de Annelise Roux

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La République Du Cinéma
)

Julie Bertuccelli: « Que le monde entier soit là »

Par Sophie Avon

Durant une année scolaire, la cinéaste Julie Bertuccelli a planté sa caméra dans une classe d’accueil d’un collège parisien. Elle a filmé les adolescents de la classe de Brigitte Cervoni, venus des quatre coins du monde pour apprendre une nouvelle langue et un nouveau pays après avoir quitté le leur. Le résultat est superbe, vivant, poignant. C’est une arche de Noé qui donne une idée du monde tel qu’on le rêve et dont ces tout jeunes gens, joyeux et vibrants, sont la promesse. 

Comment avez-vous eu l’idée de ce film?

Cela fait longtemps que je m’intéresse à la problématique des étrangers. Moi même, je ne me sens pas entièrement française et j’ai déjà évoqué la question à travers mes films. Il se trouve que j’étais présidente de jury dans un festival où j’ai rencontré l’enseignante Brigitte Cervoni et sa classe d’accueil qui avait réalisé un film. Ces gamins avaient l’air hyper soudé et donnaient une image du monde en plus de représenter la jeunesse. L’année suivante, je me suis renseignée sur le sujet,  et je suis allée dans la nouvelle classe de Brigitte Cervoni parler de mon métier.Il y avait beaucoup d’enfants et une grande variété de pays représentés. Du coup, on a très vite engagé le film avec ma productrice. L’année était déjà entamée. Il fallait des autorisations, à commencer par celle de la classe. Il fallait que tous acceptent. Ils ont été unanimes. Même le principal du collège nous a fait confiance.

Est-ce que la caméra modifie le comportement des enfants et comment évite-t-on cela?

Je ne crois pas que la caméra les a changés. J’étais avec eux bien sûr, je n’étais pas cachée, mais si on n’oublie pas la caméra, on s’y habitue. Au début, il y avait des regards vers l’objectif, des gamins qui cabotinaient un peu mais dans ce cas, j’arrêtais, j’expliquais. Je n’ai jamais senti que la caméra les affectait d’une manière ou d’une autre. Brigitte Cervoni avait l’air de dire que cela ne changeait pas grand chose à leur comportement.

Vous avez eu du mal à trouver le financement?

Oui, cela  a été très difficile. Peut-être que j’étais partie trop confiante. Les télévisions ont refusé de faire le film mais finalement, c’est grâce à ça qu’il sort en salle. Reste qu’il est rare qu’une productrice prenne autant de risque. Le manque d’argent a affecté jusqu’au montage et vu qu’il y a environ une centaine d’heures de tournage, c’était un gros montage. C’est là que Pyramide (le distributeur) est arrivé – et cela a été un petit miracle.

Justement, comment on arrive à mettre en ordre tant d’heures de tournage?

A l’instinct. Je me suis rendu compte assez vite du film que je faisais: je voulais rester dans la classe, ne pas réaliser de portraits isolés, faire que le monde entier soit là. Je voulais une narration sans commentaire, sans interview. A la limite, c’est de la fiction. Il faut qu’il y ait des choses entre les lignes, il faut qu’on comprenne tout grâce aux dialogues. Il y a des fils narratifs qui s’imposent mais le dispositif est un peu risqué. On se dit toujours: et s’il ne se passe rien? Brigitte Cervoni leur posait des questions par thèmes, cela aidait.

Dès le tournage j’ai pensé au montage. Il y a des élèves qu’on voit davantage que d’autres, c’est normal, il y en a qui parlent plus, ou qui sont plus « photogéniques », mais on les voit tous. Je ne voulais pas aller trop loin dans leur intimité, je voulais les filmer au travail, pas chez eux ni à l’extérieur.

Il y a des exceptions pourtant…

Oui, il y a la scène de la piscine notamment. Je me disais que c’était un espace intéressant pour des ados. Et il se trouve que Rama a eu un vrai problème face au bassin. Son personnage s’est vraiment dessiné là. En fait, je ne voulais aucune scène d’illustration mais que chaque fois, elles fassent avancer le récit ou qu’elles définissent les personnages.

Est-ce que vous avez suivi les élèves après?

Oui, je les ai suivis un peu. Les classes d’accueil, ça marche dans l’ensemble, chacun fait sa route. Maryam, la Lybienne, est partie à Verdunb et a du redoubler sa seconde et Rama a redoublé sa quatrième, mais voilà, elles ont tracé leur chemin malgré tout. Quant à Xin, la petite Chinoise, elle s’est épanouie en cours d’année. Elle a eu une trajectoire magnifique.

On ne voit jamais le professeur, Brigitte Cervoni, mais elle a un rôle important…

Elle a l’art de mettre en valeur les talents de chacun. Elle arrive toujours à trouver la bonne distance. Elle est très calme, elle attend que tout le monde soit là, chuchote pour qu’on l’écoute. Elle donne beaucoup d’amour sans être maternelle. Elle apporte aussi beaucoup d’éléments pour l’apprentissage pur de la langue. Elle aime encourager les élèves et elle a un détachement très sain par rapport aux notes. Pour elle, les notes ne sont pas là pour sanctionner mais pour évaluer, pour vérifier où chacun en est. Elle laisse jaillir la parole et favorise les interconnections entre les adolescents – et en même temps, elle parvient à contenir les vagues. Oui, le film tient beaucoup à elle. Pour ces professeurs-là, la classe d’acceuil est une expérience si forte et si gratifiante qu’ils sont plus libres, plus ouverts. Cela dit, des classes heureuses, ça existe partout. On n’en parle jamais mais il y en a!

On pense à « Etre et avoir » de Nicolas Philibert et à « Entre les murs » de Laurent Cantet. Y avez-vous pensé?

Ce n’est pas tant un film sur l’école que sur la vie ensemble. Non, je n’ai pas pensé à Nicolas Philibert ou à Laurent Cantet ou à « La loi du collège » de Mariana Otero – il y a tellement de films sur l’école. J’ai essayé de réaliser mon propre film et je crois qu’il n’est pas comparable. C’est comme si on comparait deux westerns …

« La cour de Babel » de Julie Bertuccelli. Sortie le 12 mars.

 

 

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commentaires

21 Réponses pour Julie Bertuccelli: « Que le monde entier soit là »

JC..... dit: 12 mars 2014 à 19 h 34 min

Un western scolaire de plus … ! Pour connaître le milieu et le problème posé à résoudre, on « semble » avoir gardé le meilleur, mis le pire sous le tapis….

Des vitraux de cathédrale colorés, ça aide à croire.

la Reine du com dit: 12 mars 2014 à 19 h 43 min

J’avais aimé Depuis qu’Otar est parti. La Géorgie sans doute (tendance à m’hypnotiser), mais pas que?
Belle itw, SA.
Je crains beaucoup en revanche ce que vous aurez à chroniquer quant à Monuments men, vu hier, qui m’avait alléchée en pensant à quelque Ocean 12 ou 13, et qui en fait ne s’avère pas très bon… John TheGarden, mon Dieu! Pardonnez-lui car il ne sait toujours pas ce qu’il fait. Clooney pourtant manifestement intelligent, Bill Murray avec son habituelle tête de vieille marmotte ensuquée entre Un jour sans fin et Lost in translation – plus fort que moi, je l’aime toujours autant – Damon en petit rondouillard tel qu’on l’affectionne, les autres pris séparément, bons aussi, et puis…et puis…et puis, comme disait Daniel Darc, rien!

Béhémoth dit: 12 mars 2014 à 21 h 48 min

« Cela fait longtemps que je m’intéresse à la problématique des étrangers. Moi même, je ne me sens pas entièrement française et j’ai déjà évoqué la question à travers mes films. » …

Une femme,
un métier,
une chance de s’affirmer.

Bravo!.

xlew.m dit: 13 mars 2014 à 10 h 29 min

Il y a une vingtaine d’années j’ai fait partie d’une « équipe pédagogique FLE (français langue étrangère) » dans un collège du sud de l’Oise, j’ai retrouvé des rires et des visages qui m’ont paru familiers dans le film, même si le public scolaire (pour reprendre les termes de l’éducation nationale) de l’époque était sûrement différent (jeunes réfugiés du Pakistan, de Turquie, du Kurdistan, qui se frittaient souvent mais dans les limites d’une étonnante courtoisie). Il y avait des souffrances quelquefois palpables (une jeune marocaine perdit à quelques mois d’écarts un cousin puis son frère, noyés dans les étangs piégeurs aux courants glacés de Saint-Leu d’Esserent, une fille vit un jour débarquer son père chez la principale car c’était l’heure de la marier ; son soupirant venait d’arriver et était pressé de repartir au pays avec sa promise) d’autres cachées (le sport chez les jeunes musulmanes) mais aussi des moments d’extraordinaire amitié et peut-être de « bonheur ». Les jeunes adoraient la langue anglaise (le système éducatif français mettant un point d’honneur à imposer le même cursus pour tous), le prof étant considéré d’emblée comme l’un des leurs. Je notais les interros avec des lettres (De A à D), le niveau étant très disparate. Dans mon souvenir c’était en effet des « classes heureuses », lorsqu’on avait réussi à inspirer que le travail primait tout, cela devenait presque divin, on avait hâte de retrouver sa classe le lendemain matin. Il y avait bien aussi tout un petit cortège d’histoires, jamais sordides, qu’il fallait apaiser au jour le jour, personnellement les jeunes m’ont beaucoup appris, les témoignages des enseignants du film me parlent beaucoup, les choses ont l’air d’avoir changé en mieux.

Jacques Barozzi dit: 13 mars 2014 à 13 h 24 min

Le film est très émouvant, en effet, xlew.m, malgré un effet chromo du style « si tous les gars du monde… »

Julia Bertuccelli, c’est la fille de son père, qui vient de mourir ?

la Reine du com dit: 13 mars 2014 à 14 h 28 min

Jacques, oui, je crois que Julie B. est la fille de ce père-là, en effet. Une nécro d’une grande tendresse (le jour de l’enterrement d’Alain Resnais?), sur laquelle je suis tombée par hasard, dans un journal que je feuilletais dans le train parlait même d’un père et grand-père « aimé », ou « chéri », je ne sais plus – enfin, vous avez compris.
xlew.m, votre post d’un humanisme simple qui respire la sincérité m’a projetée dans votre classe et me donne encore plus envie de découvrir celle filmée par Julie Bertuccelli.

xlew.m dit: 14 mars 2014 à 16 h 30 min

Je pense que le film vous plaira Reine car en effet l’humanisme est présent dans cette classe, on y fait pas de l’humanitaire, on y étudie . C’est extraordinaire pour un enseignant de pouvoir faire aimer sa matière, cela participe à de beaux développements humains des deux côtés de la barrière, chez les enseignants comme chez les élèves. On le voit bien dans le film, la jeune Xin, mutique en septembre, s’épanouit au fil des semaines, Sophie en parle d’éloquente façon. Je ne sais pas si elle évoquera sur son blog le film de Clara Bellar « Être et Devenir » qui devrait sortir en mai, et qui propose une autre vision de la manière de penser l’école (le système alternatif de l’éducation à la maison, les fameuses classes orchestres, etc.) À regarder le film je me demandais si le fait d’être « étranger » à une langue n’était pas en fait l’un des secrets d’un accès presque magique à la culture d’un pays et à la connaissance en général, je plaisante à peine…
Bien sûr, les difficultés en amont (et en aval) et même en hors champ existent, J. Bertucelli laisse saisir tout cela. Dans mon expérience, les élèves avaient quelquefois un passé familial très pesant (un élève pakistanais réfugié avait vu son père battu dans la rue puis torturé dans une cave) et des conditions de vie matérielle difficiles.

la Reine du com dit: 14 mars 2014 à 18 h 35 min

Ce que vous énoncez xlew, au contraire très pertinent, sur cette attraction de ce qu’on n’a pas, pourquoi peut-être les étrangers, ou quelquefois les fils de pauvres ont pour l’apprentissage, l’éducation, l’école, une inclination que d’autres ont parfois un peu perdue?
Et puisque je vous lisais tt a lh en riant, chez Nils Ahl qui écrit des notes décidément très fines, c’est une chose qui m’a toujours ennuyée chez Proust, cette idée, vous savez, que le désir naît uniquement de ce qui se dérobe – l’histoire avec Emmanuel Berl, etc.
Je trouve cette version l’indice d’une conception tellement gâtée, mondaine…elle m’agace assez. Dans le fond je ne vois pas pourquoi en effet désir de la langue, amour de l’apprentissage ne seraient pas accrus, dopés, au contraire, chez ceux qui n’auront pas eu à se battre pour y accéder. Je trouve l’attitude inverse snob, un peu vulgaire, voilà.
Et pour conclure sur Albertine menottée à Nils dans cet avion volant dans notre esprit un peu comme le Hollandais du même nom, continuant et continuant encore, je ne voudrais pas vous décevoir, mais je crois ne m’être jamais écrié « finissez ou je sonne » au moment où on m’embrassait, n’avoir jamais non plus dansé avec une quelconque Andrée – des Louise, Marie ou Kate, sait-on jamais, mais Andrée, non, je suis sûre -, pas plus que je n’ai continué de monter à cheval, hélas (moi qui aimais tant ça!), après une chute dont j’ai justement eu peur qu’elle finisse mal.
Mais bah – vous avez raison et peu importe ces réalités. L’imagination en triomphe toujours, d’autant mieux qu’elle parle d’elles, en livre un essentiel parfois plus clair qu’elles ne sauraient le faire elles-mêmes.

la Reine du com dit: 14 mars 2014 à 18 h 51 min

…je me demande d’ailleurs si en ces temps de pénurie affective généralisée, d’absence d’appétit tous azimuts, manque d’enthousiasme, mines dégoûtées, pattes qui traînent etc, il ne serait pas bon de mettre sur pied un postulat inverse, qq chose du genre « commencez, ou je sonne! », voyez?
La piste ne me paraitrait pas intéressante, dans pas mal de domaines.
Sur ce, au-revoir pour quelque temps, petite quinzaine après laquelle je reviendrai refaire un tour, non seulement du côté de chez Swann mais des Républiques, Livres, Séries, Cinéma & autres

puck dit: 14 mars 2014 à 20 h 40 min

c’est François Begaudeau qui avait écrit « entre les murs », après ils en ont fait un film, le film a eu du succès, et avec l’argent gagné il a voulu acheter un club de football, le fc Nantes, l’humanisme commence dans les classes et finit dans les stades de foot.

l’humanisme est une chose.
les leçons d’humanisme en sont une autre.
les leçons d’humanisme sont en soi souvent plus intéressantes que l’humanisme en soi.
à la page 52 de ses oeuvres complète d’Heidegger on peut lire : « la motorisation totale de la Wehrmacht constitue un «acte métaphysique» ».
et question métaphysique ce type s’y connaissait, question humanisme aussi il a même pondu un bouquin sur ce thème.

l’humanisme est en soi devenu la plus grosse tarte à la crème de notre époque, les leçons d’humanisme en sont la pâte.

le passage le plus émouvant du film d’Anderson, « le Grand Budapest » c’est quand Zero écrit à Agathe : de Z à A, autrement dit de A à Z, en fait c’est un clin d’oeil d’Anderson à un écrivain de la mittleuropa, de Trieste, Svevo : d’Ada à Zeno c’est pareil, de A à Z, histoire de passer tout l’alphabet en revue, le même qu’on apprend à l’école, de A à Z, mais ça aucun critique ne l’aura remarqué….

à ce rythme à l’évidence il va bientôt nous rester que l’humanisme et ses leçons, d’un côté des politiciens cupides et corrompus, des chômeurs, des déficits budgétaires, la misère sociale, la violence urbaine, les hôpitaux asphyxiés, des profs qui asphyxient dans leur garage au co2 tellement ils pètent les plomb, des riches qui s’enrichissent et das pauvres qui s’appavrissent…
et de l’autre ploum ploum ploum… des leçons d’humanisme histoire de faire passer la pilule.

l’école pour humaniser le peuple, on avait déjà la philo pour endormir les gens, leur apprendre à ne pas broncher, maintenant on a les leçons d’humanisme….
depuis que les églises ont fermé on prend ce qu’on trouve…

la domestication des individus est une chose, mais il ne faut pas croire qu’il n’arrivera pas un jour où ça pétera, parce que l’humanisme pour endormir les gens c’est sympa mais jusqu’à un certain point, faut pas pousser le bouchon trop loin, sinon l’humanisme vous revient dans la tronche avant même de l’avoir vu venir…

xlew.m dit: 14 mars 2014 à 22 h 40 min

Vous savez Puck la petite claque que l’on met au terme « humanisme » est devenu un « mème internet », on rencontre cela partout de nos jours et on a tous plus ou moins donné dans ce sens. Je pense que l’exigence humaniste, lorsqu’on parle de l’école, est quelque chose que l’on ne peut se permettre de moquer gentiment. Les enseignants qui font aimer un beau texte du répertoire classique de la littérature française, cela n’a pas de prix. Les élèves qui se passionnent pour le codage informatique sont souvent de grands amateurs de ces textes (on ne compte plus les développeurs et codeurs de langue française chez Google), pour eux la notion « d’humanités », d’humanisme, est quelque chose qui leur parle. Beaucoup plus que chez les centaines de milliers d’étudiants qui depuis des années choisissent les filières « sociétales » ou psychologiques. eux ne s’embarrassent plus forcément des grands chefs d’oeuvres, ils ne recherchent plus leur compagnie ni leur intimité, contrairement à d’autres jeunes personnes, plus curieuses et en attente d’espaces mentaux différents, de distance dans le temps, etc., bien utiles pour exercer leurs facultés intellectuelles, et bien d’autres choses encore. Bon, vous, on vous connaît un peu, vous n’accordez rien à la littérature et c’est votre droit. Cela ne fait pas de vous un anti-humaniste.
L’échec de Bégaudeau ne sauvera peut-être pas le FC Nantes qui paraît singulièrement en panne d’inspiration en ce moment. Djordjevic se regarde jouer. Là aussi, lorsque le football cesse d’être un humanisme, il devient un vulgaire psychologisme à l’image de n’importe quel autre sport qui renie ses fondamentaux.

puck dit: 15 mars 2014 à 1 h 03 min

xlew je vois ce que vous voulez dire quand vous parlez de claque, effectivement nous avons l’occasion de trouver pas mal de versions de claques mises au mot « humanisme », dont la plupart relèvent du cynisme glorieux ou de la moquerie.
un autre aspect de cette claque appartient à ceux qui ont le sentiment de le prendre dans la figure, on y trouve là plutôt les mélancoliques de voir ce qu’est devenu ce mot « humanisme », une définition actuelle serait : humanisme, forme de slogan vide de sens servant à considérer ses utilisateurs comme se positionnant d’emblée du bon côté du manche.
Pour ce qui est de la littérature c’est vrai que j’aime bien écouter parler nos écrivains, je les écoute avec un chronomètre à la main et je mesure le temps qu’ils vont tenir avant de balancer le mot « humanisme », certains (je vous le concède) arrivent à tenir au moins dix minutes avant de nous le jeter à la figure.
Nous avons réussi à bannir le mot « progrès » de notre lexique, pourquoi ne pas en faire de même avec le mot « humanisme », le laisser se reposer un peu, histoire de reprendre des forces, Cioran disait un truc à ce sujet, sur l’épuisement de certains mots, ou en faire usage en toute conscience, un peu comme ces musiciens du Titanic qui continuaient à jouer des valses pendant que le bateau coulait, c’est comme au cinéma une histoire de plan, j’imagine bien que lorsqu’une caméra est confinée dans une salle de classe, avec des élèves et un professeur nous trouvons le reflet d’un monde particulier, avec l’héritage, la transmission, la dette, comme chez Zweig (pas celui d’Anderson l’autre) et nous pourrions y déceler quelques traces de cet humanisme, j’ai vécu au milieu de personnes qui ont voulu agir à leur niveau, pensant que si chacun agissait « à son niveau » alors cela ferait effet boule de neige, ou effet avalanche (c’est selon), je veux bien croire que la bonté des hommes persiste encore, qu’il serait possible de faire des milliers de films et de livres sur ce sujet, dans les écoles, les hôpitaux, pour aisément prouver cette persistance, et que, lorsqu’on nous apporterait la preuve de cette persistance, alors nous pourrions encore trouver en nous la possibilité d’une foi dans les hommes, mais xlew je crois qu’il nous faut garder à l’esprit que si cette caméra s’éloigne de son objet, si le plan s’élargit, ce que nous découvrons alors risque fort d’ébranler cette foi, non pas qu’il faudrait brutaliser ces artistes en leur demandant d’élever leur caméra vers le ciel pour faire un plan élargi sur ce monde, ou demander leurs intentions, ce qu’ils essaient de prouver, ou de se prouver, ni leur reporcher leur optimisme, leur évangélisme, non plus de demander à ces artistes de savoir distinguer le réel de la réalité, non ce qu’il faudrait juste c’est demander un moratoire sur l’usage du mot « humanisme », juste le temps de réfléchir deux secondes à la situation de notre bateau, le temps d’en discuter avec le commandant de bord, et aussi de prendre la température de l’eau, je vous assure xlew si les gens gens savaient combien l’eau glacée n’est pas agréable il réfléchira à deux fois avant de zigzaguur au milieu des icebergs.

Jacques Barozzi dit: 15 mars 2014 à 9 h 59 min

La Reine, vu hier, faute de mieux, « The Monuments Men ». On dirait « la Grande vadrouille » mais dans le genre sérieux, sans le comique de situation. Et au bout du compte, Clooney y est bien moins sexy que de Funès !
Coincés entre les méchants Allemands et les méchants Russes, seuls les bons Américains s’en sortent avec tous les honneurs, l’Anglais et le Français de la joyeuse bande de ces justiciers culturels « humanistes » n’auront pas cette chance…
Cinéma ou propagande, café ou soupe, il faut choisir !

puck dit: 15 mars 2014 à 11 h 35 min

les américains ont sauvé les tableaux des maitres anciens ? européens ? comme à Bagdad ?

c’est vrai que l’image de l’allemand passant un Rembrandt au lance-flammes nous dit quelque chose, pas seulement du type qui tient le lance-flammes lui qui n’a sans doute pas eu la chance d’avoir Madame Brigitte Cervoni comme maitresse d’école quand il était petit garçon mais quelque chose de plus métaphysique, du devenir européen.

si Clooney avait plus qu’un grain de café en guise de cerveau il saurait que les américains ont bien profité de l’occasion pour remplir leurs musées, le moma, le Getty et un tas d’autres musées sont remplis de tableaux piqués par les américains.

vaut-il mieux passé un Van Gogh au lance flammes plutôt que l’avoir dans un musée américain pour touristes européens ?

après tout les musées sont un des hauts lieux de la compétition, d’un côté les grands y connaissent le succès et la réussite, dans les grandes pièces bien éclairées, attirant le public, et de l’autre les petits, les faibles, relégués dans les coins obscurs qui ne voient jamais passer personne, l’esprit de l’Art et de la Culture est d’essence libérale, les musées sont à l’Europe ce que Wall Street est à l’Amérique.

puck dit: 15 mars 2014 à 11 h 43 min

j’aime bien l’idée de la réussite de la chinoise et de l’échec de la libyenne, nos classes d’écoles semblent être un concentré de la situation du monde, dit-elle dans son film ce que deviennent les petites serbo-croates, les roumaines, les marocaines, les congolaises, les portugaises, les malaisiennes, les taïwanaises et les javanaises ?

puck dit: 15 mars 2014 à 11 h 56 min

la fin de l’article sur le film d’Anderson est magnifique : « On y approche des mondes ensevelis et des menaces contemporains, des airs de guerre et des mariages célébrés au-dessus du vide. On s’y amuse beaucoup et pour un peu, on pourrait y pleurer une époque qu’on n’a jamais connue. »

faut-il pleurer cette époque ancienne que nous n’avons pas connue ?
comme ce n’est pas Finky qui pose cette question il ne s’agit pas d’une espèce de nostalgie maurassienne anti moderne pour un passé magnifié.

le mieux aurait été de poser la question à Julie Bertucelli : que pensez-vous des mondes ensevelis et des menaces contemporaines ? des airs de guerre et des mariages célébrés au-dessus du vide ? Ne pourrait-on pas pleurer une époque qu’on n’a jamais connue ?

JC..... dit: 17 mars 2014 à 8 h 53 min

« Je pense que l’exigence humaniste, lorsqu’on parle de l’école, est quelque chose que l’on ne peut se permettre de moquer gentiment. »

Gentiment n’est effectivement pas le mot juste. Il faut se moquer vigoureusement et envoyer à la poubelle ces gens qui ont vidé de sens un mot qui eut une belle signification.

Croire aujourd’hui à « l’humanisme » est une somptueuse foutaise.

la Reine du com dit: 17 mars 2014 à 15 h 28 min

Oh que oui, JC, croire à l’humanisme aujourd’hui est une somptueuse foutaise. C’est pourquoi il faut y aller, redoubler d’efforts afin d’emplir de nouveau de signification, de sens et de contenu ce vocable devenu aussi creux qu’une baudruche percée d’un coup d’épingle, fripé comme la vieille gangue d’un fruit qui aurait pourri. C’est Grossman (Vassili, pas David) qui dit ça avec le Bien : comme quoi il n’y croit plus – avec quelque raison – mais substitue à cela une croyance en la bonté, au concret quotidien. Un exercice rude, exigeant. Le contraire d’une démission mièvre, ou de ce relativisme qui voudrait se réfugier derrière le « tout à jeter » pour ne pas en fiche une rame. Ce que dit Xlew 14 mars, 16h30, me séduit. J’irai voir le film de Julie Bertuccelli.

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