de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

Jean Rochefort

Par Sophie Avon

Dans « L’artiste et son modèle » de l’Espagnol Fernando Trueba, Jean Rochefort incarne un sculpteur, Marc Cros, qui indifférent aux hommes, dans le sud d’une France en guerre, poursuit sa création et contemple la nature. C’est un film en noir et blanc, brut, austère et malicieux, dont l’acteur de 82 ans dit qu’il fait partie des très belles choses qu’il a encore plaisir à faire. Pour le reste, il ne tient plus à se déranger. Le temps passe trop vite et il a encore trop de désirs.

Quel jugement portez-vous sur « L‘artiste et son modèle » ?

Je trouve ce film essentiel. Il nous fait faire le point sur notre vie moderne, je trouve que cette passion pour l’art, pour le vivant, cette transmission dont il est question entre la jeune modèle et le sculpteur, le regard que les personnages portent les uns sur les autres, je trouve que tout y est fondamental…

Vous voyez-vous comme un artiste ?

Un artiste, j’aimerais, mais je n’y arriverai pas, je mourrai avant.

En quoi les artistes sont-ils essentiels au monde ?

Si toutes les classes sociales étaient concernées par l’art, la société s’en porterait mieux. Si les artistes avaient apprivoisé les gens, s’il y avait moins de snobisme aussi car nous sommes souvent snobs devant une œuvre d’art … Je vais vous raconter une anecdote : je visite à Dinard le centre d’art contemporain et je vois trois seaux avec une goutte qui tombe à l’intérieur. Et je me laisse prendre par ce spectacle quand quelqu’un vient me dire : « Ca, c’est une fuite… »

Etes-vous devenu celui dont vous rêviez ?

Par moments, j’ai eu honte car je ne ressemblais pas à l’adolescent qui rêvait d’être un artiste. J’ai fait des choses lamentables, surtout en Italie où j’ai tourné des films piteux… Alors, maintenant, j’ai de grands rêves artistiques. Oui, j’ai souvent déçu l’adolescent que j’étais et comme je ne veux pas qu’il me méprise, au moment des grandes et dernières énergies, je me retiens de faire de mauvaises choses, j’essaie de ne pas trop accepter les scenarios médiocres.

Vous recevez beaucoup de mauvais scenarios ?

Quand on est français et qu’on a un certain âge, il faut à tout prix qu’on soit rigolo, énergique et révolutionnant les maisons de retraite. Tous les scenarios que je reçois ressemblent à ça.

Comment avez-vous façonné le rôle de sculpteur que vous interprétez dans « L’artiste et son modèle » ?

Je voulais surtout être plausible, tout le temps, en marchant, en sculptant, et j’ai même réussi à me donner quelques années de plus car c’est un homme qui prend son temps et va vers l’apaisement. Et cette jeune fille arrive, elle l’émerveille tellement…

Travaillez-vous votre voix ? Votre rire si reconnaissable et puissant ?

Notre génération a appris à jouer sans micro, en plein air devant 200 personnes… Oui, cela s’apprend. Mais mon rire, non !

Vous parliez de notre vie moderne en début d’entretien…

Oui, tout avance toujours, c’est normal – mais là, ça va trop vite et je voudrais que notre contemporanéité ne nous fasse pas oublier le bonheur de l’ennui, de la contemplation, du plaisir d’être au monde. C’est pour cela que ce film est une pépite.

Avez-vous le regret inconsolable du Don Quichotte de Terry Gilliam ?

Non ce n’est pas du tout un regret car je ne m’entendais pas avec Terry Gilliam. Je ne le sentais pas à vrai dire, on ne se serait pas du tout entendus si mon corps ne m’avait prévenu en me lâchant. Le cheval que je montais n’avait pas mangé depuis 40 jours pour ressembler à Rossinante et d’ailleurs il est mort deux jours après mon accident. Je le savais mais j’avais fait allégeance. C’est pour ça que je n’ai aucun regret.

Tout de même vous auriez fait un Don Quichotte idéal…

Non parce que Terry Gilliam ne voulait pas que je le joue comme je voulais le jouer.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans un scenario ? L’histoire ? Le personnage ?

C’est l’œuvre, pas le personnage.

Quels sont, d’après vous, les grands films que vous avez tournés ?

Les comédies que nous avons faites avec Yves Robert sont pour moi de petits chefs d’œuvre dans le genre. « Un éléphant, ça trompe énormément », « Nous n’irons pas au paradis »… Ces films-là étaient plus audacieux qu’on ne le pense. Quatre copains dont un se révèle homosexuel, dans les années 70, ce n’était pas rien. Et puis il y a eu « Le crabe-tambour », « Tandem », « Un étrange voyage » d’Alain Cavalier…

Est-ce vrai que les rôles de salauds sont les plus amusants à jouer ?

Ah oui, j’ai fait «Barracuda » qui n’était pas très réussi mais j’y étais un tortionnaire et j’ai adoré ça ! J’aurais bien aimé recommencer. D’ailleurs sans moustache, je ressemble au vrai salopard que je suis, je vous assure…

Justement, elle date de quand cette moustache ?

Quand je jouais « Le misanthrope » pour la télévision, j’avais une fausse moustache mais j’avais peur de la perdre si bien que je l’ai laissé pousser et je ne l’ai plus rasée depuis, sauf pour « Ridicule »…

Comment vous dirige-t-on quand on est réalisateur et d’ailleurs, vous dirige-t-on ?

J’ai horreur de cette expression, la direction d’acteur. Comme disait Schoendoerffer, on ne dirige pas les acteurs, on les inspire…

Y a-t-il des réalisateurs avec lesquels vous aimeriez tourner ?

Arnaud Desplechin, Alain Cavalier encore quand il veut, Jacques Audiard.

Pascale Ferran, Claire Denis?

Claire Denis, oui, pourquoi pas ?

 

 

 

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