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La République Du Cinéma

Judd Apatow, famille je vous hais

Par Sophie Avon

Ceux qui adorent son humour régressif en seront peut-être pour leurs frais. Ceux qui au contraire détestent les blagues de potache à tendance pipi caca pourraient bien s’attacher à « 40 ans: mode d’emploi », la dernière comédie de Judd Apatow. Pourquoi? Parce que si l’auteur de « En cloque, mode d’emploi » aime toujours autant s’amuser des tabous liés aux fonctions du corps, c’est au service d’un film à la fois hilarant et mélancolique.
La jeunesse est encore là, mais sur le point de se faner, et le couple, ce drôle de rempart contre la solitude, est plus que vacillant. Soyons francs: après quelques années passées ensemble, on peut s’aimer, le savoir, et rêver de la mort accidentelle de l’autre comme d’une délivrance… On peut s’aimer et voir son désir en berne, on peut s’aimer et s’ennuyer avec l’autre, on peut s’aimer et s’engueuler sans arrêt, au point que les enfants semblent n’avoir appris que cela de leurs aînés: la dispute. Bienvenue dans la famille moyenne. Bienvenue dans l’Amérique contemporaine, bourrée d’énergie et de névroses.
Debbie et Pete (Leslie Mann et Paul Rudd, formidables) forment un couple en apparence idéal. La quarantaine agréable, deux filles mignonnes même si l’aînée entre dans l’adolescence d’une voix suraigüe, revendicative et hurlante. Ils ont des amis, des parents, tout ce qu’il faut, et même des ennuis d’argent. Elle a un coach, entretient son corps, veut qu’on lui fête ses 38 ans quand elle en a 40. Il a beau lui dire: « Tu ne vas pas devenir comme ces femmes terrorisées par l’âge », elle est partie pour ça. Angoisses courantes au mitan de la vie et au cœur d’une société qui s’évertue à repousser la mort, la maladie et la vieillesse. Elle lutte. Il transgresse. Elle aussi d’ailleurs, qui fume en cachette tandis qu’il avale des gâteaux devant la poubelle en prétextant qu’il va jeter la boîte. Ils se mentent. Il lui ment davantage sans doute, pour éviter qu’elle l’engueule, ce qui produit l’effet inverse, bien sûr, puisqu’elle le devine.
C’est là que le père de Pete entre en scène, vieil enfant calme qui pille allègrement son fils et inverse l’ordre de l’héritage en devenant son débiteur. Le génie de Judd Apatow est d’affronter la crise familiale à l’échelle d’une guerre ravageant tout : le couple, la tribu, la filiation, et partant, le vaste pays de nos effrois. En se servant du moteur le plus élémentaire qui soit, le règlement de comptes – moteur de western s’il en est -, l’auteur de « 40 ans, toujours puceau » ausculte avec une ironie cinglante la famille nucléaire, la famille élargie et tous ceux qui la peuplent. C’est décapant et bouleversant.
Sortie le 13 mars.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

2 Réponses pour Judd Apatow, famille je vous hais

fc dit: 4 avril 2013 à 17 h 57 min

Les critiques americains n’ont pas ete tendres avec ce film et ne sont pas alles tres en profondeur. Cet article me donne envie de donner une chance a ce film. A noter que Paul Rudd, il n’y a que 2 ou 3 ans, jouait le jeune amant de Michelle Pfeiffer dans une comedie au theme cougar. Etait-il vieux pour ce role ou jeune pour celui-ci?

Pussy Pussy dit: 12 avril 2013 à 23 h 45 min

Judd Apatow incarne le paradoxe français. Tous les producteurs le citent en exemple comme la référence d’une comédie décomplexée et intelligente, mais aucun d’eux n’oserait développer un projet tel qu’il les écrit face à la pusillanimité des guichets de financements. Ah, exception culturelle, quand tu nous tiens…

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