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La République Du Cinéma

Knight of cups, le calice jusqu’à la lie

Par Annelise Roux

En été, le blog voyage parfois loin et sans ordinateur. Il ferme donc ses stores, tire les persiennes jusqu’en septembre, vous installant dans la pénombre en vous souhaitant de bonnes vacances à vous aussi.
Vous trouverez de quoi voir par vous-mêmes, bien que la cueillette en juillet-août soit plus maigre. Ces quelques semaines avant la reprise, j’ai envie de vous les faire passer en compagnie d’un réalisateur auquel il me faut déclarer ma profonde révérence. Je stipule, mieux vaut : je comprends qu’il ennuie mortellement, qu’on puisse le qualifier être d’une lourdeur d’enclume. Moi même, ma fascination ne va pas sans lui casser par endroit du sucre sur le dos – il arrive qu’il le mérite, et alors?

Son œuvre dès le début m’a foudroyée, depuis « La Ballade sauvage » en passant par « Les Moissons du ciel »  – même si le film a mal vieilli, trop d’esthétique, il demeure un de mes préférés à cause de la petite récitante ballottée à laquelle je ressemble, de Sam Shepard qui souffre d’asthme sur le toit, et n’est cependant pas caractéristique, car il obéissait encore à une linéarité plus ou moins respectueuse du spectateur – « La Ligne rouge » et « Le Nouveau Monde » où Christian Bale, qui peut prendre tour à tour voire, conjointement, le visage de glace de Patrick Bateman dans « American Psycho » et celui de Batman sans « e » dans l’opus de Christopher Nolan qui a condamné Marion Cotillard à une regrettable mort comics, incarnait John Rolfe, paysan doux, placide. Il apprenait à Rebecca « Pocahontas » à enterrer des poissons au pied des maïs pour produire de l’engrais et la réconciliait avec l’inconstance des hommes, l’abandon de John Smith/Colin Farrell.
Je me rappelle en avoir discuté avec Sophie Avon et l’une de nos consœurs de la presse écrite qui ne supportait pas sa pompe, son ésotérisme emberlificoté, ses longueurs, ce que cette amie commune m’avait dépeint comme une complaisance «bouffie et prétentieuse».
Je précise que je ne mets pas d’ironie dans mes propos afin qu’on ne se méprenne pas sur ce que je souhaite en dire : ne vous adonnez en aucun cas à Malick si vous voulez voir ce qu’on appelle un bon film et autre truc sympa.
N’achetez pas le DVD qui est sorti non plus : Terrence Malick avec « Knight of cups » n’a pas fait de film, si tant est qu’il en ait jamais faits.
Il fait ce qu’il peut, déroulant ses sempiternelles obsessions sur la chute de l’Ange, l’impossible rédemption après laquelle on court, du moins si nous sommes marqués au sceau d’une humanité qui s’interroge. Le Dieu très chrétien de Malick rédime les péchés au travers des doutes et de la souffrance, distinguant ses enfants grâce à ce stigmate déposé sur leurs paumes et leurs fronts.

Pour moi c’est différent, je suis mithridatisée. On dirait qu’il passe naturellement dans mes veines. Comme Faulkner, sa manière de charrier d’emblée gras, lourd, ressassant vers un but inaperçu, dérobé et pourtant évident telle une mandorle plantée en plein ciel. Étoile du berger, source d’avant big-bang pas du tout discrètes. Toute l’œuvre est aspirée, s’y rue en bouillonnant. Jusque dans le choix des arcanes qu’il met en avant sans aucune légèreté, Le Fou, le Pendu, lames sur lesquelles – coïncidence – je m’étais penchée il y a quelques mois à un autre propos, si lourdes de sens… Parenté de principe avec « Le bruit et la fureur » : on n’y comprend rien, commençant à l’écrire, le I am just a farmer moustachu ne savait pas ce qu’il voulait dire mais son livre, lui, savait ce qu’il avait à faire et c’est l’essentiel. Après, les diplômés ès lettres glosent intelligemment sur ce que, ce qu’il.
Qu’ils soient remerciés ici pour le décryptage : ainsi rendent-ils un objet éclairé au démiurge qui l’a créé, auquel cependant il restait en partie irréductible.

« Knight of cups» : Le voyage d’un pèlerin de ce monde à l’autre, rapporté sous forme de rêve. Pendant deux heures, vous allez comprendre ce que signifie l’expression « boire le calice jusqu’à la lie ».  Accrochez vos ceintures pour un voyage au bout de l’abscons. Comprenne qui pourra, Dieu reconnaîtra les siens, No pasaran et ainsi soit-il !
Cette fois les sangles ont cédé, il est bien lâché, ne comptez pas sur lui pour se restreindre. J’ai l’air de me moquer, de rire? Peut-être. Mais je suis suspendue, interloquée, coincée entre éblouissement et courage, fuyons. Les deux ensemble, oui.
Rick (Christian Bale qui n’aime pas être déconcentré s’est battu sur le tournage avec un machiniste qui avait eu le malheur de lui heurter le coude), scénariste hollywoodien englué dans sa vacuité, l’alcool, ses orgies pleines de verre cassé peuplées d’hommes à la tête de cheval que l’on traîne en laisse à quatre pattes, de femmes surréalistes, icônes de bondage, mannequins rivées à leurs barres de pole-danse, leurs rêves d’amour naïf ou de manteaux de fourrure payés par des magnats de l’industrie cinématographique, est réveillé par un tremblement de terre dans son petit ryokan luxueux, plein de vide, à Los Angeles. À quoi pense -t-il, en ce temple du factice? Pas du genre à réfléchir à sa liste de courses. Il attend le « big one » qui jetant ses constructions à bas lui permettrait de découvrir la perle, ressasse dans sa tête les échecs, les aspirations déçues, les bonheurs enfuis, ratés de si peu… Un père qui ne peut plus être et avoir été (Brian Dennehy), un frère en pleine déréliction (Wes Bentley) qu’il ne sait pas prendre dans ses bras, tous trois n’arrivant guère qu’à se déchirer, alors que les lie la mort de Billy, l’autre fils probablement suicidé.
Une femme à laquelle il était marié, Nancy (Cate Blanchett), qu’il aimait sans doute, «avec laquelle il est devenu peu à peu moins gentil », une femme qui aurait pu le rendre père, Elizabeth (Natalie Portman), se tordant les mains en bord de mer dans une robe de maille aux allures de filet de pêcheur.

C’est beaucoup trop long, empathique, insistant, saoulant. Présenté sous forme de tableaux assimilés à des figures de tarots « La Lune », « Le Jugement », « La Mort », l’ensemble provoque sans coup férir une indigestion d’images travaillées, de voix-off, de formules. Ici ou là, moi-même qui suis résistante, lorsque s’élèvent distinctement des violons alors que Cate Blanchett assène « Dieu est venu si tard », qu’une harpiste pince les cordes de son instrument en robe rose à la David Hamilton sur fond de « Oh…Billy, je suis mort d’une autre façon », j’avoue avoir jeté un œil angoissé sur ma montre. Horizons embrasés qui annoncent l’aube ou le crépuscule, océan dont le ressac infini projette des embruns jusqu’à l’inaccessible. Le paradis perdu n’en finit pas d’entrouvrir ses portes via des eaux de piscine lustrales où les corps s’immergent comme dans le Jourdain. Les enfants nageaient aussi beaucoup en des brasses lentes dans les précédents films, et Richard Gere, finissant de moissonner le ciel, ne mordait pas la poussière mais chutait dans une rivière. Miroitements chatoyants, incompréhensibles, parfaitement clairs si on n’essaie pas de suivre, qu’on se laisse dériver.

Élucubrations. Appeler les infirmiers ? Quand Jésus tombe une première fois, on le relève. La seconde fois, certains hésitent. Quant à la troisième, beaucoup auront déjà eu envie de ficher le camp de devant l’écran en le laissant en plan. Que fait à votre avis Terrence Malick, parvenu à peu près à ce stade, alors qu’il est impossible qu’il n’ait pas perçu qu’ils sont nombreux à ne plus en pouvoir, à crier grâce ? Il en rajoute une couche.
Galette des Rois débordante de crème, étouffe-chrétien ?
Le dire comme cela s’avère très en dessous de la réalité, du domaine de l’édulcoration. Cheminée bourrée jusqu’à la gueule. De la fumée plein la pièce, ça refoule?
Tant pis, il recharge en bois, et pas qu’un peu.
Logorrhéique ? Je voudrais vous y voir, au moment de la délivrance, après avoir eu l’intestin crispé par l’angoisse, le délire mystique des années durant. Rien ne pourra l’arrêter. Il faudrait l’abattre. Cataclysme, délire extatique au sens propre, longue manière de psalmodier qui le rapproche d’Antonin Artaud, de Friedrich Hölderlin. Christian Bale, vu d’en haut, réduit à un insecte dans ce désert de pierres qu’est une vie dont l’amour a été chassé. Il grimpe lentement dans la montagne, et c’est Emily Watson gravissant le Golgotha, poussant la mobylette de « Breaking the waves » de Lars von Trier, Sibel du « Head-On » de Fatih Akin subissant le martyre de la lapidation… Un plan sur un buisson bruissant, dans le désert ? On s’attend à ce qu’il s’enflamme, comme dans les Écritures.
Talkin ‘Bout A Révélation, n’en déplaise à Tracy Chapman.

Terrence Malick est un grand malade. Incurable, fumé comme David Lynch avec lequel je ne lui avais d’ailleurs jamais trouvé autant de points communs que dans cet opus, par les coloris primaires, tragiques et clownesques à la Nan Goldin, l’intérieur des palais que sont ces maisons hollywoodiennes condamnées à être abolies par le feu divin telles Sodome et Gomorrhe, ces fêtes où est adoré le Veau d’or, où croisent des nains que l’on verrait bien crier : « silencio ! ».
Il y a chez l’un comme l’autre une débauche de symboles, des glissements sémantiques, une esthétisation à outrance parfois très confuse qui égarent et peuvent dégoûter – chez Lynch, paradoxalement, c’est plus recevable car distinctement à verser du côté du bizarre, tandis que l’étrangeté de Malick est pernicieuse, se tient dans cette emphase, ce boursouflement démentiels qu’il ne peut réprimer et qu’on lui reproche.

Il y a des plans d’une telle beauté. Trop, c’est entendu. Des séquences où on fait beaucoup plus que friser le grotesque. Pas un joli petit produit standard à ranger sur l’étagère. Des routes aux aiguillages sans fin, qui rendent impossible la conduite en simple ligne droite de nos vies. Des aquariums plongés dans le noir où les poissons tentent de remonter vers la lumière. Les mains de Cate Blanchett levées pour caresser l’air. Le visage de Natalie Portman pelotonnée sur le lit. La bonté d’une infirmière à panser les jambes d’un clochard couvertes d’escarres, à manipuler avec douceur le bras atrophié d’un SDF. Un chien, plongeant dans la piscine, gueule grande ouverte, une fois, dix fois, pour repêcher une balle de tennis en perdition…

Décompensation psychotique caractérisée, bouffée délirante déroulée sans frein vers un conceptuel aux bornes explosées comme une figue mûre.
Je communie, encore et encore. Plein gré. Je répands du parfum sur ses pieds après les lui avoir lavés avec mes cheveux. Je ne dois pas être la seule, vu la liste d’attente, la pointure des comédiens qui se battraient pour participer à ce qu’il fait. D’accord, je préférerai attendre un an avant d’en revoir un. Mais génial, avec tout ce que cela peut comporter de déraisonnable, d’insupportable, de raté, de fou.

Débrouillez-vous avec ça ?
Je vous retrouverai avec joie à la rentrée pour parler de nouveautés moins denses.
D’ici là, karaoké avec Helno et les «Négresses vertes».

« Knight of cups » de Terrence Malick.

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commentaires

221 Réponses pour Knight of cups, le calice jusqu’à la lie

Polémikoeur. dit: 1 juillet 2016 à 5 h 49 min

Si le commentarium reste ouvert pendant les « vacances »,
il faut espérer, surtout quand il fera très chaud,
que le contrat de la société de nettoyage
restera valide et opérationnel !
Lavageusement.

Sylvain dit: 1 juillet 2016 à 7 h 44 min

Billy 0.48, Antonioni en cadeau, le choix est bon. Moi j’offre Paris-Texas à Anne Lise ! Nastassja Kinski en pull rose. (Elle m’y fait penser.)

T.Malick, chaque fois je dois lutter contre l’impression barbante. Ces voix-off…pas ou peu d’action.Allez savoir pourquoi j’y reviens. C’est sûr qu’on est plus du côté de la lecture de Faulkner ou Joyce que de Camping 3!!

Je vous adressais hier mes compliments A-L;je vous les réitère. Vous partez, ça veut dire loin de la civilisation informatique? Plus de vos billets de haute culture, de vos réponses d’espièglerie douce ou mordante?

Mon fiston, futur cinéaste d’obédience femis qui ne jure que par Deleuze et SoFilm (à cet âge ils y croient ) et sa bande vous avaient adoptée !On est plus intelligent, on voit plus de choses après vous avoir lue.

A bientôt Anne Lise !

Sylvain dit: 1 juillet 2016 à 7 h 46 min

Merci aussi pour « Les négresses vertes ». Une générosité foraine centrifuge..;et quels musiciens !

Jibé dit: 1 juillet 2016 à 9 h 48 min

Heureux de voir que vous allez enfin vous poser et reposer, Annelise !
Retrouver votre propre imaginaire, rêver et méditer, visiter des lieux et des amis ou encore écrire ?
De vous voir courir en tous sens tout au long de l’année, sillonner la ville, la main sur la poignée de votre porte, toujours un pied en l’air, l’autre pénétrant rapidement dans une salle de projection, en sortant pour entrer de nouveau dans une autre. Monter dans un train, dans un tram, un wagon du métro, postant entre deux portes, sur vos genoux, d’une main… Vous me donniez le tournis et le désir de vous surnommer Annelise-Coup-de-Vent !
Soufflez, respirez, farnientez à loisir et bonnes vacances à vous ! Pas d’inquiétude, on essaiera, collectivement, d’assurer l’intérim ?

Eriksen dit: 1 juillet 2016 à 10 h 11 min

Jibé, vous êtes un vrai chevalier de la tasse. Je vous vois bien poser discrétement le café sur la table d’une Annelise immergée dans la rédaction d’une critique virevoltante et racée.

Jibé dit: 1 juillet 2016 à 11 h 04 min

Bon.
Avez-vous vu L’effet aquatique, Eriksen ?
C’est un film plein de charme auquel, je ne doute pas, vous trouverez surement, comme à votre habitude, une dimension métaphysique !
Mais laquelle ?

Zem dit: 1 juillet 2016 à 11 h 39 min

Tu te rattrapes Jibé mais tu tournais mal à 10.33 ,avec ton Annelise-coup de vent et tes tisanes avec glaçons.
Garde- toi le pisse mémé, cette femme elle bosse comme un chef. A l’heure qu’il est elle mange des oursins pieds nus en Croatie avec le maillot Docteur no. Comme quand t’expliques à Popaul ce qu’il faut faire. RDC, tu voudrais être calife à la place de Shéhérazade, JB ya pas de honte;Faut pas que ça te dévore. on en a tous rêvé ,et j’aime bien te lire… Elle, elle nous balance de l’info 100% dans le muscle avec exégèse top class pendant que tu es assis au comptoir à discuter le bout de gras. Y a qu’à remercier en espérant qu’elle revienne.
(J’ai pas été très fin non plus hier, c’est pas une excuse.)
BONNES VACANCES ANNE LISE !!

jodi dit: 1 juillet 2016 à 13 h 13 min

Terence Malick, grand cinéaste .Bonnes vacances Anne-lise !Merci pour les billets excellents auxquels vous nous avez habitués.Bel été à vous .

radioscopie dit: 1 juillet 2016 à 13 h 14 min

Annelise serait-elle une réincarnation de Mlle de Mézières ? Que de soupirants ! A ma gauche, un duc de Guise(Sylvain)entreprenant, à ma droite un Montpensier jaloux comme un tigre (Eriksen), au milieu un vieux comte de Chabannes (Jibé, récemment fait « chevalier de la tasse » – sic)et, au-dessus de la mêlée -sang royal oblige- un intrépide duc d’Anjou (Zem). Au prévisible bain de sang qui s’en pourrait ensuivre, un bain de siège suffirait à refroidir ces ardeurs.

Sylvain dit: 1 juillet 2016 à 16 h 27 min

Tatatata, radioscop! Bien essayé mais ça ne prend pas, votre sauce. AliR, épouse morganatique chérie de Passou. Et n’oublions que c’est P.Edel qui a eu le sifflet de The Look.

Casting « Les moissons du ciel » :
Assouline = richard Gere
Edel = Sam Shepard

Anne Lise en Brooke Adams « Abby »

Demain je vous fais « la Folie des grandeurs », la jeune reine d’Espagne canon esseulée et son amoureux Dom césar, pendant que Montand soupire, persécuté par le gnome en pompons verts.

La duègne?…suivez mon regard !!! (Géniale Sapritch)

Sylvain dit: 1 juillet 2016 à 16 h 30 min

Gable avait de grandes oreilles, Pipeuls ; Anne Lise, plus Scarlett Leigh que Mélanie de Haviland, enfin je dis ça… ?Pas sûr.

patatras dit: 1 juillet 2016 à 17 h 22 min

« Gable avait de grandes oreilles, »

quoi?! Et il a quand même été engagé? ça importait peut-être pour le rôle remarquez

Eriksen dit: 2 juillet 2016 à 9 h 40 min

@ Jibé: pas vu l’effet aquatique mais j’irai.
@ Annelise:
Mallick nous quitte. Son knight of cups m’a laissé au sol, alors qu’ »à la merveille » et surtout « the tree of life » m’avait bien branché.
ci-joint une critique ancienne de the tree of life.
bonne vacances en RDF.

« There are two ways through life : the way of nature, and the way of grace »
En nos temps écologiques, il ne faudrait pas se méprendre sur le sens de cette opposition : Mallick entend « nature » dans un sens péjoratif, incarné ici par le père. La mère et le fils cadet représentent la Grâce, et celle-ci va bien au-delà la religion.
La Grâce apparait comme « donnée d’avance ». Dès le début, le cadet a la Grâce, et l’ainé non. L’un est élu et l’autre pas. La Grace peut-elle s’obtenir ?
Même s’il n’a pas la Grâce, l’aîné n’y est pas insensible. Il ressent sa mère comme un salut, tandis qu’il déteste son père, tout autant que lui-même. Si chaque enfant a charge d’héritage, (celui de la mère, celui du père, certains les deux et d’autres aucun), l’ainé assume ici deux ascendances antinomiques dans un grand écart, certainement riche mais à l’évidence douloureux, que Malick nous décrit dans un long flash-back intemporel.
Beni soit le cadet, héritier de la Grâce. Le benjamin semble avoir échappé aux deux …
Dans un monde contemporain régi par la dualité pragmatisme/idéalisme, (le monde tel qu’il est/le monde tel qu’il devrait être), Mallick étonne en réactualisant un autre clivage (combattre/donner) et les deux ne se superposent pas : l’homme idéaliste applique un formatage distille à ses enfant l’idée du « struggle for life ». A l’inverse la femme (la voie de la Grace) est pragmatique de fait par son acceptation de la nature humaine et son souci de l’autre au quotidien. Une icône du Care.
Mallick sublime ainsi le pragmatisme et le souci de l’autre en Grâce, que l’on peut interpréter comme un don dans ses deux acceptations : d’abord parce que cela semble « inné » pour elle, ensuite parce que la Grâce est montrée comme la spontanéité toujours reconduite du don.
Si la vie elle-même est un « don » au sens de cadeau, on peut la refuser, l’accepter, en tirer parti ou non. Même en gardant à l’esprit le caractère incompréhensible et vain de notre présence au monde, la Grâce est une réponse radicalement révoltée à cette absurdité, en transfigurant le « don » initial reçu en don permanent de soi.
Quant à ceux sur le rude chemin de la nature, qu’ils tentent recevoir… ce n’est déjà pas simple.

Emmanuel dit: 2 juillet 2016 à 16 h 23 min

Comme ça ,sans sommation? Le coup est rude,Annelise.Percée déterminante de Montpensier.La critique d’Eriksen sur « Tree of Life  » dans le droit fil,on sent le métier du professionnel qui exerce sans forcer . Admiration partagée avec Annelise pour Malick, y compris celui-là,avec toutes ses longueurs et lourdeurs .Avec ou « grâce » à à.Que je sache on ne va pas reprocher à Joyce ses égarements extramuros. Il n’y avait guère que Sartre pour trouver à Flaubert d’être illisible. Edel lui a rivé son clou sur son blog.Rarement un réal aura atteint à un tel pouvoir de fascination sur les comédiens…Les grands noms tueraient pour jouer sous la direction de TM. Obsessionnel comme Kubrick,d’une réticence envers les médias qui rappelle Pynchon . Il ne fait pas ça par manoeuvre et le miracle opère.J’aime beaucoup le « Jesus tombe une troisième fois »( et dieu reconnaitra les siens?) De ces façons loufoques qui vous laissent KO au premier au premier round.Papier sinueux,féminin,flamboyant,profond: est-il besoin de le dire ?Jubilatoire! Je vais imprimer les chroniques pour les relire durant les mois chauds,sous treille. »Mithridatisé », « on appelle les infirmiers »:petite leçon d’humour et de grammaire .On ne s’en lasse pas .Le pauvre Bonnefoy a cassé sa pipe sur RDL, moins triste que pour Pachet eu égard à son âge ?

Annelise dit: 3 juillet 2016 à 7 h 56 min

Mort de Michael Cimino, réalisateur américain de « Voyage au bout de l’enfer » ce matin. J’avais eu la chance incroyable de le rencontrer à Deauville, où il était venu au festival du film. Il avait donné un roman, « Big Jane »(La Noire/Gallimard) à Patrick Raynal, directeur à l’époque de la Série Noire où je publiais. J’avais vu arriver sur l’estrade un homme aux cheveux teints, botoxé, d’une anxiété fabuleuse derrière ses grosses lunettes miroir, sous l’énorme chapeau. Il était mal assuré en grimpant l’escalier, agrippant ma main. J’étais si émue que j’aurais voulu lui donner de tout mon coeur l’accolade, le serrer dans mes bras en disant « ça va aller ». Grand grand cinéaste.
« Deer Hunter », sans aucun doute un des films qui m’aura le plus marquée en continu et dans la durée. Pas seulement pour la célébrissime scène de roulette russe entre Michael/De Niro et Nick/Christopher Walken. Aussi pour la vie des travailleurs métallo émigrés, le long mariage orthodoxe sur fond de Boys Town Gang. La symbolique lente des parties de chasse : la voiture des amis en train de stopper puis de repartir en laissant galoper le copain derrière… Michael revenu de la guerre qui lève le canon alors que le cerf est dans son viseur, qu’il préfère le gracier… un peu plus tard il quitte le taxi d’avant la banderole, descend à pied rejoindre Linda/Meryl Streep qui lui a tricoté un pull, qui attend son homme, guettant depuis la fenêtre. La façon qu’a la femme d’arranger sa robe et ses cheveux.
Je crois que je n’ai jamais pu le voir sans pleurer. Des larmes nouvelles, à chaque fois. Ce matin le monde du cinéma, tant de spectateurs éprouvent ce deuil. Son traitement de la violence marquée d’hystérie, de brutalité, de dégoût, son humanité nerveuse, sa dramaturgie particulière – un de ces réalisateurs qui expliquent que perdre du temps dans les films est un art – son sens de la sociologie éclatent aussi dans « La Porte du paradis » ou « L’Année du dragon ».

https://www.youtube.com/watch?v=TxD7W-n-I8M

Jibé dit: 3 juillet 2016 à 8 h 31 min

Ces cinéastes, issus de l’immigration italienne, quelle sensibilité et profondeur ils ont apporté au cinéma américain !
Annelise, toujours là, quand il faut et où il faut…

Annelise dit: 3 juillet 2016 à 8 h 37 min

Jibé, je goûte vos clins d’oeil (issu de l’immigration), merci pour la main forte prêtée dans les critiques !

Annelise dit: 3 juillet 2016 à 8 h 42 min

Cimino était très affecté par l’échec de « La Porte du paradis », gouffre financier, film à mon avis très sous estimé… et « L’Année du dragon » avait fait l’objet d’attaques de la communauté chinoise lui trouvant des accents racistes.

Jibé dit: 3 juillet 2016 à 9 h 08 min

Dur de finir sur un échec, Annelise, mais la mort va rééquilibrer les choses. On va pouvoir voir ou revoir « Deer hunter » !
Ce cinéma américain que l’on aime c’est surtout celui-là, des Juifs d’Europe, des Irlandais, des italiens, des Chinois ou des fils d’Africains ou encore du grec Elia Kazan de « America America »…

Eriksen dit: 3 juillet 2016 à 10 h 50 min

Il y a pour tout les goûts dans les morts ce matin…
Michel Rocard: homme politique pour peuple intelligent…
avec un succès relatif, malheureusement.

Petrus dit: 3 juillet 2016 à 17 h 11 min

Je partage avec Annelise ce souvenir de Cimino que j’avais croisé, pour ma part, au cocktail de lancement de son roman – son unique roman, je crois ? – chez Gallimard. Je me faisais une joie de rencontrer le génial réalisateur de « Heaven’s gate », un de mes westerns favoris, et je n’ai pas pu, pas osé, échanger un mot avec lui. Son malaise – ou sa timidité ?- était communicatif… Avec « Heaven’s gate » il avait totalement explosé le budget, mais franchement ça en valait la peine ! Ceci étant il a eu du mal à s’en remettre, Cimino. Quant à « Deer hunter »c’est l’un de ces films que l’on peut revoir indéfiniment, on y découvre toujours une nouvelle raison de l’apprécier !
Il me semble que James Gray est un peu l’héritier spirituel de Cimino, qu’en pensez-vous ?

Sylvain dit: 4 juillet 2016 à 11 h 20 min

Ha ça fait beaucoup d’un coup. Merci pour les portraits de Cimino « de l’intérieur ». Lui et Wiesel, grands bonhommes.

« Cocktail Gallimard » Petrus? La SN je ne sais pas par qui elle est tenue maintenant, je croyais que c’était toujours Reynal qu’on voyait dans Libé. Le passage en grand format ne lui a pas porté chance.

La vieille collec prestigieuse qu’on achetait les yeux fermés a pris l’eau fashion bobo avec rachats de bons plans étra,ngers sans risque et vedettes à l’Américaine;ça fleure l’entreprise comptable planplan,

Le Goncourt ou je sais plus quoi (Renaudot?) à Foenkinos, ça veut tout dire. Ce sont des bouquins qu’on lit à la plage ou comme passe temps mais il n’y a plus de considération. SN pareil. Triste fin.

« Les Portes du Paradis », rateau magistral.ça a brisé sa carrière et sa vie, pendant que fleurissaient les anti films d’auteurs calibrés qui remplissaient les salles. Comme une métaphore du marché artistique actuel.

James Gray, entièrement d’accord. Pas celui avec Cotillard mais beaucoup d’autres. Il remet de la profondeur.

Annelise dit: 4 juillet 2016 à 21 h 39 min

J’apprends à l’instant le décès à 76 ans d’un cinéaste admiré, mort à Paris en ce 4 juillet 2016, deux jours après Michael Cimino : Abbas Kiarostami dont un ami persan m’avait fait découvrir l’oeuvre. Je souris en pensant qu’il a toujours contesté la traduction « Le Goût de la cerise », affirmant que dans le sens littéral il s’agissait en fait de… mûre. Palmé d’or en 1997, ce très grand réalisateur n’avait jamais quitté mon regard depuis.

Zem dit: 5 juillet 2016 à 12 h 46 min

Appris ça hier soir en faisant un tour ici.
Fahradi son héritier. »La séparation’. Abbas Kiarostami n’a pas voulu quitter l’Iran; il a montré l’Iran dans une dimension complexe de censure ,avec ses femmes voilées de noir. Il a enfanté une grande part du cinéma iranien en restant sur place. Photographe, poète. Un humoriste derrière ses lunettes fumées. Juillet s’est levé d’un très mauvais pied!! Kiarostami a fait monter tout son pays dans un taxi, il lui a fait gravir la colline, ‘au travers des oliviers’. Hommage.
Anne Lise ! Mlle de Mézières ça vous va tbien! Tavernier(avec Mélany Thierry) !!Un grand merci de ne pas nous abandonner dans la tempête. A BIENTÔT .

Gilles dit: 5 juillet 2016 à 17 h 19 min

Ca décanille en ce moment on a l’impression de revivrela période musicale noire Prince-Bowie.Kiarostami ,réalisateur majeur.Comme Cimino il n’a pas avancé sur du velours .Son travail était très surveillé en Iran comme vous imaginez .Il s’est servi de commandes pour détourner le propos,montrer son pays et les moeurs sous un jour moins voulu par les religieux.La palme de 1997 avec le goût de la cerise avec ces zigzags en voiture ouvrait une porte vers un cinéma qu’on connaissait mal,pour lequel les contraintes ont joué un rôle.AK était soigné à Paris?Sa dépouille retourne en Iran.

christiane dit: 5 juillet 2016 à 19 h 24 min

Bonsoir Annelise,
je reviens au 20 juin, votre beau billet sur le film de Safy Nebbou, « Dans les forêts de Sibérie », vu cet après-midi.
Un grand temps de cinéma, à tout oublier du soleil sur la ville. En rentrant, relu votre billet, l’ai posé sur mes souvenirs encore si présents du film, tout ce que vous écrivez et qui prend maintenant sens. L’évocation de Dersou Ouzala, aussi.
Toutefois, (allez savoir pourquoi !) c’est à un autre film que j’ai relié la rencontre d’Aleksei (E. Sidikchine) et de Teddy (R.Personnaz), un film des années 70, de Hal Ashby avec Ruth Gordon et Bud Cort : « Harold et Maud ». Une telle jubilation à m’en souvenir. Un passage aussi entre celle qui doit mourir et qui remet dans l’axe de la vie ce grand jeune homme dépressif. Un qui veut échapper aussi aux normes de la société. Mais dans le film de S.Nebbou, pas d’humour. Tout est sérieux car devant affronter cette immensité de glace, de tempête de neige, de mort possible, de sauvagerie, de froid. Sauf peut-être quand il « pisse, debout, tout nu dans ses bottes, sur la glace. »
Ce film de 1972 m’avait aidé à choisir la vie, dans un temps où tout tanguer follement comme pour Harold… Le film de ce jour, me donne aussi envie de quelque chose qui s’appelle, la suite de la vie retrouvée…
Des mondes basculent sur l’écran et un continue sa route, réconcilié. Un même vent de liberté balaie l’écran d’hier et celui de ce jour.
Quand Harold et Maud sont au milieu d’un cimetière de pierres tombales blanches, nous ne sommes pas loin de Teddy dérivant sur les glaces du lac en dégel. Un, encerclé par les tombes, l’autre, par les glaces.
Je suis heureuse de vous lire. Les films mettent du temps parfois à entrer dans ma bizarre vie.
Le film évoqué par Jibé (« L’effet aquatique ») de S.Anspach avec S.Guesmi et F. Loiret-Caille, je l’ai beaucoup aimé et revu, plus tard, en DVD, le précédent (« Queen of Montreuil » – 2013) qui met en place les personnages (sauf Samir) autour du deuil d’Agathe. Je crois qu’on parle d’une trilogie…
C’est triste que Solveig Anspach soit morte en 2015 de ce foutu cancer qui a récidivé. « Lulu femme nue » – 2012 avec K.Viard est également émouvant.
Voilà, j’arrête là ce petit commentaire.
Bon été à vous et aux amis du cinéma qui se donnent rendez-vous, ici.

Annelise dit: 5 juillet 2016 à 21 h 03 min

Harold et Maud, grand souvenir pour moi aussi Christiane ! Quelque chose me dit que vous adoreriez le Goût de la cerise, si vous ne l’avez pas encore vu, allez-y les rétrospectives vont pleuvoir. Kiarostami a fait des films assez accessibles parfois, ce n’est pas la grande politique vindicative mais son observation fait passer tant de choses politiques sur l’Iran, justement… Comme dit Zem ce sont ces femmes voilées de noir qu’il a su les montrer fardées, souriantes, vivantes au-delà de la prison de tissu dont elles aimeraient se débarrasser. Je pense toujours à lui en lisant Pamuk, mon cher personnage d’Ipek dans « Neige ». Actrices de leurs vies dans un contexte aux mutations profondes. Des gens ordinaires, de petits sujets apparemment mais la patte du réalisateur est là. Sa consécration à Cannes avait rendu possible la diffusion du film in situ alors que c’était mal parti. Et cet homme qui songe au suicide, dont la voiture gravit la colline… le cinéaste au travers des différentes étapes montre des aspects essentiels du pays, quel observateur attentif, merveilleux dans sa manière aussi d’aborder les paysages, la nature… Je voudrais vous dire tout le bien que j’ai pensé par ailleurs de Solveig Anspach mais là où je suis ça n’est pas commode. Cimino comme Kiarostami, c’est au-delà des mots, on a chacun une fréquentation intime de leur oeuvre. Ils ont eu du mal à s’imposer alors qu’on se demande comment passer à côté de telles voix est possible. Cimino disait être écoeuré par « les buveurs d’étiquette » – l’expression avait frappé la native de Bordeaux que je suis -, les suiveurs qui attendent de voir le score pour parier… au final il a beaucoup perdu sans jamais cesser de l’emporter, un violent de première selon l’acception de Flannery O’Connor – sauf que cela lui fait une belle jambe, maintenant qu’il est mort après des années de close combat contre le politiquement correct.
Gilles oui, Abbas Kiarostami était en France pour soigner un cancer, son corps devrait être rapatrié en Iran. Quel bel homme il était, même physiquement, les derniers temps y compris.
Merci de tout coeur à Fontebranda 5 juillet 13h36 pour ce super lien italiano vero ! Lasciatemi cantare, perch ne sono fier(o)…
RIP Michael, Abbas, Michel, Elie

Annelise dit: 5 juillet 2016 à 21 h 09 min

Et Yves !(je l’avais o combien en tête et n’allais pas le citer.. si ça ne s’appelle pas du déni…)

Annelise dit: 5 juillet 2016 à 22 h 00 min

Alley Cat 21h44 & autres Johnny Burnette, loin de moi l’idée de contrarier vos épanchements musicaux. Ils sont souvent très beaux et font plaisir. Le décryptage est plus dur. Serait-ce ici votre manière de faire allusion à Horace McCoy, le marathon de danse revisité façon Vadim, « Et Dieu créa la femme » ? Toutes ces femmes en short bien dans l’époque ont certes de quoi réveiller un mort, mais dites, quel rapport?
Aussi, puisque vous persistez dans un abscons-à-la-Malick (difficile à dire, mais heureux quand on l’a fait) je vous le demande :

https://www.youtube.com/watch?v=rBexpeHVH_g

alley car dit: 5 juillet 2016 à 22 h 49 min

(revu hier soir Blue Velvet – très mal vieilli à mon avis mais peut-être était-ce mon humeur du moment, l’écran, la compagnie… Privilège des réalisateurs réputés, j’y reviendrai avant de mourrir ; lui donner une dernière chance. Les fesses crumbiennes de cette vidéo, moulées dans leurs shorts ? Pour faire bref, c’est un écho bien involontaire au billet de la maison mère sur le « cul international » d’ Arletty, et l’expression d’une réelle admiration pour les trop ignorés Johnny Burnette & son Rock n’ Roll Trio. Le rapport avec Malick? Par-delà les bruits propres à chaque époque, quelque chose d’une beauté sadienne intemporelle, à la Clovis Trouille :-) )

Annelise dit: 6 juillet 2016 à 4 h 33 min

Alley Car, vous êtes transparent quand vous voulez ! Merci, ces éclairages ne sont pas de trop, donnent profondeur à vos liens.
Plaisir à vous répondre dans un tempo mieux adapté pour moi : « Blue Velvet » vous n’avez pas tort… néanmoins je n’arrive pas à prendre ça entièrement pour un défaut ? « Twin Peaks, oeuvre phare, en revanche n’a pas pris une ride. Mulholland, ça m’intéresserait que vous me disiez.
Le billet RdL sur Arletty : Pierre a l’art de questionner l’histoire sérieusement tout en égratignant le récit de coups de griffe circonstanciés espiègles. Je continue de lire le blog autant que je peux.
Kiarostami, « La Trilogie de Koker » moins citée que « Le Goût de la cerise ». J’aime tout.C’est vrai qu’il a permis au cinéma iranien actuel de vivre un essor, quitter sa gangue

Annelise dit: 6 juillet 2016 à 4 h 39 min

Clovis Trouille, quelle peinture potache, plus qu’irrévérencieuse à mon avis. Certains titres m’ont fait rire par leur côté carabin lâché en soirée d’internat. C’est Michel Onfray qui lui a tressé des lauriers. En voyant dans quelles situations CT place nonnes et malheureux curés on devine pourquoi.

alley car dit: 6 juillet 2016 à 7 h 35 min

Transparent par parenthèse ? Trouille me semble beaucoup plus subtil que vous ne le laissez entendre et proche dans son art des qualités que vous prêtez à Malick. Il n’a certes pas l’aspect raffiné de certains … Question de point de vue. Bref, cette esquisse de discussion m’incite à reprendre Le cahier noir de Joë Bousquet et, tiens, à en faire mon écrivain de cet été.

christiane dit: 6 juillet 2016 à 17 h 45 min

Ce conseil sera suivi, Annelise.
Un très joli papier sur l’actrice Florence Loiret-Caille, signé Cécile Mury qui cerne bien la grâce pudique, décalée et revêche de cette « écorchée tendre » à la silhouette androgyne d’adolescente. Elle illumine le film de Solveig Anspach. C.M. note cette réflexion de F. L-C. :
« Ce sont les livres qui m’ont donné envie de faire ce métier. Ceux de Duras, d’Henri Michaux ou d’Albert Cohen, qui parle de « la tendresse de pitié »… ».
Vu dans une petite salle de quartier, un film espagnol à bas bruit, au ton juste, liant deux grands acteurscomplices : Ricardo Darin et Javier Camara (réalisé par Cesc Gay : « une tentative de surmonter la panique que nous ressentons face à la maladie et à la mort imminente, la nôtre ou celle d’un être cher. C’est l’exploration de nos réactions devant l’inattendu, l’inconnu et la douleur. »)

Cecil B2000 dit: 6 juillet 2016 à 21 h 35 min

christiane dit: 6 juillet 2016 à 17 h 45 min
« une tentative de surmonter la panique que nous ressentons face à la maladie et à la mort imminente, la nôtre ou celle d’un être cher. C’est l’exploration de nos réactions devant l’inattendu, l’inconnu et la douleur. »

Et voilà, à cause de vous, Chère Mme Sceaucette, que me revient en pleine poire l’image de Sagan recevant pour la première fois l’extrême onction dans son lit d’hôpital. Une forme d’horizontalité publique

Emmanuel dit: 6 juillet 2016 à 23 h 07 min

Même en changeant de cadran,autorité de vos interventions, Anne-lise .Comme les autres, soulagé que vous reveniez quand il faut .J’y ai pris gout et ça manque. Vu l’heure je ne vous imagine pas en maillot d’Ursula. Je vous vois dans le boréal, bien éveillée à vous ravigoter de vos billets incroyablement sentis.. Trouille ,pas rien qu’un joyeux luron,enfin sa peinture est marquée d’humour.L’immenculée conceptipon,de quoi plaire à Perec question intitulé mais techniquement pas au niveau d’autres. Kiarostami,ses stations du suicidé potentiel à flanc de montagne qui se fait arrêter par un mollah,un policier ou une prostituée ont montré l’Iran comme personne .D’accord pour Koker .Le film avec Binoche « qui n’a rien » dixit Depardieu,bon aussi .AK joue de beaucoup de partitions et me rappelle quelqu’un par l’éclectisme cohérent:48 kilos qui font la différence, il n’y à qu’a vous lire pour que ça saute au visage.Si Melle de Mézières veut me tricoter un pull à la Méryl chez Cimino ,je ne l’empêcherai pas .Bonnes vacances,merci de rompre de temps en temps l’éloignement pour nous.

Annelise dit: 7 juillet 2016 à 3 h 02 min

Cher Emmanuel, la scène où Linda/Meryl Streep ajuste timidement le vêtement sur la poitrine de Michael, en creux une des plus bouleversantes de Deer Hunter. Ce qu’elle suppose d’attente & de soin. Peu de temps pour le tricot mais je reviendrai sur Alley Car 7h35.
Simca 1000, 21h35, je ne doute pas que vous vouliez saluer de grand coeur Christiane en la rebaptisant d’après Bergman. Svp ne déformez pas les pseudos ? Sinon j’avoue :

https://www.youtube.com/watch?v=4mNDYWhRSaw

radioscopie dit: 7 juillet 2016 à 6 h 47 min

Quelqu’un a-t-il vu « Truman » ? Nom d’un chien, quel film ! Sujet casse-gueule par excellence. Le réalisateur (Cesc Gay)a parfaitement godillé entre les écueils. Ricardo Darín et Javier Cámara à la manoeuvre : pas des marins d’eau douce. Quelque chose vous mouille les yeux de temps en temps, ce sera la faute des embruns… comme chez Sautet

christiane dit: 7 juillet 2016 à 8 h 26 min

@Cecil B2000 dit: 6 juillet 2016 à 21 h 35 min
Cette citation est du réalisateur répondant à une question sur le thème de son film. Votre pensée est d’un autre ordre : une image volée à l’intime de la vie de Françoise Sagan (car je ne peux supposer qu’elle le souhaitait). Dans son film, Cesc Gay reste dans le non-dit, l’esquisse et met en scène cette amitié qui accompagne pudiquement la rencontre, ultime. des scènes volontairement drôles cassent l’enlisement dans cette panique que ressentent les personnages. J’ai hésité à choisir ce film, je ne regrette pas mon choix.

Emmanuel dit: 7 juillet 2016 à 10 h 08 min

Annelise 3.02, Polynésie?
Du mal à calculer quel lag correspond ;rien qui entame le coup de patte délicieux pour protéger votre troupeau des loups qui veulent le saigner! Excellent « Truman ».J.Camara force le respect.
Trouille /rapport à Malik, 6 juillet 7.35, mouais?

Nadia dit: 7 juillet 2016 à 17 h 23 min

Bonjour Anne-Lise,
Merci pour toutes vos infos et développements si riches!Terence Malick fut pour moi un éblouissement progressif. Merci pour le billet complet.

Jibé dit: 7 juillet 2016 à 19 h 45 min

Emu, bien sûr, par Truman, mais avec quelques réserves, contrairement à Viva, Christiane et radiocsopie…

radioscopie dit: 7 juillet 2016 à 21 h 14 min

Je comprends vos réserves, Jibé. Cependant, dans un contexte hispanique, le thème de la mort est abordé sans la moindre hystérie, ce qui est déjà une performance. Vous (avec vos origines italiennes), moi (avec ma part argentine où la culture italienne n’est pas en reste), nous savons de quoi il en retourne. Puis cette amitié masculine (sans équivoque sensuelle), même si ce n’est un sujet neuf, fait plaisir à voir, non ?

carlito dit: 8 juillet 2016 à 6 h 27 min

« dans un contexte hispanique, le thème de la mort est abordé sans la moindre hystérie, ce qui est déjà une performance. »

morbide

Jibé dit: 8 juillet 2016 à 7 h 36 min

Oui, radioscopie, et c’est peut-être ce qui m’a gêné : le film m’a paru trop illustratif et raisonnable et sonnait un peu faux à mes oreilles ? La scène « logique » entre la cousine et l’ami était-elle vraiment nécessaire ? Le milieu privilégié dans lequel évoluent les personnages fait aussi songer que la mort n’est pas la même pour tout le monde. Dans « Viva », où l’on retrouve la même problématique, on voit surtout la misère des Cubains, réduits à une perpétuelle débrouille… Et une hispanisté à la Almodovar à la puissance 10 !

christiane dit: 8 juillet 2016 à 12 h 00 min

Vu hier, sur Arte, « Le goût de la cerise » d’Abbas Kiarostami (encore visible grâce au site permettant de revoir les films)
Quel étrange film… Des hommes parlent dans une Range Rover qui n’en finit pas de rouler dans le décor poussiéreux de la banlieue industrielle de Téhéran sur une route faite de lents virages, sinueuse. L’homme au volant, Badii, scrute les passants et cherche à en faire monter un dans sa voiture. Trois monteront. Et l’on découvre, abasourdi, que cherchant à se suicider il cherche un homme capable de jeter quelques pelletées de terre sur son corps. Il a creusé sa tombe…. De ces trois dialogues, mille et une surprises. Conte philosophique.
Le gout de la cerise, ou le sens de la vie jusqu’à la pirouette finale. Un beau film, envoûtant, étrange, qui nous happe et nous fige dans une attente absurde. J’ai pensé, après m’y être immergée à l’essai de Camus « Le mythe de Sisyphe » où l’homme est libre de vivre ou de mourir dans le silence et l’incompréhension du monde.
« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. »

carlito dit: 8 juillet 2016 à 12 h 11 min

Jibé « une perpétuelle débrouille »
ce n’est pas propre à Cuba, loin s’en faut ! (en Argentine même , entre autres)

jodi dit: 8 juillet 2016 à 13 h 04 min

Cuba,le Buena Vista Social Club au detour de chaque rue à La Havane et son Malecon magnifique paseo qui s’étire sur 8km le long de la mer .
Radioscopie ,êtes vous argentin?,connaissiez vous Gato Barbieri et son célèbre feutre noir vissé sur la tête , qui composa la musique de l’inoubliable chef d’œuvre de Bertolucci »Le dernier tango à Paris?

radioscopie dit: 8 juillet 2016 à 13 h 07 min

Jibé dit: 8 juillet 2016 à 7 h 36 min
« La scène « logique » entre la cousine et l’ami était-elle vraiment nécessaire ? »
Cette « scène » m’a également dérouté. De prime abord, je l’ai même jugée comme une facilité, une concession : peut-on aujourd’hui envisager de réaliser un film sans un passage par le lit ? En seconde analyse (et c’est sans doute le sens de votre « logique ») ces 2 êtres confrontés à la douleur d’une perte imminente, sous tension, immergés dans la morbidité ne pouvaient a contrario que se jeter dans cette cérémonie à la vie. Ils l’auraient pu autrement qu’à travers ces ébats mais…

Jibé dit: 8 juillet 2016 à 14 h 09 min

radioscopie, lorsque le héros (négatif) du film, découvre le lendemain matin à son hôtel son ami avec sa cousine, il les regarde longuement et dit : « logique » ! Trop logique, ai-je pensé, éros et thanatos étaient convoqués sans surprise. La vraie surprise est le coup de théâtre final avec la livraison du colis qui donne son titre au film…

radioscopie dit: 8 juillet 2016 à 14 h 38 min

En effet, Jibé, ce « logique » m’avait échappé. Je n’ai pas d’excuses même si j’ai tenté de suivre en V.O. soit « lógico »… c’est pas sorcier. Pour ma part, je m’étais attendu à « la livraison du colis », il ne pouvait échoir qu’à l’ami. Un détail : quand on connaît le zèle de la douane canadienne, quelques doutes côté vraisemblance.

albert dit: 8 juillet 2016 à 14 h 57 min

« peut-on aujourd’hui envisager de réaliser un film sans un passage par le lit  »

et c’est d’une lourdeur! comme si on n’avait pas compris

Annelise dit: 9 juillet 2016 à 3 h 46 min

Nadia, c’est là pour ça. My pleasure.
Christiane, ainsi Badii lors de sa montée, des rencontres & stations montre t-il des aspects fondamentaux de l’Iran sous l’oeil stylisé, très camusien vous avez raison, de AK. « Surmonter la panique », il y a toujours de cela dans le passage à l’acte créatif… Cécile Mury parlant de Cimino, extra aussi. Il faut la lire.
Radio pour la douane canadienne, bien vrai ! Un des ressorts du film « Exotica » (mon préféré d’Atom Egoyan avec B.O de Leonard Cohen pour accompagner la danseuse en kilt.)
Alley Car je poursuis sur 6 juillet 7h35, Joe Bousquet, je connais mal, dans mon souvenir petit blessé à la colonne vertébrale, tête de gosse, raie au milieu – toujours eu envie de m’y plonger. Votre inclination pourrait servir de déclencheur. Trouille,parler de peinture potache est-ce si restrictif? Il table beaucoup sur la provoc. Il n’a pas à mes yeux la subversion froide de Christian Schad, ce léché glacial de Haute-Bavière appliqué aux putains comme aux gens d’église. Autre facture… je ne dis pas qu’il s’agit d’un défaut. A propos de peintres allemands récents, je ne sais si c’est la gravité absolue de ses toiles qui me bouleverse, mais de plus en plus aimantée par Felix Nussbaum, « L’autoportrait au passeport juif » (vu a galerie d’art moderne à la villa Borghese? je ne me souviens pas..)Quelque chose de Giorgio De Chirico. Je donnerais cher pour revoir la branche d’amandier au-dessus du mirador.

radioscopie dit: 9 juillet 2016 à 7 h 29 min

Annelise, si l’occasion se présente, poussez la porte du 53 rue de Verdun, Carcassonne. C’est là, autour de cette chambre pieusement gardée en l’état, que vous pourrez aborder l’oeuvre de cet auteur magnifique. Quelque chose subsiste de la lumière que Joe Bousquet sut arracher à la nuit. Le silence est encore traversé des voix des artistes considérables qui passèrent par là.

Rowan Oak dit: 9 juillet 2016 à 10 h 35 min

Personne pour saluer Jacques Rouffio ? « Sept morts sur ordonnance » et « La passante du sans-souci » , quand même ; huit films, un certain style…
c’est fait !

Eriksen dit: 9 juillet 2016 à 15 h 04 min

The Knights of Cup.

Ah les hymnes ! Il faut bien avouer que l’hymne allemand est beau. C’est un ami juif avec tout le passif qu’on imagine qui le disait, certes à contre cœur, mais quand même. Nous sommes au ciel, des voix d’anges dessinent en arabesques consonantes un nirvana de simplicité, de douceur et de quiétude. L’horrible mais bien plus humaine Marseillaise, développait son cortège martial de contingence sanglante, quand une première surprise m’assaillit : tous les français chantaient ensembles à gorges déployées. L’unanimité, à mes yeux suspecte par essence, devenait pourtant ici l’indice d’une rupture avec un passé pas si lointain.
Un joli feu de paille français nous fit croire alors que tout avait changé… mais fut rapidement annihilé par l’étau allemand qui resserrait de minute en minute son étreinte de boa sur le coq dont on entendait même plus les vocalises, déjà étranglées par nature. La malédiction était bien là, ancestrale, spécifique, magique, irrationnelle… et tous qualificatifs qui cherche à mettre un nom sur ce un complexe d’infériorité. Erreur sur erreur en défense, Payet à l’ouest, Griezman et Giroud sans ballons, le fameux collectif de Dédé prenait un gout de saumure. Il avait joliment resserré les boulons de la diversité, mais c’était encore trop fragile. Le coq déliquescent combattait encore le boa, comme la chèvre de monsieur Seguin son loup, mais la sanction fut imminente pendant 40 minutes.
Ne semblait capable d’inverser la tendance qu’un coaching miraculeux de la clef Deschamps, le leader de vestiaires de 98, l’entraineur magique supposé capable de faire muter un troupeau de brillants individualistes immatures en une équipe digne de ce nom. Encore fallait-il écoper ferme pour atteindre le havre de la mi-temps.
Une chose de bien avec l’irrationnel ou la magie, c’est que tout peut s’inverser en un clin d’œil. Alors que le coq commençait juste à trouver l’inefficacité allemande bien étrange, voire un tantinet sadique, l’arbitre siffle un pénalty pour une main que personne n’avait vu. Je n’ai jamais ressenti une telle sidération par un pays qui bénéficie d’un pénalty : sur le terrain et dans les tribunes, dans les fans zones et dans les foyers, personne n’y crut. C’est comme si on avait changé brutalement le logiciel des matchs France-Allemagne… ancestralement régis par le mauvais sort. Au bord de l’asphyxie, la France se vit gratifier d’un pénalty tout aussi extra-terrestre que justifié. Allo Dieu ? merci.
Et Griezman de libérer une France entière de doigts croisés.
Deschamps fit bien son boulot, et les bleus revinrent avec une tout autre gnack, tandis que les allemands restaient imperturbablement immunisés contre la gamberge. Ce match sera perdu ou gagné par la France : c’est elle la variable aléatoire par sa labilité émotionnelle, à l’inverse de la constance allemande. Bien que tout fût encore possible pour les deux, on en sentait bien que le coq desserrait l’étreinte, d’autant plus que Boateng, le défenseur central fétiche des allemands, se blessa et sortit. Même les Dieux semblait en avoir marre que le football soit ce jeu où les allemands gagnent à la fin. D’ailleurs c’est le remplaçant de Boateng qui se fit enfumé sur le côté droit de sa surface de réparation par Pogba, qui fournit un caviar à Griezman poussant la vengeance jusqu’à marquer par pénétration du ballon entre les jambes du meilleur goal du temps présent : humiliation versus exultation : la coupe était pleine. Ouf, la perspective d’une demi-heure de 1-0 et son cortège d’infarctus, s’éloignait un peu, mais pas complétement… le souvenir d’une soirée sévillane à 3-1 pour les français 20 minutes avant la fin était dans tous les esprits. A 2 minutes de la fin du match avec un score de 2-0, l’hésitation des commentateurs à y croire en disait long sur la malédiction qui imprégnait les esprits.
victoire !
indue ? probablement. Mais une petite dose d’injustice n’était pas pour me déplaire.

Annelise dit: 10 juillet 2016 à 2 h 08 min

Thanks Rowan O, grand Piccoli des « 7 morts » & le dernier film de Romy, surtout… (jamais pu le regarder objectivement tant il porte d’exténuation, de deuil insoutenable du fils.)
Radio, merci du tuyau ! Après avoir fait de la mobylette par 40° à Salina pour aller voir où a été tourné le « Postino », crapahuté en plein grain à Perros Guirec pour Maurice Denis, Bousquet vaut le détour. Pas la révérence qui me guide mais l’amour, une façon de humer les lieux souvent sans rien dire. Carcassonne j’y ai des souvenirs. Le Banquet de Lagrasse du temps de Dominique Bondu, Milner fuyant la buvette, pull de tennis aux épaules. Sans parler d’un cassoulet au confit de canard, vanté dans une station-service (!) par le Guide Vert… Le vin proposé, une Bordelaise d’origine comme moi ne devrait pas lui trouver du charme, enfin c’est la preuve qu’on gagne toujours à se délier du snobisme ambiant : superbe syrah, cru élevé par le frère de Patrick Juvet, Frédéric, venu en compagnie d’un violoncelliste de la radio suisse demander une signature… je m’y connais un peu quand même, il m’avait plu par sa rondeur titrant à 14, – je parle du cépage mais Juvet, « le frère du précédent », enrobé et talentueux aussi, loin de la féminité hiératique censée m’être chère. Les carbernets et merlots de chez moi viennent avec peine sur les cailloux, en réalité ils sont durs au mal, cultivent certain secret… il faut savoir les attendre.
Eriksen j’adore le sport ! Là oui, métaphysique en barre à qui sait la discerner. « Million dollars Baby », « Chariots de feu » et autre coureur de fond solitaire, rétif et têtu comme une mule à la Richardson. Il les mettra tous dedans, vous en êtes visiblement averti. Je ne pourrai pas la voir mais vous nous faites la finale ?

radioscopie dit: 10 juillet 2016 à 10 h 51 min

En tant qu’aquitaine, Annelise, vous étiez pour ainsi dire chez vous à l’ombre (chiche) de la montagne d’Alaric (le N°2) même si l’influence de l’océan expire par là et que la Méditerranée prend vaillamment la relève. A propos de Lagrasse, c’est le berceau de la famille Cros (Charles): j’y ai découvert la maison plaquée en ce sens. Ah ce terroir qui fait pousser du vin et des poètes, les meilleurs vulnéraires !

Petrus dit: 10 juillet 2016 à 15 h 45 min

Désolé, je suis très en retard pour répondre @Sylvain que je partage son opinion quant au dernier James Gray « Immigrant ». Ce qui est en embêtant c’est que c’est probablement le film pour lequel Gray a obtenu le plus gros budget…
Quant à la SN Gallimard, Patrick Raynal a cédé la place depuis au moins sept ans au jeune Aurélien Masson qui applique une politique de rentabilité franche et carrée dont j’ignore si elle porte ou non ses fruits.
Un mot sur Jacques Rouffio auquel Rowan Oak rend un bref hommage. Je garde du « Sucre » un savoureux souvenir d’autant que mon pauvre père avait été emporté dans cette mini tourmente boursière ! Roger Hanin campait magistralement dans le film un personnage tonitruant qui a vraiment existé et mis pas mal de gens dans la panade… J’aimais bien aussi « Violette et François »reflet assez fidèle d’une époque révolue et puis Adjani et Dutronc, aussi attendrissants l’un que l’autre.
Pas clairement compris comment Clovis Trouille et Felix Nussbaum s’étaient invités dans ce débat mais ravi des les y avoir croisés.
Espérons que l’été ne fera pas d’autres victimes dans le petit monde du cinéma…

Eriksen dit: 11 juillet 2016 à 12 h 21 min

pour Jibé
La dualité du héros est fascinante. Un homme, posé et féminin, se mue sur scène en femme passionnée et tragique.
Mère Théreza en homme d’un coté, Almodovar en femme de l’autre, il incarne deux pôles opposés de la féminité : celui du foyer et celui de la passion.
Celui de la mère sécurité et celui de la mère fatale. Celui de la contingence et celui de l’idéal.
La fille qui se prostitue pour nourrir sa famille et la mère fantasmée, celle qui ne déçoit pas car elle ne lâche jamais l’absolu. Elle m’a fait penser à la mère de Romain Gary dans la promesse de l’Aube. A-t-elle à voir avec la mère rêvée des gays ? je vous pose la question, Jibé.
Mais le héros compartimente.
Il ne laisse ni polluer l’absolu d’une souillure de contingence quand il chante, ni pervertir un pragmatisme plein d’humanité par une stérilité rêveuse quand il vie. L’inadaptation des femmes théâtrales à la réalité s’efface quand l’histrionisme se cantonne à la scène, dans des limites bien marquées où le spectateur n’est pas pris en otage par les torrents d’amour possessif de la vie familiale.
Paddy Breathnach (le réalisateur) dessine un monde schizophrénique où chacun irait déverser son trop plein d’absolu sur des scènes thérapeutiques, afin de revenir serein et calme dans le foyer familial, et éviter les scènes de la vie conjugale. C’est Dr Jekyll and Mr Hyde, dans une dualité différente de celle du bien et du mal.
Ainsi donc, Shakespeare n’aurait pas tout à fait raison, la vie n’est pas toujours une scène de théâtre. Décapé de la manipulation, le pur show sublime l’artifice en vérité, permettant Jésus d’être lui-même d’après sa belle-mère.
Parallèlement, la vérité supposée du réel vole en éclat avec ce personnage qui passe de l’homme à la femme en toute crédibilité.
Les concepts de père et mère sont d’ailleurs si flous que l’on assiste, lors d’un show du héros, à un jeu de séduction du fils déguisé en femme, envers son père, dans le cabaret du beau-père devenu belle-mère (Je sais, c’est un peu compliqué). Cela finit par un « je suis ton père » brutal, sous la forme d’un coup de poing dans la figure.
Dans ces sables mouvants, les seuls points fixes sont les personnages négatifs et rigides, les monstres d’égoïsme que sont le père macho et violent de retour au bercail ( ce qui fait penser à la situation de Juste la fin du monde de Lagarce) et la fille irresponsable. Qu’a-t-il donc ce jeune homme à se vouloir sauver les monstres ? Son père, passe encore, on ne s’affranchit pas de la génétique si facilement, mais la femme, cette inconscience incarnée… ? qui est-il ce Jésus pour accepter autant ? on dirait Rocco.
Le film est sous-tendu d’un optimisme revendiqué et provocateur, qui pose comme un « à prendre ou à laisser » une foi dans la capacité de l’amour à changer les hommes et les femmes. Un Happy End de militant clôt le film sur l’image d’un couple synergique, un enfant dans les bras. On peut douter que les monstres changent autant… mais c’est beau.

christiane dit: 11 juillet 2016 à 12 h 25 min

@Eriksen dit: 9 juillet 2016 à 15 h 04 min
Eh bien, Eriksen, il n’y a pas que Annelise qui attend la suite de cette fine analyse des matchs…

Jibé dit: 11 juillet 2016 à 13 h 15 min

Pas sûr que j’aurais aimé avoir la mère de Romain Gary pour mère, Eriksen ! Belle analyse métaphysique du film (un peu compliqué néanmoins pour ceux qui ne l’ont pas vu !), mais quid de son aspect sociologico-touristique : incroyable Havane et étonnante vitalité des Cubains !

Eriksen dit: 11 juillet 2016 à 15 h 06 min

je n’ai pas été étonné par la vitalité des cubains et je trouve cette histoire assez peu localisée. Elle pourrais se passer aussi bien ailleurs, non ?

Eriksen dit: 11 juillet 2016 à 15 h 56 min

@Christiane, je n’ai plus le temps. Et pourtant il y aurait des choses à dire, sur la fin des malédictions dans cet Euro, et sur le groupe France en cure, tellement en cure qu’une réussite exceptionnelle aurait été peut-être trop précoce.
Deschamps président !

Jibé dit: 11 juillet 2016 à 16 h 38 min

Oui, Eriksen, l’histoire pourrait se passer ailleurs et sous une autre forme. D’ailleurs, Viva c’est Billy Elliot, à part qu’ici, c’est encore plus pathétique : il ne s’agit pas de devenir un grand danseur étoile mais au mieux un travello de seconde catégorie !
Néanmoins dans ce film, au-delà de son hispanité, j’ai senti poindre la corne cubaine dans toute sa singularité…

Annelise dit: 12 juillet 2016 à 4 h 04 min

Eriksen vous nous faites ça bien, je dois dire.
Petrus, les commentaires c’est le charme des roses trémières en Bretagne ou en Sicile : elles poussent où elles veulent, dans les anfractuosités surtout, jetant des couleurs imprévues. Impossible de les contrôler. Fan autant du bleu tendre des hortensias assorti aux portillons des jardins bien rangés du côté de Dinard, des bleus durs, des gris soutenus des chemins à calvaires vers Paimpol, avec ces chapelles aux ex-voto si morbides… Je fonds devant la diversité, autant vous l’avouer. Peut-être cela ne vous surprendra pas ? Antonioni disait qu’il pouvait très bien se passer d’histoire, tel autre cinéaste vous démontrera par A+B que sa facture est fondée sur un scénario en béton. Je peux aimer deux manières antinomiques. Quel glissement nous a amenés de Malick à Nussbaum, je pourrais vous remonter la trame mais vous connaissez le principe des baïnes : plutôt que de nager frénétiquement pour reprendre pied, on se laisse porter, on réserve ses forces pour rejoindre le fil au meilleur moment. Ce pourrait être nous dire ce que vous pensez du phobique effréné à la Pynchon, auteur de « La ligne rouge ».
Alley, je vous vois venir avec vos Cramps ! Il s’en passe de belles derrière votre lien Green Door. (Jamais vu le film avec Marilyn Chambers mais j’en ai entendu parler)
Charles Cros était de Lagrasse, Radio ? Vous me l’apprenez, j’en suis ravie. Après un « Banquet », effet boucherie cinsault ou parfum entêtant des belles de nuit qui aiguisent les sens, je m’étais baignée dans l’Orbieu comme Pocahontas dans « Le Nouveau Monde » derrière l’abbaye à une heure du matin…. Le lendemain j’avais appris que la rivière regorge de couleuvres et failli m’évanouir. Quel maillot ? Docteur No comment.

Jibé dit: 12 juillet 2016 à 8 h 47 min

Moi non plus je ne connais pas Cuba, Eriksen, sinon à travers les films, les livres et la musique… Et j’hésite à y aller jouer les touristes de la misère. Ce peuple, qui aime faire l’amour et la fête, passé du statut de bordel des Etats-Unis à celui de laboratoire du communisme à la manière castriste nous offre le spectacle d’une singulière histoire, entre soumission et prostitution ! Pour qui sont leurs somptueux cigares ? Au-delà du mélo universel, » Viva » nous donne quelques petites touches sensibles sur la situation du pays et de ses habitants perpétuellement confrontés au système D, comme débrouille et toujours en équilibre précaire entre solidarité et exclusion. Comment garder sa dignité et être toujours bien coiffées pour les plus vieilles ? De la difficulté de se loger face à un parc immobilier en ruine. En revanche, l’hôpital semblait le lieu le plus luxueux du film ? Et que penser de la parabole de ce jeune gigolo, qui pour mieux appâter le client, recourt à toute une panoplie d’objets pour handicapés : les bras, les jambes, les cervicales ? Une image subliminale de l’état de l’île !

faut voyager dit: 12 juillet 2016 à 13 h 31 min

Jibé les médias pleurnichent sur le sort des Cubains, le système D , commerce informel etc, n’est pas rare en Amérique latine, loin s’en faut

faut voyager dit: 12 juillet 2016 à 13 h 35 min

Des paysans se font tuer pour refuser de céder leurs champs à des grosses boites polluantes qui empoisonnent aussi les cours d’eau, des pauvres crèvent de froid, la liste est longue vous savez

alley cat dit: 12 juillet 2016 à 17 h 54 min

Après un « Banquet », effet boucherie cinsault ou parfum entêtant des belles de nuit qui aiguisent les sens, je m’étais baignée dans l’Orbieu comme Pocahontas dans « Le Nouveau Monde » derrière l’abbaye à une heure du matin…. Le lendemain j’avais appris que la rivière regorge de couleuvres et failli m’évanouir. Quel maillot ? Docteur No comment.

Situation similaire, même effet, après un bain de minuit manqué avec Laurence Treil tout juste échappée du tournage de la Vouivre. Marilyn Chambers dans Behind The Green Door ? Jamais pu aller jusqu’au bout du film d’une traite, mais rien à voir avec la chanson dont l’écriture est bien antérieure

Annelise dit: 15 juillet 2016 à 5 h 54 min

Alley 12 juillet, la grande bouche de Laurence Treil me rappelle la phrase de Jules Renard à propos des marguerites, soleil avec des dents partout autour… j’avais oublié son passage dans « La Vouivre », elle ne perd rien à la nudité. Est-ce que Marcel Aymé gagne à être adapté au cinéma? Bourvil ou ici notre Lambert Wilson/Comte de Chabannes chez Tavernier qu’évoquait Radio sont convaincants, mais pas touche à Delphine &Marinette.
Votre extrait « double doublé » (en quoi? polonais?)… j’aime toujours bien vous lire, quand vous vous y mettez je retrouve des accents d’un contributeur avec lequel j’ai des affinités historiques (XLew)

Annelise dit: 15 juillet 2016 à 6 h 25 min

Faut voyager 13h35 Yes Sir ! C’est Philippe Lançon qui vers 2004 a fait un livre sur Cuba. Afin de préserver les protagonistes de représailles, il avait usé d’un pseudo, après quoi l’ouvrage a atteint une visibilité zéro. Pour paraphraser son titre, le chroniqueur de Libé s’est dit qu’il avait intérêt à mieux écrire, surtout être moins innocent ? Il a délaissé Gabriel Lindero pour revenir à son nom propre. Tous ne s’y laissent pas prendre, comme cet éditeur de Marguerite Duras qui lui avait refusé avec un petit mépris un manuscrit déjà publié en grande pompe, dont elle s’était amusée à refaire le test anonyme en l’envoyant par la poste. Eh oui ça rend modeste. Lindero ainsi défroqué alors qu’il était strictement Philippe a priori s’est vu décoré l’année d’après de lauriers, il a reçu le même prix que j’ai l’honneur d’avoir obtenu en 2009, le Henri de Régnier de l’Académie française (en 2008 c’était Célia Houdart) Il y a une légère amertume à ce jeu de masques, mais ce n’est pas aux auteurs d’y réfléchir.

Jibé dit: 15 juillet 2016 à 8 h 46 min

J’ai un peu voyagé, Faut voyager. Notamment en Colombie, du côté des enfants de Bogota. Autre problématique…
Pourquoi cette fixation médiatique et intellectuelle sur Cuba ?
Faut-il y aller ou pas ?
Dans « Viva », le touriste est réduit à n’être que celui qui achète anonymement le corps « malade » des Cubains !

alley cat dit: 15 juillet 2016 à 19 h 20 min

Vous revoilà, vous. La trop grande bouche de Laurence Treil ? Vous avez l’oeil classique. Jules Renard et ses paquerettes ? M’évoque les vidéastes de cette reprise: https://www.youtube.com/watch?v=NqSTdA8xgJU

Sinon, c’est réconfortant de vous lire ; on a besoin de renfort ces temps-ci et 48 kilogrammes de méchanceté ne sont pas de trop pour y subvenir

Annelise dit: 17 juillet 2016 à 23 h 22 min

Alley il y a 2 jours, en été pour une période non conventionnée, je passe de sas en sas – et mes visites s’espacent. Jamais écrit que Laurence Treil avait « une trop grande bouche », c’est vous. Vous échineriez-vous à me chercher des noises le plus clair de mon temps dans ma chambre noire?
Pour ce qui est des 48kg, encore une fois poids stable & méchanceté très relative. Quant au réconfort, oui, tout le monde en a besoin dans l’affliction, j’espère être de celles et de ceux qui continueront toujours d’être d’accord pour en dispenser afin de pouvoir dire encore, au lendemain de ce 14 juillet de deuil et de consternation, « ah ça ira ça ira… » Bien à vs

Gilles dit: 20 juillet 2016 à 17 h 56 min

Vous êtes bluffante Annelise!Enormément apprécié votre retour.Merci de la proximité.Des articles à ce niveau c’est rare.Votre façon de mêler le paradigmatique,les hautes considérations, la chair et le quotidien humain de nous tous n’appartient qu’à vous.

Annelise dit: 21 juillet 2016 à 0 h 21 min

Mort de Garry Marshall, acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain le 19 juillet.
Je romps le temps d’une parenthèse, d’un «billet dans le billet», mon vœu de silence à ce sujet. Ma préférence pour Michael Cimino ou Abbas Kiarostami aurait pu me conduire plutôt à le faire en priorité pour eux. J’ai considéré que des nécrologies à la hauteur fleuriraient dans la presse standard. Comme pour le Brexit, les grands évènements, l’attentat du 14 juillet, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas évoqués dans mes colonnes que je m’en désintéresse, au contraire. Simplement la séparation des corps – celui du critique, celui de l’auteur de romans, l’histoire ne précisant pas s’il y en a d’autres – chez moi est établi, alors que comme Philippe Lançon et son hétéronyme Lindero, au final et en privé, j’habite la même adresse, tout au moins fait cohabiter sous enseigne unique tout le monde en moi.
Garry Marshall, prototype du cinéaste à succès. Faisons l’impasse sur le calamiteux « Just married » qui réunissait de nouveau les deux vedettes Julia Roberts et Richard Gere, espérant le cocktail molotov, l’addition maligne de pouvoirs et de strass et n’aboutissant qu’à une oeuvrette en forme de rebelote clientéliste.
La Cinderella du trottoir qui épargne pour faire des études, l’homme d’affaires désabusé sujet à vertige de « Pretty woman » en revanche ont fait le tour de la planète, pourquoi pas ? Mythe modernisé. Des facilités, mais aussi du talent, assez pour faire rêver dans les chaumières. Quelques amis que l’icône gay Gere déjà ne laissait pas indifférents en american gigolo me disaient qu’ils ne seraient pas contre prendre une leçon de piano avec lui, que contrairement au film aucune rétribution ne serait automatiquement demandée à Edward Lewis (sans parler du tarif dégressif selon la durée de location). Pour ma part je retiens Hector Elizondo en Barney Thompson, patron vétilleux d’un hôtel de luxe qu’il refuse de laisser choir entre les mains de quelconques Dodo la Saumure. Sa façon d’apprendre à Vivian Ward-Julia Roberts à manier la pince à escargots n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde.
Garry Marshall fut surtout cet homme éclectique, comédien distingué que mettait à part un accent new yorkais prononcé, découvreur d’un certain Robin Williams… Sans lui, il n’aurait pas été révélé. Madame Doubtfire, le père divorcé qui s’attife en gouvernante afin de continuer de voir ses enfants me bouleverse moins que le doux dingue du « Fisher King » de Terry Gilliam : malgré tout, c’est bien grâce aux bluettes de Marshall que Williams a pu mettre ses yeux verts, son menton en galoche et son air légèrement idiot au service du traumatisme et de la quête réparatrice… Il tombait amoureux d’un laideron psychorigide que l’idéalisation saupoudrait de phéromones imparables, offrant une adaptation libre, distanciée, des plus crédibles et troublantes de Julien Gracq. Même schéma qu’Owen Wilson mettant sa notoriété de roi du stand-up pour soirées estudiantines au service de l’émergence de son ami Wes Anderson, méconnu. Dans le long tissage permettant la naissance d’un ton particulier, les relais ont leur importance. Leur octroi parle aussi de la personnalité des émetteurs, ceux qui mettent le pied à l’étrier. Que soit donc salué le discernement de Marshall à avoir propulsé l’acteur sur le devant de la scène, comme Owen Wilson mérite de l’être pour avoir soutenu le créateur du « Grand Hôtel Budapest ».
L’Américain récemment décédé est également à la base d’une iconique sitcom des années 1970, « Happy Days ». 255 épisodes en dix ans, où s’affrontaient les points de vue irréconciliables de Fonzie/Arthur Herbert Fonzarelli (Henry Winckler), archétype du mauvais garçon au grand cœur, hâbleur, dragueur invétéré en blouson noir et banane laquée, et Cunningham (Ron Howard, devenu par la suite à son tour réalisateur), doux rouquin faire-valoir bien inséré dans une famille américaine typique, que l’invraisemblable fanfaron faisait tourner en bourrique. Tout cela relevait en partie du pastiche énergisant. Pour témoignage anecdotique – à la fois cela peut être relevé comme preuve insolite – je me souviens de tournois HEC- ENA où des élèves réputés a priori sérieux se tiraient la bourre à qui mieux mieux, tentant de récupérer en avance des spoilers venus des Etats-Unis concernant les frasques du personnage central. Des promos entières se sont mises à employer le terme «cool» dont Henry Winkler usait à chaque fin de phrase, torse bombé. Le ridicule ne tuait pas Fonzie, ni ces étudiants qui à l’heure dite se ruaient comme un seul homme devant l’écran afin de ne pas risquer de manquer les premières notes du générique.
Un charme scopitone.

https://www.youtube.com/watch?v=dr3coxStmjs

alley car dit: 21 juillet 2016 à 1 h 04 min

Elle est d’autant plus cool qu’elle se fait rare, la meule à Fonzie.
Reste que le sevrage est brutal.
Revenez nous voir plus souvent.

theo dit: 21 juillet 2016 à 8 h 32 min

« à l’heure dite se ruaient comme un seul homme devant l’écran afin de ne pas risquer de manquer les premières notes du générique. »

époque d’insouciance..

Emmanuel dit: 21 juillet 2016 à 9 h 43 min

Anne-Lise ,super évocation d’Happy Days! Mythique,oui.On rentrait tous dare-dare. Cela a marqué le début de l’engouement pour les séries et aurait pu donner lieu à de fructueuses études sociologiques, » qui regarde quoi ». Les Soprano, Downton Abbey, Games of T ont remplacé Amicalement votre ou Friends mais le principe reste le même!Que regardiez vous (ou regardez vous), AL si ce n’est pas indiscret?

Ivan dit: 21 juillet 2016 à 13 h 41 min

Bonjour, Annelise, Wes Anderson c’est vraiment le top ! Owen Wilson, vous êtes sûre? ça fait une drôle de paire style ,Brice de Nice vs la poésie de la Vie Aquatique.

Les séries, il y a celle de Scorcese qui arrive bientôt sur le show bizz, vous connaissez?

Général dit: 22 juillet 2016 à 17 h 24 min

« Il tombait amoureux d’un laideron psychorigide que l’idéalisation saupoudrait de phéromones »….j’aurai voulu le dire comme ça! très juste.Fisher King,mon préféré deT.Gilliam devant » Brazil ». Owen Wilson est celui qui a mis le pied à l’étrier de Wes Anderson.Capricci fait un article dessus signé Marc Cerisuelo: un peu prétentieux,ils tiennent à marquer l’écart et ça n’a pas la singularité d’ici,mais bien!

petite vidure dit: 22 juillet 2016 à 23 h 34 min

j’aurai voulu le dire comme ça!

Vous l’avez même écrit, à d’autres la feinte modeste ; mes devoirs et calot bas, dossard 110

Nadia dit: 23 juillet 2016 à 10 h 36 min

Petite Vidure,le 22/07:Pourquoi m’appelez vous « dossard 110″ou me qualifiez vous de « feinte »?Je ne vois pas quelle immodestie dans mes propos de 17h24mn. »Général » ou amiral est une référence pour rire à mon patronyme.Je ne prétends pas commander .Je ne savais pas qu’il fallait prendre son tour ,vous demander l’autorisation à participer sur ce blog.Vous êtes le médiateur ?

Annelise dit: 23 juillet 2016 à 10 h 37 min

Paul, l’ambiance salle de rédac alors? Le Monde avait titré « la série qu’on n’arrive pas à aimer ». Jeff Daniels a pourtant les épaules.
Ivan, « Vinyl », créée par Martin Scorsese himself et Mick Jagger, ça promet ! Les paupières lourdes &la dégaine de Bobby Cannavale vont faire un malheur.

Jacques Chesnel dit: 23 juillet 2016 à 10 h 45 min

Vinyl… vu déjà tous les épisodes, seul le n°1 (Scorcese) est regardable… après ça se gâte dans l’hystérie et le rabâchage

Annelise dit: 23 juillet 2016 à 10 h 52 min

Nadia 10h36, je suis le seul médiateur à bord (après dieu bien sûr)Pas de ticket à prendre, le dossard c’est le nombre de coms j’imagine, pour le reste pas trop compris où petite vidure veut en venir

Annelise dit: 23 juillet 2016 à 10 h 55 min

Hello Jacques – joli simultané. Je file mais vous aiguisez ma curiosité… Scorsese, « Shine a light » c’était drôlement bien ! Bobby Cannavale, James le fiston Jagger et Olivia Wilde, ex numéro 13 bisexuelle du Docteur House avec des yeux à la Emma Stone, ça doit être assez regardable non?

herman dit: 24 juillet 2016 à 2 h 59 min

Owen Wilson pour son personnage très Brooksien dans « Comment savoir », une merveille d’optimisme béat mâtiné d’inquiétude.

Annelise dit: 24 juillet 2016 à 22 h 48 min

Herman 2h59, qualifier OW de brooksien, I prefer not to relever la provoc narquoise, surtout qu’elle m’a fait sourire.
Littéralement, pour « Comment savoir » vous avez raison donc vous voilà absous. C’était le dernier Nicholson et il y avait Paul Rudd (« Ant man »). Je ne devrais même pas le recenser? Les Marvels sont tellement ma came que je n’en suis plus là – il y en a de vraiment ratés, celui-ci étant dans la fourchette mention passable.
Owen Wilson, les détournements sont parfois fructueux. Je n’aime pas le fond, ni les compositions de Robin Williams &lui dans les « Nuits au musée » qui ont fait un tel carton, comme je n’ai jamais pu supporter Ben Stiller dans aucun « Beau père ». Le voir prendre un hélicoptère en direction du pôle, « Space oddity » en B.O, « La vie rêvée de Walter Mitty » m’a fait nuancer mon opinion.

Annelise dit: 24 juillet 2016 à 22 h 54 min

Reese W là-dedans (« Comment savoir »)… preuve s’il en fallait que les blondes peuvent prendre revanche autrement qu’en ayant des chihuahuas bien peignés avec nœuds roses

Paul edel dit: 25 juillet 2016 à 15 h 34 min

Je regarde un film lent magique: »blondes d Aquitaine . »entre Duras et miramont durée au moins dix heures par jour par beau temps

Annelise dit: 25 juillet 2016 à 17 h 08 min

Paul, je vous trouve en train ! Je me demande si comme chez Echenoz où les grandes blondes ne sont pas nécessairement grandes ni forcément blondes, les « blondes d’Aquitaine » peuvent être pie tels les petits mustangs? L’éthologie, sans cesse d’enseignement merveilleux. Pas seulement Lorenz. Comme pour la psychanalyse et la psychiatrie, il y a eu toute une évolution au sein des écoles, Winnicott appliqué à chien-chien débarrassé de sa rombière, croyez-moi ça vaut son pesant d’or. Moi-même j’ai élevé une ribambelle d’animaux privés de mère grâce au mimétisme, à la pénétration psychologique et au soin – quelle satisfaction de les voir se mettre à téter alors qu’aucun véto ne leur faisait admettre le biberon. Vous adoreriez cela j’en suis sûre. Et Elisabeth de Fontenay, et Claude Gudin dont l’histoire naturelle de la séduction vous apprend comment déclarer votre flamme en rose, un verre de rouge bordelais à la main… pour en revenir à nos moutons, vaches en l’occurrence, la fixité fait toujours certain effet hypnotique. Le résultat? Ennui si ça dure trop, mais quelle concentration immédiate. Comme une humilité qui fait que le propos apparaît nu et simple. Je peux aimer l’inverse mais j’aime cela également. Depardon quand il manie le procédé & filme « Les Habitants », c’est magnifique. Lui et Claudine Nougaret ont aménagé une caravane après les attentats de janvier 2015 et en voiture, sur les routes de France ! C’est Andy Warhol aussi qui avait filmé l’Empire State Building du matin au soir depuis le même endroit. Comme lui y mettait toujours son grain déstabilisant, il avait omis de préciser aux spectateurs de prendre leurs précautions avant projection : douze heures ou je ne sais plus combien non stop à regarder le soleil se coucher sur l’immeuble, c’est long. L’étourdi s’était bien gardé de dire que lui avait pu marquer des pauses, manger un sandwich ou autre pendant que l’appareil mettait les images en boîte, tandis que ses thuriféraires allongés sur le dos à suivre l’oeuvre avaient intérêt à ne pas boire trop d’eau… Enfin c’est beau l’amour. L’anecdote prouve que nous ne sommes pas tous égaux devant, mais les gagnants sont-ils les victorieux en apparence, ça reste à voir.
Vous lire me donne des envies de Bretagne, tenez. Aimé vous lire là dessus l’an dernier. Tout le coin, j’adore. Parler des bleus bretons, du ciel et de la mer, pas évident. Inclination partagée avec la vigne, le grand océan vert de cabernets et de merlots d’où je suis, là-bas dans le Margalais et le bord d’estuaire.

Annelise dit: 25 juillet 2016 à 18 h 54 min

Sur le regarder passer de Paul & l’adjectif « brooksien » de Herman… le (vrai) Peter Brooke, cette fois… il m’arrivait il y a quelques années de déjeuner régulièrement en Médoc, à une encablure de la citadelle de Vauban, à Blaye, dans la pièce même où Jeanne Moreau regarde à la fenêtre dans « Moderato cantabile »… l’immeuble avait été racheté par un ex de Libé très bourlingueur, expert en arts premiers. Fétiches précieux mais chargés omniprésents (il les entretenait au sang de boeuf), masques… une atmosphère à la François Reichenbach ! Mais Jeanne toujours là, coude appuyé. A cet endroit le fleuve ressemble au Mékong, eaux faussement lentes, boueuses. Elles paraissent statiques alors que depuis le bac, on voit de ces tourbillons… Mon hôte, Juif de Thessalonique, fou des bons bordeaux et des produits frais, lecteur de Cohen, cuisinier hors pair, m’invitait le dimanche. Il me régalait de confit, de plats traditionnels et d’un étonnant chou rouge compoté à la cannelle et au laurier. Une recette que DHH n’aurait pas reniée

Emmanuel dit: 26 juillet 2016 à 10 h 17 min

Je peux vous dire que ça devait être un bon, votre gars de ‘Libé’!Je crois même voir qui c’est.Un chauve à la Nick cassavetes, grand reporter sur les conflits avec P.Bourrat. Les fétiches ils les repeignent et les restaurent en enduisant de sang qu’on laisse sécher.pas très ragoûtant mais comme ça qu’on les patine.
La lettre de Cerisuelo, vouais… leur façon d’essayer de réduire la fantaisie de W.Anderson jusqu’à la case revue intellectuelle de haut vol a de quoi séduire? Manque l’étincelle que Malick met dans le soldat Wit, cette humilité dont vous parlez.
Sinon « Divines » vaut le coup? J’en entends parler et il me semble que vous aviez consacré une note facebook dessus au moment de Cannes(je me trompe?)

Paul edel dit: 26 juillet 2016 à 12 h 04 min

Dans le lot et Garonne le silence des nuages comme de simples légères fumées blanches sui passent dans le bleu léger du ciel est comme un rappel de certains plans d Ozu

Eriksen dit: 27 juillet 2016 à 12 h 51 min

The strangers.
La couardise du pauvre flic, fils à maman sous le même toit que sa fille et son épouse qui elles-mêmes ne l’estiment guère, s’accompagne d’une rationnalité initiale, mais qui vole en éclat au premier coup de boutoir. La montée de son courage suit de prêt celle de son évolution vers l’irrationnel. Entre le rationnel et l’irrationnel, il passe par la xénophobie, enveloppe rationnelle d’un noyau d’irrationnel ( on tue d’abord le juif, ensuite on appelle l’exorciste).
Mais loin d’un éloge du rationnel, c’est l’irrationnel qui est favorisée ici. Il est rapidement impossible de croire que les créatures qui hantent le film pourraient n’être que des visions ou des réves, même si le metteur en scène le suggère parfois. L’irrationnel ne fait aucun doute et il faut l’accepter (optionnellement comme métaphore si cela dérange). Comme l’irrationnel marche avec le courage, c’est un peu dérangeant.
Les religions établis ne sont ici d’aucun secours, en particulier la chrétienne, dont les autorités apparaisent terriblement rationnelles, ce qui sonnent dans le film comme une dénonciation. D’ailleurs, tous les individus temporairement ou fixement rationnels sont médiocres, à l’inverse des chamans et autres esprits, qui sont les vedettes. La scène de combat à distance entre deux maitres est si crédible que l’on dirait du Jean Rouch. Avant ou après, c’est la nuit des morts vivants et l’Exorciste.
Dans ce village plein de télés et de voitures, la peur enlève d’un coup de rabot la couche superficielle de rationnalité (la couche de l’occident est peut-être un peu plus épaisse mais le rabot plus rapide). En revanche, le noyau irrationnel est double, asiatique et chrétien. Les esprits, les citations mutilples de la bible, la présence du diable et d’un jeune séminariste au cœur de l’action, crée une ambiance médiévale sulfureuse et satanique. Pourtant ce croisement de cultures, passionnant sur le papier, ne donne finalement pas grand-chose, peut-être par consanguinité. Rassurant au bout du compte que l’irrationnel de la peur soit le même partout : peu de synergie possible dans le mélange.
Comme souvent, le cinéma asiatique dépeint joliment et drolement la trouille, celle qui plonge de force l’humain dans l’animalité de la bête traquée. Quant au ridicule de la police, on dirait une spécialité Coréenne, si l’on pense à Mémories of Murders.
De quoi s’occuper, donc, pendant les 2h36 de ce film qui n’en finit pourtant pas. Heureusement l’intérêt remonte dans la dernière ligne droite, par le doute et la difficulté à reconnaitre le mal, ce qui aggrave la trouille des personnages, tandis que le spectateur hésite et balance. Elle ou Lui ? The strangers.

JC..... dit: 28 juillet 2016 à 14 h 20 min

De ma vie, longuement ennuyeuse malgré un tumulte savamment entretenu dans le chaos le plus varié, je n’ai jamais rencontré une perle comme Annelise…
TI AMO ! JE CHANTE EN ITALIEN ! JE NE PEUX PAS M’EN PASSER ! J’Y REVIENS TOUJOURS, ANIME D’UNE SECRETE PASSION, FEIGNANT D’ETRE UN PLANTE PANIQUE MESQUIN ALORS QUE SEUL L’AMOUR A SON EGARD M’ANIME. EN FAIT JE LA KIFFE GRAVE. MAIS ELLE VOIT CLAIR DANS MON JEU ET SE MONTRE PLEINE D’INDULGENCE
AMEN ! TOUT N’EST QU’AMOUR ! IN EXCELSIS DEO

https://www.youtube.com/watch?v=u1obXsSd8qU

Un trésor francophone de plus, à unescoriser, vite !

JC..... dit: 28 juillet 2016 à 15 h 25 min

Dans chaque gramme de ces 48 kilos emplis d’un charme magique, se cache la perversion la plus noire, la fourberie la plus fine, la cruauté la plus lascive, celle refusée par les Cénobites dont je suis …

Je l’aime, c’est clair !

Et pourtant … elle avait mis en tête de gondole une photo banale, qui ne correspond en rien à sa merveilleuse intériorité, à ce physique de lanceuse de javelines !

Ah ! Dieux du Ciel, quelle souffrance vous me faites endurer…

Si tu m’aimes, Annelise, je retourne au cinématographe par le début : Snowhite, Bambi, Chaplin, Bergman, Tarkovski, Kubrick …

Sois humaine ! …. une seule fois ….

JC..... dit: 31 juillet 2016 à 12 h 37 min

Euh…. vous avez aimé « Autant en apporte le vent » ? ….Ne vous hâtez pas, vous avez tout votre temps.

Barny dit: 1 août 2016 à 16 h 14 min

Moderato Cantabile a été tourné à Blaye , Annelise Roux? Une auteure du coin:Anne -Marie Garat .Terence Malick aussi bien que les sujets moins nobles,style « happy days »,félicitations pour vos billets qui repèrent la mythologie sans complaisance ni démagogie.

Eriksen dit: 2 août 2016 à 8 h 54 min

The Nice Guys.
Il arrive que deux hommes sans affinité soient contraints d’à agir ensemble. Au cinéma, cela donne généralement un éloge de la différence et de la complémentarité. Chez ces Nice Guys de Los Angeles, on ne voit cependant pas vraiment les atouts de Holland : il est aussi pleurnichard, vantard et couard que son comparse Healy est fort, futé et courageux. Ou est la complémentarité ?
… dans la fille de Holland, un ange (Holly), aussi futée mais plus courageuse encore qu’Healy, car sans aide de la force physique.
Mais ses atouts sont grevés d’un handicap plutôt gênant dans un contexte de mafias et de pouvoir : un noyau d’humanité inconditionnelle.
Holland est l’incarnation du pragmatique absolu de l’instant : toujours prêt à rouler les vieilles dames et à se planquer quand ça chauffe. Dans Babylone horizontale, le matamore n’a aucune limite si son intérêt immédiat est servi.
À l’individualisme d’Holland répond chez Healy une certaine morale. Certes son code d’honneur n’exclut ni le meurtre ni la violence, mais il est fidèle à la parole, comme un bon vieux mafieux ou un cowboy à la John Wayne. IL est un peu sur les nerfs car il n’a pas encaissé que son ex le quitte pour son propre père.
Présent, passé… L’avenir c’est Holly qui l’incarne, et de prime abord, il n’est pas très réjouissant. De manière générale, les enfants ont le langage fleuri des adultes, et un ado montre sa bite pour 10 dollars. Cynique comme son père, Holly a pour copine une idiote à chewing ngum, caricature de la jeunesse américaine la plus décérébrée, dont on nous rebat les oreilles depuis qu’elle s’étend en Europe. Mais pour Holly ce n’est qu’une couverture : il est plus simple d’être de son temps, en attendant l’occasion de monter sa vraie nature.
Il faut dire que les temps sont durs… Trente ans avant the Neon Demon, la conformité à l’idéal squelettique du cliché est déjà dans le sang de la ville. De belles voitures, de belles piscines, de belles villas, et Hollywood de s’étaler dans une surenchère de confort mythé, d’esbroufe, d’artifice et de corruption. Au bout du bout du far West, au bout de la fuite en avant, face au mur pacifique, stagnent aussi des laissés-pour-compte de l’idéal, dont les grands rêves, confrontés alors à l’impossibilité d’ailleurs et au mythe du lieu, se perdent dans les parages du vide.
Holland, Healy et Holly (l’auteur est obsédé par le H), sont à la recherche d’Amélia, une activiste idéaliste et pugnace qui ne recule devant rien. La caricature des militants alternatifs est assez savoureuse, mais Amélia est bien pire. Comme un poisson dans l’eau dans Los Angeles méphitique, elle n’a pas non plus de limite pour buzzifer sa cause, y compris par le porno alternatif. Au grand dam d’une mère chaleureuse et maternelle comme une silure congelée, elle s’affiche en dénonciatrice des malversations des trois grands de Détroit.
Healy (la cure ?) et Holly (le sacré) vont synergiser leurs atouts respectifs, tout en restant ouverts aux bourdes salvatrices de Holland.
Toute « amour du prochain », cette Holly est encore une incarnation de la grâce, comme la mère dans The tree of life. Une grâce qui semble, là aussi, donnée et non acquise par l’éducation (avec le père qu’elle a !). Si l’on ne croit pas au « donné », il reste à introduire le personnage absent, la mère, morte dans un incendie quelques années plutôt. Est-ce que l’humanité et le courage d’Holly sont les restes de l’absente ?
Elle n’est pas seule, Holly. Dans la première scène, un jeune ado lisant Hustler piqué à son père, est dérangé par une voiture qui traverse la maison et sombre dans le ravin. Après avoir longtemps hésité devant cette femme allongée sur le dos, quasi nue, et qui lui murmure « tu l’aimes ma carrosserie, mon beau », il la recouvre de sa chemise en attentant les secours. Tout n’est pas perdu.
Oui Annelise, je demande Grâce.

Hugues Pichon dit: 4 août 2016 à 17 h 45 min

Ce n’est pas pour me vanter, mais je trouve les commentaires remarquables dans l’ensemble.

Eriksen dit: 8 août 2016 à 11 h 23 min

La tortue rouge:
Un conte des frères Grimm (« la Princesse et la balle d’or* ») partage avec « La tortue rouge » une longue séquence narrative atypique : un humain se trouve confronté à un animal qui l’empêche de vivre sa vie comme il l’entend. À bout, il tue un jour la bête… qui ressuscite en prince charmant ou femme charmante.
Immoralité étonnante, où tuer est récompensé…
Dans le conte, ce segment narratif est précédé du mauvais sort d’une sorcière : le batracien est fils de Roi. D’humain, il devient animal par malédiction puis redevient humain par meurtre.
Dans le film, la tortue assassinée ressuscite en femme botticellienne, qui accompagnera le naufragé jusqu’à sa mort de vieillesse avant de redevenir tortue.
Chez Grimm l’état animal est temporaire et porte une malédiction. Chez Michael Dudok de Wit, l’état animal est principal et porte une bénédiction.
La vision de la nature a bien changé …
Le conte était peu culpabilisant pour la princesse meurtrière : la stratégie suicidaire du crapaud valait circonstance atténuante … quand bien même le bénéfice plus que positif de la victime n’aurait pas suffi à annuler toute faute.
Au contraire, le naufragé de la Tortue rouge reste coupable : aucune raison maléfique n’expliquant l’obstination de la tortue à l’empêcher de partir en radeau, il semble s’agir d’un acte d’amour. Suivi d’un meurtre, pour lequel Le naufragé reste coupable, même s’il est pardonné.
Alors que le conte semblait plutôt païen, l’imprégnation chrétienne du film est forte, à la fois message d’amour et de culpabilité…. que l’on prenne la résurrection comme la grande mansuétude de la nature vis-à-vis de l’homme fautif, ou comme le rêve récurrent d’un homme rongé par la culpabilité.
Cependant, on s’ennuie un peu. Expression d’une grande méfiance du logos et d’une écologie mythifiée, le film évacue les mots (aucun dialogue) et la contingence (pas de repas, pas de construction d’abris) et se tient volontairement loin de « l’île administrée » de « Robinson Crusoé » ou de « Vendredi ou les limbes du pacifique ». Robinson et Robinsone sont si lisses qu’ils perdent toute humanité. Le graphisme simpliste des visages, avec ces points noirs pour les yeux et le même petit nez pointu pour l’homme et la femme, amène soit à une interprétation onirique où l’homme rêverait son double féminin, soit à trouver ce préchi-précha écolo un peu dogmatique. L’intérêt se réveille un peu quand l’enfant devenu adulte lorgne la seule femme de l’île, sa mère. Conscient et responsable, il prend son baluchon et part en compagnie de ses ami(es) tortues pour explorer le monde…
Pas un inceste, rien.
Un monde parfait, je vous dis.
Les Bisounours chez les tortues Ninja.

* connu aussi comme « le roi grenouille ».

nadia dit: 8 août 2016 à 14 h 51 min

sur le bassin d’Arcachon ?Moi aussi .La Teste ,ville d’Olivier Marshall .La destination est devenue un repère de stars .Ali-Roux est Bordelaise .Si vous la voyez faites moi signe .Ericksen,du métier ?vos longs posts de pro laissent présager que…..

hadrien dit: 8 août 2016 à 18 h 16 min

Leonard Cohen, bientôt 82 ans.. ( ‘I have torn everyone who reached out for me’ (Bird on a wire))

alley car dit: 9 août 2016 à 22 h 38 min

.Ericksen,du métier ?vos longs posts de pro laissent présager que…..

Si tel est le cas, c’est d’une indélicatesse crasse ; nos noises sont par comparaison d’évidentes caresses. Puis Annelise n’est pas « Bordelaise », elle est Médocaine et borderline (faut quand même pas pousser jusqu’à Pessac)

https://www.youtube.com/watch?v=w9V9xN6s5Vg

Eriksen dit: 10 août 2016 à 9 h 24 min

non, je ne suis pas un professionnel de la critique.
Un moyen de se souvenir des films.
Le journal d’une époque qui change et un journal intime aussi.
Les autres blogs m’ennuient. La RDC m’amuse avec sa bande de garnements se rangeant sous l’autorité littéraire, mariannesque et enveloppante de Lannelise, la Folle de Chaillot du Net (rien de péjoratif, cf. pièce Giraudoux).
Vous m’excuserez d’écrire ici même si la RDC se fait désert: c’est un plaisir malgré tout.

Jibé dit: 10 août 2016 à 11 h 57 min

Merci, Eriksen, pour nous avoir tenu au courant de l’actualité pendant qu’Annelise se prélasse langoureusement sur son hamac. Pour ma part, j’ai plus lu qu’être allé au cinéma cet été. A part quelques reprises, rien ne m’a beaucoup tenté. J’ai vu récemment Génius, une sorte de biopic sur la vie de Thomas Wolfe. Et je m’apprête à aller voir le film sur les derniers jours de Stefan Zweig, qui sort aujourd’hui. Du cinéma littéraire donc. On en reparlera ici, car la RDL vient de tomber à nouveau dans un insondable trou noir !?

hadrien dit: 10 août 2016 à 16 h 49 min

« la RDL vient de tomber à nouveau dans un insondable trou noir  »

ça devient une habitude – ils sont nuls!!
c’est bizarre

Jibé dit: 10 août 2016 à 19 h 38 min

Oui, très bien le Stefan Zweig, que je viens de voir. Magistrale mise en scène en quatre tableaux et un prologue sur la dernière période de l’écrivain en exil. Comédiens convaincants et émouvants…

JC..... dit: 11 août 2016 à 14 h 51 min

Je me suis d’abord contenté d’une photo d’identité minable, puis d’une photo en pied, puis à partir de trois ou quatre j’ai reconstitué un hologramme 3D que j’admire le douzième coup de minuit sonnant, l’étape ultérieure ce sera la robotique organique, je suis en contact avec un pote de la Silicon Valley, un jap au sourire qui fait peur, ensuite il incluera dans le robot dodu, charnu, têtu, la voix d’Annelise, ses mimiques, son rire …Et sa mémoire bourrée de trucs inutiles mais culturels, naturellement : que serait elle sans cela ? … Que voulez-vous ! je l’aime et puisque le transhumanisme le permet, pourquoi de pas gaspiller une fortune pour l’avoir sur mes genoux en regardant les primaires des Républicains ?….

var après-m dit: 11 août 2016 à 15 h 02 min

Jibé dit: 11 août 2016 à 10 h 30 min
Grave ! Reverra t-on un jour la RDL ?

Les prévisions de suicides et de recrudescence d’internements en psychiatrie face à cette immense tragédie, étaient contredites par un cas isolé et non définitif à 14h51

Annelise dit: 17 août 2016 à 7 h 34 min

JC 11 août 14h51 comment avez-vous deviné que j’étais réplicante? Pourtant mes larmes, ma mémoire que je croyais réelle, que j’ai découverte implantée… le choc a été rude. Vos fantasmes toujours créatifs et bienveillants « photo minable », « sans cela elle ne serait rien » me permettront de doubler le cap… L’Harrison Ford de Rachel dans le film de Scott, ouf.
Eriksen la folle de chaillot ce serait plutôt pour une République du Théâtre. Ne vous privez surtout pas de vos contributions personnelles nourries.
Alley Cat 9 août 22h38 vous en savez des choses… justes, en plus ! Vos liens musicaux font toujours mouche.
Jibé j’ai beaucoup été sans réseau, alternativement bateau, marche ou scooter (tonalités roses, la photo sur Facebook fera foi?)en des endroits volcaniques et très retirés. Je vois avec plaisir que vous veillez au grain. Bien aimé « Genius ». Ne vous inquiétez pas pour RdL. Our best Pierre « Passou » Assouline a comme qui dirait du métier : he will survive

Eriksen dit: 17 août 2016 à 16 h 20 min

Zweig, Adieu à L’Europe.
La précision de son écriture sied bien à la finesse de ses observations, mais ses personnages de fiction manquent de souffle. « Le Monde d’hier » nous le montre plus observateur/entomologiste qu’acteur de sa vie, d’une froideur contrastant avec les sujets de ses livres. Souffrant de ne pas souffrir, c’est une tragédie pour le jeune Zweig. À une époque où l’on ne peut être un génie sans bouillir, la justesse de ses observations et de son écriture lui semble bien pauvre, comparée à la sève douloureuse d’un Hölderlin ou d’un Dostoïevski. Dans ses biographies en revanche, l’existence véritable du sujet lui permet de jouer d’un souffle déjà présent, qu’il décape, dissèque, modèle, analyse, et transmet, faisant apparaître l’essence de la passion ou du génie. C’est paradoxalement derrière le paravent de l’Autre qu’il se montre le plus tel qu’il est : un clinicien du romantisme et un romantique de l’arrière. Il se dégage de sa prédilection pour les biographies, de sa volonté constante de se mettre au service des génies (morts ou vivants) et de son destin d’agent européen de la culture et de la paix (surnommé par the Flying Salzburger par Hermann Hesse), l’impression que Zweig se sentait illégitime en littérature de fiction, probablement par insensibilité affective.
C’est ce que suggère en creux le film, qui n’est pas une banale hagiographie. Stefan Zweig n’est pas très aimant avec les filles de son ex-femme Fridericke et son immense carnet d’adresses ne semble pas pouvoir lui apporter le minimum de réconfort. Tout le petit théâtre intellectuel européen semble perdre son sel et son sens parmi les Brésiliens charmants mais un peu ridicules. Dans une première scène magnifique, l’artifice de cette vie d’ambassadeur de la culture saute aux yeux : ce simulacre d’Europe ne lui procure qu’une chaleur superficielle qui n’apaise en rien un désespoir intellectuel aigu et un vide affectif chronique. Et ce Brésil, dont Zweig fait pourtant l’éloge, est presque obscène, avec ses invités tous blancs et ses serveuses toutes noires.
Zweig a fait le constat de l’échec de ce monde d’hier auquel il croyait, un monde plus rêvé que réel, mais qui valait que l’on meure pour lui.
Mourir, vraiment ? Pourtant Zweig se disait lui-même peu courageux. Exempté de combat, il rédige quelques articles nationalistes en 14 (erreur de jeunesse), tranchant avec les écrits de son ami français Romain Rolland. Son départ au Brésil en 36 à l’heure où les intellectuels se mobilisaient contre les nationalistes espagnols, son refus de prendre position contre le régime nazi, et même son suicide en des temps où le courage était plus à vivre qu’à mourir, tout cela lui fut reproché comme un manque de courage, à tort et à raison.
Il termine sa vie par un acte de courage « à l’ancienne », celui d’Heinrich Von Kleist qui se suicida avec Henriette en 1811. Outre l’époque, la différence est qu’Henriette était atteinte d’un cancer, tandis que Lotte, quoiqu’asthmatique, avait 30 ans de moins que Stefan. Le personnage de Lotte, incarnée par un modèle de vie, de charme et de gaité (Aenn Schwartz), en dit beaucoup sur Zweig et/ou sur les réserves du metteur en scène à son égard : entraîner cette charmante Lotte dans la mort résonne ici comme un acte impardonnable.
En introduction de l’essai sur Kleist, il est dit par l’éditeur : « Kleist avant l’habitude de faire cette offre [de suicide commun] à ceux ou celles qu’il aimait. Quant à Zweig il demanda à Friderike, sa première femme, de mourir avec lui, ce qu’elle refusa. A propos de Kleist, Zweig, écrit du reste qu’aucun poète n’a eu fin aussi sublime ».
Sa fin fut ratée mais le film est vraiment réussi.

hadrien dit: 17 août 2016 à 18 h 01 min

« il rédige quelques articles nationalistes en 14 (erreur de jeunesse), tranchant avec les écrits de son ami français Romain Rolland. Son départ au Brésil en 36 à l’heure où les intellectuels se mobilisaient contre les nationalistes espagnols, son refus de prendre position contre le régime nazi, et même son suicide en des temps où le courage était plus à vivre qu’à mourir,  »

un peu rapide non? peu importe
Pourquoi un film sur un cet écrivain?
En ce moment tournage d’un fil en hommage à Godard
Enfin
c plus sympa ici que sur la rdl ( ivrogne, hystérique et harpie rivalisent de c..)

Paul edel dit: 17 août 2016 à 18 h 42 min

Eriksen Vous donnez envie de voir ce film sur zweig qui ressemble à un écrivain qui est égaré dans ce xx siècle. Mais j attends un film sur bernanos au Brésil

Eriksen dit: 17 août 2016 à 20 h 06 min

Paul, je vous le conseille. La mise en scène est remarquable et Schrader a l’honnêteté d’éluder ce qu’elle ne connait pas: ainsi le suicide lui-même et les relations entre elle et lui juste avant, elle n’en montre rien.

Eriksen dit: 17 août 2016 à 20 h 40 min

à Hadrien: pourquoi un film sur cet écrivain ?
- la position de l’intellectuel est largement remise en cause depuis quelques années: le film apporte au débat en dénouant le lien présupposé entre intellectuel et courage d’une part,
et entre courage intellectuel et courage tout court d’autre part (autrement dit entre les paroles et les actes).
- parallèlement, il dénoue aussi le lien entre l’homme écrivain et l’intellectuel. On peut bien d’écrire et ne pas être capable de faire: et alors?
- Zweig, refusant de quitter un monde du siècle précédent, pourrait parler à notre époque.
- Zweig est une gloire contestée, à son époque plus que maintenant, et le film reste sur la crête, sans jugement positif ou négatif: un film qui laisse libre
- Zweig toujours dans les meilleurs ventes: çà donne des moyens pour un film.

hadrien dit: 18 août 2016 à 7 h 47 min

Eriksen Merci – ce n’est pas du lynchage, un procès (par des héros ,dont ceux là même prêts à excuser (à « comprendre » les tortures par le contingent )

Jibé dit: 18 août 2016 à 10 h 43 min

Je n’ai pas trouvé que le personnage du « Bouquiniste Mendel » de Stefan Zweig manquât de souffle !

« De retour à Vienne, après une visite dans la banlieue, je fus surpris par une averse. Fouettés par la pluie, les passants s’enfuyaient sous les porches et les marquises, et moi aussi, je cherchai un abri. Heureusement, à Vienne, un café vous attend à chaque coin de rue. C’est ainsi que je me réfugiai dans celui d’en face, le chapeau déjà ruisselant et les épaules trempées. A l’intérieur il s’avéra que c’était un de ces cabarets de faubourg, typique de la tradition viennoise. Là, pas de clinquant moderne comme dans les cabarets du centre, où l’on singe l’Allemagne ; à la mode de la bonne vieille ville de Vienne, il regorgeait de petites gens qui faisaient une plus grande consommation de journaux que de pâtisseries. A cette heure de la soirée, y régnait un air épais, tout marbré de volutes de fumée bleue. Malgré cela, ce café avait un air propret, avec ses banquettes en velours et sa caisse brillante, en aluminium. Dans ma hâte, je n’avais même pas pris la peine de lire l’enseigne avant d’entrer. A quoi bon d’ailleurs ? – J’étais assis au chaud. Je regardais impatiemment à travers les vitres couvertes de buée, attendant que cette fâcheuse averse voulût bien s’éloigner de quelques kilomètres.
Dans mon oisiveté, je commençais déjà à m’abandonner à la molle passivité qui émane subrepticement de tout véritable café viennois. Dans cet état incertain, je dévisageais un par un les gens dont les yeux, dans cet air enfumé et sous cette lumière artificielle, se cernaient d’un halo gris maladif. J’observais la demoiselle de la caisse, qui distribuait mécaniquement aux garçons le sucre et les cuillères pour chaque tasse de café. Somnolent, à demi conscient, je lisais les réclames ineptes qui couvraient les murs, et cette sorte d’engourdissement me procurait un certain bien-être. Mais soudain, je fus arraché à mes rêveries de la manière la plus étrange. Une vague émotion, une sorte d’inquiétude m’envahit, comme une petite douleur dentaire qui commence, sans qu’on sache au juste si elle vient de la joue droite ou de la gauche, d’en haut ou bien d’en bas. J’éprouvais seulement une sourde tension, une préoccupation, car je me rendais compte, sans deviner pourquoi, que j’étais déjà venu ici une fois, des années auparavant, et qu’une obscure réminiscence me liait à ces murs, à ces chaises, à ces tables et à cette salle enfumée.
Mais plus je m’efforçais de saisir ce vague souvenir, plus il se dérobait et glissait avec malignité, luisant vaguement comme une méduse au plus profond de ma conscience, et pourtant impossible à atteindre ou à saisir. En vain, j’essayais de fixer du regard tous les objets qui m’entouraient. Certes, je n’avais jamais vu cette caisse qui tintait à chaque paiement, ni cette boiserie brune en faux palissandre, car tout cela avait dû être installé plus tard. Mais pourtant, j’étais déjà venu là, il y a vingt ans ou davantage. Ici demeurait, cachée et invisible comme une pointe dans le bois, une bribe de mon âme d’autrefois recouverte depuis longtemps. Mes sens fouillèrent avec force autour de moi et en moi-même. Et pourtant – bon sang ! impossible de l’atteindre, ce souvenir disparu, englouti au fond de moi. [...]
Dans un angle, tout près du calorifère, à l’entrée de la cabine téléphonique, se trouvait une petite table carrée. Alors ce fut comme un éclair qui me traversa de part en part. Je sus aussitôt, sur le champ, dans un seul frémissement brûlant, qui me bouleversa de bonheur : mon Dieu ! Mais c’était la place de Mendel, du bouquiniste Jakob Mendel ! Après vingt ans j’étais entré, sans m’en douter, dans son quartier général, le café Gluck, dans le haut de l’Alserstrasse. Jakob Mendel ! Comment avais-je pu l’oublier tout ce temps, cet homme extraordinaire, ce phénomène, ce prodige insensé, cet homme légendaire, célèbre à l’Université et parmi un petit cercle de gens qui le respectaient fort, ce magicien, ce prestigieux bouquiniste qui, assis là sans désemparer tous les jours, du matin au soir, avait fait la gloire et la renommée du café Gluck ! »
(traduction par Manfred Schenker, révisée par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent)

Eriksen dit: 18 août 2016 à 16 h 11 min

à jibé: Merci pour Mendel.
J’aime beaucoup l’écriture de Zweig. C’est agréable, parfois émouvant, toujours juste.
Néanmoins, j’ai toujours dans ses nouvelles le sentiment de personnages théoriques : l’amoureuse absolue de Lettre d’une inconnue, l’homme enfermé du joueur d’échecs, l’amoureux fou de l’Amok…
Ce que j’appelle manque de souffle, ce n’est pas un manque d’envergure des personnages (ils sont au contraire mus par des passions très fortes), mais sa position extérieur et distanciée entomologiste. C’est peut-être la raison pour laquelle il ne peut pas soutenir son personnage au delà du format de la nouvelle. Je préfère les biographies. J’ai le sentiment que c’est moins « contrôlé ».

Rowan Oak dit: 18 août 2016 à 18 h 10 min

Un conseil, si vous permettez : ne répondez pas au GROS PORC de JC qui sème la zone partout où il passe pour essayer de se faire jouir, juste un conseil

frederic dit: 19 août 2016 à 7 h 40 min

18 h 10 min

semer la zone c’est sa raison d’être (et il a ses admirateurs en la personne du squizo bougberg son béré et sa poubelle lvdm! ça les distrait)

JC..... dit: 19 août 2016 à 12 h 11 min

Vous m’avez traité de GROS PORC, Annelise !

Vous voyez où nous en sommes à cause de vous ? J’aurai tant aimé être aimé et je suis haï, haï, haï … ma vie est un enfer, mes voisins me boudent, mes trois fils m’appelle Monsieur …et j’avoue qu’en Enfer j’y rencontre des gens sympa, alors qu’au Paradis*, p’tain l’horreur, … quel ennui !

*j’ai été viré du paradis : je pinçais les tétons de Mère Thereza. Pour sûr, il fallait se pencher bien bas…

Eriksen dit: 22 août 2016 à 9 h 49 min

Réponse à Rose qui écrivait le 17/8 sur la RDL :
« Quant à Mina, outre le docu. d’hier au soir, Romain a répondu à ses détracteurs, à tous ceux qui ont glosé sur sa relation à sa mère.
Au même titre qu’il a dénié toute relation entre son suicide et celui de Jean Seberg, (ne cherchez pas vampires) il a dénié aussi toute mère castratrice ou envahissante (et a chassé ainsi tous les intrus, jaloux, qu’il ait eu ce bonheur inouï d’être aimé ainsi et protégé de manière aussi totalitaire.
Il dit qu’il lui a fallu plusieurs années pour se faire à son absence mais comment se faire à cette absence ? Sort-on les poissons de leur mer méditerranée ? »

Gary/Ajar/kacew a dit tout et son contraire, dans ses livres et dans les interviews. Que faut-il croire au sujet de sa mère ? un roman écrit en 1960 ou des interviews à la fin de sa vie ?
J’ai tendance à croire le roman, parce qu’il a été écrit plus proche des faits, et parce que le roman est lui-même un paravent qui permet de se dévoiler sans avoir à se justifier.

Extraits de la promesse de l’aube
(P38 édition folio),
« il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Çà vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que çà peut se retrouver. On compte là-dessous. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous serre sur son cœur, ce ne sous que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. »
(4e de couverture même édition)
« Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
- Alors, tu as honte de ta mère ? »

Il se dégage de ces deux extraits, ce que vous attribuez aux dire des « jaloux » sur Mina : envahissante et castratrice.
Il y a plusieurs manières d’aimer son enfant. Celle absolue de Mina, qui, ne faisant aucune différence entre elle-même et son fils, considère celui-ci comme une annexe d’elle-même. Ces mères-là sont faussement sacrificielles puisque, de fait, elles se sacrifient à elles-mêmes. Et il y a les mères calmes posées et libératrices, dont la fonction assumée vis-à-vis de l’enfant est d’assurer (dans le sens de l’escalade) sa découverte du monde.
J’ai connu (de loin) une grand-mère paternelle comme Mina, théâtrale, démonstratrice, (polonaise d’origine et vivant à Nice…), et qui m’accueillait aux portes UM de l’aéroport avec des cris enamourés … « c’est mon Kiiiiriiii !» : La même honte dont parle Gary. Et j’ai vécu l’autre type d’amour avec ma propre mère.
« Ce bonheur inouï d’être aimé ainsi et protégé de manière aussi totalitaire » dont vous parlez, c’est cette promesse de l’aube. Intenable et douloureuse promesse que les vraies mères aimantes savent pondérer.

ernest dit: 22 août 2016 à 13 h 09 min

Le pire c’est quand le fils culpabilise au point de donner raison à la mère (abusive):
on peut dire qu’il est foutu , un pauvre type qui aura des ou une femmes castratrices et dirigistes

Iv dit: 22 août 2016 à 14 h 01 min

Au moins avec le duel Annelise-JC on rigole.La seule à lui tenir la dragée haute.Oats et frederic l’ont en travers,tant pis pour eux.Je ne vois pas l’apport des chouineurs .Eriksen,merci pour Zweig!Vous avez lu Assouline sur RDL?Mieux que son papier sur le fake Liberrati et la première Mme Polanski.Par contre « la folle de chaillot », « borderline » sur Ali.R pendant qu’elle a le dos tourné,c’est moyen.Elle était venue à Arcachon ou elle a eu le Grand Prix de la Plage aux Ecrivains; une fine blonde super classe ,très humaine.Elle en impose alors que c’était surement elle la plus intimidée. Elle ne la ramenait pas du tout ,sauf qu’elle a

Iv dit: 22 août 2016 à 14 h 06 min

suite Iv .elle a vraiment un monde écrit à elle ,très singulier, à l’heure de tous ces petits arrangements éditoriaux. Si c’est ça que vous appelez être déséquilibré ou avoir une case en moins , »Ella elle l’a »(A-lise elle l’a..)Enfin je dis ça ,je dis rien.

Eriksen dit: 22 août 2016 à 14 h 33 min

Vous vous méprénez LV sur la Folle de Chaillot: dans la pièce de Giraudoux, c’est une femme courageuse, intelligente et admirable …

JC..... dit: 23 août 2016 à 7 h 34 min

N’hésitons pas à le répéter !

Une bonne mère, c’est une femme intelligente qui considère que le polichinelle qu’elle a reçu en cadeau dans le tiroir, elle doit en faire un enfant aimé, un adolescent curieux, un adulte heureux d’être autonome…

Toute autre mère est une salope capitaliste.

Nadia dit: 23 août 2016 à 14 h 35 min

Iv ,oui j’y etais ,c’etait il y a quelques années.Faut suivre mais quand on se laisse aller à sa prose d’un coup ça va tout seul. T.Beau souvenir. On etait tous impressionés par sa poésie .Dur de passer après (c’est plus un écrivain qu’une journaliste et c’est ce que j’aime!)

JC..... dit: 23 août 2016 à 14 h 54 min

J’ai demandé, autant que vous le sachiez, Annelise en épousailles virtuelles polygames.

Nous sommes fait l’un pour l’autre, c’est mon ami Florian qui me l’a dit : « Vous serez heureux ensemble. Elle est intelligent. Tu es tolérant. »

La date des épousailles est encore incertaine…

JC..... dit: 23 août 2016 à 14 h 57 min

J’ai demandé, autant que vous le sachiez, Annelise en épousailles virtuelles polygames !
Une pareille cervelle ne se rencontre pas tous les jours…

Nous sommes fait l’un pour l’autre.

C’est mon ami Florian qui me l’a dit : « Vous serez heureux ensemble. Elle est intelligente. Tu es tolérant. Vous avez tout pour être heureux surtout si vous ne vous rencontrez jamais »

La date des épousailles est encore incertaine…

Jibé dit: 23 août 2016 à 15 h 17 min

« Elle était venue à Arcachon ou elle a eu le Grand Prix de la Plage aux Ecrivains; une fine blonde »

Elle a gagné un plateau de fines de claire ?

JC..... dit: 23 août 2016 à 16 h 27 min

Levons toute ambiguïté, en répondant avec une franchise de jésuite à toutes vos questions, vous, aimables témoins de cette déclaration enflammée :

1/S’aimer c’est quoi ?
« C’est regarder dans la même direction ! » on le sait depuis les débuts de l’aéropostale
- cad la direction de la pierre tombale, pour les pessimistes
- cad la direction du bureau du juge, pour les optimistes

2/ Consommer un mariage virtuel, comment ça se passe ?
- chacun se connecte au serveur, crispé sur son clavier de computer, mains moites, fou de désir
- Les fiancés doivent cliquer ensemble, en moins d’un dixième de seconde sur la touche ENTER.
- ils ont droit à trois essais … en cas de réussite, le mariage est consommé !

JC..... dit: 24 août 2016 à 7 h 32 min

JiBé, si tu trouves que mon ‘consommé’ de mariage virtuel n’est pas bandant, c’est que tu n’as pas l’amour numérique….

T’es un has been à l’ancienne ! Ah, ces Cannois …!

JC..... dit: 25 août 2016 à 8 h 41 min

Eriksen,

Votre demande part d’un bon sentiment, cependant … pour quelles raisons morales, de civilité, de courtoisie, voudriez vous ôter ici même les insultes, les injures ordurières, la bêtise crasse, alors qu’elles sont dans les cœurs, le cerveau, et l’âme de la plupart de nos chers frères, contribuables frustrés de ce pays enchanteur ?….

Eriksen dit: 25 août 2016 à 9 h 54 min

Vous insultez souvent, mais toujours avec provocation. Ce sont les insultes isolées qui m’ennuient. c’est trop mécanique, on dirait un logiciel.

Mais parfois je me demande si vous ne vous insultez pas vous-même, avec d’autres pseudos, quand on ne vous hait pas assez ?

JC..... dit: 25 août 2016 à 11 h 57 min

Et oui, on est au delà de 200 commentaires !… c’est un triomphe, la gloire, l’orgueil, le péché, la déchéance ….

JC..... dit: 25 août 2016 à 12 h 12 min

Revenons en arrière, le numérique le permet aisément :

« Annelise dit: 31 mai 2016 à 17 h 19 min
JC 16h37, pas de ces dérapages ici. Je tolère les petits salés mais pas les gros porcs. »

Je disais que l’homosexualité est un péché qui fut catalogué « maladie mentale » jusqu’à hier ! Il n’y a pas dérapage, mais simplement un point de vue partagé par tous*

* sauf les malheureux soumis à leur déviance, naturellement …

Eriksen dit: 25 août 2016 à 12 h 55 min

De nos jours où une bonne soirée ne se conçoit pas sans pécho, le péché n’est plus une insulte. De plus les maisons closes se sont ouvertes à la diversité des pratiques.
Madame Annelise gère bien son affaire, et il ne faut pas voire une quelconque animosité dans « gros porc ». Juste de l’hygiène : elle accepte de faire petit salé mais avec des pieds propres.
Vous vous y connaissez pourtant en lavage de pieds, JC ? c’est là que vous êtes impardonnable.

Jibé dit: 25 août 2016 à 13 h 33 min

« Mais parfois je me demande si vous ne vous insultez pas vous-même, avec d’autres pseudos, quand on ne vous hait pas assez ? »

Il n’y a que JC pour perdre son temps ici avec lui-même, Eriksen…

Jibé dit: 27 août 2016 à 11 h 56 min

« En été, le blog voyage parfois loin et sans ordinateur. Il ferme donc ses stores, tire les persiennes jusqu’en septembre »

Suspens caniculaire, par quoi Annelise va-t-elle commencer !
« Rester vertical », peut-être ?

Annelise dit: 28 août 2016 à 7 h 58 min

And the winner is : Jacques Chesnel. Bien deviné, Jacques. Mais Jibé, Alain Guiraudie me tentait aussi beaucoup, d’ailleurs il n’est pas exclu que…

maurice dit: 28 août 2016 à 8 h 30 min

« Comment distinguer une bonne soirée des autres soirées !!! »

c’est fou ce que JC est ..
on dirait son père jeanmarie

JC..... dit: 28 août 2016 à 9 h 52 min

J’adore, je l’avoue, j’ai un faible, pour les borgnes … Hannibal, Nelson, Walsh, Joyce, Tatum, Sammy Davis, et Jean-Marie le Pen en particulier !

Quel être sympathique, il est adorable et Marine a bien de la chance de l’avoir pour papa aimant : mais je ne suis pas son petit frère …

Annelise dit: 28 août 2016 à 11 h 42 min

Sans oublier John Ford, l’homme de Quiet man, de la verte Irlande et de Tom Doniphon. This is my steak, JC : vos prédilections, à une ou deux irrémediables exceptions près, sont partagées.

JC..... dit: 28 août 2016 à 13 h 09 min

Exceptions ? ….lesquelles ? Il est plus intéressant de parler de ce qui sépare que ce qui rapproche !

Jibé dit: 28 août 2016 à 22 h 23 min

« Toni Erdmann de Maren Ade »

Je préfère nettement le film de Guiraudie, Annelise. Le Toni Erdmann m’a plutôt ennuyé, ça partait pourtant d’une bonne idée…

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