de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« La glace et le ciel »: Claude Lorius, inlassable missionnaire

Par Sophie Avon

C’est un homme de 83 ans qui avance sur la glace. Silhouette frêle, visage souriant, posant sa main au-dessus de la surface qui craque. Depuis 30 ans, Claude Lorius met en garde les hommes. Ce qu’il avait pressenti est en train d’arriver. « J’ai vu, dit-il, en l’espace d’une vie, que l’homme était en train de modifier le climat… » A force de brûler du pétrole, du charbon, du bois. A force d’user de la terre comme d’une propriété aux ressources infinies. A force de la croire immuable, insensible aux interventions humaines. Or, elle bouge, vit, se métamorphose. Les ouragans, la fonte des glaces, les inondations, tout cela avait été prédit. « Je vais vous raconter mon histoire » dit Claude Lorius – même si ce n’est pas lui qui parle par une manie incompréhensible du réalisateur Luc Jacquet qui donne la parole  au glaciologue en lui retirant sa propre voix, comme il l’avait fait du reste dans « Il était une forêt » avec Francis Hallé.

En octobre 1955, Claude Lorius part pour sa première mission en Antarctique, le plus grand désert de la planète. Il en accomplira 22. A l’époque, le monde sort de la guerre, il a soif de vie et de connaissance. On ne sait rien de cette terra incognita qu’aucune carte n’a encore répertoriée. A 23 ans, le jeune diplômé part vivre un an au pôle sud avec deux compagnons. La base Charcot est leur refuge. « A partir de cet instant, j’aurai 23 ans jusqu’à la fin de mes jours » dit-il. Les images d’archives montrent un jeune homme  en route pour sa vocation, découvrant, malgré les moins 18 degrés de la cabine de l’engin qui les achemine, sa passion pour les expéditions polaires. Au moindre pas, on peut se perdre à jamais dans le brouillard et le blizzard. Aller se soulager est une corvée. La base, elle, où ils arrivent enfin, tient plus du terrier que de l’hôtel : 24 mètres carré sous la glace et une température de 8 degrés. Mais ils ont la foi des pionniers. Ils découvrent un continent englouti, des vallées et des cimes, tout un relief sur lequel aucun relevé n’a jamais été fait. Lorius étudie les cristaux. Se demande pourquoi les neiges d’été sont plus fines que celles de l’hiver ? Quand des mois plus tard, on vient les récupérer, ils sont dans un état critique et souffrent d’un début de scorbut. René Coty les accueille. Les honneurs ne sont rien face à ce qu’ils ont appris : la solidarité et une empathie infinie pour la terre.

Il repart en 59. Puis en 62. Chaque fois, il connaîtra la beauté, l’exaltation et la souffrance du corps, les crevasses indétectables, les doigts qui brûlent quand il faut réparer, le froid qui défie la raison – « moins 25 sans vent, c’est la canicule ». La quête du savoir l’empêche de devenir fou, le tient debout. Elle va le dresser inlassablement quand il comprendra qu’on peut lire les climats antérieurs  à travers des échantillons de glace en profondeur. Le désert des pôles enregistre nos pollutions. Au Groenland, le plomb de nos essences, au pôle Sud les retombées radioactives des explosions nucléaires déclenchées au Nord. Les gaz à effet de serre sur l’ensemble la planète. « Il n’y a donc nul endroit sur terre sans la trace des hommes », s’interroge-t-il.  Dans les années 70, les scientifiques commencent à se douter que la modification du climat s’accélère. Caude Lorius va le prouver. A Dôme C, à Vostok, les forages se multiplient, plongent dans la nuit des temps, et chaque fois, les petites bulles d’atmosphère fossile racontent l’histoire de notre terre et de ses cicatrices.

En dépit d’effets de manche inutiles et de cette voix off ajoutée, le documentaire de Luc Jacquet a le mérite de montrer, entre archives d’époque et images d’aujourd’hui, la recherche d’une vie. C’est une échelle dérisoire et pourtant, elle suffit à couvrir le temps, infinitésimal et crucial, où tout pourrait bien basculer. Comment ne pas y réfléchir.

« La glace et le ciel » de Luc Jacquet. Sortie le 21 octobre.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

5 Réponses pour « La glace et le ciel »: Claude Lorius, inlassable missionnaire

Polémikoeur. dit: 24 octobre 2015 à 19 h 39 min

Evidemment, Orson Welles en aurait fait Citizen Claude,
John Ford, un autre « Homme tranquille » ou Kurosawa (Akira), « l’ombre du glacier » ! Peu importe,
l’époque a beau s’incliner devant les Fourches Caudines
de la publicité avec sa créativité de lessivier
et son ton de bonimenteur de foire, la figure
du chercheur de terrain, défricheur et découvreur,
honnête homme au sens plein, n’en est que plus précieuse
comme repère contemporain et son apport au savoir universel
a la force des grandeurs qu’il mesure, épaisseur
des calottes glaciaires, recul des millénaires
et précision des analyses élémentaires.
A verser au dossier en complément
modeste de ses travaux.

Milena et Dora dit: 25 octobre 2015 à 10 h 36 min

Disparition de Maureen O’Hara à l’âge de 95 ans… une belle femme, une belle carrière, une grande actrice

rechauffement climatique dit: 27 octobre 2015 à 9 h 24 min

De source scientifique sûre l’île de pq sera bientôt recouverte par les flots, c’est terrible

ueda dit: 30 octobre 2015 à 21 h 21 min

Ueda dit: 26 octobre 2015 à 19 h 18 min
Polémikoeur, Milena et Dora, si c’est ça, vos commentaires, vous repasserez ! etc., etc.

Voir sous le billet suivant, pour ce qui est de l’origine de ces infantilismes.

Mon message:
« Ô visiteurs de passage et amoureux du cinéma, ignorez ces crottes sans importance, et laissez donc, sous ces merveilleux billets, vos propres commentaires!

Vive la république du cinéma! »

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