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La République Du Cinéma

Julie Delpy, Ethan Hawke et Richard Linklater sont de retour

Par Sophie Avon

Ils se sont connus dans « Before sunrise », au milieu des années 90, à Vienne, au cœur de cette Europe qui restera le berceau de leur attraction. Elle, Céline, la petite Française et lui, Jesse, l’Américain charmant. Ils se sont retrouvés à Paris, à l’aube du XXIe siècle, dans « Before sunset » – et le sortilège a repris. Comment se quitter quand on a tant de choses à se dire et à partager ?

Marcher et parler, c’est le luxe des amants promis au grand amour. Depuis, ils ont eu des jumelles et affronté ensemble le quotidien. Ils ont atteint la quarantaine et forcément grandi.

Le fils que Jesse avait eu avec une autre femme a grandi, lui aussi, c’est un adolescent américain qui vit avec sa mère et vient passer ses vacances chez son père, sa belle-mère et ses demi-sœurs. Il suffit qu’il reparte, gentil mais vaguement absent comme peuvent l‘être les ados pour que Jesse s’inquiète et se sente incompétent. Chez Richard Linklater – auquel il faut associer ses acteurs, Julie Delpy et Ethan Hawke qui façonnent les personnages de cette désormais trilogie -, les adultes ont tendance à se trouver incompétents.

Mauvais parents, infoutus de réveiller leurs fillettes endormies à l’arrière de la voiture pour leur montrer les ruines de cette Grèce éternelle où ils roulent. « Quand on retournera à l’aéroport, on s’arrêtera », dit Jesse à Céline pour laver les scrupules. Mais le remords le taraude en secret, lui qui a laissé son fils devant sa porte d’embarquement, et n’en finira pas de se reprocher de n’être pas assez présent à son côté.

La Grèce n’est pas indifférente bien sûr au climat de ce troisième volet où si l’amour est au centre de chaque échange, comme il l’était dans les deux premiers volets, c’est à travers un filtre autrement plus inquiétant et dont la permanence même de l’entreprise donne son poids : celui du temps.  « Before midnight » est une œuvre sur le passage et sur l’inquiétude de cette traversée, les comédiens en font foi qui ont imperceptiblement vieilli et donnent une émouvante vérité au grand récit de leur amour. Puisqu’il est dit, là encore, que le langage et l’art de l’échange fondent l’architecture du film : quatre conversations longues et pleines, filmées en plan séquence (ou presque), sous le regard des dieux et de la mythologie.

De retour de l’aéroport, Céline et Jesse regagnent la villa magnifique qui surplombe la mer. Ils y ont passé un merveilleux séjour et s’y attardent encore un peu en compagnie de leurs hôtes, Patrick, un vieil écrivain et sa femme, et de deux autres couples. A table, le petit aréopage discute, se raconte, évente quelques secrets d’alcôve, refait le monde, entre banquet platonicien et mise en commun des identités brassée par la langue anglaise. Jesse est écrivain lui aussi – dans « Before sunset » il présentait son dernier roman -, mais de toute évidence, ce n’est pas la fiction qui intéresse Richard Linklater, lequel préfère les petites choses du quotidien, la façon dont une conversation s’oriente, bascule, dérape et éventuellement, produit du conflit ouvert sur un conflit larvé. Le discours amoureux le passionne tout autant, qui pareillement relève de la construction inconsciente et de la dérive des humeurs. C’est ainsi qu’au pic de leur désir et tandis qu’ils s’en vont par les chemins, après dîner, vers
un hôtel de charme qu’on leur a réservé en guise de cadeau, Jesse et Céline se livrent tendrement, évoquent la condition des hommes – « on ne fait que passer » – et se réjouissent des années qui leur restent, 56 ans au bas mot s’ils font comme les grands-parents de Jesse.

Ils arrivent au crépuscule, devant la mer du Péloponnèse où le soleil plonge derrière la colline. « Toujours là, toujours là, toujours là, disparu … » murmure Céline la gorge serrée.

On peut aimer et respirer au quotidien, connaître les soucis domestiques, les agacements d’une vie de couple et les angoisses des parents sans oublier que notre condition est mortelle. A l’instar du crépuscule que la nuit recouvre.

Est-ce la Grèce, la beauté des vieilles pierres, le poids des dieux ? « Before midnight » ne déroge pas à ses règles formelles ni à ses petites guerres sentimentales et pourtant, l’intimité ici, acquiert la dimension d’une odyssée. Une odyssée gouvernée par des parents anxieux, des amants vulnérables, des êtres jaloux qui se promettent d’avancer en capitaines quand ils parviennent à peine à se réconcilier entre deux disputes. Ils n’en sont pas moins braves et attachant. Le talent de Richard Linklater et de ses comédiens est dans cette façon de contempler dans un même élan la cime du monde et ces pauvres soutiers qui s’accrochent à la vie comme ils peuvent. Rien n’est plus admirable que leurs pas de Sisyphe condamnés à reprendre toujours le chemin du bonheur conjugal. Ou pas.

« Before midnight » de Richard Linklater. Sortie le 26 juin.

 

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