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La République Du Cinéma

« Juste la fin du monde » : l’impossible Annonce faite à Martine

Par Annelise Roux

Louis (Gaspard Ulliel, nous reviendrons sur le talent de plus en plus élégant du balafré léger en ce qu’on appelle « le jeu maîtrisé éteint » dans un prochain film avec Soko), malade, rentre chez lui, dans la campagne où il a passé son adolescence. Rentrer chez soi, « n’est pas la fin du monde ». Sauf que l’urbain, le gay qui a écrit des pièces de théâtre et n’est pas revenu depuis douze ans a l’intention d’annoncer à sa famille qu’il va mourir. Il tournera autour de l’aveu, rebattant les cartes d’une existence éloignée des codes des petites gens normaux, voire ordinaires dont il est, donnant tour à tour aux membres de la tribu l’occasion de lui tendre un miroir plus ou moins déformant.

Le nom de la maladie ici n’est pas prononcé, au début on voit passer de manière subliminale des ballons dans le ciel, deux flamants sont perchés sur un toit, évoquant le ruban rouge. L’auteur de la pièce éponyme dont le film est tiré, Jean-Luc Lagarce, était atteint du Sida et vivait à Berlin en 1990 lorsqu’il l’a écrite sous forme de monologues écorchés.
Xavier Dolan l’a adaptée avec une inspiration, un amour qui bouleversent. D’accord, il est moins dur. Ce « sacré number » de Québécois, comme Anne Dorval qualifiait dans son film précédent le Stivois suractif joué par Antoine-Olivier Pilon, se glisse dans le costume étroit taillé dans le vif par le dramaturge, faisant vivre l’étoffe sans la déchirer. La chair des bras se hérisse comme la moquette filmée en détail. Les battements d’ailes du coucou pour stipuler le temps compté, les flash-back des amours débutantes aux garçons beaux comme des Adonis, deux seuls bémols.
Xavier Dolan avait confessé avoir été poussé au cinéma en partie par besoin de plaire, complexé par sa petite taille. Qu’il continue surtout d’être complexé, sa sensibilité le rend immense. Peu de pertinence à parler dans ce cas d’un cinéma « homo » : comme il l’a fait avec « Mommy », comme Ang Lee l’a réussi avec « Brokeback Mountain », pas de catégories qui tiennent. Dirait-on de Scorsese qu’il s’agit d’un cinéma hétérosexuel émanant d’un brun râblé d’origine sicilienne pas bien grand, qui songeait au Séminaire? Que cela transparaisse est une autre question. Le film s’adresse à tous, dévoile la difficulté de se rencontrer ou se dire lorsqu’on est différent, d’affronter l’existence ou la finitude avec le sentiment d’avoir fait la paix entre soi et les autres. Je pensais à Pierre Michon, décrivant la coupure, l’éloignement avec« ceux des Cards» quand il est au plus mal, lâché par sa belle théâtreuse, Marianne, le désir malhabile ensuite d’un retour dont on ne sait plus payer le prix, comment avancer l’argent.

La mère, Martine (Nathalie Baye, fondamentalement intelligente en arbre de Noël peinturluré, tailleur criard qui se veut chic) ressasse des scènes banales, les dimanche en auto avec feu le père. Elle fait des fautes de français, voudrait connaître les potins que pourrait rapporter le fils connu, seul terrain qu’ils sont susceptibles de partager, étiquette les verres de sticks ringards, se cache pour fumer sa clope à l’abri de l’ainé. Elle arrange une table de napperons et d’œufs mimosa, se chamaille avec Suzanne (Léa Seydoux), jeune sœur tatouée que l’artiste célébré n’en finit pas d’impressionner. Personne ne parle, tout le monde s’engueule. Louis, « qui a un don, mais qui ne s’en est jamais servi pour eux » n’a envoyé que des cartes postales « aux phrases elliptiques ». L’attente, les rancœurs, les peurs mutuelles sont grandes.
Au moment de Cannes, je m’étais dit que si le cinéaste était primé je reporterais ici une interview de la famille de Jean-Luc Lagarce. J’y ai renoncé tant le travail du Canadien vaut par lui-même, non parce qu’il a manqué l’or. Une nièce de « Catherine » et d’«Antoine » avec laquelle je suis en lien me disait à propos du personnage joué par Vincent Cassel que « quand même, c’était rude », que le fameux Antoine « ne comprenait pas son frère, mais qu’il l’aimait ».
La branche était du côté de Montbéliard. La nièce n’avait pas encore vu le film, lors du festival. Gageons qu’elle trouvera entièrement de quoi être rassurée. On peut reprocher à Xavier Dolan sa stridence, ses éclatements en pleurs sur scène quand il vient cueillir les lauriers du Grand Prix du Jury, sa sensibilité exacerbée. À Léa Seydoux des propos qui ont tôt fait d’être interprétés du côté d’une niaiserie de sa part, sans chercher à entendre ce qu’elle veut dire quand elle parle d’une « école de la rue » à leur sujet. Ces maladresses sont vénielles, injuste de les relever au regard de ce que dégage « Juste la fin du monde ». Aucun personnage n’est traité à charge, au contraire. Chacun regorge d’une humanité poignante.
Marion Cotillard en pièce rapportée qui comprend tout et se garde bien de voler le secret familial, qui tripote maladroitement ses photos d’enfants, séchée de timidité, sac de sable sur la langue mais qui rétorque à Louis « ah oui ? » lorsqu’il prétend connaître son mari. Elle le recadre en lui expliquant que ce n’est pas son rôle de recueillir ses confidences. La mère, nippée en Albin Mougeotte, Zaza Napoli, échappe à toute vulgarité dans le cabanon, lorsqu’elle glisse qu’elle sait qu’il ne va pas traîner, qu’il leur doit bien au moins de « les encourager » … qu’il a bonne mine et qu’elle s’en réjouit. Elle fait sentir à Louis un parfum « qu’elle va s’offrir en petit cadeau », lui trouve soudain les yeux de son père. Léa Seydoux, « cauchemar à Tokyo », boule de révolte qui rebondit entre deux joints dans la chambre à échos de leur vie sans grandeur, contre elle, contre la mère sans style qui rabâche ses histoires ou Antoine, le frère qui travaille dans une usine d’outils, censé être si brutal… Le regard que leur porte Louis est effrayé, aimant sans possibilité d’écoulement ni rédemption ?
« Juste la fin du monde » est une ode terrible à la grandeur des vies minuscules, la réconciliation. L’aîné, cet inconnu auquel Louis explique qu’il a préféré attendre une heure décente à la gare par égard pour les femmes de la famille, qui lui jette au visage qu’il arrête de les « enculer avec ses mots », ses formules d’écrivain qui ne recouvrent pas grand-chose, que lui préfère réduire à du prosaïque : « tu étais au buffet et tu ne pensais à rien, buvant un café qui te donnait envie de chier ». Ce qui le retient de frapper poings écorchés, est-ce la peur d’une contamination, lui qu’on a regardé  « comme un animal de foire » ? Vincent Cassel est éblouissant en personnage de grand blessé ayant eu à colmater les brèches sans possibilité de se plaindre. Troisième fois la semaine passée que je revoyais le film après Cannes. Les larmes me sont encore montées aux yeux. Ne vous fiez pas à la bande-annonce, hâbleuse. Que les affiches sont belles, en revanche !
Xavier Dolan, ma palme.

« Juste la fin du monde » de Xavier Dolan (sortie en salle demain)

 

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commentaires

108 Réponses pour « Juste la fin du monde » : l’impossible Annonce faite à Martine

JC..... dit: 20 septembre 2016 à 9 h 34 min

Je faisais fausse route, amoureux fou de Martine AUBRY, c’est Annelise qui est aimable : 48 kgs de tendre sensibilité, une écriture magique…
(mais je n’irai pas voir ce film sur un sujet si convenu, si prévisible, si plat… autre chose à foutre)

Gilles dit: 20 septembre 2016 à 10 h 26 min

Cela donne envie d’y aller! Demain ou après demain. »Mummy », Anne dorval&Viviane Pascal; elles m’avaient fait tforte impression.

Annelise dit: 20 septembre 2016 à 13 h 17 min

Marion Cotillard excellente, Sylvain. Discrète, effacée. Mais la seule à comprendre et à défendre son homme derrière l’effarement enfantin de ses yeux bleus

Jacques Chesnel dit: 20 septembre 2016 à 13 h 50 min

Un peu en retard, désolé… comme je préfère OZU à OZON, j’ai regardé hier « Nuages flottants » film de Naruse que OZU plaçait au-dessus de tous et de tout ; Si Paul Edel l’a loupé, il repasse vendredi vers 14 heures sur OCS Géant

JC..... dit: 20 septembre 2016 à 15 h 08 min

En 1961, j’étais déjà en fauteuil roulant Motobécane, désormais mon Rolls Royce inox, c’est autre chose, La Rillette !

Au PSG. .;basané fier de l'être dit: 20 septembre 2016 à 15 h 18 min

Chesnel 13.50:l’info qu’il faut. Vous et Edel avez de saines références.
AnneLise : j’aurais conspué pour faire plaisir à christiane, mais là ça sera dur, très dur(LOL). Lu votre critique de LAS MIMOSAS sur FB, hé oui on vous suit là bas aussi, c’est plus discret et en + y a des photos. En vous lisant, pensé après votre ‘Kagemusha ‘ sur Oson à la balade de Narayama sur celui-ci(Olivier LAXE). Le cheum Tesson dont vs parlez, rapport à celui qui grimpe aux arbres dans la forêt de Sibérie?
J’attends demain pour le XL qui fait grand en taillant petit, d’acc; votre « fondamentalement intelligente » sur Nat.Baye, ça lui va comme un gant. j’étais curieucx de voir qui il allait choisir après anne Dorval, sa maman d’écran dont il est fou amoureux.
Ce que vous dites sur le ‘moins dur’ que Lagarce : JLucL avait le HIV en pleines années maudites; ça tombait comme des mouches, surtout à Berlin. Je n’y étais pas mais on m’a raconté. tenez, je m’en vais relire ce que vous écrivez sur P.Michon, sur Scorscese, du « petit Séminaire ». .le râblé et le balafré.;portraitiste du dedans, .merci

Annelise dit: 20 septembre 2016 à 16 h 40 min

@PSG, rapido : Oui, « Mimosas »…avec l’immensité des paysages du Haut-Atlas, la rigueur, les personnages de gredins et d’illuminé. Drôle d’interrogation sur la révélation, la foi d’Oliver Laxe. Shohei Inramura pour vous, alors? Peut-être pas mal vu, il faudrait demander justement à Jacques Ch là-dessus.
Pour Charles Tesson, aucune idée. C’est l’homme de la Semaine de la Critique, un bosseur de fond. Pour le reste je ne me promène pas avec un kit de prélèvement ADN et suis moyennement sensible aux pedigree

radioscopie dit: 20 septembre 2016 à 17 h 58 min

Je rentre de voir « Rester vertical ». Moins réussi à mes yeux que « L’inconnu du lac » mais du bon Guiraudie tout de même. Gros éclat de rire dans la salle lorsque l’image s’attarde sur la une du journal : « La Dépêche Libre », collage entre « La Dépêche du midi » et « Midi libre », mariage de 2 titres régionaux appartenant à JM Baylet. Ici, le clin d’oeil n’a échappé à personne.

Annelise dit: 20 septembre 2016 à 18 h 14 min

Vivent les Toulousains Radio! Vs en êtes?J’y ai du sentiment, comme on dit ds le Sud Ouest. Eh oui, JM Baylet… J’ai aussi la vraie recette du cassoulet de Castelnaudary, distribuée en set de table sur l’aire d’autoroute de Port-Lauragais (j’aime ce qui est gras etc ?)

radioscopie dit: 20 septembre 2016 à 19 h 55 min

J’en suis, Annelise. Séance de 15h35, à l’Utopia… euh l’American cosmograph désormais. Bise de la ville rose.

gaspard, la nuit dit: 20 septembre 2016 à 20 h 12 min

j’avais bien aimé le texte de lagarce en lecture sur table, en images çà ma fera tout bizarre, parfois on se sent tiré par les pieds par la famille, pas compris, je comprends bien l’aîné, rester est parfois plus humiliant, plus ingrat.

Chaloux dit: 20 septembre 2016 à 21 h 18 min

J’avoue tout. Cette histoire de « retour » me pompe l’air à l’avance. On ne revient jamais sur un départ et si on le fait tout de même c’est à ses risques et dépens et c’est du temps perdu. Ce qui est dit est dit. Mais le personnage dont il est question est peut-être un peu jeune pour s’en apercevoir.

olga dit: 21 septembre 2016 à 0 h 08 min

Jacques chesnel. « Nuages flottants »Merci de rappeler l’heure. « Herbes flottantes » de Ozu (version couleur) est enDVD. Beauté

olga dit: 21 septembre 2016 à 0 h 26 min

AnneLise, ce soir je suis tombée sur « mardi cinéma » piloté par ..Ruquier. Surprise. Très longue émission fourre-tout;il y a des acteurs et j’ai vu et entendu P.Niney ( qui joue ds Odyssée je crois, avec Lambert Wilson,le fils de Coustaud) Intéressants ses propos, loin du jeu compassé de « Franz ». Il a déjà un passé filmique diablement fourni ! Le film a été tourné in loco, la banquise, et des séquences de jeu, au milieu des requins avec L.w et P.N. en personne..
Etaient là G.Gallienne et G.Canet qui ont tourné dans « Cézanne et moi » (D.Thompson) les images montrées m’ont donné envie d’y aller,pour les 2 acteurs.
Etait là Annie Duperrey ,en mémoire de « un éléphant… »Je me souviens de cette fausse Marilyn en robe rouge,d’une extraordinaire beauté. Le film doit ressortir cet hiver.

Annelise dit: 21 septembre 2016 à 6 h 34 min

Olga, allons-y pour réponse big size en différé, après vous cette nuit, moi de bon matin aujourd’hui, avant d’en mettre un coup. Les flottements, nuages, herbes, rappelés par Jacques Ch et par Paul font des heureux, tant mieux. J’aime vos posts amoureux du cinéma qui regardent, qui cherchent. Ruquier, le mardi ? Je jetterai un œil un de ces jours. Quand nous étions enfants mes frères et moi, nous n’avions pas la télé. Quand papa en a acheté une, quelle fiesta. Il m’envoyait me coucher après Pivot parce que c’était trop tard, il voulait que je fasse des études et moi j’embardais, le pauvre. L’insomnie a fait la différence. Claude-Jean Philippe, quel passeur ! John Ford et beaucoup d’autres, c’est grâce à lui.
Lambert Wilson vous prêchez une convaincue. Pas seulement pour sa musculature dans « L’Odyssée ». Vu le film de Jérôme Salle il y a une quinzaine de jours, techniquement très bien fait. Quand on aime les océans comme moi ça peut vite faire tilt. Mais est-ce que j’aime ces biopics ? On s’arrange pour que l’acteur ressemble au modèle et on y va ? Une certaine paresse. Je préfère l’invention. Sfar avec Gainsbourg, à la limite ? Ou mieux, sur Dylan, la représentation démultipliée de Robert Zimmerman avec Cate Blanchett . « JCVD » de Mabrouk el Mechri : le compagnon de Virginie Efira est un cinéaste intelligent. « Dans la peau de Malkovitch », de Spike Jonze.
Pour en revenir à LW, au risque de me contredire il est toujours bon. « Hiver 54 », le récit était trop direct. Mais qu’on arrête de le persécuter sur l’amour vécu avec l’Abbé Pierre. Ces bâtons qu’on cherche à passer entre les corps pour constater ou non l’adultère sont d’un pénible ! Chez Xavier Beauvois, en Frère Christian de Chergé, en comte de Chabannes chez Tavernier, chez Resnais… j’adore son visage, ce grand nez comme un gouvernail cassant au milieu, il a vraiment de l’allure !
Vu brièvement les Guillaume, Gallienne et Canet, dans le film dont vous parlez : « Où sont passés tes cheveux ? – Dans ton gros ventre ». Danièle Thompson ne va pas trop chercher midi à quatorze heures. Toujours du cinéma amical. Famille de saltimbanques avec Gérard Oury. Elle en a de la chance d’avoir pu travailler avec son père, son fils, sa belle-fille, ses amis… de les réunir à l’écran. Guillaume Canet, réalisateur, pour moi n’a pas encore fait ses preuves mais il est très naturel, très plastique physiquement… bon acteur au fort capital charme, avec ses petits yeux rieurs emplis de gentillesse. Il fera quelque chose. J’aime son air à l’affût, on voit qu’il est loin d’être idiot. Gallienne j’en discutais autour du film de Pierre Godeau sur les prisons (« Eperdument » avec Adèle Ex) avec un musicien, quelqu’un de l’entourage de François Ozon qui lui reprochait son ambiguïté « qui ne s’assume pas ». Ah bon ? Une ambigüité qui s’assume reste-t-elle une ambigüité ? Quand je suis en voiture, que je l’écoute lisant Melville ou Proust en tout cas il me transporte. Peut-être est-il mieux dans ces exercices « sur papier » ? On n’est forcé à rien. Je n’aime pas beaucoup la moralisation dans ce domaine, ça ne veut pas dire que j’ai l’œil ou l’oreille dans ma poche. Voyez le morceau que met en ligne Alley : « Coney Island », un de mes préférés. Littéralement envoûtée. Mais cela ne me plait pas du tout que le chanteur du Velvet se soit arrangé pour mettre Nico sur la touche, ait qualifié régulièrement Dylan de « prétentieux youpin » ou Aretha Franklin de « négresse ». Forcée de reconnaître malgré tout que ce sale con de Lou Reed avait du talent ? « Glory of love », pour reprendre ses mots. And now ladies and gentlemen, Dolan.

Annelise dit: 21 septembre 2016 à 6 h 46 min

Du sucre uniquement le matin, avec le café (pardon à mes amis siciliens qui savent que je le bois sans)après ça gâte les dents?
https://www.youtube.com/watch?v=FC1C4g8YOA4
Mais Olga, Annie Duperey qui foudroie Jean Rochefort je n’ai jamais pu résister! Ni surtout à Simon(Bedos) avec lequel Mouchy (Marthe Villalonga) se dispute : je dois prendre RV avec mon fils pour lui parler maintenant? Bonne journée

olga dit: 21 septembre 2016 à 11 h 56 min

Annelise 06h34. Un tour complet du cinéma en 20 lignes. Grand merci,sans emphase. D’accord sur tout,avec vous, y compris le « Biopic Coustaud » Mais j’aime la mer et les poissons; j’avais « acheté » pour mes enfants, petits à l’époque, une demi-baleine, OUI, à Coustaud! il s’agissait de lui mettre une puce,de la suivre à travers les océans. J’avais reçu des autocollants(vitre arrière de ma voiture un requin en majesté !) puis, plus rien..mais le Bonnet Rouge reposait en paix au milieu des poissons,j’espère.
L.W. tout OK
G.Canet,tout OK; « les petits m… » une horreur; il est lucide, je pense, il fait du cheval.
« Cézanne »,j’irai malgré D. Thomson.
Bedos en short, de l’époque, qui moule ses fesses ..je voudrais bien voir les stars de maintenant avec les chaussettes tricolores. J’avais des socquettes à pompons pour empêcher qu’elles ne glissent au fond des chaussures, des jupes plissées,blanches,obligatoire, plus longues que maintenant, lorsque j’allais à la piscine, j’avais les cuisses partagées en 2 zones, blanches en haut, tout le reste d’un bronzé éclatant. On jouait jusqu’à 10h du soir, en été..en double-mixte.Vous avez dû jouer en robe colorée moulante;,nous, les coups de vent indiscrets ,tout le plissé qui s’envole, ne révélaient que des shorts à fleurs, coquettes qui s’en dédient. Bonne journée, Annelise, bon ciné.Olga

radioscopie dit: 21 septembre 2016 à 13 h 09 min

Je ne sais s’il est permis de sortir des clous et d’évoquer un film traité il y a plusieurs jours : « Rester vertical ». La figure du loup court tout au long du film, l’animal certes, mais aussi probablement son allégorie à travers les personnages de Yoan, du producteur, du SDF. Les gros plans sur leurs yeux ne laissent pas de doute à cet égard. Quelque chose m’a dérangé : alors que Léo (tombé au plus bas = plus du tout vertical = vulnérable) se fait attaquer par la horde des SDF dans cette ville portuaire (bretonne ?), un coup de feu retentit pour les chasser, tiré par le paysan des Causses… que l’on imagine plutôt à cet instant dans sa ferme de Lozère, à l’autre bout du pays. Faut-il voir cette incohérence comme une licence poétique, l’aspect magique du conte ?

Eriksen dit: 21 septembre 2016 à 14 h 12 min

je me souviens de la scène, mais plus de qui tire le coup de feu.
Mais dans ce film, tout est si loin si proche en terme de distance…
Vous qui avez le film en tête, ce coup de feu est-il au nadir de Léo ?
la re-verticalisation de Léo sera portée par le désir de prendre l’enfant en charge… lui-même fruit d’une coup tiré.
le coup de feu est-il « un coup bref que je frappais sur la porte du bonheur » pour paraphraser l’étranger?
le fusil est présent lors de leur première rencontre mais c’est elle qui le porte.

radioscopie dit: 21 septembre 2016 à 15 h 24 min

Le coup de feu est tiré hors champ. La horde de SDF qui faisait cercle autour de Léo et l’enfant jusqu’à les engloutir se disperse. Restent Léo, nu, à terre, en posture foetale, enveloppant l’enfant de son corps. Apparaît le paysan avec son fusil, flanqué d’un comparse (qui ? je ne me le rappelle pas)pour relever les deux victimes.

Annelise dit: 21 septembre 2016 à 17 h 10 min

Vs êtes observateurs, Eriksen & Radio.
Chaloux 21h18, si du domaine du principe, alors vous ne voudrez pas entendre parler non plus de l’Odyssée chez Homère. Parce que c’est un peu ça,mon cher. Ulysse retourne chez lui; discussion furtive cet a.m sur le film avec un ami, gêné par le principe d’adapter du théâtre. Il me dit que ça ne marche pas, « tu ne verrais pas cela avec Tchekhov ». Et Louis Malle, Vanya 42ième rue?

Annelise dit: 21 septembre 2016 à 17 h 21 min

Olga 11h56, une robe colorée moulante, vous n’y pensez pas ! Que du blanc sur le court. La première fois que j’ai passé une robe de tennis digne de ce nom – autrefois nous jouions en plein air, comme les gosses de la campagne, trouvant n’importe quoi pour faire « du mur », le tout en gardant les mêmes chaussures qu’à l’école – Sergio Tacchini, avec un liseré bleu ciel très discret autour du cou, j’ai cru éclater de gloire. Jamais rien ne me paraîtra plus luxueux que ce moment là, où j’ai tiré sur le ruban pour défaire la boîte. J’avais 14 ans

alley car dit: 21 septembre 2016 à 21 h 53 min

« (…)Jamais rien ne me paraîtra plus luxueux que ce moment là, où j’ai tiré sur le ruban pour défaire la boîte (…) »
Son premier carré a souvent quelque chose d’un  » Emmène-moi au bout du monde !… »
Quant aux tenues de sport, rien ne vient à la cheville des survets Fila que portait Borg en 77 ; mais vous n’étiez pas née, ni même Olga qui joue à la Suzanne Lenglen des blogs
https://www.youtube.com/watch?v=BURxh1YbZD0

Chaloux dit: 21 septembre 2016 à 23 h 19 min

Annelise, vos articles débordent d’intelligence, d’humanité, et sont même délicieusement charnus, c’est un grand plaisir de vous lire.
Puis-je pourtant vous faire remarquer que l’histoire du jeune homme qui rentre dans sa famille n’est tout de même pas une épopée de retour. Rentrer de la guerre, que ce soit de Troie ou Verdun, relève d’une toute autre thématique -je crois- bien plus intéressante, ce que les auteurs antiques, connus ou inconnus (qui a parlé le premier du meurtre d’Agamemnon et de ses suites?), et bien d’autres après eux, ont très bien senti. Il y a le départ volontaire, sur lequel il est difficile de revenir et sur lequel à mon avis on ne revient jamais, et le départ involontaire qui rend le retour presque obligatoire, même si c’est « avec des fortunes diverses », et même si ce retour n’est finalement qu’une étape de voyage.
Néanmoins, je peux comprendre qu’on puisse être touché par un tel sujet.
(Il y a évidemment de grandes réussites dans le genre. Je pense à une nouvelle de Tchekhov dans laquelle un homme retrouve dans la nuit une femme qu’il a aimée, aux Demoiselles de Wilko,-le film, et le livre d’Iwaszkiewicz, au Bois de Bouleaux qui est aussi l’histoire d’un retour, mais on est là vraiment dans un tout autre registre, une autre tradition, plus délicate, qui dit tout autre chose. Sans doute mille autres références). Pour tout vous dire, je trouve que cette histoire bien française a des relents de drame bourgeois.

Annelise dit: 22 septembre 2016 à 1 h 34 min

Alley, j’adorais Connors, aussi. Plus vulnérable, soumis à des accélérations, des poussées, des colères, des doutes, dans votre extrait il rentre en essayant de décontracter ses bras… tandis qu »Iceborg » poursuit ses lifts, imperturbable au fond du court, avec sa tête de Farrah Fawcett en bandeau éponge. Bjorn l’icône.
Chaloux 23h19, un peu de provocation dans ma formulation, je l’admets. Résultat? J’aime le distinguo que vous nous faites, tout de suite le débat gagne en précision. Pas pour vous chatouiller, mais c’est comme la notion de « drame bourgeois » (micronisé sous forme de relents, encore pire…)quelles frontières y mettez-vous? « Le Cerisaie », Lioubov se rappelle sous les arbres les souvenirs d’enfance et cela l’empêche de vendre, son frère Leonid n’est intéressé que par le billard et Varia se chipote avec sa mamotchka, rien de très épique…

Chaloux dit: 22 septembre 2016 à 6 h 40 min

Annelise, je n’ai pas complètement la Cerisaie en tête. Mais Tchekhov, est-il comparable ou incomparable? Si vous allez le chercher -avec Homère !- quand il est question de M. Dolan, vous allez vous trouver rapidement à court pour des choses plus considérables.
Vous connaissez certainement l’histoire de cette romancière qui avoue à Tchekhov qu’elle a pleuré toute la nuit en pensant au personnage dont elle en train d’écrire l’histoire.
Réponse du maître:
-Laissons cela aux lecteurs.
Est-ce qu’on ne détecte pas immédiatement celui qui a « pleuré » et celui est resté impassible?
Cela vaut peut-être aussi pour le lecteur ou le spectateur. Groddeck en appelait au règne de « l’émotion », mais je me demande s’il ne ferait pas machine arrière aujourd’hui.

Annelise dit: 22 septembre 2016 à 8 h 10 min

Un ou deux étirements pour échauffement, quelques sautillements pour lâcher le mollet et on vous sent prêt pour l’effort Chaloux 6h40, bienvenue! Pas le temps d’en débattre plus ce matin, petit écran et dans les transports alors que ça m’intéresse, peut-être qu’un ou l’autre ici prendra le relais et s’en chargera, je relirai plus tard. Évidemment une pertinence restreinte à mettre Xavier Dolan sur les rails avec Tchekhov ou autre grand nom du théâtre ou de la littérature, mais voyez si je le dis ainsi ce n’est pas pour agiter le chiffon rouge du fossé qualitatif. J’entends : faisons avec ce qu’on a. Je conçois votre histoire des larmes, malgré tout la rapportant comme ça vous vous placez du côté du « consommateur froid » que je ne suis pas sûre d’abord que vous incarniez (en particulier votre goût vite passionné, charnel pour la musique), ensuite pourquoi aurait-il un supplément d’autorité quelconque? On a fini par oublier que le livre, la pièce ou le film au moment où ils passent au tribunal d’exception du spectateur, quelque soit le verdict il ne s’agit pas d’allouer une note à une pizza ou de laisser un commentaire sur Tripadvisor. On a pu lire dans la correspondance, j’ai pu connaitre moi-même directement des pointures qui pleuraient d’émotion en écrivant leur propre livre. Sensiblerie et vulnérabilité de postière. Des petites femmes l’ont fait, comme conclut Pavese dans un registre moins gai. Lorsque je parle en critique alors qu’a priori je connais les deux bords, je suis forcée de m’étalonner sur des degrés intériorisés ayant à voir avec la comparaison, la « hauteur » du résultat? Et pour mon malheur je vois tout, parfois trop pour ma santé et voudrais faire en sorte de le traduire pour ne pas laisser faire, épouser la pente du bon déversoir pratique vers l’embouchure commune! L’absence de mépris chez moi ne signifie pas que j’ai de la considération pour, c’est cela ma grande résistance dénuée de méchanceté. Et vous voulez savoir? C’est très peu reconnu. Il vaut mieux du bon lisible immédiat, ça rassure et surtout ça peut rapporter gros. Donc la critique c’est bien beau, je lui reconnais une valeur de prescription non négligeable mais elle ne vaut que si vous, lecteurs, spectateurs lui emboîtez le pas sur le chemin de l’esprit critique au sens noble : pas la rombière en pleurs, l’ado boutonneux qui s’évanouissent devant la vedette, l’expression d’un libre arbitre pouvant conduire aussi à l’amour, le fait d’être épatée, de frissonner, de rire ou de pleurer.. Ou simplement « penser », sans dimension forcement pesante (mais cela n’est pas interdit non plus, aucune injonction qui tienne sur une légèreté obligatoire), se sentir moins seul, dans la communauté humaine, vraiment. JC a beau jeu de railler Paul sur « la littérature sous globe ». Il a bien compris que ce n’est pas la question qu’elle soit aseptisée, c’est tout le contraire ! Ce sanctuaire-là est le lieu d’expériences inimaginables et gratuites, bien faites elles n’ont pas leur pareilles pour à terme faire avancer le Smilblic . D’ailleurs quand le mot prend une majuscule on est chez Faulkner

radioscopie dit: 22 septembre 2016 à 10 h 28 min

Annelise dit: 22 septembre 2016 à 8 h 10 min
Annelise, il y a du manifeste dans votre propos. J’y souscris entièrement. Au sujet de l’émotion -et des larmes- je ne sais pourquoi elles ne sont plus de saison ou perçues négativement. On est loin du temps de Hölderlin où, sur les « larmes innombrables », ne se posaient pas de jugement moral, esthétique, économique. Dolan serait une « pleureuse ». Tout est déjà contenu dans la féminisation de l’attribut.

Sylvain dit: 22 septembre 2016 à 12 h 16 min

@10.28 radioscopie ,sur la même longueur d’ondes que vous sur tout, le regard porté sur Dolan et A-li;

J’ai commencé à être t. énervé par la récitation en prologue, quand g.Ulliel explique qu’il vient mourir blablabla, cet emphatique, papier tue-mouches a de quoi faire fuir, d’emblée il bloque,il oblige les coeurs qui se sont faits à être secs.

AnneLise dit à quel point en fin de compte XL ose, il a des C. au cxl dans son travail. Avec « Mummy » c’était flagrant,du cinéma à l’estomac.pas la testo de Picouly et Herrero qui discutent rugby sur France Cul tout à lheure en roulant des r, cette convivialité masculine à la bonne franquette qui va plaire à la ménagère entre 2âges, (bon,il paraît que ce sont elles qui passent leurs après-midis au cinéma?).Il serait temps d’arrêter avec ça :comment on passe de la récitation, du texte « papier » aux yeux de Cotillard.

On est dans le théâtre, la transcription, D. a repris Lagarce à son compte en lui adjoignant ses ingrédients personnels. Je serais curieux d’en savoir plus sur sa propre mère, ha oui.

Antoine (V.Cassel,) j’ai lu sur lui dans la presse ,le nombre d’articles qui le présentent comme un fieffé c.nn.rd. pas de cet avis,est-ce que je suis moins bien autorisé en étant hétéro?lui &Cotillard, avec la mère et la petite soeur, vrais sacrifiés dans l’histoire : eux,à égalité avec le futur mort.

C’est gonflé d’avoir filmé ça comme ça, au lieu de tout mettre sur le dos de l’incompréhension envers le pôvre artiste;ça n’empêche pas Dolan de montrer ça aussi, la différence des niveaux où le ressenti est mis. Sa façon de refuser de faire un choix, de s’évertuer à tout traiter en même temps est vraiment l’indice d’un courage.

Pas une parole lissée ,contrairement à mon sentiment de départ. Par contre il aurait pu se passer des retours sur le passé amoureux?je me demande s’il ne s’agit pas d’une concession à la compréhension ordi, »facilitée »?

Sylvain dit: 22 septembre 2016 à 12 h 20 min

Picouly et Herrero : le discours a tout pour plaire,on dirait qu’il est structuré pour s’adresser à !
Pas un défaut, mais ..

Regia dit: 22 septembre 2016 à 14 h 13 min

‘en blanc sur le court’ : on ne peut plus faire autrement après avoir vu Le Jardin des Finzi Contini, Micol. Tout ça c’est la faute de Claude-J.Ph et du ciné-club de France 2.
CHaloux, dans ma région il y a affiches de Capuçon, on dirait Yves Lecoq qui l’imite en train de couver un violon. Règne de la pub. Xavier D. a dit que MCotillard valait ùmeiux que la réclame pour les sacs Chanel. On va voir.

Vu passer du débat sur les abattoirs sur rDL, entre Bergenzinc et Clopine.Vous aimez les animaux Anne-Lise ?

Polémikoeur. dit: 22 septembre 2016 à 16 h 38 min

« Personne ne parle, tout le monde s’engueule ».
Très actuel, très cinégénique, très plaisant,
sur mesure pour le commentarium de la Rdl.
Camisolublement.

alley cat dit: 22 septembre 2016 à 18 h 51 min

Polémikoeur. dit: 22 septembre 2016 à 16 h 38 min
« Personne ne parle, tout le monde s’engueule ».
Très actuel, très cinégénique, très plaisant,
sur mesure pour le commentarium de la Rdl.
Camisolublement.

Les fjords scandinaves conduisent-ils, après quelques coups de pagaie bien ajustés, jusque chez Dolan à Québec, pays du maple syrup sur pancake et des cranberries sauvages, si succulentes quand elles sont servies en compote pour accompagner une pièce de gibier à cornes ?
https://www.youtube.com/watch?v=Ctg5FCS1wCM

Paul Edel dit: 22 septembre 2016 à 19 h 18 min

« Lorsque je parle en critique alors qu’a priori je connais les deux bords, je suis forcée de m’étalonner sur des degrés intériorisés ayant à voir avec la comparaison, la « hauteur » du résultat? »
qu’est-ce que vous entendez Annelise en déclarant « je connais les deux bords »? bords de qui? de quoi? Pardon, je ne veux etre ni soupçonneux ni tatillon mais là
je nage un peu devant cette phrase..

Chaloux dit: 22 septembre 2016 à 20 h 43 min

Annelise quelle réponse, mais je n’aurai pas le temps de m’y pencher ce soir.
(Je crois que votre pendule est en retard, il était plutôt 7H40. Mon héroïsme en prend un coup, c’est certain…)

Annelise dit: 23 septembre 2016 à 7 h 09 min

Chaloux, l’heure mentionnée par le tableau a la pendule hasardeuse. L’héroïsme n’implique pas d’être matinal.
Paul il n’y a pas de mal, « des deux bords », je veux dire que je suis critique cinéma, mais à la base romancière, mon Adn est définitivement là. Du doute j’en ai eu plus souvent qu’à mon tour, et cette grande angoisse, sûre que vous l’avez ressentie, et ce réconfort bizarre quand on écrit, parce que c’est comme ça : ça creuse encore plus quelque part dedans et en même temps, ça fait du bien par où que ça passe, on se sent rasséréné.
Regia, oui j’adore les animaux. Toujours vécu avec. Pas exagéré de dire qu’ils ont été un soutien primordial quand j’étais seule, quand j’avais du chagrin mais pas seulement. J’y ai eu, j’y ai des amitiés de premier ordre, marquantes,structurantes pour moi, que j’espère honorer par une réciprocité dans la fidélité, la discrétion, l’humour extraverti, la dispense mutuelle de soin, d’attentions… Quand votre setter, bull-terrier, jack ou bon patapouf, un bâtard de chat maigre et hiératique dont personne ne saurait dire de quelle race il est vous lèchent l’oreille, piquent un sprint sans raison à vos côtés, tout guillerets, ça vous remet d’équerre. Simplicité et partage d’instinct. En commun encore : le goût de forêts symboliques ou on ne peut plus réelles, le besoin d’y mener des affaires que personne ne voit… Vous êtes en train de jouer avec les herbes couché sur le dos en constatant qu’il y a des mûres et dieu sait ce que vous avez en tête. Ceux qui disent « rien » ont-ils idée ? Elisabeth de Fontenay, « Le Silence des Bêtes », forte lecture d’il y a vingt ans. Il faudrait que je relise mais si peu de temps, et le Luc Lang de Paul m’attend sur la table.

Paul Edel dit: 23 septembre 2016 à 8 h 07 min

Merci AnneLise d’avoir élucidé « les deux bords »…. Je n’avais pas saisi..Il m’est arrivé de trouver -puisque je suis aussi « des deux bords »- que j’étais davantage romancier en analysant un livre d’un autre et plus critique quand j’écrivais certaines pages d’un de mes livres car c’était avec la même encre ,et celle du romancier se diluait assez facilement dans mes critiques…bonne journée.. bons films..

Eriksen dit: 23 septembre 2016 à 9 h 24 min

Juste la fin du monde.
Pourquoi revient-il ? Est-il si naturel qu’un écrivain célèbre retourne voir ceux qu’il a fuis, lui qui s’est construit en partie sur cette absence ? Est-ce une aide qu’il demande ? Lorsque j’avais vu la pièce en 2007 à la cité internationale (m e s par François Berreur), j’avais vu une autre chose. Un Louis bedonnant et chauve déroulait son discours pompeux et narcissique avec une fluidité qui contrastait avec le langage haché et non maîtrisé des autres. Ce Louis brillant et célèbre, ce « lui » disparu depuis 12 ans, oreille rêvée de tous même d’Antoine, obligeait la famille à un douloureux travail de « résurrection », parce qu’elle avait déjà fait son deuil de lui. Il partait finalement sans n’avoir rien dit, mais il avait déposé dans la famille une bombe à retardement de culpabilité. Son frère ne se remettrait jamais d’avoir tenu un tel discours à Louis sur bord de la tombe, et pas plus le reste de la famille de l’avoir laisser faire. Louis s’assurait ainsi une survie mémorielle qui les hanteraient jusqu’à leurs propres morts… C’est déjà çà… plus fiable que sa postérité artistique.
Chez Dolan, Louis est si peu « discoureur », qu’Antoine nous semble presque injuste quand il l’accuse de nous « enculer avec les mots ». Louis ne fait presque qu’écouter et encaisser les scuds (mérités) qui convergent des quatre points cardinaux. Il entend et comprend. Il entend si bien qu’il entame à l’instigation de sa mère, le travail de libération, la distribution des « tu as le droit » comme elle le lui a suggéré. Mais il a également honte de n’être que cet égoïste quémandant un peu d’aide au bord de sa tombe.
Putain, mais va-s-y Louis ! dis leurs que tu n’es qu’un idiot, que tu vas mourir, que tu as honte d’avoir été si égoïste, que tu ne mérites pas l’aide que tu demandes mais que tu n’as qu’une vie et que tu peux encore réparer. Que tu as besoin d’eux et que tu ne veux pas mourir sans avoir un peu réparé !
Mais non, c’est encore trop tôt chez Dolan. Et c’est tant mieux pour l’œuvre.
Si l’on compare la mère à celle de Mummy, on retrouve la même hystérisation des rapports humains et la difficulté au contact physique, qui génèrent des enfants insécures, qu’ils sont tous ici. Mummy, à la suite des précédents films, me semblait indiquer un apaisement, un pardon, une reconnaissance de la difficulté de l’enfant par l’enfant lui-même. La mère de « Juste la fin du monde » marque une étape de plus : une mère plus consciente, quoique toujours histrionique et froide (la seule qui n’est jamais visiblement émue). Dolan avait fait œuvre de réparation progressive de la mère, du noyau. Arrive maintenant une ébauche de foyer et de réparation de la famille. Encore un échec ? tant mieux. Dolan avance doucement sur sa route.

Eriksen dit: 23 septembre 2016 à 10 h 33 min

Annelise, je n’ai pas vu les autres, mais çà vaut bien 2 palmes.
Je n’ai pas trop de doute sur l’amour que porte Antoine à Louis. Antoine, il les a vécues les 12 années de comparaison virtuelle, pas à son avantage. Il faut le comprendre… le petit verbeux qui revient 12 ans après…c’est rude aussi. Vous n’avez pas dit l’inverse, mais je ne le trouve pas haineux. La scène de la voiture est d’une puissance folle, qui se finit par un « faut que je m’occupe du dessert sinon je vais me faire engueuler » … réjouissant.

Juste la fin du film dit: 23 septembre 2016 à 10 h 36 min

ce n’est pas du tout le genre de cinéma hystérique que j’aime… comme d’ailleurs d’autres spectateurs fuyant rapidement la séance ou ravalant leurs larmes

C'est reparti... dit: 23 septembre 2016 à 10 h 44 min

.Ils nous remettent ça à 8.07 et 7.09 entre Humphrey et Lauren.
Joli post d’Edel.
Vous avez le chic pour tirer le meilleur de nous, AnneLise. Je viens d’aller faire un tour sur RDL. Déchaînement de coups bas niveau caniveau. Incompréhensible qu’Assouline laisse faire. Il regarde le bout de ses chaussures pendant que Berguenzinc s’y colle. Ca dégoûte de poster.
@Eriksen : vous trouvez la mère froide ?
Je craignais d’aller voir, resté sous un gros épatement avec mommy. J’étais étonné de voir que Dolan arrive à se renouveler.
Exceptionnel quand A-L dit « la table de naperons et d’oeufs mimosas’ ,ou quand elle parle de la robe de tennis chez elle. On a tous quelque chose avec le père et la mère? Incompressible! Chaloux pasi vous y allez je serai curieux de vous lire.

C'est reparti... dit: 23 septembre 2016 à 10 h 50 min

« Le drame bourgeois », ou intimiste,au coeur de beaucoup de cinéma. .Je vs dirais :énorme part ds le cinéma italien,français ou allemand dans ma perception.littérature aussi. Erreur?

Eriksen dit: 23 septembre 2016 à 10 h 58 min

@ c’est reparti: je trouve qu’elle garde la tête froide, derrière sa théâtralité. Pas vous ?
J’ai eu des réticences sur Dolan, mais je commence à le comprendre, ou du moins à saisir qu’il y a une démarche d’apaisement derrière l’hystérie que j’exècre.

Eriksen dit: 23 septembre 2016 à 11 h 03 min

c’est reparti: bien d’accord sur la différence des républiques… mais les cloisons ne sont pas étanches. Tant mieux, comme çà, chacun peut aller déverser sa haine sur la RDL, et soulagé, venir échanger sur la RDC.

Paul Edel dit: 23 septembre 2016 à 11 h 34 min

assouline pourquoi laisse -t-il son site occupé par dix agressifs qu parlent rarement du sujet?? alors que les sujets qu’il propose sont magnifiques?

roland dit: 23 septembre 2016 à 13 h 54 min

« chacun peut aller déverser sa haine sur la RDL, et soulagé, venir échanger sur la RDC. »

Il faudrait faire un film sur la hyène hystérique qui finit dans un hp où elle rabâche à longueur de temps (entre deux ricanements grimaçants) qu’elle est jeune, immortelle et pas folle, bientôt rejointe par le pervers de pq cette pauvre âme pitoyable, dont une bonne âme s’ingénie à dire qu’il ne fait que jouer -alors qu’il fait semblant de jouer pour faire passer ses propos immondes pour acceptables et intelligents

Eriksen dit: 23 septembre 2016 à 14 h 56 min

Supposons une communauté de gens comportant 1 ou 2 « personnes dignes d’être en hp » (comme vous dites), dont les provocations sont prises avec la mesure qui convient. Que dire d’excités comme vous qui viennent régulièrement de l’extérieur uniquement pour hurler « burn » and « withc », comme les villageois de Monty Python ?
https://www.youtube.com/watch?v=zrzMhU_4m-g

roland dit: 23 septembre 2016 à 15 h 22 min

 » Que dire d’excités comme vous
qui viennent régulièrement de l’extérieur uniquement pour hurler  »

Quelle imagination (créatrice!)
Et excusez d’avoir rebondi sur votre 11h03
Ce n’était pas charitable pour les deux dingues en question

roland dit: 23 septembre 2016 à 15 h 25 min

@14 h 56 min

Tendons l’autre joue-
Gloire aux agressions de ces deux sinistres tarés
Tout est bien qui finit bien
Qu’ils continuent donc leur cinéma Amen

Paul Edel dit: 23 septembre 2016 à 15 h 52 min

Boudegras. une fois sur deux,sur mon blog MC oublie Chereau , Boulez et Angot, et fait l ‘érudit à propos du XIX°siècle ou de Boileau, rien à voir avec au compteur Geiger avec le niveau d ‘agressivité de la RDL.

christiane dit: 23 septembre 2016 à 21 h 56 min

Ici, on parle de cinéma comme on parle de livres avec une perception qui plonge dans le souvenir et c’est passionnant, même si on ne passe que pour vous lire.

olga dit: 24 septembre 2016 à 0 h 25 min

Annelise, parlerez-vous de « la danseuse »? je ne sais rien de la réalisatrice ni des danseuses. Mais la personnalité, le personnage de Loïe Fuller est tellement exceptionnel que j’irai,de toute façon.
Du temps de sa splendeur,Carolyn Carlsson avait créé un ballet où elle dansait avec d’immenses voiles blancs. Ce n’était pas « la Serpentine » mais…..

Annelise dit: 24 septembre 2016 à 8 h 46 min

Olga, vu le film de Stéphanie Di Giusto auquel vous faites allusion il y a quelques semaines et oui, j’en parlerai (celui-là même où notre Gaspard Ulliel d’ici joue avec Soko).
Roland, ah bon, Terry Jones, malade? Le réalisateur de « Life of Brian » et (avec Gilliam, cette fois) du « Sens de la vie », « Holy Grail ». A la fin des années 60 les Monty et leur Flying Circus ont fait souffler sur la comédie, la critique sociale, l’absurde un vent de nouveauté. Et Eric Idle, Graham Chapman, Michael Palin, un de mes favoris avec sa tête de caniche évaporé, frites enfilées dans les narines, fou de chien-chien à mémère dans « Wanda » (de Charles Crichton, mais il y avait un peu de leur l’esprit) ! Tortionnaire sous masque de son ami et collègue de bureau Jonathan Pryce, dans « Brazil »… Quelle fécondité.
Eriksen 11h03 hier : »les cloisons ne sont pas étanches, comme çà, chacun peut aller déverser sa haine sur la RDL, et soulagé, venir échanger sur la RDC. »
Principe des vases communicants? Je n’y crois pas. L’idée de tirer les marrons du feu d’une sorte de purge à côté ne me plaît pas du tout. Personne ne se soulage d’un côté pour revenir discuter ailleurs. Quand on est parti à déverser, où que l’on aille on vient pour ça, on ne fait que déplacer le motif. A moins de se refaire une virginité avec le souhait secret de repartir de zéro en abandonnant derrière soi la défroque guerrière? Des vertus thérapeutiques du virtuel.
D’accord avec votre analyse d’Antoine, personnage phare d’une grande intensité sensible, bourré de failles et de recoins (le voyage en Chine, le fait qu’en voiture il dévoile « qu’on ne puisse pas le saisir », lui non plus…)
La mère garde t-elle la tête froide derrière sa théâtralité? Théâtralité, pourquoi? Voyez comment elle s’affaire pour que tout soit parfait pour accueillir le fils.. sa façon dérisoire de s’habiller (qu’elle a toujours dû avoir), les ongles, les bijoux, la « belle robe » histoire sûrement de monter en grade… ou sa façon de ressasser les bons souvenirs avec le père, dont elle devait être amoureuse? Pas tellement de théâtralité à mon sens, ni de tête froide : elle s’accroche aux branches, essaie de grimper tant bien que mal sur le bord pour s’y mettre à l’abri. Ou la mère de « Mommy », quand elle regarde le fiston se faire calmer à coups de mandales par l’infirmier qui ne peut apparemment pas faire autrement. Cette détresse très dure qui les atteint, alors qu’au quotidien elles doivent vivre, se lever, travailler… Je ne suis pas en train d’expliquer qu’elles sont sympathiques, mais bouleversantes, oui.
Juste la fin du film hier, 10h36 : vous mettez le doigt où il faut. Pour le dire avec vos mots est-ce « le genre de cinéma hystérique que j’aime » ? …ce n’est pas sûr. Pas parce que ce n’est pas le genre que j’aime au premier chef que je ne suis pas apte à reconnaître par ailleurs que l’oeuvre possède les qualités d’un grand film? (« Mommy » étant dans mon esprit encore supérieur)

Juste la fin du film dit: 24 septembre 2016 à 17 h 14 min

Ou bien les spectateurs pleurent ou ils se débinent, hier soir nous étions 52 mais par un prompt renfort nous nous trouvâmes 21 après la débâcle

Annelise dit: 24 septembre 2016 à 17 h 20 min

Lors d’une séance parisienne, nous partîmes cinq cents et même si nous n’étions pas trois mille,chère langue affûtée, en arrivant au port nous étions toujours le même nombre, plutôt conquis! (Signé Cid Charisse)

Annelise dit: 24 septembre 2016 à 18 h 09 min

De toute façon, la question n’est pas de drainer obligatoirement les foules, ne vous en déplaise. C’est la phrase du dandysme de Baudelaire ou de Givenchy sur l’élégance durable, ils seront peut-être moins nombreux à la remarquer, mais ceux qui auront eu le coup d’oeil l’auront eu pour des raisons qui survivront au dégonflement de la baudruche. Ces jours-ci de bon matin à l’avant-première de « Brice de Nice 3″ avec Jean Dujardin – mais si, mais si,.. j’essaie de tout aller voir sans prévention… le soir, la salle d’un énorme complexe pleine à craquer, ils ont refusé du monde et personne n’est sorti.

Annelise dit: 25 septembre 2016 à 9 h 37 min

@8h10 agréable que vous descendiez de l’Olympe plutôt que de bayer au Corneille, mon bon.
Quid du Québécois que Juste la fin ne peut pas encadrer, tabarnak de cibouère ? Un autre que son père l’éprouverait sur l’heure.

Eriksen dit: 25 septembre 2016 à 11 h 06 min

Vous avez raison sur les vases communicants. Je pensais à ce dessin animé de Tex Avery, où des individus contraints au silence s’envoient des coups de marteau sur les pieds (entre autres) et, se retenant de crier, courent à l’autre bout du jardin à tour de rôle pour hurler tout leur soul. Mais de fait, il y a une tenue ici, qui ne tient qu’à vous, même si je ne sais pas vraiment comment vous faîtes.
Garder la tête froide n’a jamais été un défaut. Qui dans cette famille a de l’acuité et du recul, mis à part cette mère « fondamentalement intelligente » comme vous dites ? Tous sont au bord des larmes, mais chez elle, c’est le plus discret car elle contrôle.
Son petit cabinet privé à l’étage, qui lui permet de surveiller ce qui se passe sans être vue, est à l’image de sa fonction de « tour de contrôle ». Parfois en retrait quand la situation n’a pas besoin d’elle (l’accueil de Louis où elle continue à s’occuper de ses ongles… scène assez hallucinante de la part d’une mère ! ), elle intervient pour mettre des limites quand la violence est trop forte, mais aussi pour jouer la famille enjouée quand il ne se passe rien. De fait, elle meuble l’espace du dialogue par une gaité volontariste, qui, loin d’être apaisante, énervent les protagonistes et fait monter la tension.
Son petit théâtre charmant et énervant s’accompagne d’une difficulté du contact (la même difficulté que la mère dans Mia Madre ou dans Quand on a 17 ans). Quand le cinéma nous montre une étreinte entre deux personnes, une main qui fait des allers retours de haut en bas dans le dos m’a toujours semblé être le signe d’une gêne du contact, d’un désir que cela ce termine (à peine moins significatif que le tapotement). C’est ce qu’elle fait à Louis.
Je suis ému par elle, son théâtre n’est pas ni supercherie ni un mensonge, c’est sa manière d’être. Mais Dolan reste critique. Au-delà des scènes du film, cette fratrie épidermique est aussi le signe d’une famille dysfonctionnelle, dans laquelle elle a sa part (et peut-être l’unique part) de responsabilité.
J’ai revu le film hier. C’est encore mieux la 2e fois. Jamais on ne voit Léa Seydoux, Marion Cotillard, Vincent Cassel ou Nathalie Baye derrière les personnages. La direction d’acteur me semble exceptionnelle ici.
https://www.youtube.com/watch?v=yW5dy5uqptI

roland dit: 25 septembre 2016 à 11 h 30 min

« Jamais on ne voit Léa Seydoux, Marion Cotillard, Vincent Cassel ou Nathalie Baye derrière les personnages »

ah ben tant mieux !

« le signe d’une famille dysfonctionnelle, dans laquelle elle a sa part (et peut-être l’unique part) de responsabilité. »

ya pas de père???
(pas vu le film. c’était juste une question en l’air)

roland dit: 25 septembre 2016 à 11 h 31 min

Olympe dit: 25 septembre 2016 à 11 h 25 min

c’est la dalaï lama qui a dit des jours-ci (lu dans lemonde.fr ou autre) que sans les religions le monde se porterait peut-être mieux

ami sincère dit: 25 septembre 2016 à 12 h 15 min

Olympe dit: 25 septembre 2016 à 11 h 25 min
Zeus est un gros porc

cette pauvre angelina n’a pas interêt à aller se promener sur une île varoise

Annelise dit: 25 septembre 2016 à 13 h 30 min

Eriksen 11h06, quelle intelligence ! « Est-ce sans danger? »,question posée par Laurence Olivier dans Marathon man (les dentistes ne lui disent pas merci)…non, ça ne l’est pas. Une perception plus fine expose toujours davantage.
Roland 11h30, bien vu. Eh non, il n’y a pas de père chez Xavier Dolan, pas apparent en tout cas – assez classiquement? Ce sera peut-être passionnant s’il s’y affronte un jour. Je relisais Kafka sur le sien,.. terrible. Ici il est mort, la mère en parle amoureusement. Dans « Mommy », la famille est monoparentale – veuvage de nouveau, je crois.
Eriksen je reviens avec vous sur le personnage de Nathalie Baye. « Fondamentalement intelligente » car elle perçoit beaucoup de choses. Non qu’elle soit une intellectuelle ou un leader, sa capacité intuitive ne se double pas du dispositif analytique et de l’expression qui pourraient lui conférer la place de chef de famille (place laissée vacante? Antoine, l’aîné, est clairement investi de ce rôle dont il ne cesse à la fois d’être déposé, « Pourquoi tu m’humilies toujours, tu fais chier etc » , et lui de rétorquer : « Je n’en peux plus que vous me traitiez comme ça, il faut que vous arrêtiez ». Le théâtre de la mère comme vous dites n’est pas charmant, il est hystérisant en permanence ou sonne discordant, oui. Et je comprends que ça gêne, mais voilà, comment faire? Elle ne dispose pas du même langage élaboré que son fils dramaturge monté à la ville, et qui s’est coupé d’eux – façon aussi pour Louis de laisser sa défroque plouc pour « s’autoriser », devenir auteur alors qu’il n’est pas du sérail?… Michon, quelle force pour dire ça à peine autrement : « une durée de sept ans où le latin deviendrait mon bien, le savoir ma nature, les autres mon combat, les auteurs mes pairs (…) j’approcherais ce Racine dont à ma demande ma mère récitait d’incompréhensibles phrases ». Sur « Abbés »ou autre, qu’est-ce qu’il est gonflant?… m’en fiche, au final et globalement, il est meilleur gonflant que d’autres à l’acmé de leur fonction distrayante. Poulets de batterie, nourris à la farine de poisson. Sauf qu’Andrée Gayaudon, mère de Pierre Michon lui est toujours peu ou prou un havre, tandis que celles dépeintes par Dolan sont maintenues dans un tourbillon compliqué amour-rejet, attraction-répulsion… elles ne cessent de peser sur le dégagement ambigu de la personnalité sexuelle (l’affiche de « Mommy », avec l’impossible baiser barré d’une main entre Steve et Diane, la mère) Alors Martine-Nathalie Baye se fait les ongles, en effet… Elle s’occupe les mains comme Léa Seydoux ne cesse de tirer sur son pétard. Vous savez que la psychiatrie cognitive a beaucoup parlé de cela, sur les addictions : la cigarette comme substitut du sein maternel chez les gros fumeurs.

Annelise dit: 25 septembre 2016 à 14 h 57 min

@11h06, B.O de Moby électrisante. Bien fait de nous l’importer. Votre allusion à Téchiné de Qd on a 17 ans & la gestuelle fille-mère ou fils-mère chez Moretti, judicieuse aussi.

alley cat dit: 25 septembre 2016 à 20 h 32 min

« une durée de sept ans où le latin deviendrait mon bien, le savoir ma nature, les autres mon combat, les auteurs mes pairs (…) j’approcherais ce Racine dont à ma demande ma mère récitait d’incompréhensibles phrases ».

Ben dites donc ; et les précieuses ridicules de qui sont-elles les pairs ? Les Molières comptent vraiment pour du beurre. Bonne nuit
https://www.youtube.com/watch?v=PyOdhuYgle0

Annelise dit: 25 septembre 2016 à 22 h 17 min

Alley pas de sarcasme envers Michon sans l’avoir lu ou ça va barder (qui plus est en y mêlant Bashung)…un homme – je parle d’AB – qui se marie religieusement pour faire plaisir à Madame, scandant en duo le Cantique des Cantiques ne craint plus la préciosité, « la splendeur ne l’effraie plus », si vous tenez vraiment à ce que je vous cite son parolier Jean Fauque, en grand remplacement de PM (« Happy… apiculteur », les marguerites s’effeuillent au ralenti dans des allées bordées d’épagneuls etc) Il ne peut que se montrer extrêmement sensible à un prêtre alcoolique, l’abbé Bandy, célébrant en plein ciel la messe pour des Idiots qui le suivent à la trace dans la futaie avant de finir par rendre l’âme, ivre mort, non sans avoir appuyé préalablement sa mobylette contre un talus. (Post-mortem, c’est plus dur.)
Ne parlez pas sans savoir.
https://www.youtube.com/watch?v=-k_236V4agA

Eriksen dit: 26 septembre 2016 à 15 h 12 min

Le masque et la plume sur « Juste la fin du monde ».
D’un tout sarcastique et péjoratif, le maitre de cérémonie présente le film….
Puis Pierre Murat, ému comme jamais, très centré sur le personnage d’Uliel, dithyrambique sur la prestation de Cotillard. Après une première vision à cannes où il avait bien aimé, il a été cueilli à la 2e fois.
Danielle Heyman, elle aussi très ému par Louis… mais ne supportant pas les autres, surtout lorsqu ils sont ensembles. « Je ne veux pas fréquenter ces gens, ces gens sont infréquentables, ils m’emmerdent. Je regarde les beaux yeux tristes de Gaspard Uliel et je me réconcilie avec le film. » dit-elle.
Michel Ciment comprend très bien, après avoir subi la famille pendant 2 h, que Louis ne soit par revenu pendant 12 ans. « C’est une hystérie permanente, tout le temps en gros plans … un dispositif extrêmement théorique ». « On n’a pas envie d’être autant de temps avec des gens aussi peu sympathiques. Il n’y a même pas d’empathie ». « Il n’y a que Gaspard Uliel qui est vraiment très bien. »
Pierre Murat remarque très justement « mais vous aviez envie de rester avec les gens de Festen pendant deux heures vous ? » « Mais alors pourquoi on fait tomber le malheureux Dolan sous prétexte qu’ils ne sont pas sympathiques pendant 1h35 ? »
Jean Marc Lalanne « ils sont, de plus, beaucoup moins monstrueux que ceux de Festen »… « Je les trouve plutôt attachants, même »
Jean marc Lalanne : « l’usage des gros plans est parfaitement justifié. Il y a une sorte de gageure à faire un film choral, un film de groupe, mais de fragmenter cette famille qui ne peut pas tenir ensemble, et de le prendre en charge par la mise en scène, en ne les filmant jamais ensemble [ ….] il y a 90% de plans où il isole les personnages »
« Film moins sentimental que Mommy, on est moins embarqué tout de suite par le film. Je suis bouleversé par celui-là, presque dans un second temps. C’est monté à la fin, comme une décharge. »
« Uliel est magnifique, parce qu’il est tout le temps en retrait, il ne fait rien, on a l’impression d’entendre le sang couler dans ses veines tellement il donne accès à une intériorité, mais je pense que cela existe aussi parce que les autres sont en surrégime. Il y a quelque chose d’un point de vue orchestral de très abouti, entre le surjeu de ses partenaires et la manière dont il est une espèce de puit de silence et d’intériorité qui leste le film ».

Pour les quatre critiques et Jérôme Garcin, LE personnage du film est Louis. Seul Lalanne est un peu moins exclusif, mais ne c’est quand même Louis, le magnifique.
Aucun ne comprend la volonté critique de JL Lagarce et de Dolan vis-à-vis de Louis et de sa supériorité intellectuelle dont il ne fait rien d’humain.
Louis, c’est « la réussite » qui revient chez les « sans dents ». Il a le pouvoir des mots, mais il est incapable de l’utiliser pour aider. Son mignon personnage « d’humanité à l’écoute » vole en éclat dans la scène finale, à l’instant même où il dit « je dois partir », preuve définitive de sa duplicité juste après avoir ému l’assemblée par un joli discours. Discours auquel même Antoine avait cru… d’où la violence de sa réaction à cette dernière saudomie pleine de mots.
Ce film est encore un signal d’alerte qui passe inaperçu.

Je trouve l’analyse de Lalanne particulièrement juste sur la mise en scène.

xlew dit: 26 septembre 2016 à 16 h 48 min

Les chochottes qui se pâment devant Louis, l’Emile à l’infécond trousseau de mal marié, n’ont rien compris, c’est maman-Martine la véritable héroïne de ce portrait de groupe avec dames (je n’apprendrais rien aux connaisseurs non-groupies du ciné de X. Dolan).
L’Antoine ne fait que son théâtre (Eriksen en touche un mot et met dans le mille.)
Elle, la Joëlle de la Nuit Américaine de m’sieur Fernand, celle qui guette le bonjour d’Alphonse, Doinel de sidération.
La Bertrande d’Artigat et de la maladie d’amour.
Qui se retourne sur le passé et voit les ravages de la guerre flasque qu’elle mena avec ses hommes.
Louisou, de gare lasse, regarde le film de Dolan qui avance comme un train, tu comprends ?
Comme des trains dans la nuit française (dirait Djuna Barnes) en plein jour.
Trains teigneux, trains romanesques, sur des essieux fondus par la maison Schneidre.
Roaming, sur place tout en déplaçant les lignes.
Baye commet une composition splendide (sans faire « camp », justement), c’est juste une apocalypse tranquille qu’elle dessine sous son masque de reine perse la veille et redessine le lendemain, comme une scripte au cinéma.
Louis a réussi, il a la possession des mots qui s’entendent à faire des entrelacs (beaux commentaires, supra, à ce propos), il y a des captures de poses magnifiques de la part du metteur en scène, notamment celle de la mère encore une fois, sorte de sphynge qui sait que, toute dotée de la parole qu’elle soit, elle reste couchée, discours éternellement en contre-plongée face à la rivière qui sort de la bouche ourlée de son (beau) fils.
Le rideau de vair qui ondule, grand moment de description d’un amour qui pourrait s’envisager courtois, de fin’amor filial, une vibration douce et invisible, et pourquoi pas insensible, le cinéma est tout à l’oeil comme chez lui, regarder (parce que plus grand monde ne croit plus aux étreintes) quelquefois c’est aussi fort qu’éprouver.
« La vie privée est boiteuse pour tout le monde. »
(P.S. : la tatie Danielle Heymann n’en est plus à une vulgarité près, c’est un mode de cruising normal, neutre, avec elle.)

Juste la fin du film dit: 26 septembre 2016 à 17 h 11 min

Bon c’est pas tout ça comme dit l’autre mais en lisant les derniers commentaires, on comprendrait presque pourquoi certain(e)s n’auront pas envie d’aller voir ce « film »

Petrus dit: 26 septembre 2016 à 18 h 35 min

Eh bien contrairement à ce que « Juste la fin du film » prédisait, je suis allé voir le film de Dolan. Impression mitigée. Si je l’ai trouvé intéressant par bien des aspects, je n’ai pas non plus été accroché, en fait j’ai eu l’impression de regarder la vie de cette famille par le trou de la serrure sans être jamais concerné. À quoi cela tient-il ? Pas la faute des comédiens, tous excellents, – encore que Marion Cotillard joue pratiquement la même partition du début à la fin – plutôt, peut-être, la surabondance de gros plans dénoncée, – je le découvre ici -, par Michel Ciment, de très gros plans même, à la fin du film on connaît par cœur l’implantation de chaque poil de barbe de Gaspard Uliel, ça coupe un peu l’émotion, la mienne en tout cas. A contrario j’ai beaucoup aimé l’usage du defocus, du flou si vous préférez, certains contre-jours étonnants, le maquillage et le costume de Nathalie Baye qui s’efforce, mère courage peinturlurée, de garder le cap et de faire bonne figure au milieu de ce naufrage… Je ne connais pas la pièce d’où le film est tiré, j’ignore ce que Dolan a retranché ou rajouté. Je me suis demandé si le prologue, la scène dans l’avion où Louis nous explique pourquoi il rentre chez lui, était nécessaire ? Si on l’avait appris en cours de route, l’effet dramatique aurait été considérable. En même temps comme ils n’arrivent pas à se parler, à qui Louis aurait-il pu faire cette révélation ?… Et on me dira sans doute que l’effet dramatique n’est pas le but recherché. Dès la première scène, Antoine (Cassel) est déjà d’une humeur de dogue, je me suis dit : « Allons bon, lui aussi a lu le scénario, il nous joue d’entrée la grosse colère rentrée… » Par la suite j’ai un peu nuancé mon jugement et Cassel, par son talent, emporte tout. Mais quand même. Les personnages du drame sont déjà très installés lorsque Louis débarque et la mécanique (celle du coucou ?!) aussitôt se met en marche, assez répétitive en fin de compte. Il m’a manqué une progression dramatique, je l’avoue. Quitte à passer pour vieux jeu.
Deux mots de « Brooklyn village » de Ira Sachs (« Little men » en anglais) , l’histoire d’une amitié entre deux ados que les préoccupations pécuniaires des adultes vont gâcher. C’est filmé sans prétention et agréable à regarder mais ça ne laissera pas une trace impérissable dans ma mémoire… La prestation du jeune comédien, (Théo Taplitz) est formidable, les acteurs qui l’entourent (que je n’avais jamais vus) sont d’une réjouissante justesse.
Quant à Cézanne, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai un doute sur la capacité de Danielle Thomson à maîtriser le sujet. Le pantalon de toile du peintre, laborieusement barbouillé de couleurs par l’accessoiriste, laisse augurer du pire à mon avis…

emmanuel dit: 26 septembre 2016 à 20 h 58 min

@18.35 la scène du prologue insignifiante. Dolan s’est fourvoyé en espérant faire simple pour plaire à Garcin? il est loin le temps de JL Bory. Tout le reste est hachement intéressant, même le jeu de MArion Cotillard. Dolan le rend japonisant; le théatre no n’est jamais loin, avec le masque de douleur commissures vers le bas. XLew dit: »portrait de groupe avec dames ». Pardon mais il faut vraiment avoir la vue brouillée pour ne pas acquiescer:Martine est le personnage central non? Elle et Antoine. Nat.Baye n’en finit pas de prendre du galon depuis Petit lieutenant; cent pour cent d’accord avec vous, Ali quand vous parlez de son intelligence fondamentale. Comment les appointés de Radio France ne voient pas ça? ils pensent que la maison rue Franklin Roosevelt est le commencement de tout alors qu’ils tournent en rond. annelise vu sur FB (et ici) que vous aviez vu Brice 3. vous êtes courageuse! Et que vous alliez nous dire tout sur la Berlinale et aussi Soko? Elle est bordelaise(soko), vous savez?

Annelise dit: 26 septembre 2016 à 21 h 05 min

20h58, Soko avec Lilly-Rose Depp et Mélanie Thierry, billet d’après « Fuocoammare »…c’est écrit
Hi, Lew !
Pas possible de discuter ce soir avec Petrus ou vous ms à bientôt

xlew dit: 26 septembre 2016 à 22 h 47 min

Bonsoir Liz, Erev tov via Mr Reed par l’intermédiaire de Bob, (j’espère de tout coeur que vous allez bien).
Après lecture d’emmanuel et de Petrus, je me demande si Dolan, alors que nous avons à l’esprit sa jeunesse, en tête sa force de travail, n’a pas lui aussi ces références en tête, s’il est sensible aux propositions des autres, à l’espèce de dogma doux d’un Richard Linklater (repenser à deux ou trois images de Boyhood par exemple), ou, en effet, à la souplesse extrême des rapports que Kore-eda ou Ayaze semblent établir entre eux et leurs acteurs.
Peut-être, mais cela a-t-il de l’importance ?
Je pense que Dolan se laisse imprégner par autre chose, le feu de sa passion pour l’image semble si fort qu’il s’entretient tout seul, ce qui évite qu’il ne tombe dans une surdolanisation guettant son monde artistique (il se retient de trop lécher ses plans, à mon avis ce n’est pas de l’art ‘pour l’art’, mais ‘par lui’, écartant le piège), lui qui dit volontiers, avec cet espèce d’humour d’autant plus féroce qu’on ne voit pas le bout de sa langue pointer depuis l’intérieur de la joue, qu’il ne connaît pas bcp l’Amérique, à peine Montréal (juste sa banlieue, Laval, au hasard Balthazar).
Il devient aisé de se laisser emporter dans les tourbillons, bien propres sur eux et enroulés sur des colonnades bien raides, de la douceur de la lumière française arrachée à la Belle Province.
Avec Turpin, il contrôle (oriente plutôt, il n’a pas l’air d’un freak, si ?, ah…) les reflets que lui renvoie le peuple conquis des actrices et acteurs qui placent, devant Louis, les gestes, les mouvements de tête, juste à point sous le pinceau, comme des aplats sous un couteau, de la caméra qui n’a plus à bouger (le voudrait-elle qu’elle ne le pourrait, elle a trop le bambou, japonais ou d’extraction d’un végétal purement ‘joual’).
Dolan a un côté Mr Neville de chez Greenaway, paraissant jouir d’un contrat moral invisible avec les comédiens.
Entendre penser Louis ne m’a pas gêné (cela met dehors le contre-chant du théâtre), c’est comme l’exposition d’un réservoir de voix qui marque une fois de plus la surabondance des facultés d’expression de l’artiste prodigue (que G.U. offre avec tout son talent comme la répétition d’un champ de souvenirs exclusivement à lui destiné, mais qui, paradoxal Yizkor, s’adresserait à notre mémoire par anticipation comme une cérémonie, un comble), un réservoir qui le ferait enfin lire comme dans un livre ouvert par sa famille, le son d’un « tout doit disparaître » qui n’est pas qu’un artifice de scénar.

Annelise dit: 27 septembre 2016 à 6 h 29 min

Lew, 22h47… vous comprenez pourquoi vous manquiez ?
Je vous trouve bien raide pour Danièle Heymann, sa vision a quelque chose d’une datation sociologique que je ne partage pas forcément, mais qui m’intéresse. Je supporte la contradiction tb, l’intègre volontiers quand elle offre à chacun la possibilité de bouger de son socle. Quand j’ai l’occasion d’écouter les Masqués-Emplumés, Eriksen parle de JM Lalanne… ce phrasé lent, légèrement nasillard et précieux, ce déroulé hypnotique avec des effets d’African Queen s’engageant doucement dans les bras morts sont très séduisants, j’adore ! Ils me font l’effet des yeux de Kaa… Fais-moi confiaaaance?
Le nouveau billet sur l’Ours d’or est servi.

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