du corps, qui ne fait pas disparaître la musique. Une tentative d’effacement du corps éloquent.

Annelise dit: 11 mai 2016 à 7 h 51 min

Belle vision, Eriksen. Pourquoi inexacte? Tout est vrai, puisque vous l’avez vu. L’adjectif éloquent m’évoque un livre ardu qui m’a été offert, « La Couleur éloquente/Rhétorique et peinture à l’âge classique », Jacqueline Lichtenstein (Champs-art/Flammarion) A prendre à petites doses mais magistral sur les sensations, la critique etc. Aujourd’hui& demain, je vous abandonne pour cause de festival croisetté. Votre perception du dos tourné de Miles, celle de Jacques, la mienne qui avait tendance à rejoindre celles de Michel Portal & de son ami luthier… les métaphores ne prennent de sens qu’éclairées d’une compréhension intérieure commune. Ballard et Philip K.Dick en sont bourrés de très étranges qui nécessitent parfois d’être apprivoisées. Je vous dédie cette petite histoire avant de partir travailler pour RdC : jeune fille, j’ai fait de l’alphabétisation auprès de populations nomades ou semi nomades, Manouches, Sinti, Roms, Gitans. Je tablais sur Desnos, Marcel Aymé : « Tamanoir, il fait tout noir », les gosses s’esclaffaient et c’était l’occasion d’effleurer la mort à Terezin, la tragédie WW2 qui a décimé les Juifs et beaucoup de Tsiganes d’Europe de l’Est, bien que la mémoire à ce propos soit reléguée, confuse. J’essaie Eluard, « la terre est bleue comme une orange », et pleuvent les sarcasmes outrés : « Il est bête ou quoi? »(sic). Cela avait chauffé avant de pouvoir s’accorder, ne serait-ce que sur les teintes : et pourquoi pas marron? Ou vert, avec toutes ces forêts ? « C’est ça qu’il aurait vu s’il était monté dans une fusée » (sic). Ma fierté, après discussion, c’est de penser que les guêpes aujourd’hui peuvent peut-être fleurir vert sans qu’ils poussent des cris

JC..... dit: 11 mai 2016 à 8 h 36 min

Miles Davis, j’ai du le voir et l’entendre une douzaine de fois et à des époques de jeu différente !….

« un effacement du corps » ! …Laissez moi rire ! L’épouvantable La Rillette a tout juste : raisons techniques assortie de mouvements d’humeur de Miles qui faisait souvent ce qu’il voulait en scène. Comme ça … Jouer dos au public n’était pas sa tasse de thé, il en avait envie, c’est tout et ça ne durait pas !

Tirer des conclusions générales de cet acte peu fréquent est ridicule.

Polémikoeur. dit: 11 mai 2016 à 8 h 37 min

« les guêpes aujourd’hui peuvent peut-être fleurir vert sans qu’ils poussent des cris »
Traduction ?

Annelise dit: 11 mai 2016 à 9 h 24 min

Polé lisez « L’amour la poésie » d’Eluard : La terre est bleue comme une orange (…) « Les guêpes fleurissent vert/L’aube se passe autour du cou/Un collier de fenêtres/Des ailes couvrent les feuilles/Tu as toutes les joies solaires/Tout le soleil sur la terre »
Ils sont fous ces poètes ! Heureusement que notre expert en charcuteries de 8h36 sait les remettre à leur place. Sur ce, ciao

Eriksen dit: 11 mai 2016 à 10 h 02 min

À JC…
J’apportais à Annelise un souvenir d’une seule prestation de Miles Davis et sur un seul morceau : en quoi est-ce une conclusion générale ?
De votre côté, vous dites que Miles était dos au public à cause d’un problème de son ou d’une saute d’humeur : why not ?
« Tirer des conclusions générales » c’est absolutiser une ou plusieurs explications et rejeter le reste. Ce que vous faites…
Je ne vois pas en quoi nos sensations ou opinions sur Miles de dos s’excluent.

Polémikoeur. dit: 11 mai 2016 à 12 h 30 min

Merci, il n’en reste pas moins que,
même sans restriction aucune
pour la licence poétique,
il y a des expressions
qui envoient de drôles
de signaux bizarres !
Peut-être pourrait-il
être permis, si cet Eluard
traînait encore sur Internet,
de lui demander directement
ce qu’il voulait dire ?
Vertuguêpièrement.

JC..... dit: 12 mai 2016 à 7 h 09 min

Je préfère, moi aussi, l’épouvantable La Rillette aux sœurs siamoises Milena et Dora, les monstres échappées de FREAKS ….

JC..... dit: 12 mai 2016 à 16 h 25 min

Bien entendu, je peux vous dire en quoi La Rillette est épouvantable : c’est moi qui décide.

rolando dit: 12 mai 2016 à 16 h 30 min

alors, je peux alors vous répondre que vous êtes une véritable andouille, c’est vous qui l’avez décidé

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