de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Isabelle Huppert

Par Sophie Avon


Dans « La religieuse » de Guillaume Nicloux, adapté du roman de Diderot, Isabelle Huppert interprète une mère supérieure éprise de la jeune Suzanne Simonin (Pauline Etienne).
Rencontre avec une actrice qui joue comme elle respire même s’il lui arrive de respirer sans jouer.

Après Françoise Lebrun, la mère supérieure pleine de bonté, et Louise Bourgoin, la méchante, vous accueillez Suzanne qui vous attire immédiatement…
Je n’ai pas eu l’idée d’un quelque chose de torride, mais plutôt d’un désir direct, avec une forme d’innocence. C’est presque enfantin ce qu’éprouve mon personnage. Je n’ai pas cherché à savoir si c’est quelqu’un qui est habituée à ces transports. Visiblement, elle a aimé Sœur Thérèse avant l’arrivée de Suzanne ; il y a de l’affect qui circule dans ce couvent – mais je n’ai pas cherché à en faire une amazone.
Quelles indications vous a données Guillaume Nicloux ?
Sa manière de travailler a beaucoup influencé mon jeu. Il fait très peu de prises, on ne répète pas, il capte vite et j’ai bien aimé cette façon de faire, cette forme de sécheresse dans le bon sens du terme.
Comment êtes-vous rentrée dans le rôle ?
Guillaume (Nicloux) m’a donné un très beau scenario, ce qui est déjà une bonne façon de rentrer dans un rôle pour une actrice. Et de même que j’ai aimé sa sécheresse, j’ai aimé qu’un cinéaste comme lui, qui a fait des films si différents, se coltine une œuvre littéraire. Je me suis dit que ce serait intéressant. Il en a fait un film sur la violence de l’enfermement, sur une emprise terrible –il se trouve que c’est une emprise religieuse mais cela pourrait être tout autre. Il y a un tel effroi que cela finit par être drôle parfois. A Berlin où le film était présenté, j’ai entendu les gens rire. Je n’ai pas joué cette dimension comique mais elle est présente.
Vous enchaînez les tournages. Vous n’éprouvez pas le besoin de vous recharger?
C’est peut-être là où je vis le plus aisément, sur un plateau. Le reste du temps, je vis aussi, mais je n’éprouve pas le besoin de me recharger.
Comment expliquez-vous cette filmographie prodigieuse que vous avez et qui a commencé très tôt ?
Dès le début, j’ai eu l’idée – ou la chance, comment savoir – de rencontrer des gens, mais je ne sais pas si c’est le fait de ma curiosité, de mon élan, de ma propre chance. Et puis il y a aussi une dimension toute pragmatique : à un moment, vous êtes ou vous n’êtes pas le personnage que le réalisateur cherche. Mais aller vers des cinéastes, c’est d’abord les rencontrer, et parfois, c’est le hasard. Je pense à Bob Wilson qui a été très important dans ma vie d’actrice et que j’ai rencontré par hasard.
Vous avez beaucoup tourné avec Chabrol. Vous tournez de nouveau avec Michel Fitoussi. C’est agréable de tourner avec un cinéaste qu’on connait bien ?
Ah oui, c’est délicieux, c’est comme un serment renouvelé.
Votre passion de jouer est-elle intacte ?
Oui, mon désir d’actrice ne s’est pas modifié, il est toujours très fort, mais vous savez, c’est une affaire entre soi et soi, cela n’a rien à voir avec les autres. Je sais d’où cela vient et c’est si fort que je ne veux pas que cela s’arrête.

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