de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Iron Man », la chair et l’acier

Par Sophie Avon

S’il est admis qu’un blockbuster américain, fût-il en 3D, abrite autre chose que ce qu’il montre, alors, « Iron Man 3″ est un film sur le cinéma et ses leurres, sur la comédie et sur ceux qui la jouent. Une telle approche conduit tout naturellement à s’interroger sur l’époque. A quoi ressemblerait un monde envahi par les effets spéciaux, déshumanisé par le virtuel, débordé par la technologie?

Le fait est que du costume à l’armure en passant par le masque et les chausse-trappes du numérique, tout ici ramène à un enfer orchestré par l’inconséquence des hommes. Le film s’ouvre en 1999, à la fin du millénaire.  Tony Stark, alias Iron Man, alias Robert Downey Jr, n’honore pas un rendez-vous sous prétexte d’une soirée galante.  Une dizaine d’années plus tard, un terrorisme insaisissable frappe le pays sous le nom du Mandarin. Qui est cet ennemi? D’où vient-il? Et face à lui, Iron Man aura-t-il la stratégie adéquate pour sauver le monde?

Dans ce grand théâtre d’illusions où le combat entre matière et  virtuel, entre le corps et son double réifié est le seul moyen de valider la réalité, comment ne pas admettre que l’adversaire soit à la fois partout et nulle part, en nous et hors d’atteinte ? Sans parler de ce fameux Mandarin, figure idéale du mal dont on ne peut révéler ce qu’elle cache bien qu’on finisse par s’y attendre, d’autant que Shane Black, réalisateur et co-scénariste de ce troisième volet, a tendance à surligner quelque peu son effet.

« Nous créons nos propres démons » est-il dit d’entrée de jeu – autrement dit nous enfantons nos ennemis, nous engendrons nos pires maux, et plus encore, nous les abritons pour mieux en jouir, comme des névrosés se vautrant dans leurs pathologies ; nous en faisons à l’occasion des récits qui reviennent nous hanter, et quand le réel les incarne et nous persécute, nous sommes semblables à des enfants qui ont peur dans la nuit. Nous créons nos démons et nous nous débattons dans nos angoisses : il faut voir comment Tony Stark flippe quand il se retrouve à des lieux de chez lui, désarmé, sa pauvre carapace d’acier gisant à ses pieds alors que le Mandarin a déployé les grands moyens pour réduire à néant sa demeure et son existence.

Laissons la métaphore pour revenir au cahier des charge du spectaculaire: le film  compte trois ou quatre grandes scènes de combat dont la première est un feu d’artifices d’une rare efficacité. La maison en bord de falaise laissera la place à un grand trou noir, tout comme le précieux laboratoire en sous-sol où Tony Stark peaufine ses armures – quant à Pepper, la compagne de Tony (Gwyneth Paltrow), elle aura à peine le temps de fuir. Iron Man en réchappera aussi, bien sûr, ayant eu le temps de passer son armure, laquelle le catapultera  dans les neiges du Tennessee. Elle lui jouera aussi des tours pendables, ayant parfois du mal à lui obéir et à se rassembler, prothèse indocile dont Shane Black règle les caprices et s’amuse à l’envi.

L’humour fait d’ailleurs pour une bonne part l’intérêt d’un blockbuster qui se veut drôle avant d’être spectaculaire, et même si à la fin, triomphe le sentiment pour ne pas dire le sentimentalisme. Encore qu’il y aurait beaucoup à dire sur ce final en forme de clin d’œil à « Terminator » où dans un concert de flammes, le mal n’en finit pas de jouer les Phoenix face auquel, Pepper, revenue des enfers, se dresse à la façon de Sarah Connor.

Mais la vraie richesse de ce rejeton de la franchise Marvel est d’entretenir, non pas tant les ambigüités, que la distance nécessaire à l’élaboration d’un personnage à cheval sur plusieurs registres. Héros vulnérable, amoureux infantile, narcisse sauveur, clown et partenaire d’un manège dont il feint d’être l’organisateur. Comme lors de cette magnifique scène aérienne où il rattrape en plein air des corps qui chutent, aussi légers que des flocons. Rarement l’image de la fragilité humaine n’aura eu cette dimension poétique.

« Iron Man 3″ de Shane Black. Sortie le 24 avril.

 

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commentaires

2 Réponses pour « Iron Man », la chair et l’acier

Ly dit: 7 mai 2013 à 21 h 29 min

Pas de commentaires sur ce film, pourtant il fait son job ! deux heures de divertissements efficaces !!!

La Reine du com dit: 13 mai 2013 à 14 h 00 min

Oui, parlons-en. Drôle et inattendu que S.A l’ait chroniqué.
Qu’est-ce qu’on aime chez Tony Stark? qu’il soit doué, infantile, regressif, douillet, insensé, génial, pleurnichard. Et sa Miss Moneypenny/Paltrow de Pepper, contrastée à souhait. Cela fonctionne très bien dans les deux premiers. Robert Downey Jr s’y entend. Sa composition(?) est fameuse, jamais très éloignée de Sherlock Holmes.
L’Opus 3 peut-être un peu moins réussi? Ce qui est irremplaçable, c’est cette fantaisie comics, assortie d’une légère tension sexuelle dans les 1 et 2. (La scène initiale où Tony, après moult embarras et précautions, demande à sa secrétaire d’extraire de sa poitrine le réacteur qui lui tient lieu de coeur, possède son petit érotisme foutraque qui fait son effet)
Là, le super méchant (B.Kinsley) en adepte de fumette et de parties fines, incapable de toucher terre et de coller à la réalité assure le pas de côté de l’ironie. Aussi, le gosse qui vient en aide en Iron Man, que Stark n’a pas du tout l’intention en échange de prendre en charge (même si..)Le jeune saligaud ne va tout de même pas le priver de son adolescence attardée au prétexte qu’on est dans un blockbuster! Dieu merci, il reste à Tony ses crises d’angoisse (variations de celles qu’on avait découvertes dans Spiderman, en plus parodique, moins douloureux) Robert Downey n’a pas son pareil pour s’éventer d’un air chochotte. C’est drôle, sans prétention, avec une curieuse mélancolie qui fait mouche.
Autrement le reste du film 3, trop de technicité, trop d’action pure par rapport aux deux premiers. Qu’on aille pas tuer la poule aux oeufs d’or à force de viser le carton.

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