de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« La Mort de Louis XIV » : Que Serra Serra… The past ours to see.

Léopard d’or au Festival de Locarno en 2013, « Histoire de ma mort » du cinéaste catalan formé à Barcelone proposait une traversée transfixiante des Lumières au siècle du romantisme, mixant la figure d’un Casanova exténué à celle, transylvanienne, de Dracula. Mélange osé ?
Donald Sutherland aurait de quoi porter plainte avec Fellini pour injures sur la personne de l’aventurier de Venise, viol «sur l’esprit » aggravé de faits de culture ?
Chez Albert Serra, rien à voir avec la faillite d’une « Ligue des gentlemen extraordinaires » de Stephen Norrington ou autre «Lincoln chassant les vampires » (Timur Bekmanbetov) aux slow-motion calamiteux qui se paient la tête des spectateurs, regroupent les mythes avant de les restituer non digérés pour pitance au nez de la « classe populaire », dans ce qu’ils imaginent être un geste destiné à faire aimer le cinéma disparate, et n’ayant en fait d’autre but que de ratisser large.

Visages crayeux, mouches : l’idéal libertin fusionnait dans le coeur du réacteur avec la déconstruction punk violente, désespérée mais ludique. Jeux d’ombres, noirs d’encre comme sait en produire le maniériste Le Caravage… En formaliste inspiré, le réalisateur a fait l’objet d’une rétrospective au Centre Beaubourg avant de se porter au chevet du Roi Soleil.
Historiquement, le déroulement est précis : le 10 août 1715, Louis XIV de retour d’une chasse à Marly ressent une terrible douleur à la jambe. Fagon, le médecin personnel, diagnostique une sciatique alors qu’il s’agit en réalité d’une gangrène sénile. Le roi s’alite le 25 août, le mal atteint l’os le 26. Le monarque ne se relèvera pas. Il fera ses adieux à Mme de Maintenon à trois reprises, à la cour deux fois. Le Dauphin est appelé près du lit le jour même, pour que lui soient dispensées les dernières recommandations. La jambe noircit devant un défilé de courtisans et de conseillers. Brun, Provençal guérisseur, est mandé auprès de l’agonisant. Son remède est celui d’un charlatan. Le Roi meurt le 1er septembre, peu avant son 77ème anniversaire, après 54 ans de règne effectif.

Serra aime les matières. Il y a du peintre en lui. Son cinéma est d’une grande sensualité tactile, visuelle, y compris dans la morbidité, le déclin, la nausée réprimée quand même le vin d’Alicante ne passe plus, les craquements, les massages du membre atteint, les coffrets ouverts dans le huis-clos de cette chambre éclairée de chandelles à la fumée lourde où pourrit le Roi, doigts crispés sur le chapelet du catholicisme, religion d’État, et où se tiennent les ultimes conciliabules du pouvoir… J’ai lu quelque part des références au peintre Raphaël ? Au plan chronologique, peu probable. Raffaelo Sanzio est artiste de la Renaissance, mort à Rome quelques deux cents ans plus tôt, qu’importe : Albert Serra excelle dans le clair-obscur, le pourpre, la dorure reflétée d’un habit, le teint qui devient de plus en plus hâve, gagne en matité tandis que le rictus s’installe.
L’entrevue avec l’enfant de 5 ans, futur Louis XV, où l’arrière grand-père fait implicitement aveu d’avoir failli « au soulagement des peuples » est un grand moment politique non hâbleur, dans la simplicité familiale réactivée par la perspective de la mort mêlée à l’extrême gravité attenante à la transmission du trône de France.
Quelques chiens, la splendeur des jardins de Versailles aperçue de la fenêtre… le pouvoir, fût-il divin, se retire en même temps que le corps plie bagage. Je me souviens de cette scène impressionnante de l’amputation dans « Barry Lyndon », chez Kubrick.
Le choix de Jean-Pierre Léaud en perruque mousseuse d’un mètre cinquante mourant dans le brocard, le velours rasé cramoisi aurait pu m’énerver : trop parfait. Qui peut résister à l’ancien enfant Doinel, avec toutes ces brisures, ces fractures, son mystère inextinguible, la schizophrénie résiduelle depuis la séparation forcée, inconsolable, d’avec Truffaut, qui font de sa vulnérabilité un empire absolu sur les cinéastes et les spectateurs depuis soixante ans ?

De quoi mal le prendre, si on avait senti chez le Catalan une récupération clientéliste de la douleur du Roi Léaud… Là où le miracle se produit, c’est quand le réalisateur, au lieu de détourner cette énergie, de la confisquer pour faire pleurer dans les chaumières avec des ronds de jambe gangrénée, amène à force de minutie à assister par étapes et en quelque sorte en direct, à la réunion – ou la séparation définitive – selon l’angle suivant lequel on l’entend, des fameux « deux corps », celui du Roi et celui de la « personne privée » Louis XIV, au moment de donner quitus à l’existence.
C’est très fort, d’une intensité qui rend la Palme d’honneur à Léaud légitime.
Serra a des façons de coudre du pince-sans-rire dans l’empesé qui me plaisent… un œil sardonique traînant, une cocasserie rentrée qui peuvent être repérés ici ou là et disent la vanité, appelée à mourir en même temps que l’enveloppe. Fagon (François d’Assumçao, personnalité aperçue dans « Les Ogres » de Léa Fehner) en médecin empressé, perdu à la cause par absence d’humilité, sert subtilement le jeu du monarque gargouillant, privé de forces, comme Marc Susini en Blouin, « l’homme du secret domestique » décrit par Saint-Simon, valet tirant les ficelles.

Saint-Simon respecté ? Mais oui. « Histoire de ma mort » collait déjà au grand Vénitien d’1,87m mort en République tchèque après avoir été amoureux effréné. Serra a le droit, pour ne pas dire le devoir d’avoir son prisme particulier.
L’intelligence n’est jamais un défaut, au cinéma surtout : le film, soutenu par la Région Nouvelle Aquitaine et accompagné par l’Agence régionale Écla, a reçu le prix Jean-Vigo 2016. La Bordelaise d’origine que je suis n’y met aucun chauvinisme (la région et Écla avaient porté également « Mercenaire » de Sacha Wolff dont j’ai pu dire par ailleurs grand bien), mais en est satisfaite et fière.

« La Mort de Louis XIV » d’Albert Serra (sortie en salles le 2 novembre)

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Post-scriptum, pouvant décider d’élargir la barrière du « hors sujet » dans mes colonnes :
Je me suis trouvée il y a quelques mois dans un forum, brainstorming culturel, en peine de participer autrement qu’en émettant deux, trois balbutiements sans consistance, parler en public n’étant pas toujours mon fort hors d’un cercle intime. Pendant que je fais mon «Babe »(Dustin Hoffman) dans «Marathon man » de Schlesinger – le fait d’avoir les réponses ne lui permet pas forcément de les dire, il s’avère néanmoins qu’il ne faut pas le pousser hors de ses gonds -  un homme brun, râblé, tête intelligente, requiert mon attention par ses propos aiguisés sur le cinéma, la production. Il emporte mon adhésion, éveille soudain ma sympathie en stipulant avoir produit le film de Jean-Charles Hue, «Mange tes morts ». Alors que je suis pour des raisons personnelles extrêmement attentive aux représentations données des communautés tsiganes (ici, les Gitans) et alors que je connais bien, «de l’intérieur», Yéniches, R(r)oms, Sintis etc et déteste être roulée là-dessus dans la farine, le long métrage de Hue est avec celui de Guy Richie, «Snatch » (avec Brad Pitt) un de ceux que j’avais trouvés les mieux réussis, respectueux, d’une justesse et parfois d’une drôlerie roboratives. Pas touche aux Manouches? Pas inutile de le souligner, au moment où se précise enfin la reconnaissance des persécutions et discriminations subies sous le régime de Vichy, voire avant… et après?
Cet homme, c’est Thierry Lounas – ici co-scénariste d’Albert Serra pour «La Mort de Louis XIV ». «Mange tes morts » avait également obtenu en 2013 le prix Jean-Vigo.
Un doublé pour prix exigeant, qu’il n’a pas volé.

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commentaires

314 Réponses pour « La Mort de Louis XIV » : Que Serra Serra… The past ours to see.

JC..... dit: 31 octobre 2016 à 8 h 00 min

Sincère repentance de nos dirigeants actuels pour des faits peu reluisants si loin dans le passé ? Que nenni ! Actes pré-électoraux de la plus grande bassesse.

Faut être fou pour y accorder la moindre importance.

Plus généralement, quand va t on cesser ces stupides commémorations d’une repentance qui ne nous concerne pas le moins du monde … ?!

Annelise dit: 31 octobre 2016 à 8 h 19 min

Vous parlez des Tsiganes ? Aucune repentance mais une remise à jour historique sans concurrence mémorielle. Il était temps. Vous saviez par ailleurs que Louis XIV était mort ?

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 8 h 54 min

Louis XIV s’habillait en Tzigane dans sa jeunesse pour danser. Une grande danseuse de la cour était Tzigane. De là est née la mode des brunes et l’opposition qui se multiplie dans la poésie du XVIIè s. entre brune et blonde qu’on retrouvera chez Godard dans Le Mépris, où il affuble parodiquement BB d’une perruque brune. C’est aussi sous son règne qu’on se mit à persécuter les Tziganes avec l’arrivée de Mme de Maintenon.

louis dit: 31 octobre 2016 à 11 h 25 min

« C’est aussi sous son règne qu’on se mit à persécuter les Tziganes avec l’arrivée de Mme de Maintenon. »

Maintenant ils sont heureux

louis dit: 31 octobre 2016 à 11 h 31 min

C’est aussi sous son règne qu’on se mit à persécuter les Tziganes avec l’arrivée de Mme de Maintenon.

Maintenant ils sont heureux

Sylvain dit: 31 octobre 2016 à 12 h 34 min

WGG dit 8.54:c ‘est à ce moment-là que ça commence?Pourquoi?

Je croyais qu’ils achetaient leur « libre »circulation aux Rois.

Pourquoi Mme de Maintenon? Sa « piété »catholique menacée?

roro dit: 31 octobre 2016 à 12 h 54 min

« Aucune repentance mais une remise à jour historique sans concurrence mémorielle. »

Impossible à concevoir pour le beauf varois

Jodi dit: 31 octobre 2016 à 13 h 03 min

« Histoire de ma mort » : t.déstabilisant,baroque, délirant!Barcelone ville de Gaudi et.des perspectives réinventeées.j’avais vu sur votre page des réseaux sociaux que vous y séjournez souvent?
Locarno, le festival suisse est un modèle d’exigence .j’avais apprécié mais avant Serra,d’abord il faut se débarasser du Fellini devant les yeux:
(Pas se débarasser mais mettre en réserve) Vous dépoussiérez en citant Lincoln chasseur de vampires .Nos ados ont le lavage de cerveau avec ça .
(Spielberg sortait son film avec D.Day Lewis au même moment .Il s’était plaint de la guignolisation).Les Tziganes 100% d’accord .Sur cent personnes vous en aurez 97 qui ne font pas la différence entre les différentes ethnies.Pas vu « Mange tes morts ». »Snatch »,mr ex Jolie Brad Pitt était digne des frères Cohen!

J.D dit: 31 octobre 2016 à 13 h 38 min

Autant vous le dire tout de suite j’ai vu le film dont parle Passouline sur RDL, je n’étais pas grand fan du roman.
Qu’avez vous à nous dire du film de Katell Killévéré Annelise?

JC..... dit: 31 octobre 2016 à 13 h 59 min

Nous devons avoir des ouvertures « persécution » …. Les tziganes, c’était parfait ! C’était mieux avant …

Annelise dit: 31 octobre 2016 à 14 h 07 min

J.D. Katell Quillévéré, bcp aimé « Suzanne ». Celui-ci, Anne Dorval excellente comédienne transfuge de chez X.Dolan,Emmanuelle Seigner toujours aussi belle exténuée en pull bleu,Kool Shen vraiment crédible séparé de son comparse Joey Starr (étonnante reconversion de NTM en comédiens).Vous n’avez pas lu votre Passou préféré sur RdL? Ici le Roi se meurt

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 16 h 22 min

@Sylvain, je m’efforce de répondre à vos interrogation le moins mal possible/ Je faisais clairement allusion à l’ouvrage de deux historiens que j’ai lu à sa sortie, qui parle du rapport de la politique de Louis XIV et des immigrés avec une note spéciale pour les Tziganes. C’est ici avec un excellent compte rendu du CNRS :

Jean-François Dubost et Peter Sahlins,
Et si on faisait payer les étrangers ? Louis XIV, les immigrés et quelques autres
Paris, Flammarion, 1999, 477 p

J’en recommande vivement la lecture pour comprendre la nature de notre pays qui a une longue tradition de persécution des étrangers et en même temps qui, depuis 1880, a une non (moins) longue tradition d’accueil des étrangers. De là à me faire dire que la France couve une schizophrénie inquiétante, il n’y a pas loin… N’oublions jamais que les ouvriers parisiens défilant dans les manifestations en 1848 criaient : « À bas les savoyards qui viennent manger le pain des Français ! » Eh oui, c’est aussi ça la France.

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 16 h 43 min

Sur les Tsiganes, il faut citer le livre incontournable de Frauçois de Vaux de Foletier, Les Tsiganes dans l’ancienne France, paru en 1961 à la Société d’Édition géographique et touristique dans la collection « Connaissance du monde ». Son auteur était un ancien chartiste et archiviste de profession, ainsi que membre de la Société des études tsiganes en France. C’est la grande référence en la matière depuis un bon demi-siècle. Les tsiganes comme les Juifs ont commencé de faire avec les Juifs au 18ème siècle l’objet d’un discours stigmatisant chez les grands noms de la pensée française, que cite l’auteur (Voltaire, Diderot) dans le chapitre intitulé « Au temps de l’Encyclopédie, les Tsiganes domiciliés, » Auschwitz-Birkenau n’est pas arrivé par hasard.

Outre la déclaration du 22 juillet 1697, signée par le roi, précisée et renforcée par un arrêt en Conseil du 30 juillet 1697, à l’encontre des étrangers, l’auteur signale la déclaration de 1682 spécifiquement contre les « Bohémiens », avec l’histoire du faux marquis d’Ambreville, genre d’histoire de faux nobles aventuriers bohémien ou Tsigane qu’on retrouve d’ailleurs mentionné avec d’autres acteurs bohémiens également aventuriers des Lumières (lire à ce sujet le grand livre d’Alexandre Stroev, paru aux Puf) au début du roman d’Alfred Döblin, Alexanderplatz.

Pour un compte-rendu du livre d’A. Stroev :
http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_2000_num_55_5_279905_t1_1160_0000_4

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 16 h 47 min

Chez Alfred Döblin, il s’agit de l’histoire des frères Zannovitch, longuement évoquée au début de son grand roman. En France c’était le faux marquis d’Ambreville.

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 16 h 50 min

Et je dirais même qu’Auschwitz-Birkenau est aussi un produit des Lumières. C’est d’ailleurs bien là tout le problème. Mais c’est un autre débat. Débat toujours brûlant, sans faire de jeu de mots déplacé.

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 17 h 01 min

L’histoire de Barry Lyndon est également une semblable histoire d’aventuriers au XVIIIè siècle. Ici, non pas d’origine bohémienne mais iralandais. Mais au fond c’est tout un, car ce sont les marginaux de l’Europe des Lumières qui en disent plus que le centre de l’histoire sur le sens de l’histoire des Lumières. Il se trouve que les Romantiques à partir de Mme de Staël en feront aussi leurs héros. Lire à ce sujet le livre référence de mon ancienne copine de khâgne, Claude Millet :
Le Légendaire au XIXe siècle – Poésie, mythe et vérité, PUF, coll. « Perspectives littéraires », 1997

alley car dit: 31 octobre 2016 à 17 h 12 min

Well Mack the Finger said to Louie the King

I got forty red, white and blue shoestrings

And a thousand telephones that don’t ring

Do you know where I can get rid of these things

And Louie the King said let me think for a minute son

And he said yes I think it can be easily done

Just take everything down to Highway 61

http://bobdylan.com/songs/highway-61-revisited/

Annelise dit: 31 octobre 2016 à 17 h 15 min

merci Widergänger pour les posts étayés 16h22& 16h43 qui me touchent particulièrement.
Votre question à 16h50 mérite développement. Là, je ne peux participer ms lirai ce soir. Et bien entendu concernant les Tsiganes, un des pièges serait de tomber dans une concurrence mémorielle obscène. Clara Romanès s’en inquiétait avec finesse chez moi sur FB, tout en regrettant les très grandes méconnaissances qui entourent la communauté, extrêmement disparate.

alley car dit: 31 octobre 2016 à 17 h 19 min

Une piste

Date: Thu, 27 Jul 1995 20:49:52 GMT
From: « E. Church » (brcs@U.WASHINGTON.EDU)
Subject: Re: Highway 61 Revisted Lyric question

tpun@omni.voicenet.com (Jason Sandlin) writes:

>Other than just plan sillyness is there any signifigance to the people he
>uses specificly « Georgia Sam », « Howard », « Mack the Finger », « Louie the
>King », « forty shoe strings », « thousand telephones »?

>Where did the verse « 5th daughter on 12th night told… » come from? I
>would guess the numbers have something to do w/ something but i don’t know
>what.

Highway 61 runs through a dark nightmare America, a brutal de Chirico
landscape of long shadows and vanishing point perspectives, where hustlers
and con men prowl and anything-for-a-buck is the rule. Starts way back.
A bullying God arranges a murder, setting the stage for a history of
victims and victimizers. Georgia Sam is screwed by the Welfare Department.
He’s the poor, the naked (can’t get no clothes), the powerless.
Mack the Finger, a gangster, cozies up to the King, trying to capitalize
on a shitheap of useless junk (corrupt business and government, hand in
hand) and the King helps him out (relax these horrible restrictions,
puh-leez…think Third Man, Catch 22, other stories of bad medicine and
chocolate covered cottonballs, maybe even Phillip Morris…how about those
dangerous carseats for babies the companies won’t recall?)
And the family, for our last bastion of moral strength and values, we
get a nice lethal dose of incest. Ignore the mathematics. For our hell
to be complete, the second mother is sleeping with the seventh son, and
boy these pallid offspring just don’t feel so good. Yeah. Step into
the light, my dear. Closer.
The Big Bang. Of course, the song starts with the Old Testament, the
beginning, and must run through to the end of the world. The destruction
and decay must be complete. World War III, and this bored roving gambler
is setting up bleachers for the conflagration. Maybe Ted Turner will
even colorize it, who knows? People will sell anything, why not a war
(happens all the time, actually; watch the news).
Yeah, I think it can be very easily done. Flick on the tube. The image
sizzles to life. You recognize them?

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 17 h 38 min

Oui, je suis bien d’accord avec vous que les Tsiganes sont encore en France largement ignorés et font toujours malheureusement l’objet dans nos villes et villages de France de persécutions des maires qui pourtant, de par la loi, leur doivent assistance et allocation d’un terrain pour stationner. Mais c’est toujours un peu le fo.utoir en France, comme disait déjà Nietzsche en son temps, le comparant à celui qui régnait alors en Russie…

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 18 h 05 min

Au chapitre XII de son savant ouvrage, François de Vaux de Foletier cite les mesures du gouvernement contre les Tsiganes à partir d’un arrêt du Conseil d’État donné à Versailles en date du 22 mai 1682 et signé de la main de Colbert, qui « signifiait d’exécuter selon leur forme et teneur les ordonnances et arrêts et règlement rendus contre ces vagabonds, dits Bohèmes, de saisir ces gens partout où ils pourraient être appréhendés et de les conduire aux galères » (Arch. d’Ille-et-Vilaine, B.343, fol.55 ; l’auteur a publié la déclaration de 1682 contre les Bohémiens, dans Études tsiganes, janvier 1957, p. 2 à 10 ; on peut la lire aussi dans le Recueil général des anciennes lois, t. XIX, p393-394).

L’auteur en donne un petit aperçu en citant son préambule retranscrit en français moderne) :

« Quelques soins que les Rois nos prédécesseurs aient pris pour purger leurs États de vagabonds et gens appelés Bohèmes… néanmoins, il a été impossible de chasser entièrement du Royaume ces voleurs par la protection qu’ils ont de tout temps trouvée et qu’ils trouvent encore journellement auprès des gentilshommes et seigneurs Justiciers qui leur donnent retraite dans leurs Châteaux et Maisons… Ce désordre étant commun dans la plupart des Provinces de notre Royaume. »

Il faut rappeler ici les gravures très célèbres de Jacques Callot représentant des Bohémiens avec leur tambour de basque. Et le roman de Mme de Staël, Corinne ou l’Italie, qui les réhabilite à travers ce fameux tambour dont se sert Corinne comme une sorte d’attribut du personnage. Dans les Fourberies de Scapin, on y parle encore d’Égyptien (la raison de cette fausse appellation et fausse origine des Bohémiens en Égypte s’explique par des confusions de noms, je ne rentre pas dans les détails, ce serait par trop fastidieux).

Un extrait de la déclaration de 1682 proprement dite, qui en dit long sur ce que Michel Foucault appellera le « grand renfermement » dans L’Âge de la folie :

Louis XIV ordonne « d’arrêter et faire arrêter tous ceux qui s’appellent Bohèmes ou Égyptien, leurs femmes et leurs enfants, et autres de leur suite, de faire attacher les hommes à la chaîne des forçats pour être conduite dans nos galères et y servir à perpétuité : et à l’égard de leurs enfants et filles…, de les faire raser la première fois qu’elles auront été trouvées menantes (aujourd’hui on n’accorderait pas le participe présent) la vie de Bohémiens, et de faire conduire dans les Hôpitaux les plus prochains des lieux les enfants qui ne seront pas en état de servir dans les galères pour y être nourris et élevés comme les autres enfants qui y sont enfermés. Et en cas que lesdites femmes continuent de vaguer et de vivre en Bohémiennes, de les faire fustiger et bannir hors du Royaume, le tout sans autre forme ni figure de procès. »

Jibé dit: 31 octobre 2016 à 18 h 14 min

Avec les Roms, je crains que la question redevienne d’actualité. Faut-il accepter le spectacle de familles entières entassées sur des matelas à même les rues des villes de France et d’Europe ?

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 18 h 33 min

François de Vaux de Foletier égraine de longues histoires tirées des archives qui montrent différents cas d’application de ce fameux décret de 1682. Il conclut cependant son chapitre sur le fait que, si les persécutions sont bien non seulement dirigées contre les Bohémiens et quiconque leur prête assistance ou les favorise et leur accorde l’hospitalité, la population du Languedoc, où circulent de nombreux Tsiganes, ne les considère pas comme des gens dangereux ou nuisibles mais entretient toujours des rapports cordieux et parfois de commerce avec eux et que même un lieutenant de police qui aurait dû procéder à l’expulsion des nomades les protègent, ainsi qu’un gentilhomme, des artisans qui refusent de les chasser.

C’est toute l’ambiguité de la loi et de son application. La population française résiste à la loi, comme en France sous Vichy, bon nombre de Juifs furent protégés par des Français anonymes qui trouvaient tout simplement intolérable de les persécuter en dépit des lois de Vichy et au risque de leur vie bien souvent. Donc ne concluons pas trop vite pour les Tsiganes là aussi.

Gilles dit: 31 octobre 2016 à 18 h 41 min

Serra ,c’est le fils de Richard Serra ?
Une grande retro sur le père il y a 5ans au Guggenheim à Bilbao.même famille?
La rétrospective Albert à Pompidou je voulais y aller ,pas pu.
Annelise,Lounas ,le nom me dit quelque chose?Vous en aviez parlé?A quelle occasion?

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 18 h 51 min

Oui, c’est en effet une bien curieuse ironie de l’histoire, si je puis dire, de constater que le Roman comique de son Scarron de père, qui met en scène une troupe de théâtre à qui la vie des Bohémiens n’est pas étrangère, donne vie à une fille qui finit sa vie comme épouse d’un roi dans un Royaume qui les persécute et les enferme. Bien étrange destin !

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 18 h 54 min

Il a même été question, comme avec le peuple juif, d’expulser tous les Tsiganes outre-mer dans une colonie française à la fin du XVIIIè siècle.

Il y a dans l’histoire un fleuve de boue qui revient régulièrement dans son lit. On lit dans Le Monde de ce jour qu’on supporte de moins en moins les pauvres dans notre pays. Ce pays devient de plus en plus effrayant.

roro dit: 31 octobre 2016 à 19 h 13 min

Jibé dit: 31 octobre 2016 à 18 h 14 min
Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 18 h 54 min

C’est hallucinant
Retour à Dickens, au Moyen-âge ..

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 19 h 14 min

L’époque des Lumières est ambiguë comme toujours à propos des Tsiganes comme à propos des Juifs en France et en Europe. C’est l’époque où certains veulent les expulser outre-mer pour toujours, et où Diderot (dans l’Encyclopédie n’hésite pas à les réduire au statut de voleur) et Voltaire dans Essai sur les mœurs) à des prêtres de l’ancienne religion syrienne (sic) d’Osiris et d’Isis (resic!), alors que les Bohémiens étaient tous catholiques…! Mais c’est aussi l’époque où des chercheurs français (Mathurin La Croze) et deux Allemands (Grellmann et Rüdiger) découvrent que la langue tsigane pourrait bien être d’origine indienne parlée sur la côte de Malabar. Rappelez-vous de Baudelaire et de sa Malabaraise… Ah! le folklore romantique…! L’exotisme ! Le charme de l’Orient, le vrai, l’indien !

Jibé dit: 31 octobre 2016 à 20 h 40 min

Scarron, c’était son premier mari, un vieillard épousé à 16 ans, WGG. Elle était la petite-fille d’Agrippa d’Aubigné. Et son père, un fieffé voyou, qui a connu sa mère en prison…

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 20 h 55 min

Mais D’Aubigné, Jibé, c’est un très grand poète. Berguenzinc lui voue un vrai culte. Il m’est arrivé d’écouter les cours de Frank Lestringant jadis à la fac de Lille, au début de ma carrière quand j’enseignais là, pour préparer l’agrégation, où Les Tragiques étaient au programme. Lestringant, quel merveilleux savant !

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 20 h 56 min

Je le donne en mille. C’est Chanson douce qui va emporter le Goncourt. Chers Rdéliens, je vous le dis ! Je suis dans la confidence des dieux. Mais si ! Mais si !

Jibé dit: 31 octobre 2016 à 21 h 35 min

« Mais c’était un peu son père »

Carrément son grand-père, WGG !
Sur Madame de Maintenon, lire « L’Allée du Roi » de Françoise Chandernagor, l’excellent livre d’une copine drouanesque de Passou.

Cirque d'Hiver dit: 31 octobre 2016 à 21 h 36 min

Annelise: par exemple les bouglione Gitans ou Roms?
Je me rends compte que aucune idée !
Gitans ,terme générique..Les Romanes , Alexandre le père était ami de Jean Genêt, installés dans Paris .La mère a témoigné être victime d’agressions l’an dernier ; ils ont eu des caravanes volées et incendiées . Qui connait l’histoire? Sale climat .
Annelise vous avez l’air de bien connaitre tout ça . Serra j’irai voir grâce à vous. Merci à Widergranger pour la précision historique documentée. Ca change des béotiens qui n’y connaissent rien..A-L je vous avais dejà lu sur les « ogres »; me suis renseigné sur la question depuis…la commémoration de Hollande + lisible depuis.
Amateur des Cahiers du Cinéma j’aime ce blog high class; surtout votre signature , Alise.Merci a Assouline de la découverte.

Jibé dit: 31 octobre 2016 à 21 h 48 min

Fille de la femme à barbe et de l’homme élastique, Annelise, transsexuel opéré, était trapéziste chez Pinder. Suite à un accident des rotules, elle s’est recyclée dans l’écriture, Cirque d’Hiver. Passou l’a repérée à la foire du Trône, où elle tenait la caisse des montagnes russes…

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 21 h 48 min

Oui, le l’ai chez moi, Jibé, le Chandernagor. C’est ma mère qui se l’était acheté, toujours curieuse de tout. Brave mère, si touchante ! Je l’ai parcouru, mais c’est vraiment roboratif. J’admire ma mère qui l’a littéralement semé de paperoles… Mais ce bouquin est indigeste.

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 21 h 57 min

Quand on pense dans quel splendeur a commencé le règne de Louis XIV, avec quel fougue il dansait, protégeait les grands esprits, croyait à la grandeur de l’art, de la littérature, de la France. Il a mis dans son lit toutes les femmes de la cour ou peu s’en faut. Et comment tout ça a fini, dans la rigidité funèbre de la Maintenon, dans le pillage de la France et la concussion des grands du Royaume qui ont littéralement sucé le sang des Français. Et les persécutions, persécutions contre les Huguenots, persécutions contre les Tsiganes. Et les guerres contre toute l’Europe, les horreurs contre la propre famille de sa belle-sœur, la Princesse Palatine. Le diable s’est littéralement installé sur le trône. Ce destin est absolument effrayant.

Jibé dit: 31 octobre 2016 à 21 h 57 min

Pas si indigeste que ça, WGG. Chandernagor faisait déjà de l’exofiction sans le savoir. Un extrait de mon « goût de Versailles » (on est toujours dans le sujet d’Annelise) :

« Il fallait sans doute que ces vapeurs de gloire m’eussent bien embrumé l’esprit pour que je n’eusse pas vu plus tôt à quel degré d’avilissement la société de la Cour et de la Ville était pendant ce temps, en peu d’années descendue : l’oisiveté et l’ennui dans lequel vivaient les grands leur faisaient rechercher de singuliers divertissements : la nécessité de soutenir un train ruineux les condamnaient à d’étranges trafics ; enfin, il n’y avait pas Cour au monde plus abandonnée à toute sorte de vices. La folie du jeu, que le Roi n’avait jamais découragée, touchait à son comble ; on jouait sa vie sur une carte ; les joueurs, jusque dans les appartements du monarque, se comportaient comme des insensés : l’un hurlait, l’autre frappait la table du poing, le troisième blasphémait à en faire dresser les cheveux sur la tête ; tous paraissaient hors d’eux-mêmes et certains oubliaient leur honneur au point d’en user, pour gagner, comme les escamoteurs du pont Neuf. « On s’y querelle, on parle haut », disait justement une chanson de ce temps, « et c’est la cour du Roi Pétaud ». L’usage immodéré des liqueurs aidait aussi à faire passer les journées d’une jeunesse qui ne trouvait rien qui contentât son désir insatiable de plaisir. Des duchesses de quinze ans trouvaient plaisant de se réunir dans les entresols pour s’abrutir de vins et de liqueurs en compagnie de leurs laquais ; « Bacchus relève nos appas », chantonnaient-elles, « les canapés sont à deux pas » ; des princes hantaient toutes les nuits des cabarets de Paris et s’en retournaient à Versailles au petit matin, saouls dans leurs carrosses ; les plus grandes dames s’enivraient tellement qu’elles s’oubliaient au milieu des salons et rendaient par en haut et par en bas l’excès du liquide dont elles étaient remplies. Mais ces plaisirs délicats n’étaient rien au prix de certains divertissements amoureux : il y avait beau temps que la facilité des dames de la Cour avait rendu leurs charmes méprisables aux jeunes gens, aussi le vice italien était-il plus que jamais à la mode. Le propre frère du Roi en donnait l’exemple : on ne le voyait jamais que fardé et mignoté à l’excès, tout piqueté de mouches et breloquant de bijoux, couvant d’un œil amoureux l’un des « mignons » dont il faisait sa société habituelle. Les neveux du grand Condé, les fils de Monsieur de Ruvigny, député général des huguenots, le cousin de Monsieur de Louvois, le fils de Monsieur Colbert, des La Rochefoucauld, des Turenne étaient de cette confrérie à laquelle ils avaient donné des règles si sévères qu’ils se disaient les vrais moines des temps nouveaux : ils avaient fait leurs couvents de quelques châteaux d’Ile-de-France et y recevaient les novices en d’étranges cérémonies ; on exigeait des serments, des mortifications ; ils disaient que leur ordre allait devenir bientôt aussi grand que celui de saint François ; jusqu’au jeune fils du Roi et de Mademoiselle de La Vallière, le comte de Vermandois, alors âgé de treize ou quatorze ans, qu’ils avaient enrôlé sous leur bannière. On ne se pouvait étonner, dès lors, que les dames ne trouvant point pléthore de galants, se missent à leur tour à aimer leur sexe. La duchesse de Duras disait à qui la voulait entendre qu’elle offrirait bien toute sa fortune et jusqu’à sa chemise pour coucher avec la fille du Roi, la belle princesse de Conti, qui venait de prendre ses quinze ans ; par bonheur cette jeune princesse allait bientôt montrer qu’elle préférait au commerce des dames celui des gardes du Roi et de ses valets intérieurs ; au prix des autres, cette débauche-là avait un si grand air d’innocence qu’il la fallut absoudre. Quelques princes montrèrent plus d’imagination : se rendant en bande dans un lieu mal famé, ils traitèrent à la mode d’Italie celles des courtisanes qui leur parurent les plus belles, puis en prirent une par la force et lui attachèrent les bras et les jambes aux quenouilles du lit ; lui ayant mis ensuite une fusée dans un endroit que la bienséance ne permet pas de nommer, ils y mirent le feu impitoyablement, sans être touchés des cris de cette malheureuse. Après quoi, ils coururent les rues toute la nuit, brisèrent un nombre infini de lanternes, arrachèrent des crucifix pour les brûler et mirent le feu à un pont. L’exploit ne semblait pas surpassable mais, quelques jours après, le chevalier Colbert entreprit de le dépasser. Etant avec le duc de La Ferté et le chevalier d’Argenson, ils envoyèrent quérir un marchand d’oublies qui, se trouvant assez joli garçon à leur gré, ils voulurent traiter en fille et sur ce qu’il s’en défendit, ils lui donnèrent fort proprement deux coups d’épée à travers le corps, dont il eut la faiblesse de trépasser. Ils furent quittes pour une simple mercuriale. Quand déjà la vie des petits a si peu de prix, il ne faut point s’ébahir si les devins et empoisonneuses qui savent les moyens de tuer les grands sans bruit ni violences, voient reconnaître, à leur juste valeur, les mérites de leur art. On cherchait auprès d’eux, en alternance ou tout à la fois, les secrets de l’amour et de la mort. »

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 22 h 05 min

Merci Cirque d’Hiver, où ma grand-mère, qui habitait tout près, boulevard du Temple, me conduisait admirer les lions et les grands clowns. J’avais six ou sept ans, au tout début des années 60. Je me souviens encore de l’odeur des fauves quand j’entrais dans le cirque. Je l’ai encore dans le nez. Et Roger Lanzac en monsieur Loyal. Que de nostalgie ! Que d’émotions qui reviennent m’assaillir d’un seul coup.

Widergänger dit: 31 octobre 2016 à 22 h 11 min

Oui, d’accord, Jibé. Mais quel abîme sépare une telle page, indigeste, et fade pour tout dire, des pages qu’écrivit Saint-Simon sur le même sujet qui, en comparaison, éclatent d’un génie éblouissant qui sait décrire tout ce dont parle ici la Chandernagor mais avec une beauté tragique qu’on ne se lasse pas de relire. C’est là où on peut se rendre compte de tout ce qui sépare le talent du génie du très grand écrivain qu’est Saint-Simon.

steve austin dit: 31 octobre 2016 à 22 h 12 min

Jibé en Suetonius Tranquillus ; les douze (& 35) césars donnèrent fort proprement deux coups d’épée à travers le corps, dont il eut la faiblesse de trépasser.
De quelle chaîne publique cette petite nature est-elle le présentateur vedette ?

Annelise dit: 31 octobre 2016 à 22 h 41 min

Jibé 21h48 ! Inferno ! Moi qui croyais le secret bien gardé?… Mais cela n’est pas faux – à part l’histoire de la barbe?
A priori les Bouglione sont Sintis. Pas le temps de développer cet an-ci alors que ces communautés me tiennent à coeur depuis plus de trente ans. Longtemps que je vis auprès d’elles de multiples façons, ayant toutes demandé un apprivoisement lent… en très gros, des populations ayant vécu globalement une terrible acculturation. Les groupes ne sont pas les mêmes, et les alliances complexifient naturellement légitimement les choses. En très gros : les Kalés sont Gitans, sédentarisés souvent, sud de la France ou venant d’Espagne, mais soumis à migrations. Eux qui descendent à la mer les Saintes, Marie Sara e Kali et Marie Jacobé… Manouches, vs avez pour exemple Django…mais tous ne jouent pas de la guitare ni ne montent à cru au cirque, si vs voyez ce que je veux dire? Delia Romanès dans mon souvenir venait de Roumanie. Le terme « Roms » ne recoupe d’ailleurs pas les mêmes réalités selon qui l’emploie et dans quel contexte il l’est… « Gens du voyages », « Romanichels », « Bohémiens »…Tsiganes avec un s ou un z ( je mets toujours un s après qu’un ami d’Europe de l’Est dont la famille a été décimée m’a expliqué que le Z était haï d’avoir été apposé comme signe distinctif par les nazis) Des citoyens français que la police française est venue chercher parfois pour les parquer, en 46 ils n’étaient toujours pas relaxés alors que certains étaient décorés de médailles pour avoir combattu pour la France pendant la grande guerre ! Carnet anthropométrique, validation obligatoire… En Roumanie le régime Ceausescu les a durement persécutés, en Suisse on voulait confier les gosses à des parents sédentaires! Et oui, le Cirque d’Hiver qui fait partie de notre paysage parisien depuis l’enfance a été victime très récemment de dégradations racistes qui ont contraint les familles à calfeutrer les caravanes, etc. Nous sommes en 2016 et la « dévoration » est encore un phénomène mal connu. Je vs lis et cela m’intéresse bcp, ts… (signé Super Jamie qui retourne travailler après 22h12)
Je serai curieuse de lire vos réactions sur le film de Serra, sa traduction de l’histoire

Annelise dit: 31 octobre 2016 à 22 h 46 min

Widergänger 21h48 belle évocation de votre mère
Jibé je n’ai jamais été opérée des rotules… à part ça, bingo ?

Annelise dit: 31 octobre 2016 à 22 h 48 min

Et je vendais des barbe à papa, tenais le stand de tir, jamais la caisse (ils craignaient que je pique dedans…)et numéro d’écuyère

JB dit: 31 octobre 2016 à 23 h 32 min

Oui, moi aussi j’irai voir le film, Jean-Pierre Leaud en Louis XIV, il fallait y penser !
Quelle enfant de la balle cette Annelise !

JC..... dit: 1 novembre 2016 à 4 h 57 min

Personne ne répondant autre chose que « Rapines » à la question simple : « De quoi vivent ces nomades ? », pourquoi voulez vous que l’opinion des gens changent ?

JC..... dit: 1 novembre 2016 à 5 h 15 min

J’apprend par Tronche du torchecul l’Obs qu’Hitchcock, le grand metteur en scène rondouillard, pelotait la sublime Tippi Hedren … Tous les mêmes, ces raclures !

Annelise dit: 1 novembre 2016 à 7 h 56 min

5h15 quelle énergie vindicative de bon matin. Vs devriez vs mettre à la course à pied : après ça, Vangelis, Les Chariots de feu !
Oui Hitch avait tendance à être amoureux de ses actrices de façon insistante, parfois plus que limite… Il envoyait à Mélanie Griffith, fille de Tippi Hedren de petits cercueils contenant l’effigie de sa mère en guise de poupée Barbie. Pas banal. Elle ne pouvait pas le voir et je la comprends. Reste que « Vertigo » avec Kim Novak, « Pas de printemps pour Marnie » avec TH (et Sean Connery, un de mes préférés), « Le crime était presque parfait » ou « Fenêtre sur cour » avec Grace Kelly sont de grands films

eugene dit: 1 novembre 2016 à 7 h 59 min

« Il a mis dans son lit toutes les femmes de la cour ou peu s’en faut »

Les pauvres!La routine Belle mentalité..!cf l’autre c.n et ses « petites gâteries’)
(‘Le Roi a fait battre tambour pour voir toutes ses dames… Marquis dis-moi la connais-tu… Sire roi, c’est ma femme…/(Marquis)Si tu voulais me la donner
Je me chargerais d’elle…Marquis (…)T’auras ta récompense/ Je te ferai dans mes armées/ Beau maréchal de France (…) »
(La meilleure interprétation par Guy Béart avec sa voix voilée introuvable sur youtube)

Si tu voulais me la donner Je me chargerais d’elle…Marquis(…)T’auras ta récompense
Je te ferai dans mes armées Beau maréchal de France

Annelise dit: 1 novembre 2016 à 8 h 02 min

Gilles 18h41. Possible que j’ai déjà évoqué Thierry Lounas (co-scénariste d’Albert Serra). Transfuge des « Cahiers du cinéma », il dirige les éditions Capricci qui ont donné des livres bien renseignés, bien écrits bien faits sur Wes Anderson, que j’aime bcp (« Grand Hôtel Budapest ») mais aussi Wes Craven, le père d’un certain cinéma horrifique très novateur à l’époque (« La colline a des yeux », mais aussi « Scream » et… Freddy!) Une inclination pour le prénom Wes ?

eugene dit: 1 novembre 2016 à 8 h 09 min

« l’oisiveté et l’ennui dans lequel vivaient les grands leur faisaient rechercher de singuliers divertissements »

oui en France le Roy (« Soleil » ) a domestiqué (le pouvoir de ) la noblesse , la centralisant à la Cour..

eugene dit: 1 novembre 2016 à 8 h 19 min

alley cat dit: 31 octobre 2016 à 19 h 30 min
« What did you expect ? »

All your seasick sailors, they are rowing home • Your empty handed armies, are all going home
I’m weary as Hell
The confusion I’m feelin’
Ain’t no tongue can tell
The words fill my head
And fall to the floor
If God’s on our side
He’ll stop the next war.

eugene dit: 1 novembre 2016 à 8 h 26 min

@alley cat

(…)
Through the mad mystic hammering of the wild ripping hail
The sky cracked its poems in naked wonder
That the clinging of the church bells blew far into the breeze
Leaving only bells of lightning and its thunder

Even though a clouds’s white curtain in a far-off corner flashed
An’ the hypnotic splattered mist was slowly lifting
Electric light still struck like arrows, fired but for the ones
Condemned to drift or else be kept from drifting

(Chimes of freedom)Bob Dylan

Widergänger dit: 1 novembre 2016 à 10 h 35 min

Marc Cerisuelo a été mon prof de cinéma. Au départ c’est un spécialiste de Godard. Je recommande son bouquin, qui est sa thèse et mieux encore qu’une thèse : Hollywood à l’écran, Presse de la Sorbonne Nouvelle. Superbe bouquin sur le métafilm, son histoire et ses caractéristiques en tant que genre filmique. Ce livre contient une analyse du Mépris de Godard, puisque c’est un métafilm. On peut voir sur Dailymotion des cours de Marc Cerisuelo dont les cours sont en général passionnants.
http://psn.univ-paris3.fr/ouvrage/hollywood-lecran

Annelise dit: 1 novembre 2016 à 11 h 16 min

Cerisuelo a été votre prof de cinéma
Widerganger? Dans quel sens? Excellente source. Je l’avais twitté il y a un mois, sur la colonne à droite pour sa « lettre à Anderson » chez Capricci. Ça devrait vs plaire. Wes Anderson m’intéresse – et vs?

Widergänger dit: 1 novembre 2016 à 12 h 04 min

À l’agrégation, il y a une épreuve de cinéma à l’oral à partir d’une œuvre programmée.

Oui, j’ai bien vu votre twitt. Je ne connaissais pas du tout avant de voir votre twitt. Oui, ça m’intéresse parce que Cerisuelo s’y intéresse et qu’il connaît merveilleusement bien le cinéma en général. Ses cours sur ma nuit chez Maud étaient excellents.

J.D dit: 1 novembre 2016 à 12 h 28 min

Jibé dit: Annelise en Mme de Maintenon de Passou »
le duo RDL-RDC est excellent mais l’image (pardon JB) à coté de la plaque!
Ali-R apporte fantaisie en même temps que rigueur ,poésie,une espèce de cœur surprenant rarement vu .Contenu humaniste&fort et quel style! Je trouve qu’Annelise dont j’ai lu le livre est un grand écrivain.
Wgg:la schizophrénie décrite par vous fonctionne encore .La France n’était pas entièrement(je dis bien « entièrement « ..)antisémite et ça n’a pas empêché l’horreur .A quoi l’attribuez-vous? Une éducation civique du cœur ? est ce que ça s’éduque ?J’ai compris que vous aviez été prof. Vous avez du mérite ..et affaire à forte partie inégale ..

Petrus dit: 1 novembre 2016 à 17 h 52 min

Je n’ai vu que la bande annonce du film de Serra qui paraît aussi beau que le billet d’Annelise nous le dit. Une question, cependant, me trouble : la perruque vieillirait donc avec l’homme ? Qui, pensez-vous, prenait la décision de la blanchir ? Le roi lui-même ou son perruquier… Philippe Beaussant devait avoir la réponse, il est mort, hélas.

Annelise dit: 1 novembre 2016 à 18 h 42 min

Petrus 17h52, question piège… il faudrait demander à des coiffeurs pour expertise (à Charlie le Mindu, tenez… il a justement grandi dans un camp gitan près de Bordeaux et fait les créations de scènes de Madonna, ou lady Gaga…d’étonnantes compositions en cheveux naturels, des vêtements, jupes, manteaux que personnellement je ne porterais pour rien au monde – pour moi un principe trop estampillé de sinistre mémoire, au même titre que les empilements de chaussures – mais qui, techniquement, constitue une prouesse.
Donc, tenté par Albert Serra? Vs ns direz vos impressions. Pour le contexte historique,reportez-vs en confiance à la biblio fournie par Widergänger, circonstanciée.

Doinel un jour Doinel toujours? dit: 1 novembre 2016 à 18 h 42 min

Anne-lise je passe en coup de vent .Même les jours fériés ça ne chôme pas question crétinerie.Devine qui vous prend pour Joanna Shimkus,elle vous fait sa nervouse bréquedaonne sur JHHD au lieu de rebondir sur votre billet à faire damner les Saints!
Parole le cinéma va bien à Wg.Une epreuve orale de cinéma à l’agreg C’est très intriguant mais pas idiot; ma nuit chez Maud ,Fabian elle aussi était à se faire damner tous les saints !Ca consistait en quoi Wg l’épreuve ?Annelise,le billet sur lounas et serra est tellement bon que je vais peut être accepter grâce à vous que le jeune Doinel de Truffaut ait grandi.Vous avez le chic,;
Bonne fin de vacances!

Sylvain dit: 1 novembre 2016 à 19 h 43 min

Annelise 8.02.Anderson est génial Votre22.41 éclairant.

Craven était prof de socio avant no?J’aime que vous le citiez.

Wgg 21.57 oui la splendeur et ensuite répression, sang…

alley cat dit: 1 novembre 2016 à 19 h 50 min

Juste pour vérifier qu’on soit ici à la bonne heure, celle indiquée par l’horloge parlante au 3699 – vérification possible avec un téléphone qui ne sonne pas
(la mort de Louis XIV ? Rumeur infondée ; ouvrez donc les yeux)

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 9 h 06 min

Mon Rohmer préféré. Vs souvenez-vs quelle séquence Michel? Qu’aviez-vs dit? Ce film qui pourrait paraître bavard, et qui en fait… la fragilité de Françoise Fabian, Trintignant qui passe probablement à côté de l’amour, non par défaut de coeur mais sans doute car l’intellectualisation qu’il oppose à ce qui menace de le déborder l’empêche de dessiller. Je vs avoue que c’est loin ds ma mémoire – vu il y a si longtemps, et jamais depuis. Mais j’en ai gardé une impression forte

Eriksen dit: 2 novembre 2016 à 9 h 12 min

J’ai vu quelques films dont on a parlé ici ou sur la RDL.
« Réparer les vivants ». film instructif. Sans question. Très belles séquences aquatiques, qui m’ont rappelé les vidéos de Bill Viola.

« Sing street ». Personne n’a relevé le décalage de la séquence finale. Tout est facile jusqu’à elle, propre, un peu stérile, mais goûteux. Bien bercé de sève juvénile et de talents indéniables, le spectateur continue sur sa lancée romantique sans se rendre compte qu’un gouffre s’est ouvert sous ses pieds (comme le coyote des dessins animées qui dépasse le bord de la falaise et courent un instant dans le vide). Et on ne peut reprocher à J Carney de ne pas avoir mis les points sur les i dans la séquence finale.
Il n’y a pas que la sève et le talent qui compte dans l’avènement des génies artistiques. N’en déplaise aux romantiques de tout poil, l’instinct de conservation compte aussi. Le héros peut largement concourir aux « Darwin Awards ».

« Captain fantastic » poursuit dans le rêve. Des enfants rêvés, la nature rayonnante et Moïse pour seul guide. Et la femme hors-jeu, pour ne pas faire d’ombre dans le jardin d’Eden. J’adopterais volontiers tous ces enfants. S’ils existaient. Mais jamais je ne prendrais pour père adoptif l’auteur de cette œuvre masturbatoire et autistique, même s’il fait mine de se soigner ici.

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 9 h 21 min

Pas sûr, en revanche, Annelise, que « Mademoiselle » de Park Chan-Wook, soit un film inoubliable !
Et pour le dernier Ken Loach, tu en dis quoi, Eriksen ?

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 9 h 48 min

Ah! voilà notre Danois… la langue bien pendue pour suspendre Matt Ross par les pieds, hum? Moi j’adopterais l’aîné (George McKay), le père (Viggo Mortensen) pour le plaisir de l’oeil et mettrais tous les autres à l’Assistance, surtout le petit Reillan casse-pieds et réfractaire, qui ne sait même pas qui est Noam Chomsky, le sale gosse ! Non mais.
Jibé j’aime beaucoup Park Chan-wook et celui-ci ne fait pas exception. Battons-nous, « je vous en prie » (comme dit Wesley alias Cary Elwes à Robin Wright dans « Princess Bride »)…
« Mademoiselle » avec « Comancheria » de David MacKenzie et « Aquarius » de Kleber Mendonça Filho fait partie des films que vous auriez pu tout à fait retrouver ici.
Dites-ns donc le mal que vous en pensez avant d’aimer peut-être Albert Serra & Th. Lounas alors que le soleil de Louis se couche ?

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 10 h 04 min

…et pour Carney, suis assez d’accord avec le Danemark ! Eriksen, au lieu de ns pourrir le royaume de Captain Fantastic, à ce propos vs n’auriez pas le nom du morceau sur lequel ils sortent au ralenti de la grange dans Sing street, par hasard ? Pas dans les soundtracks et toujours pas trouvé.

Paul Edel dit: 2 novembre 2016 à 10 h 17 min

Dans « ma nuit chez Maud » le coté ouaté, hivernal, nocturne, couvé de la ville de Clermont- Ferrand, avec des traces de neige fondante dans les rues en pente, donne à l’intériorité de chaque personnage , si bien dessinée par Rohmer, je ne sais quoi de symbolique, comme si les manteaux épais (souvent en mouton retourné, je crois) tenaient aussi bien l’âme que le corps au chaud dans des certitudes ou-souvent- et à l’abri de troubles mal assumés. C’est le confort catholique de Trintignant, protégé , à l‘abri des autres derrière les vitres de sa voiture, la ductitilité fuguée de marie- Christine Barrault, se faufilant entre voitures et piétons sur son solex , ou le costume ajusté , si propre, très « sorti du pressing », rigide de Vitez , image vestimentaire de ses convictions jansénistes… La seule qui apparaisse libre de corps et d’esprit, c’est la Fabian..comme par hasard, elle évolue dans son appartement bien chauffé , vêtue légèrement, avec aisance, drôlerie, libre, un poil insolente devant ces hommes si « habillés » … On devine la liberté absolue de son corps sous la robe ,puis dans une sorte de nuisette, elle se se love,s’offre pour une invitation à partager son lit- véritable embarcation pour Cythère . Les autres restent, au sens propre et figurés, boutonnés et encagés dans leurs vêtements, hésitants comme dans Musset, à ouvrir ou fermer la porte, au désir….

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 10 h 19 min

Que dire de « Mademoiselle », que j’ai trouvé oppressant, Annelise ?

Un anti Sade saphique qui croule sous un excès de formalisme !
Ici, les victimes, féminines, triomphent des bourreaux, masculins, forcément masculins. Justine trouve sa Juliette et se sauve avec la mallette pleine de billets sino-coréens…

Eriksen dit: 2 novembre 2016 à 10 h 28 min

non, pas de solution pour l’énigme, Annelise.
A Paul Edel, j’ai le souvenir pour Françoise Fabian d’une liberté-carcan, un brin histrionique de surcroît. Bien plus touché par la liberté du doute, qui habitent Trintignant et Marie-Christine Barrault.

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 10 h 43 min

Magnifique résumé de ce film de Rohmer, moins bavard qu’à son habitude, Paul ! Oui, en peau retournée, les manteaux. Un conte d’hiver aussi beau que « Le Genou de Claire », plus aérien et estival : autre ville autre histoire !
Mais que dire de cette « ductilité fuguée » prêtée au personnage joué par Marie-Christine Barrault ? Et l’opposition entre la brune, sensuelle, et la blonde, virginale, vous en dites quoi, Paul ?

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 11 h 02 min

Mais quoi « moins bavard » Jibé ! C’est vs qui le qualifiez comme ça. Paul 10h35, oui, Trintignant a ce côté hésitant, pris ds le carcan du corps qu’il voudrait bien desserrer mais… la liberté a un prix qu’il n’est pas prêt à payer, que Fabian paiera en solitude finale peut-être magnifique, ms solitude qd même.
Pas le temps zut mais superbe 10h17, vs devriez écrire on vs l’a déjà dit?
Jibé « oppressant » je suis bien d’accord. Pénible. Avec cet érotisme pesant, collant, avec disons-le qqchose d’une perversité latente, une morbidité de PC-w assez significative. Ce n’est pas un film plaisant. Mais pas non plus la condition sine qua non d’un bon, voire d’un grand film que d’être plaisant (pas plus que l’inverse, d’ailleurs ..le côté abscons, ou pénible pour ratifier une qualité)
Je lirai le reste ce soir

Paul Edel dit: 2 novembre 2016 à 11 h 15 min

« vs devriez écrire on vs l’a déjà dit? » oui, et, catastrophe, j’y ai cru. je me suis retrouvé en librairie sur une étagère entre Apollinaire et Aragon , alors là je me suis pas senti vraiment au niveau .

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 11 h 17 min

Contrairement à Tati, ont ne peut pas dire que les films de Rhomer soient muets, Annelise. Beaucoup d’échanges verbaux dans la série des contes moraux, et c’est ce qui fait justement leur charme. Mais ses premiers films étaient plus… enfin moins…

Heureusement que dans « Mademoiselle » il y a de l’humour, Annelise !

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 11 h 26 min

La dernière réplique de « Mademoiselle », dite par le beau Coréen, sadiquement amputé de ses doigts, est digne de figurer dans une anthologie cinématographique : « Au moins, je mourrai en conservant ma bite ! »

en passant dit: 2 novembre 2016 à 11 h 52 min

Jibé
ça vole haut…
Et dire que donald va peut-être être élu, bonjour le bouton nucleaire – c le moment où jamais de réécouter ‘A hard Rain’s gonna fall’ écrit au moment de la crise des missiles à Cuba, Bob D pressé par le temps donc, et qui voulait faire de chaque vers un poème chanté, en a fait une seule
composition

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 12 h 00 min

Jibé 11h19 ah d’accord. .voilà que Paul et moi devenons paranos maintenant !
Paul 11h15, et Guillaume et Louis donc…pauvres d’eux. Pas parce qu’ils n’ont rien dit que ça ne les a pas travaillés. Jibé, le formalisme de PC-w, tellement empesé, alambiqué, cette cruauté.., le bibliophile totalement fondu de ses livres etc,bien sûr qu’il y a une pointe humoristique

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 12 h 02 min

En passant : comment voulez-vs que ça vole haut avec Louis qui a un pied (noir de gangrène) dans la tombe! Soyons sérieux dans le brocard.

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 12 h 22 min

Oui, Paul en parle admirablement bien, de ce Rohmer. C’est tout à fait ça. C’est loin aussi pour moi, j’avais préparé de nombreuses séquences de ce film, mais je crois que le commentaire portait sur la discussion littéraire sur Pascal chez Françoise Fabian, qui, signe discret mais parlant, porte à son poignet un bracelet en forme de serpent, allusion très claire à la séductrice, l’Ève pécheresse de la Genèse. Donc, analyse des plans, de l’art des dialogues, effets de réel grâce à la caméra à hauteur d’homme, etc. Un film très français sur une certaine France coincée. Pas encore moisie mais déjà un peu quand même… on en est à la phase de dépôt des moisissures qui vont prendre plus d’ampleur par la suite pour finir par être dénoncées par Sollers. Mais c’était déjà — ne l’oublions pas ! — le grand projet de Flaubert qui résumait son projet littéraire en disant qu’il voulait faire sentir la moisissure du monde…

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 12 h 24 min

« Magnifique résumé (de ce film de Rohmer, moins bavard qu’à son habitude), Paul ! »

Un résumé, à fortiori s’il est « magnifique », ne saurait être bavard.

en passant dit: 2 novembre 2016 à 12 h 27 min

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 12 h 02 min

il n’a pas pris son envol
(ah les P-N …(!!) je plaisante))

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 12 h 29 min

Chez la brune pulpeuse en nuisette, on y passera que la nuit, mais on ne l’épousera pas, alors qu’à la douce et inoffensive blonde on fera de beaux enfants. Le piège moral se referme, exit le fantasme bonjour les dégâts !

bernadette dit: 2 novembre 2016 à 12 h 29 min

« l’Ève pécheresse de la Genèse »
bel exemple pour la jeunesse

« une certaine France coincée. »
ces obsédés! De mieux en mieux !

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 12 h 38 min

C’est étrange ce que vous dites, Paul, de vous-même.

Vous pourriez être un vrai grand écrivain, si vous le vouliez ! Je vous assure. Vous en avez déjà donné des preuves ici ou là, sur votre blog une fois, que j’avais commenté, je m’en souviens. C’était très nouveau comme écriture mais admirablement bien réussi.

À mon avis, vous manquez de confiance en vous et surtout d’audace. Vous êtes un peu comme Jean-Louis Curtis, vous vous complaisez dans une ironie doucereuse au lieu d’aller de l’avant et d’exploiter la veine littéraire très audacieuse qui avait produit un jour lointain sur votre blog un texte qui n’était ni descriptif, ni narratif mais une sorte de curieux mélange où jouait une espèce de simultanéisme à la Alfred Döblin mais renouvelé.

Votre dernier récit publié n’était pas mal avec bien des audaces sur le jeu des temps en particulier mais il y manque cette audace, ce lâcher-prise où vous osez vous lancer parfois en parlant de Rome. C’est ça qu’il faudrait travailler. De l’audace, de l’audace, toujours plus d’audace ! Laisser-vous aller ! Vos commentaires des films ou des livres sont souvent si inventifs que vous nous faites croire que les livres dont vous parlez sont des chef-d’œuvre alors qu’il n’en est rien mais le langage que vous tenez à leur propos sont une forme de chef-d’œuvre, que vous devriez employer pour écrire le poème du monde d’aujourd’hui.

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 12 h 43 min

« Un film très français sur une certaine France coincée. Pas encore moisie mais déjà un peu quand même… on en est à la phase de dépôt des moisissures qui vont prendre plus d’ampleur par la suite pour finir par être dénoncées par Sollers. »

Faut-il retourner à la messe, comme Sollers, WGG ?

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 12 h 48 min

Mais le catholicisme de Sollers n’a vraiment rien à voir avec celui, coincé, du personnage joué par Trintignant dans le film Ma nuit chez Maud.

Sollers a bien des défauts mais c’est sans nul doute un grand écrivain qui marquera son époque. Il y aura un écumage de son œuvre c’est certain aussi. Le personnage peut lui-même être parfois assez puant. Mais, comme il le dit un jour à Domique Rolin, Vous savez, je suis quelqu’un de bien. Je le crois aussi. Son article sur la France moisie le prouve. C’est un grand descendant de Flaubert, à mes yeux.

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 12 h 48 min

24 heures de la vie de Sollers à Venise :

« 6 heures, réveil, petit déjeuner à 7 heures. Tout de suite à la plume, sur le papier velouté. Descente à 7 h 30, messe aux Gesuiti (« mistero della fede »), un bout de messe seulement, à peine sept ou huit personnes, les deux anges d’or devant l’autel. Retour sur le ponton désert à cette heure, achat des journaux, vérification que l’argent et le pouvoir tiennent solidairement le pouvoir, journaux vite abandonnés, supplément culturels périmés, remontée dans la chambre.
Il est 8 h 30. Bain ou douche, et travail, ou plus exactement jeu, jusqu’à 13 heures.
Le bois des volets chauffe peu à peu. Quatre heures dans les phrases, ce n’est pas mal. Mais le vieux Casanova, en Bohême, écrivait, dit-il, douze à treize heures par jour. Il s’ennuyait à mourir, alors que moi, ici, je m’amuse. J’arriverai à huit ou neuf heures, pas plus.
La ville, à partir de 10 heures, monte en puissance. Bateaux, barges, canots, paquebots, je sens tout à travers les lettres que je trace. Venise m’aide, il fait beau, tout miroite en miroir. J’écoute la lumière du dehors, la prends, la détourne et la mets dans l’encre. De temps en temps, coup d’œil par la fenêtre sur les long-courriers (voir Bateaux).
Cloches vers midi, grappes et tourbillons de cloches, comme nulle part ailleurs. La Sérénissime fait savoir à l’air et au monde qu’elle contrôle le son et l’eau. Folie des cloches, arrogance joyeuse, difficile de croire que quelqu’un est déjà mort par ici (les morts sont en exil, sur une île spéciale).
Descente un peu après 13 heures, traversée de la place San Agnese, kiosque de l’Académie pour acheter les journaux français périmés vingt minutes après, passage du pont vers San Trovaso, traversée de l’église, sorte de grange confortable à rideaux tranquilles (Tintoret). L’organiste joue quelque chose de Frescobaldi ou de Bach. La messe est finie depuis longtemps, il y a eu des baptêmes et des mariages (jamais d’enterrements). Voici l’arrière du consulat français et ses arbres et la merveilleuse terrasse fleurie du palais Giustinani-Recanati, avec sa vierge d’angle protégée par un dais.
Encore un pont, ruelle très étroite, les Zattere de nouveau, petit restaurant près de la gare maritime, risotto (excellent) eau, café. Retour par le quai ensoleillé, encore un café sur le ponton avec un livre (Le Gai Savoir de Nietzsche, par exemple). Puis remontée et sommeil.
La chambre enregistre tout.
Reprise à 16 heures. Vers 17 heures, le maximum de rendement est atteint. La main court sur le papier, les mots glissent, je suis dans la partition, les thèmes et les scènes se pénètrent, s’exposent. C’est du stylo, mais aussi du pinceau, du clavier. De nouveau les cloches. A 19 h 30, whisky (toujours dans la chambre). Si je sors un peu plus tôt, morceau de messe aux Gesuiti (j’arrive à l’élévation, « mistero della fede »). Puis dîner léger, friture de poisson, chianti, observation de la foule au soleil couchant rouge, ouvriers, mères et enfants, renouvellement des vivants. L’eau devient mercurielle. Café, cigare. De nouveau, le tour par la Salute et la Douane, arrêt sur la place San Agnese, les volets des maisons se ferment, deux chiens, trois garçons énervés attardés avec leur ballon, deux ou trois appels, silence. Le clocher sonne ses dix coups. Les acacias deviennent noirs. Remontée dans la chambre, encore une heure ou deux dans l’encre, cela va faire neuf heures d’improvisation, fatigue. La journée se boucle sur elle-même, apparition et disparition du soleil, image de l’hostie au-dessus du ciboire, consécration et élévation, mystère de la foi et du verbe, plongée de l’autre côté du temps. Allongé, avant de dormir, rayon lumineux au plafond, quelques conversations étouffées sur le quai, et, tirant sur la corde, clapotis incessant de l’eau. Plongée dans les rêves, insomnie vers 3 heures du matin, plongée à nouveau. Et puis 6 heures, dépôt du sommeil, soleil. »
(« Dictionnaire amoureux de Venise »)

Eriksen dit: 2 novembre 2016 à 12 h 51 min

pas de France coincée dans Ma nuit chez Maud. En revanche le pari pascalien appliqué par Vidal au communisme est réellement moisi. Logique,… il combat l’aération salutaire du doute.

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 13 h 01 min

Je vous le dis, Jibé, ce qu’écrit là Sollers ne vaut pas un pet de lapin en comparaison de ce qu’est capable d’écrire Popaul sur Rome ! Il n’y a pas photo, vraiment. Quand l’écriture de Popaul se met à rêver, celle de Sollers piétine.

C’est bien triste que Popaul ne s’en rende pas vraiment compte. Bien triste pour lui, et on en a mal pour lui, c’est vrai.

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 13 h 06 min

Ce qui fait le malheur de Sollers, c’est qu’il a été couronné beaucoup trop tôt. À vingt-deux ans, on est encore un bleu, un blanc-bec de la littérature. On ne connaît rien à rien. Alors il croit à 70 qu’il suffit d’aligner des mots sur la page pour faire joli… Il se trompe lourdement, Sollers.

Son combat pour le goût est courageux et audacieux. Mais il lui manque une pâte bien à lui. Il sait beaucoup trop bien imiter les autres, car c’est un type extrêmement doué, très intelligent, trop cultivé, qui en est resté, à cause de son couronnement trop précoce par les deux fée que furent pour lui Aragon et Mauriac, aux Plaisirs et les jours, de Proust, au lieu d’écrire sa Recherche du temps perdu. Elle est contenue cependant, je pense, dispersée, ici ou là, dans des parties de plusieurs livres mais qui ne font pas une œuvre.

Paul Edel dit: 2 novembre 2016 à 13 h 27 min

merci de vos conseils WGG ,mais j’ai déjà 250 pages achevées d’un roman en chantier. tout va bien pour moi.

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 13 h 32 min

C’est pourtant ce que j’ai trouvé de meilleur chez lui, comme extrait pour « le goût de la beauté », à propos de celle de Venise, WGG !

Plus haut, tu dis, un peu hâtivement :  » Sollers a bien des défauts mais c’est sans nul doute un grand écrivain qui marquera son époque. Il y aura un écumage de son œuvre c’est certain aussi. »

Maintenant, il apparait qu’après « écumage », il ne restera pratiquement rien !

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 13 h 41 min

Mais, Paul, il ne s’agit pas de nombre de pages ! Ce n’est pas ça le problème. Je m’en réjouis tout de même pour vous. Mais je n’ignore pas que vous avez déjà derrière vous de très nombreux livres à votre actif. Ma critique (car c’en était une !) ne portait donc pas sur le fait d’écrire et/ou de publier, mais sur le « comment » écrire. Je vous parlais de l’âme, pas de labeur ni de sueur.

horloge parlante dit: 2 novembre 2016 à 13 h 42 min

« À vingt-deux ans, on est encore un bleu, un blanc-bec de la littérature. On ne connaît rien à rien. Alors il croit à 70 qu’il suffit d’aligner des mots sur la page pour faire joli… »

Il aurait dû viser pile au milieu entre 70 et 22

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 13 h 49 min

Jibé, ou tu ne sais pas lire, ou tu adores cultiver la mauvaise foi. Je pencherais pour la seconde hypothèse, te connaissant un peu maintenant.

Je n’ai pas du tout dit qu’il ne resterait rien de l’œuvre de Sollers, j’ai dit que son « œuvre » était disparate et dispersée ici ou là dans plusieurs de ses livres. Exactement l’inverse de ce que tu as lu, une fois de plus… Et il y aura écumage.

Le fait que son « œuvre » soit hachée en mille morceaux et dispersée ici et là n’est pas inintéressant mais au contraire significatif de notre temps où on écrit beaucoup trop. Flaubert a écrit trois chefs-d’œuvre dans sa vie, trois ou quatre, disons. Sollers a écrit quelque quatre-vingts bouquins ! C’est forcément très inégal et en partie mauvais et inutile et simplement encombrant. Les encombrants, l’histoire les jettera à la poubelle d’elle même. Le temps fera son office. Tout ce qui est né mort finira mort-né…

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 14 h 01 min

Je crains trop bien lire à travers ton abondante production de commentaires, WGG, mais je ne doute pas de ta bonne foi…

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 14 h 14 min

Non, aucune outrecuidance nulle part. Ou nous n’aons pas le même dictionnaire. On n’a pas dû comprendre ce que j’ai dit sans doute, je n’en doute pas… C’est souvent le cas…!

devinez qui dit: 2 novembre 2016 à 14 h 24 min

Petite explication : Jibé et WGG se détestent, une haine dévastatrice les anime.
Alors attention, planquons-nous. Parce que je connais mon Jibé, c’est un teigneux, qui te plante un couteau dans le dos (jamais de face, c’est vrai, mais n’empêche) à la vitesse de l’éclair.

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 15 h 17 min

Eriksen, Michel, Jibé, Paul, Horloge et Bernadette : et Serra alors?
L’histoire de Spielberg repartant avec son Daniel Day Lewis jugé « pas assez fendard » en Lincoln, alors que l’autre « chasseur de vampires » inspirait mieux la jeunesse américaine fait froid dans le dos… Je n’avais pas bcp aimé le film,il n’a pas fait que des chefs d’oeuvre, mais à côté de Bekmanbetov, dont j’avais pu vs dépeindre il ya qq temps le massacre rituel de Ben-Hur, avec gravures de mode Calvin Klein, Jesus superstar, happy-end remixée par David Guetta souffrant de grippe intestinale & Messala provocant en moignon tel le Chevalier des Monty Python découpé en tronçons, c’est le jour et la nuit.

Annelise dit: 2 novembre 2016 à 15 h 27 min

C’est le « haché en mille morceaux » de l’oeuvre du Bordelais Sollers de Michel qui m’y a fait penser. Il y a qq années au Grand Théâtre alors que j’étais dans ma ville de naissance,nous étions invités ensemble pour un forum et j’avais été très surprise par son chagrin à souligner qu’il en avait marre que Bordeaux soit considérée comme la ville des 3 M, Montaigne Montesquieu Mauriac… au-delà de la vanité énorme à suggérer qu’il faudrait y ajouter la lettre S, il y avait une anxiété latente, une inquiétude implicites dans ses propos très émouvantes. Puis sa manière d’écrire sur le fils – et là on rejoint en plein le « Louis XIV » de Serra : quand dans le repli de toute apparence et la dissolution obligatoire des vanités (la peine profonde, la douleur qu’on ne peut éluder etc) il y a réunion des deux « corps », celui du roi et de la personne privée, celui de l’écrivain et celui du vivant réel. J’ai toujours pensé que chez les meilleurs, c’est là que ça se joue

horloge parlante dit: 2 novembre 2016 à 15 h 51 min

« il y a réunion des deux « corps », celui du roi et de la personne privée, celui de l’écrivain et celui du vivant réel.  »

comment savoir?

Jibé dit: 2 novembre 2016 à 16 h 32 min

« et Serra alors? »

On y va, Annelise, mais c’est pas très pratique, le film est diffusé dans un petit nombre de salles !

Widergänger dit: 2 novembre 2016 à 21 h 34 min

J’ai retrouvé sous une pile de bouquins un livre en rapport avec le sujet. Il s’agit de La journée de Louis XIV, le 16 novembre 1700, par Béatrix Saule, publié chez Cate Sud, avril 2003. Une décision importante : Qui Louis XIV fera-t-il roi d’Espagne ? L’auteur est conservateur en chef au château de Versailles.

alley cat dit: 2 novembre 2016 à 23 h 43 min

…quand dans le repli de toute apparence et la dissolution obligatoire des vanités (la peine profonde, la douleur qu’on ne peut éluder etc) il y a réunion des deux « corps », celui du roi et de la personne privée, celui de l’écrivain et celui du vivant réel. J’ai toujours pensé que chez les meilleurs, c’est là que ça se joue…

inspiring…
https://www.youtube.com/watch?v=e8jAqvmnsIk

Annelise dit: 3 novembre 2016 à 8 h 19 min

Alley (lien sur Elvis), personne n’a su imiter ce qu’il avait naturellement, cette moue entre séduction, timidité, obscénité… quel chanteur – et par ailleurs, vs ne l’ignorez, pas une personnalité troublée. Les tentatives des rockeurs ensuite de contrefaire jeu de jambes ou torsion de la bouche sont restées lettre morte (Johnny loin derrière). Emmanuelle Seigner (billet de Pierre sur le Katell Quillévéré adapté de Maylis de Kerangal)& Polanski ont d’ailleurs donné ce prénom à leur fils, c’est amusant
Merci Michel 21h34 pour la manne bibliographique, utile pour aborder avec bagage historique ad hoc le huis clos mortuaire, pictural &presque muet du film d’Albert Serra!
Puisqu’il s’agit aussi d’oeuvre-peint, qu’on a bcp débattu sur RdL de la quadrature du cercle d’un carré blanc sur fond blanc chez Malevitch ou d’Yves Klein (Berguenzinc sait certainement que Klein, « Etienne »-le-Centralien-fou-du-boson-de-higgs est par ailleurs un spécialiste incollable des Stones), je signale à ceux qui font un tour ici cet ouvrage ardu, offert par un ami, pas forcément à lire in extenso mais où puiser matière quand on s’intéresse à l’esthétique au sens que prend le mot au XVIIIe siècle : « La Couleur éloquente », Jacqueline Lichtenstein (Flammarion). Prof à Berkeley, elle enseigne à présent la philosophie de l’art à Paris-Sorbonne

Eriksen dit: 3 novembre 2016 à 9 h 35 min

ravi de voir ici citer de la couleur éloquente… voici un extrait que j’avais noté il y a quelques mois:
« Le discernement […], c’est en quelque sorte l’intelligence du sensible, un acte de l’entendement qui découvre l’intelligibilité des phénomènes sans jamais quitter le terrain des apparences, une raison qui pénètre finement les arcanes d’un monde dissimulant ses secrets dans les plis et les replis de ses surfaces. Car la difficulté à percevoir les ressorts cachés du « monde » ne tient pas à l’opacité des signes qui le composent mais à l’hétérogénéité de ses manifestations. Pour Méré, mais aussi pour La Rochefoucauld, la Bruyère et même Pascal, l’idée d’une profondeur, d’une vérité qui serait enfouie sous l’épaisseur des signes est une illusion elle-même produite par les jeux de l’apparence, un simple effet des mouvements de la surface […]. « Ceux qui ont dit que rien ne parait par ce qui le cache, ont avancé une maxime très peu solide », écrivent les logiciens de Port-Royal. […] pour l’honnête homme du XVIIe siècle, rien ne parait que par ce qui le cache et donc que le monde enfante et préserve son propre secret dans la plus grande transparence : par la diversité de ses apparitions. C’est pourquoi la qualité essentielle exigée de l’honnête homme est cet art de la prudence qui consiste à savoir s’accommoder à l’occasion. Règle infaillible et absolue de la convenance, ce savoir de l’occasion requiert une fine attention à la diversité des situations et des circonstances, une grande vivacité d’esprit, une intelligence du temps, bref un « sens » extrêmement perspicace des multiples variations du sensible qui est justement le privilège du discernement. Loin de prétendre imposer au réel une unité artificielle qui procéderait de catégories abstraites, l’esprit de discernement essaie au contraire de se conformer à l’hétérogénéité du sensible, d’adhérer en quelque sorte au désordre de ses manifestations en tâchant de suivre les détours et les particularités d’une logique sinueuse et mouvante qui s’échappe dès qu’on veut l’arrêter, parce qu’il sait que ce désordre, pour reprendre l’expression de Pascal, est son ordre même.
Telle est la règle d’un comportement qui obéit à une éthique de la civilité à laquelle le XVIIe siècle a conféré une dignité ontologique. Semblable pensée est évidemment habitée par le désir d’une maîtrise. Mais ce n’est pas la maîtrise du savant ou du philosophe cherchant à dominer de sa hauteur le théâtre du monde et de la nature et qui, pour cette raison même, refuse de participer à son jeu. C’est celle de l’acteur qui se déplace avec aisance sur une scène dont il sait éviter les pièges parce qu’il en connait les règles. »

Jibé dit: 3 novembre 2016 à 10 h 16 min

Merci Eriksen, ça répond un peu à ma question précédente : éthique de la civilité versus philosophie de l’art…

WGG, ce que tu as dit dans tes commentaires me fait prendre conscience des nombreuses similitudes entre les peuples juifs et tziganes : errance éternelle entre l’Europe centrale et le sud de l’Espagne, mauvaise réputation caricaturale autour de l’argent (voleurs de poules pour les uns, usuriers pour les autres, « rapteurs » d’enfants pour tous…) et même destination, solution, finale de la part des nazis. Certes, il y a aussi de grandes différences entre eux, notamment culturelles (le Livre pour les uns, la Musique pour les autres). Y a-t-il eu des études « comparatives » entre « la question juive » et « la question tzigane » ?

Annelise dit: 3 novembre 2016 à 10 h 25 min

Jibé 9h16 Didier Eribon abondera ds votre sens.Pour l’année prochaine aussi. Les paris font fureur sur RdL? Je propose de consulter Paul… non pas notre Edel, mais « Le Poulpe ». Imparable pour les pronostics footballistiques m’a t-on assuré. Hélas, la bête est morte en épectase après un nouveau sans faute PSG-OM ! RIP

roro dit: 3 novembre 2016 à 11 h 15 min

Jibé
il est dit qu’à la différence des tsiganes, les gitans (« gitanos », donc) sont passés par le sud : le mot viendrait de « Egypto » « Egyptos »

Eriksen dit: 3 novembre 2016 à 11 h 25 min

Hello Jibé,
voici une critique que j’avais écrit sur un film de jean-charles Hue en 2014, et qui m’avait beaucoup impressionné. Peut-être une piste de compréhension de la différence Juifs/gitans.

Jason Dorkel (18 ans) est sur le point d’être baptisé quand sort de 15 ans de prison son grand frère Fred, grand mythe familial entretenu par la mère : celui qui nourrissait la famille après la mort du père et jusqu’à sa propre chute.
Fred veut reprendre sa place et Jason se trouve devant un choix. D’un coté la loi du frère, substitut de la loi du père, de l’autre la loi de Dieu, substitut de la loi du groupe.
Tout comme le Jason de la mythologie, doublement traître au sang *, Jason va suivre son cousin Moïse sur la voie de la religion, avec quelques hésitations.
Le prix à payer sera la perte du respect absolu des aînés, ouvrant la possibilité (voire le devoir) de le juger.
Les gitans apparaissent au début comme la perpétuation d’une communauté ancestrale, qui aurait choisi d’en rester à la famille et de ne pas prendre le virage d’un contrat social, une communauté stabilisée dans un état intermédiaire entre «l’homme à l’état de nature » de Rousseau et l’homme socialisé (« dans les fers »). Hue n’utilise pas le folklore culturel classique des gitans, et qui arguerait d’une évolution parallèle : pas de guitare manouche, pas de « richesse de la différence ».
Pire encore, la connaissance et l’intelligence, qui font la fierté des peuples, apparaissent ici absentes des personnages… On ne peut pas douter de l’affection de Hue pour cette communauté, et il faut voir ce vide non comme une médiocrité, mais comme un choix. Comprendre se dit « entraver » en langage gitan, comme si la compréhension était une gêne à la vie.
Pourtant, le film nous raconte la remise en cause, par la religion, de cette prééminence de la loi familiale. Dans un raccourci de l’histoire des sociétés, Hue nous fait voir l’émergence de la loi sociale et la puissance de socialisation que représente la religion.
L’injonction « Mange tes morts » sonne comme un rappel à l’ordre de se nourrir symboliquement de ses ancêtres, (cela prend un caractère insultant lorsque c’est adressé aux Gadjé (non gitans) qui l’entendent au sens propre d’une injonction à manger la pourriture du cadavre.) SI l’on rajoute « tu ne diras point », cela prend la forme d’un précepte biblique remettant en cause la loi familiale pour affirmer la socialisation. En occident, du meurtre cannibale du patriarche (selon Freud) à l’eucharistie, la tentation cannibale ancestrale s’est trouvée détournée, devenant force de socialisation.
L’image du baptême final est très forte : Jason est immergé totalement. Il subit une noyade et une salvation, une re naissance. Il se noie fils de son père et renaît fils de l’Homme.
Un bien ?

(*ce n’est pas Jason qui venge son père assassiné par son frère, mais Médée, …. femme de Jason, que Jason trahira ensuite.)

Annelise dit: 3 novembre 2016 à 12 h 20 min

Eriksen, sociologiquement, la mort, le rapport au religieux dans la communauté gitane empruntent des clés un peu différentes de celles du sens commun : les Gitans par exemple détestent parler des morts. C’est impoli voire irrespectueux. Ils brûlent traditionnellement les affaires du défunt, pour sorte de « repos de l’âme », on n’en parle plus en gros pour ne pas déranger la mémoire. La mort est presque assimilée à une maladie qui pourrait se propager : d’où la préférence souvent de ne pas mourir sur place, mais plutôt « ailleurs », paradoxalement (médiation de l’hôpital etc) alors même que pendant la maladie, l’agonie ou le vieillissement naturel qui conduit au décès, l’empressement de la communauté est très fort, paré de beaucoup d’attentions parfois spectaculaires. Le rite ensuite est là pour tentative de rendre cela supportable (souvenez-vous des membres de la communauté il y a quelques mois qui ont tout cassé et défoncé une autoroute car l’un des leurs en prison n’avait pas été autorisé à assister à des obsèques). »Mange tes morts », c’est malédiction majeure comme – tout aussi traditionnellement employé comme injure – « Baise tes morts dans leur cercueil ». L’ingestion, c’est jurer en plus malheur en promettant une sorte de contamination de « l’empoisonnement-mort » par l’intérieur : l’équivalent de « ta race! » (Sous-entendu, « qu’elle s’éteigne »… extrêmement grave)
Quant au religieux, y a eu un déplacement significatif de la chrétienté habituelle (la Vierge noire chez les Gitans, la figure de la Vierge en général dans les populations d’Espagne ou du Sud, le protestantisme parfois « accommodé » chez les Manouches ou plus globalement, le catholicisme exprimé avec ferveur)vers le pentecôtisme. J’entendais l’année dernière avec intérêt un historien des religions sur France Culture détailler comment l’acculturation qui frappe ces groupes depuis tant d’années a favorisé une bifurcation vers des promesse beaucoup plus tangibles, moins de métaphysique, un « ici et maintenant » plus communautaire, « le bon Dieu te rendra riche, alleluiah ! » qui n’est pas sans hâter – en tout cas ne structure pas le combat contre – un certain enfermement, et parfois hélas des xénophobies extérieures ou infra-claniques ahurissantes.
Le film de Hue produit par Lounas était bon – et croyez-moi, je connais très bien les rouages et us de ces communautés, non seulement pour les avoir étudiés mais pour avoir vécu en les épousant au sein même des groupes – en particulier grâce à sa façon d’échapper au manichéisme : pas le bon Gitan expert en chevaux, bien gentil bien folklorique… eh non. Des aspects durs, des choses peu reluisantes aussi, pour ces populations qui ont possédé pourtant de précieux savoir-faire, des cultures fortes, organisées souvent contrairement aux apparences autour d’un matriarcat subtilement réparti (l’homme a l’air de détenir toute autorité alors que la femme règne par ailleurs), qui s’en sont trouvées peu à peu dépouillées à force de mise à l’écart, de discriminations… il y a là une véritable tragédie dont l’acmé a été la Dévoration (« Porajmos » chez les Roms)par les nazis mais dont les indices disséminés – livret de circulation, carnet anthropométrique etc – depuis bien longtemps n’ont pas alerté grand monde. Le film de Hue, comme la reconnaissance récente des persécutions dont ils ont été victimes font partie d’un devoir mémoriel minimum, nous concernent tous, au même titre que la Shoah qui concerne le monde entier, Juif ou pas Juif

Eriksen dit: 3 novembre 2016 à 13 h 42 min

Merci Annelise pour ces éléments, vus de l’intérieur de la communauté gitane.
Plus spécifiquement sur le film de Hue, vous notez également l’absence de Folklorisme.
Vous parlez de mise à l’écart, c’est juste, mais ce n’est qu’une composante de la relation Gitans/non gitans. Quand une communauté est grosso modo séparée du reste de la population à l’intérieur d’un pays, il me semble qu’il ne faut pas se poser la question de la poule ou de l’œuf. Rejet et repli vont ensemble, se nourrissent l’un l’autre, et il faudrait remonter au tout début pour savoir si c’est un infime rejet ou un infime repli qui a déclencher la séparation, ce qui, en fait n’a que peu d’intérêt.
Donc il ne me semble pas possible de mettre l’isolement des gitans sur le compte de la mise à l’écart par les populations avoisinantes.
Il y a des différences de conception de la communauté elle-même qui impliquent une séparation et la dualité rejet/repli. Et c’est ce que j’ai ressenti dans le film de Hue.
Le titre m’a beaucoup questionné. que veut dire ce « tu ne diras point » aux allures bibliques à la suite du « Mange tes morts » ? j’en ai fait une interprétation personnelle et le but de mon post est de la remettre en cause.

Jibé dit: 3 novembre 2016 à 14 h 05 min

« Mange tes morts », c’est malédiction majeure comme « Baise tes morts dans leur cercueil ». L’ingestion, c’est jurer en plus malheur en promettant une sorte de contamination de « l’empoisonnement-mort » par l’intérieur : l’équivalent de « ta race! » (Sous-entendu, « qu’elle s’éteigne »… extrêmement grave)

D’après Annelise, « Mange tes morts, tu ne diras point » peut donc se traduire par : « Tu ne souhaiteras pas que ta race s’éteigne » ?

alley cat dit: 3 novembre 2016 à 20 h 12 min

Elvis en 68 endosse le cuir du King déchu faisant son retour et le vieux rocker-showman de 33 ans apparaît à son meilleur, avant de sombrer à jamais ; la popularité est la pire gangrène (c’est aussi pour y avoir survécu que Dylan est grand)
Taxer Presley d’obscénité n’est-ce pas se reconnaître des accointances avec Joseph McCarthy ?
Dans une interprétation chaloupée du titre de Crudup
https://www.youtube.com/watch?v=EJd-av4HgRw

alley cat dit: 3 novembre 2016 à 20 h 50 min

It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding)

WRITTEN BY: BOB DYLAN

Darkness at the break of noon

Shadows even the silver spoon

The handmade blade, the child’s balloon

Eclipses both the sun and moon

To understand you know too soon

There is no sense in trying

Pointed threats, they bluff with scorn

Suicide remarks are torn

From the fool’s gold mouthpiece the hollow horn

Plays wasted words, proves to warn

That he not busy being born is busy dying

Temptation’s page flies out the door

You follow, find yourself at war

Watch waterfalls of pity roar

You feel to moan but unlike before

You discover that you’d just be one more

Person crying

So don’t fear if you hear

A foreign sound to your ear

It’s alright, Ma, I’m only sighing

As some warn victory, some downfall

Private reasons great or small

Can be seen in the eyes of those that call

To make all that should be killed to crawl

While others say don’t hate nothing at all

Except hatred

Disillusioned words like bullets bark

As human gods aim for their mark

Make everything from toy guns that spark

To flesh-colored Christs that glow in the dark

It’s easy to see without looking too far

That not much is really sacred

While preachers preach of evil fates

Teachers teach that knowledge waits

Can lead to hundred-dollar plates

Goodness hides behind its gates

But even the president of the United States

Sometimes must have to stand naked

An’ though the rules of the road have been lodged

It’s only people’s games that you got to dodge

And it’s alright, Ma, I can make it

Advertising signs they con

You into thinking you’re the one

That can do what’s never been done

That can win what’s never been won

Meantime life outside goes on

All around you

You lose yourself, you reappear

You suddenly find you got nothing to fear

Alone you stand with nobody near

When a trembling distant voice, unclear

Startles your sleeping ears to hear

That somebody thinks they really found you

A question in your nerves is lit

Yet you know there is no answer fit

To satisfy, insure you not to quit

To keep it in your mind and not forget

That it is not he or she or them or it

That you belong to

Although the masters make the rules

For the wise men and the fools

I got nothing, Ma, to live up to

For them that must obey authority

That they do not respect in any degree

Who despise their jobs, their destinies

Speak jealously of them that are free

Cultivate their flowers to be

Nothing more than something they invest in

While some on principles baptized

To strict party platform ties

Social clubs in drag disguise

Outsiders they can freely criticize

Tell nothing except who to idolize

And then say God bless him

While one who sings with his tongue on fire

Gargles in the rat race choir

Bent out of shape from society’s pliers

Cares not to come up any higher

But rather get you down in the hole

That he’s in

But I mean no harm nor put fault

On anyone that lives in a vault

But it’s alright, Ma, if I can’t please him

Old lady judges watch people in pairs

Limited in sex, they dare

To push fake morals, insult and stare

While money doesn’t talk, it swears

Obscenity, who really cares

Propaganda, all is phony

While them that defend what they cannot see

With a killer’s pride, security

It blows the minds most bitterly

For them that think death’s honesty

Won’t fall upon them naturally

Life sometimes must get lonely

My eyes collide head-on with stuffed

Graveyards, false gods, I scuff

At pettiness which plays so rough

Walk upside-down inside handcuffs

Kick my legs to crash it off

Say okay, I have had enough, what else can you show me?

And if my thought-dreams could be seen

They’d probably put my head in a guillotine

But it’s alright, Ma, it’s life, and life only

Copyright © 1965 by Warner Bros. Inc.; renewed 1993 by Special Rider Music

Jibé dit: 3 novembre 2016 à 21 h 55 min

Bon, j’ai vu « La mort de Louis XIV » et je suis un peu moins enthousiaste que vous, Annelise. Je n’y ai pas retrouvé l’atmosphère versaillaise (le film a été tourné au Portugal), ni le ton ni le style. Rien à voir avec les Mémoires de Saint Simon !
C’est un peu rustico-catalan.
Et j’ai trouvé oppressant d’assister à la mort en directe de…Jean-Pierre Léaud. Le film repose en grande partie sur lui, la personne et l’acteur, jouant la douleur, plus ou moins muette, et la rigidité corporelle progressive !

JC..... dit: 4 novembre 2016 à 6 h 09 min

Annelise est vraiment en dehors des clous en imputant une « mise à l’écart » des nomades par la population avoisinantes ! C’est débile … La raison : deux cultures si différentes qu’elles s’excluent mutuellement.

C’est pourtant simple !…

Mais lorsqu’on cultive le boboïsme bien-pensant, lorsqu’on a la foi des naïfs et des niais, on accepte les vols en souriant, et on accuse ceux qui se lèvent tôt pour aller au turf de xénophobie ! Evidemment….

christiane dit: 4 novembre 2016 à 10 h 08 min

Entre peinture baroque (Annelise Roux) et musique baroque (Léon Mazella) il se tisse des liens étranges en l’art des catalans.
Ici donc, un tableau dans un unique décor, maniéré et trivial qui met mal à l’aise Jibé (j’aimerais en savoir plus). La mort grignote le corps pourri du roi, pendant que Jordi Savall nimbe la mort de son épouse, la soprano Montserra Figueras, des « larmes du Caravage ». L’ombre du roman-biographique de D.Fernandez sculpte les tableaux (« La course à L’abîme ») et la musique nous entraîne loin de la mort oppressante de J-P.Léaud / Louis XIV. Une échappée d’Annelise à 12h20 pleine de beauté et de fureur.
http://leonmazzella.hautetfort.com/
C’est bon de vous lire loin du bruit de calebasse des prix littéraires.

saint-simon dit: 4 novembre 2016 à 11 h 16 min

Ha bon JB tu ne l’as pas retrouvé dans le Serra? Moi partout; ragots latents et chuchotements, raclure de la gangrène devant « cuistres violets », les « appearances of disgruntled cat »des courtisans fayots;Serra, formaliste moqueur.Pour citer le Rouvroy diariste ,Annelise 22.41 et 12.20 « porte sous son manteau toutes les facultés éblouissantes que JC et consorts « étalent,-ou n’étalent pas, faute de l’avoir- sur le baudrier »?
Plus que réjouissant.; Les Tziganes ‘revenus à la mode’?ils n’ont jamais cessé de l’être à part que nous le voyons pas! On n’est pas loin ici non plus de ce que vous appelez le « bruit de calebasse des prix’, Christiane : défendre du sens,au lieu d’être content que le bouquin de Mlle du goncourt(une vraie bille), se vende bien en supermarché ;Edel en a parlé sur son blog. Millet revient !!

christiane dit: 4 novembre 2016 à 11 h 46 min

@saint-simon dit: 4 novembre 2016 à 11 h 16 min
Oui, j’ai lu le jugement de Paul Edel sur son blog. Comme le vôtre, il est réjouissant ! Loin des scintillements, l’oiseau s’échappe et gagne d’autres espaces où le bruit du monde ne risque plus de le rendre sourd.
Et pour rester dans la note du jour, en l’an MDCCLXXIX, dans « les mémoires secrets pour servir l’histoire de la République des lettres en France ou Journal d’un Observateur » (multiples auteurs), ces quelques vers :
« Il n’est rien que nous ne faffions
Pour fuir l’ennui qui nous galoppe,
Plumes en l’air, nez en avant,
On court grimpé fuir la chimère… »

Annelise dit: 4 novembre 2016 à 12 h 42 min

Christiane 10h08 étonnant que vs évoquiez Léon MdB… vs ne pouviez pas le savoir ms je le connais très bien ! Il vivait et travaillait à Bordeaux à une époque où j’y vivais aussi, il y a longtemps. Il était rédac chef de Gault et Millau ou qqchose ds ce goût, on se baladait avec son chien Athos et il – Mazzella di Bosco, pas le chien, bien que.. – me faisait mourir de rire avec ses imitations de l’accent basque. Je l’ai revu il y a 3 ou 4 ans,dans les Pyrénées, avec ses cheveux drus blancs, ses sourcils épais. Quand il parle de truffe ses yeux pétillent (les miens aussi, surtout la noire, plus craquante et parfumée que l’italienne blanche, parole de « Nez »…mais restons-en à Saint-Simon et à Albert Serra)

JC..... dit: 4 novembre 2016 à 13 h 07 min

En général, je regarde au tout dernier moment* les bandes d’annonces proposées par notre chère enfant Annelise …

Hélas ! hélas ! hélas ! comment aller voir une merbe royale comme ce film, lorsque l’on intuite l’imbécillité de la mise en scène ?

* je ne voyage qu’en ignorant les booklet qui vous disent ce qu’il faut voir : bref, je regarde les conseils de voyage que dans l’aéroplane du retour. Etonnez vous de l’inculture du gars !?

christiane dit: 4 novembre 2016 à 13 h 25 min

Oui, Annelise, d’une certaine façon vous aimez les mêmes transgressions verbales, brûlantes et tremblantes de vie, de plus, vous êtes aussi gourmands l’un que l’autre ! (Je plonge à nouveau dans « La course à l’abîme » de D.Fernandez. Quelle sensualité à fleur de page, surtout dans la deuxième moitié et toujours la mort qui rôde…)
Il m’arrive de lire vos billets pour le plaisir de rencontrer votre écriture, ma culture cinématographique étant plutôt fragile et oublieuse.
Vous êtes aussi de grands marcheurs d’ici ou d’ailleurs, deux renards roux des montagnes avec des oiseaux sur la langue.

Annelise dit: 4 novembre 2016 à 13 h 42 min

@13h07 Cessez de vs trahir de la sorte, si vs voulez faire croire à votre indifférence : « merbe royale »… Quelle audacieuse et prosaique pertinence oui! Il y eut bien fistule hélas, et cela n’a échappé ni à Saint-Simon ni à Serra. Quel talent.

Jibé dit: 4 novembre 2016 à 14 h 16 min

Un reproche que je ferais également au film, c’est que l’on ne sent pas (si je puis dire) la dimension olfactive de la chambre funéraire du roi. Les images en plans serrés, excellent choix, sont proprement… inodores (oui, oui, on peut rendre la puanteur visuelle au cinéma) !
Soulignons aussi un temps fort du film, une belle trouvaille de Serra, quand, refusant finalement de parler et d’ouvrir la bouche, le roi se tourne vers la camera et nous fixe, hautain, le regard noir, les yeux dans les yeux, assister, nous les spectateurs posthumes, à sa royale agonie !

JC..... dit: 4 novembre 2016 à 14 h 21 min

La fistule ! je me souviens des « essais » que les chirurgiens ont exécuté sur des volontaires contraints …

Widergänger dit: 4 novembre 2016 à 16 h 26 min

Je vais le voir tout à l’heure, je vous en parlerai ce soir. Ça fera u n but à ma promenade.

Mais je souscris à tout ce que dit Annelise au sujet des persécutions des Tsiganes. Évidemment que c’est de la l’Homme qu’il s’agit au même titre que pour les Juifs. Même si le statut des Tsiganes à Auschwitz-Birkenau étaient moins « sévère » que celui des Juifs dans la mesure où ils pouvaient vivre avec femme et enfants avant de finir à la chambre à gaz comme tout le monde. Mais, passé un certain seuil d’inhumanité, les mots ne veulent plus rien dire, on en est tous d’accord ici, je crois.

Ce qui me frappe c’est ce que Annelise a si bien exprimé, la différence dans les gestes et rituels de la mort entre les Juifs et les Tsiganes qui n’ont pas ce culte de la mémoire qu’on les Juifs pour leurs ancêtres. Le mot d’ordre pour les Juifs, c’est Zakhor = Souviens-toi. Les Juifs comme ma grand-mère et sa sœur, ma grand-tante, qui n’ont pas eu de tombe, eh bien c’est moi leur tombe, c’est ma mémoire. Il n’y a pas de jour où d’une manière ou d’une autre je ne pense pas à elles deux. Ce n’est pas mélancolique ni triste, du moins pas forcément. Mais c’est là, toujours. Et si j’arrive à écrire cette histoire du fantôme d’Auschwitz, ce roman deviendra son tombeau. Il prendra le relais. Mais pour le moment, le tombeau de ma grand-mère, c’est moi.

JC..... dit: 4 novembre 2016 à 18 h 12 min

Il y a des commentaires qui sont vraiment bien, et puis d’autres qui sont vraiment chibbants …. car dignes du divan.

Annelise dit: 4 novembre 2016 à 19 h 01 min

Allons, allons mon bon, n’essayez pas de masquer ainsi maladroitement à 18h12 votre dépit que Henry Chapier ait laissé tomber sans songer à vs y coucher! L’amertume est mauvaise conseillère
Michel je suis profondément persuadée que les vrais romans, les bons, en tout cas ceux qui m’intéressent s’inscrivent ds cette aspiration-là, cette nécessité, être le tombeau de qqchose, avec partie liée à qqchose de l’enfance. Même ceux qui sont drôles, ou truculents, sans mélancolie apparente.. même ceux dont le ressort autobiographique est lointain et surtout ceux qui sont frappés de maturité. .l’idée d’être le tombeau familial, je comprends si bien.Bcp de cela à mes yeux ds la bonne littérature. Je regrette de n’avoir pas l’occasion d’entrer ds davantage de détails, le blog – il est bon que je le rappelle de temps en temps à Jibé ou d’autres rdéciens vifs comme l’éclair lorsqu’ils me pressent de changer de billet – est loin d’être ma seule activité et que 24h.
Simplement stipuler que la mémoire chez les Tsiganes n’est pas exactement absente, ni totalement exclue – il y a plutôt comme une oblitération, le simple fait qu’on « évite » d’y penser ou d’en parler suggère que de manière induite elle est présente, même si bannie dans la formulation. Je suis sûre que vs sentez la nuance. Et puis un certain syncrétisme, des superstitions ancrées que le pentecôtisme non seulement ne tempère pas, mais aurait tendance à majorer. Cela dit je pense que vs avez totalement raison d’estimer que le lien mémoriel chez les Juifs est de nature différente. Bien à vs

Widergänger dit: 4 novembre 2016 à 22 h 29 min

Oui, bien sûr, Annelise, je comprends bien la nuance. Rien n’est jamais univoque et simple dans le rapport à la mort et à la mémoire.

J’ai vu ce soir le film. Je l’ai vraiment trouvé absolument remarquable. C’est même époustoufflant de pouvoir captiver ainsi le spectateur avec ces scènes qui semblent se répéter, être des variations comme en musique. Mais il y a manifestement un mystère dans cette réalisation qui fait tout le génie de la mise en scène.

Les plans serrés et les gros plans sont très étudiés, d’une pertinence à chaque fois. Fagon, le grand niais, souvent vu de trois quart arrière donne un effet mélancolique certain.

Tout dans ce film est dans le détail. Tout semble remarquablement pensé. On sent le temps qui s’écoule imperturbablement ; on sent le poids du Temps, et à travers lui, le poids du monde, du pouvoir et la dérision du pouvoir.

Jean-Pierre Léaud est vraiment extraordinaire. Le film repose presque entièrement sur ses gestes, mimiques, regard, mouvement de la bouche. Vraiment un très grand acteur. Jamais, le revoyant encore enfant dans les 400 coups, je n’aurais pensé qu’il était capable d’un tel jeu.

Allez tous le voir. C’est vraiment un grand film, rare. Une méditation sur le Temps et le Pouvoir.

Widergänger dit: 4 novembre 2016 à 22 h 37 min

En revanche, pas de rapport avec Saint-Simon. C’est un tout autre regard sur cette époque que celui de Saint-Simon, très échevelé, lyrique en diable et sarcastique. Là, au contraire, une infinie retenue dans les gestes, les paroles, la niaiserie élevée à l’état de grand art chez les courtisans. La niaiserie est vraiment étudiée sous tous ses angles dans ce film. La niaiserie et en contraste la violence implacable qui s’abbat sur le médecin charlatan. La raison semble absente de la tête des courtisans. Il y a quelque chose de Homais chez Fagon mais élevé à un degré de stupidité totalement fascinant. C’est aussi un film sur la bêtise, avec une fourmilière de Bouvard et Pécuchet. De crétins grandioses.

Widergänger dit: 4 novembre 2016 à 23 h 04 min

Reste à s’interroger sur les raisons qui ont pu pousser leurs deux auteurs à mettre en scène la mort de Louis XIV. Évoquent-ils des raisons quelque part ?

En quoi c’est aussi un film sur notre époque ? Par la niaiserie compassionnelle qui s’y étale presque à chaque plan, et qui s’accompagne de manière paradoxale d’une froideur dans les attitudes. On dirait l’esprit réglé comme un règlement intérieur de je ne sais quelle adm.inistration céleste. C’est très curieux, un mélange qui m’a frappé. Et qui traduit quelque chose de notre époque, à la fois indifférente et compassionnelle.

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 6 h 28 min

La critique de Wiwi me confirme une prise de position étroite d’esprit : je n’irai pas voir cette amusette cinématographique sans intérêt véritable. Folie de metteur en scène… beurck ! Laquelle fera une belle carrière chez les mémères et pépère niais, n’en doutons pas.

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 6 h 53 min

« Jean-Pierre Léaud est vraiment extraordinaire. Le film repose presque entièrement sur ses gestes, mimiques, regard, mouvement de la bouche. » (Wiwi)

…ça craint, comme on dit dans les commissariat …

pénible dit: 5 novembre 2016 à 7 h 33 min

La passion du pouvoir (et de  » droit divin »!!), obscène. Que de massacres en son nom ! Quel cirque. Tout ce falbala.

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 9 h 42 min

« La critique de Wiwi me confirme une prise de position étroite d’esprit »

C’est un bel exercice de style et l’idée de génie c’est d’avoir choisi Léaud pour incarner Louis XIV. On imagine ce que cela aurait donné avec Fabrice Luchini ? Mais c’est plus un hommage cinéphilique qu’historique. L’enfant des 400 coups, l’interprète de Jacques Doisnel, de la Maman et la putain trouve là un ultime rôle à sa mesure. Mais, ce faisant, il éclipse, il occulte la figure royale de Louis XIV, que l’on ne retrouve pas ici, ainsi que l’esprit de Versailles, à mon goût…

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 10 h 08 min

Le Serra s’est fait plaisir, le Léaud s’est régalé, la valetaille s’est détendue, le spectateur importe peu, pour finir : on est entre soi … on s’est même peut être bien amusé.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 00 min

Non, je ne suis pas d’accord avec Jibé. On y croit vraiment à l’interprétation de J.-P. Léaud. Tout le film repose sur son jeu d’acteur en tout point remarquable.

Le génie de ce film c’est de maintenir le cadre dans les gros plans et dans les plans rapprochés. On a ainsi souvent l’impression d’authenticité parce que ça fait immédiatement penser à des tableaux qu’on a vu mille fois. C’est un effet de réel très bien pensé.

Il est sans doute vrai — et là Jibé a sans doute raison — que Serra a voulu raconter la fin en symétrie avec le film de Rosselini ou Le roi danse par Gérard Corbiau. Ce huis clos est construit aussi comme une réécriture de Bérénice de Racine avec la Maintenon, et les propos graveleux du roi sur la beauté des corps nus des dames au début du film. Il ne faut pas pedre de vue que le roi, véritable coq de basse cour s’est « farci » des centaines de courtisanes dont l’appellation reste équivoque. Dont l’une de mes ancêtres du pays du Périgord, dont la grand-mère était d’Alba : Lydie de Rochefort de Théobon, dont parle aussi Madame de Sévigné dans quatre de ses lettres. On révèle les coulisses du pouvoir, le rituel délirant et vide du pouvoir. Lire aussi à cet égard le texte de Louis Marin, La jambe du Roi.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 04 min

Ce film a aussi quelque chose de janséniste dans la sobriété de la mise en scène. J’apprécie beaucoup cette sobriété pour ma part. Comme une sorte de vengeance plus de trois siècles après la destruction de Port-Royal-des-Champs.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 07 min

Ce qui m’a fasciné également ce sont les répliques qui ne reçoivent pas d’écho ni de réponse, les ordres du roi qui tombent dans l’indifférence, dans le vide. Le film donne un poids tout à fait remarquable au vide, au temps qui passe et n’est plus fait que de souffrances et de petits riens qui ne font plus un tout.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 10 min

Non, Lydie n’a pas eu d’enfant avec le roi. Elle s’est marié avec un membre de la grande famille d’Harcourt. En date de sa mort en septembre 1709, Saint-Simon lui rend hommage en disant même que c’était une femme de tête toute entière bec et ongle, qui était une amie intime et avait la passion du jeu. Faudrait que je retrouve le tome des Mémoires dans ma bibliothèque caché quelque part, introuvable…

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 11 h 23 min

« Ce film a aussi quelque chose de janséniste dans la sobriété de la mise en scène. »

Oui, WGG, et j’ai surtout pensé à Bresson, mais cependant je trouve au film un côté rustaud, qui ne sied pas à l’histoire.

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 11 h 26 min

Peux-tu imaginer, WGG, qu’un valet de la chambre du Roi lui serve un verre d’eau autrement que dans du cristal ? Et que celui-ci, mourant de soif, lui prît de respecter l’étiquette. Tout est dans le détail, mais encore ceux-ci doivent-ils être crédibles !

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 11 h 31 min

Par ailleurs, les courtisans et les courtisanes, présents dans la chambre du roi, n’ont pas la gueule de l’emploi, on dirait des paysans endimanchés. Et lorsqu’ils applaudissent à la moindre déglutition royale, on se croirait à Roland-Garros !

Eriksen dit: 5 novembre 2016 à 11 h 32 min

Louis XIV est présenté ici comme une coquille vide. La coquille elle-même c’est la personne du Roi, ce masque du pouvoir qu’il a renforcé couche à couche. Quant à la personne privé, elle a disparu… desséchée par manque de sève liée à l’âge et par l’absence d’interaction honnête avec l’entourage, elle a fusionnée avec sa coquille…
Qui d’ailleurs ne finit pas par ressembler à son masque ?
Serra appuie à fond sur le ridicule de cette servitude face à une coquille vide. Il transforme le théâtre du pouvoir absolu en théâtre de l’absurde absolu. Le crépuscule d’une idole, fragile comme verre, et que l’on n’ose briser. La Boétie, Marx, Jarry irriguent le film.
Le protocole minutieux qui règle les interactions au monarque n’a même pas l’alibi de la satisfaction du Roi : impossible d’obtenir un verre d’eau quand il en a besoin.
La seule intériorité qui nous est accessible chez le roi passe par les animaux. Le piaillement ravi des canaris et le regard aimant des lévriers donnent la mesure de ce qu’il espérait de ses sujets, et de la déception qu’il en advint. Eut-il fallu les prendre en compte, ces sujets ? peut-être… mais vains semblent les remords qu’il exprime à ce pauvre enfant de 5 ans – premier résidu de lignée-, tout dégouté de ce cadavre puant et parlant.
Ce qui marque en revanche pour les sujets du Roi, c’est leur capacité de s’écouter entre eux. Ainsi les discussions savantes sont loin des rodomontades des pédants de Molière. De même les échanges entre Fagon et Blouin sont aigus, mais courtois et sensibles à la parole de l’autre. Fagon change d’avis plusieurs fois. On retrouve ici « l’honnête homme » du XVIIe selon Jacqueline (cf. plus haut sur le fil : « … la qualité essentiel de l’honnête homme est cet art de la prudence qui consiste à savoir s’accommoder à l’occasion »), et qui n’apparait pas, il me semble, dans les pièces de Molière. Juger ces personnes stupides est un anachronisme.
Mais ces apartés pleins de subtilités discrètes, ne comblent pas le vide laissé par l’absence de personnage pensant dans la coquille royale… d’autant plus que l’on ne voit qu’elle. L’interminable agonie nous plombe, sujet-spectateur dans la salle et sujets-personnages à l’écran, et l’on sommeille ensemble en attendant la fin.

demographiquement dit: 5 novembre 2016 à 11 h 37 min

 » véritable coq de basse cour s’est « farci » des centaines de courtisanes »

en bon souverain dévoué, il pensait aussi à repeupler le royaume

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 11 h 39 min

Oh, que je sens, que je ressens, sans preuve, que ce film est une merbe royale !!! et ce Serra un escroc médiatique 2D…

Tullius Detritus dit: 5 novembre 2016 à 11 h 40 min

Je crois que JC a tout dit : certains commentaires sont bien, d’autres pas bien.
La finesse d’analyse de ce JC nous épatera toujours. Quel lecteur ! Rien ne lui échappe.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 42 min

Mais ils le sont justement. C’est là tout l’aspect dramatique de la scène nocturne avec le verre d’eau. Une scène remarquable du film, qui dit tellement de choses.

Oui, j’ai retrouvé le passage des Mémoires de Saint-Simon. Je l’avais recopié mais la machine l’a absorbé au lieu de le publier. C’est dans le tome III de la Pléiade, p. 287. La Princesse Palatine, Madame (la Seconde Madame) l’appelait dans ses lettres à sa famille en allemand « die schwarze Jungfer », parce qu’elle avait la peau sans doute très mate, de par ses lointaines origines juives séfarades qui transpirait et franchissait la barrière des génération. Comme une Gitane en somme !

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 11 h 43 min

Le plus effrayant c’était qu’à un moment, assoupi, j’ai pensé à Chirac sous l’oeil de Bernadette, Eriksen, je me suis réveillé en sursaut, sous le regard furibard de Jean-Pierre Léaud, glaçant !

demographiquement dit: 5 novembre 2016 à 11 h 47 min

« les courtisans et les courtisanes, présents dans la chambre du roi, n’ont pas la gueule de l’emploi, on dirait des paysans endimanchés. »

Et pourquoi auraient-ils la gueule de l’emploi ? ! Les « de de » endimanchés, spectacle affligeant de lourdeur et grotesque

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 48 min

Mais l’honneteté n’exclut pas la bêtise. C’est précisément tout l’enjeu du débat dans le Misanthrope entre Alceste de Philinte. Les compromissions de Philinte avec la vérité au profit de l’honnêteté ne finissent-elles pas par confiner à la bêtise ? semble lui demander Alceste.

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 11 h 52 min

« Ils font constamment penser à des portraits connus. »

Plutôt aux scènes rustiques de Nicolas Poussin plutôt qu’à Raphaël ou au Caravage !

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 11 h 58 min

Je recopie quelques passages de l’hommage de Saint-Simon à Lydie de Rochefort de Théobon (morte en 1708, et pas 1709, et non pas mariée à la famille d’Harcourt mais Beuvron ; elle était comtesse de Beuvron) :

« Son nom était Rochefort d’une bonne noblesse de Guyenne, et on voyait bien encore qu’elle avait été belleà soixante dix-ans qu’elle mourut. Elle avait été fille de la Reine ; on l’appelait Mlle de Théobon. Le comte de Beuvron l’épousa. (…) La comtesse de Beuvron était toujours demeurée dans la plus grande union avec la famille de son mari, et était comptée dans le monde. Elle était extrêmement de mes amis. (…). D’ailleurs, c’était une femme qui avait bec et ongles, très éloignée d’aucune bassesse, assez informée, mais qui aimait fort le jeu. »

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 11 h 59 min

Si j’en crois les divers témoignages et avis des commentateurs, le mérite de ce film est que le spectateur y projette beaucoup de lui-même. Ce qui n’est déjà pas mal !

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 12 h 00 min

Scènes rustiques ? Tu plaisantes, Jibé. Où as-tu vu la campagne dans ce film ? Sauf dans le premier plan du film. Ensuite, c’est un huis clos constant. Rien de rustique dans ce film, voyons. Grossière erreur d’interprétation de ta part, excuse-moi de te le dire aussi franchement.

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 12 h 03 min

Tout cela est si dérisoire, eu égard au monarque que fut ce Louis là …. malgré les inévitables faux pas.

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 12 h 04 min

La chambre n’a rien de royalement versaillaise, WGG…

Autre reproche, hormis l’inodore puanteur (pas une seule grimace dans la salle !), alors que l’on est au plus prés de l’intimité du Roi, on ne le voit jamais pisser ou chier ?

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 12 h 05 min

Ne pas comprendre que les rituels étaient nécessaire pour entrainer l’ancienne noblesse féodale en ….servitude … cela me troue le front !

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 12 h 06 min

Projeter au sens qu’il apporte beaucoup de son imaginaire dans l’interprétation des images, WGG. Je n’ai pas dit que l’on s’identifiait…

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 12 h 08 min

Non, je ne trouve pas. On voit éc-videmment le film avec ce qu’on sait de Versailles et de l’histoire. Mais le film crée son propre climat par le décor et la mise en scène.

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 12 h 10 min

« Mais si, avec le petit muret à colonnades devant le lit. »

Le parti prit du gros plan n’empêche pas de jouer avec la perspective : la chambre du Roi était immense, ici on se croirait dans un pavillon de campagne (au Portugal !)…

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 12 h 13 min

Mais il a évité ce genre de critique justement grâce aux plans rapprochés. on ne voit jamais la chambre entièrement. Il s’en est bien gardé justement pour cette raison. Mais à un moment on voit les colonnades devant le lit en perspective, et l’effet de vastitude du lieu est ainsi très bien suggérée, je trouve.

JC..... dit: 5 novembre 2016 à 12 h 27 min

Wiwi, tu ne peux discuter avec personne ! Tant tu es « dynamique », c’est à dire persuadé que tu détiens la Vérité…

A la limite du terrorisme intellectuel élitiste*, mon ami !
(*je mets élitiste pour que tu en acceptes l’idée !!!)

de quoi je me mêle dit: 5 novembre 2016 à 12 h 56 min

@ 12 h 05 min
Mais tout le monde sait qu’il a rassemblé la noblesse autour de lui pour la domestiquer et gouverner en monarque absolu tranquille pénard avec son harem et la complaisance des beaufs de Cour

WGibé trouve que le film est trop terre-à_ terre et desenchanteur, il souffre

bernadette dit: 5 novembre 2016 à 12 h 58 min

Réduire la Grandeur du Monarque Absolu, en en faisant un simple humain -le montrant de près- est péché

Tullius Detritus dit: 5 novembre 2016 à 14 h 12 min

Outre qu’il croit, à 11h57, que Georges de la Tour a peint des scènes rustiques, JiBé regrette qu’on ne montre pas Louis XVI en train de chier.
On pensait qu’il était impossible d’être plus con que JC, eh bien JiBé nous prouve le contraire.

edmond dit: 5 novembre 2016 à 14 h 25 min

« On pensait qu’il était impossible d’être plus con que JC »

et c’est toujours le cas il bat tous les records

Jibé dit: 5 novembre 2016 à 17 h 57 min

Oui, Detritus, je me suis un peu emmêlés les pinceaux, c’est-y pas sot !
Je voulais parler de la peinture de Le Nain, ton grand frère par la taille…

Blouin dit: 5 novembre 2016 à 19 h 29 min

Pas tant que Annelise détrône Assouline Jb(il a 10 ans de blog à son actif contre elle ,1 seul,mais il faut le dire avec quel talent,un niveau remarquables).La faute au Goncourt 2016 faiblard qui a déçu?marre d’être pris pour des gugusses .Wg en critique cinéma se révèle 1 très bonne surprise; l’échange avec Ali-R passionnant.Un des rares avec Ericksen ,ou P.edel quand il s’en mêle à avoir le niveau . Vous,j’aime lire vos posts mais vous confondez vos impressions ,pas inintéressantes mais anecdotiques,avec le fond du débat.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 19 h 51 min

Voilà ce qu’écrit le poète Jean-Paul de Dadelsen, en 1954, dans un poème écrit en anglais (il était alsacien et a écrit un recueil de poèmes intitulé Gœthe en Alsace, il était par ailleurs agrégé d’allemand) et intitulé « Stone in Vence », allusion à Vence dans le sud de la France :

« Ours is not a world of memory, but of participation,
Not of order, but of desire, not of law, but of affirmation.
Our night is wide. »

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 20 h 07 min

Voilà ce que j’écrivais dans mon blog en 2008 à propos de Lydie de Rochefort de Théobon :

Aussi étrange cela puisse-t-il paraître, l’une de mes lointaines ancêtres, Lydie de Rochefort de Théobon, fut une favorite de Louis XIV à la Cour de Versailles. Les Jurades et les Annales de Bergerac nous apprennent qu’elle est rattachée à ma famille par sa mère, Anne de la Mothe, fille d’une certaine Henrye d’Alba de Lespinassat qui avait épousé le baron Bernard de la Mothe.

Quoique protestante calviniste, par sa mère elle portait sur son visage la marque de l’héritage juif séfarade de mes ancêtres puisque la Duchesse d’Orléans, la seconde Madame, la Palatine, dont Lydie était devenue la Fille d’honneur et la confidente, la décrit dans la lettre du 29 août 1683, de Fontainebleau, à la duchesse de Hanovre, au détour d’une phrase, en l’appelant en allemand « die gute schwarze Jungfer » (la bonne fille d’honneur noire), probablement parce qu’elle avait d’une part la peau mate, ce qui était plutôt surprenant (et qui continue d’intriguer les historiens contemporains, tel Dirk Van der Cruysse) pour une fille au sang bleu, et d’autre part des cheveux noirs de geai, marque d’exotisme fort prisée à la Cour depuis qu’à Philis, la blonde, la fameuse passion de Trissotin, la mode des danseuses bohémiennes, des Tsiganes, à la Cour – n’oublions pas que le jeune roi Louis XIV en personne dansait en costume de bohémien devant ses courtisans – , avait mis en honneur la noire.

On sait que depuis lors cette opposition entre la brune et la blonde, inaugurée à la cour du Roi Soleil, structure notre imaginaire puisqu’on la retrouve aussi bien dans la littérature romantique du XIXème siècle que dans les films de Godard (les fameuses perruques de B.B. dans Le Mépris que dans le film de David Lynch, Mulholland Drive. Par son père, Jean de Rochefort, marquis de Théobon, Lydie est issue d’une ancienne famille noble dont la noblesse remonte au Moyen Age, et qui a son origine au château de Rochefort, sur le toit du Limousin, en Corrèze, planté au beau milieu du Plateau de Millevaches. Jean, son père, calviniste, prit part au soulèvement des Croquants en 1637-38, et soutint plus tard activement le parti du prince de Condé lors de la Fronde, ce qui ne l’empêcha pas de finir ses jours en qualité de lieutenant général des armées du roi. Il aurait participé, dit-on, à l’assassinat de son propre grand-père, Pierre d’Escodeca de Boisse de Pardillan, grande figure du protestantisme du sud-ouest de la France. Les armes des Rochefort sont répertoriées dans l’armorial du Périgord; ses armes sont: De geueules à trois fasces d’or.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 20 h 14 min

Quelques anecdotes la concernant rapportées par Madame de Sévigné dans ses lettres et par la Duchesse d’Orléans, la Princesse palatine :

Théobon, née en 1638 comme le roi, portait le nom d’un petit hameau situé au sud-ouest de Bergerac, que donne encore à voir les cartes de Cassini. Elle passa probablement une partie de son enfance au château de Lespinassat, le château de mes ancêtres d’Alba, notamment de Josué de Alba, dont le parchemin est affiché sur mon blog.

Elle devint d’abord fille d’honneur de la Reine puis de la Duchesse d’Orléans au Palais Royal. Madame de Sévigné, dans une lettre du 13 mars 1671, rapporte un épisode frivole au sujet des filles de la Reine: « Au reste, si vous croyez les filles de la Reine enragées, vous croirez bien. Il y a huit jours que Mme de Ludres, Coëtlogon et la petite de Rouvroy furent mordues d’une petite chienne qui était à Théobon. Cette petite chienne était morte enragée; de sorte que Ludres, Coëtlogon et Rouvroy sont parties ce matin pour aller à Dieppe, et se faire jeter trois fois dans la mer. Ce voyage est triste; Benserade en était au désespoir. Théobon n’a pas voulu y aller, quoiqu’elle ait été mordue. La Reine ne veut pas qu’elle la serve qu’on ne sache ce qui arrivera de toute cette aventure. »

Il était d’usage à l’époque de prendre des bains de mer pour croire en être quitte avec la rage. C’est par un ordre du Roi du 13 mars 1671, qui le commande à Blavet, maître des coches d’Orléans, que furent menées les filles de la Reine de Paris à Dieppe.

Lydie passa ensuite au service de Madame qui déclare à la duchesse Sophie de Hanovre dans la lettre du 12 septembre 1682, écrite de Versailles: « Ich habe Mlle de Theobon sehr lieb » (J’aime beaucoup Mlle de Théobon), et elle poursuit: « Je l’ai toujours trouvé très fidèle, et d’un grand attachement pour moi.; je lui en serai gré toute ma vie. »

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 20 h 22 min

Elle épousa en 1678 le Comte de Beuvron, Charles d’Harcourt, capitaine des gardes de Monsieur, appartenant à cette grande famille d’origine danoise fondée par Bernard le Danois, dont la noblesse remonte à l’entourage de Duc de Normandie. Elle devint veuve en 1688 mais resta très attachée à la famille de son mari. Avant d’être mariée, elle avait été, à l’époque de la Montespan, l’une des maîtresse non officielle du Roi. Leur liaison avait pris naissance au château de Chambord alors que Molière y donnait en octobre 1670, en avant première, une représentation du Bourgeois gentilhomme. Cette liaison est mentionnée dans les dépêches secrètes de l’ambassadeur du roi de Prusse à la Cour, Spanheim, et dans la lettre de Madame de Sévigné écrite de Paris et datée du 7 août 1676, qui la mentionne à demi mot: « J’ai vu des gens de la cour, et qui sont persuadés que la vision de Théobon est entièrement ridicule et que jamais la souveraine puissance de Quanto [Mme de Montespan] n’a été si bien établie. »

C’est grâce à elle que le duc de Saint-Simon, qui la tenait en grande estime, prend connaissance des coulisses de la cour et des potins du Palais-Royal. Il raconte d’ailleurs dans ses Mémoires comment Lydie le sortit d’un mauvais pas. Il en brossera un portrait flatteur pour l’année de sa mort, qui eut lieu au château de Marly, le 23 octobre 1708.

La Duchesse d’Orléans en fut également très affectée. Elle fait part de sa peine dans la lettre du 25 octobre 1708: « Je vous écris aujourd’hui, bien que je sois affligée du fond de mon âme et que j’aie à force de pleurer mal à la tête et aux yeux. J’ai perdu avant-hier une bonne et fidèle amie, à savoir la comtesse de Beuvron, ce qui m’a cruellement touchée. Je promets d’écrire désormais chaque semaine, car j’ai plus de temps maintenant que la pauvre femme est morte à qui je répondais tous les jours de grandes lettres. » La duchesse d’Orléans a la réputation d’être une une grande épistolière à travers toute l’Europe, y compris avec des savants de réputation européenne comme Leibniz, mais sa correspondance avec Lydie de Rochefort de Théobon est sans doute à jamais perdue.

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 21 h 55 min

Je suis en train de lire l’épisode de la destruction de Port-Royal-des-Champs dans les Mémoires de Saint-Simon, avec tout le contexte. Quel homme admirable tout de même, Saint-Simon ! Il décrit déjà toute la floppée d’ignorants qui en tourent le roi avec une verve extraordinaire : « un roi environné de gens aussi ignorant que lui et dans les mêmes préjugés (…) ou qui ne pensaient qu’à leur fortune ; un clergé détruit de longue main, en dernier lieu par Monsieur de Chartres, ou par des courtisans ou des valets principaux qui n’en savaient pas davantage, ou qui ne pensaient qu’à leur fortune. »

Et, contrairement à ce que j’avais dit trop hâtivement, il y a bien de ce Saint-Simon-là dans le film de Serra, qui, à la lumière de tels extraits des Mémoires, n’en est que mieux éclairé et plus pertinent encore dans la peinture crépusculaire de la fin du règne.

Plus j’y réfléchis, plus je trouve que c’est un film vraiment remarquable.

alley car dit: 5 novembre 2016 à 22 h 05 min

To make a long story short: I’m gonna tell you the notch of facts
That the man don’t understand the good book right and that’s all
That’s all
« Josefine, die Sängerin oder Das Volk der Mäuse »

Widergänger dit: 5 novembre 2016 à 22 h 05 min

Excusez-moi, j’ai mal cité ; voilà la citation sans faute :
« un roi environné de gens aussi ignorant que lui et dans les mêmes préjugés ; un clergé détruit de longue main, en dernier lieu par Monsieur de Chartres, ou par des courtisans ou des valets principaux qui n’en savaient pas davantage, ou qui ne pensaient qu’à leur fortune. » Et plus loin, il ajoute : « Monsieur de Chartres, qui avait farci l’épiscopat d’ignorants, de gens inconnus et de bas lieu qui tenaient le Pape pour une divinité, et qui avaient horreur des maximes de l’Église de France parce que toute antiquité leur était inconnue, et qu’étaient gens de rien, ils ne savaient ce que c’était que l’État. »

Il est difficile d’être plus clairvoyant. Et quelle peinture dela corruption ! C’est déjà la France moisie…et même au-delà.

Fagon dit: 5 novembre 2016 à 22 h 35 min

Bé ,Annelise et WGG çà le fait.!!!
Culture professorale et sensibilité littéraire de la pouliche au pré=rare plaisir de lecture.

JC..... dit: 6 novembre 2016 à 5 h 52 min

J’adore les gens qui parlent de niveau en matières interprétatives…. quel niveau !

A bulles, …. les boboïdes !

plus dure sera la chute dit: 6 novembre 2016 à 10 h 41 min

« la réunion – ou la séparation définitive – selon l’angle suivant lequel on l’entend, des fameux « deux corps », celui du Roi et celui de la « personne privée » Louis XIV, au moment de donner quitus à l’existence. »

Pour en revenir à nos moutons, n’est-il pas fait allusion dans le film dau ivin de ce roi autoproclamé divin ? divin

plus dure sera la chute dit: 6 novembre 2016 à 10 h 42 min

sur la rdl la givrée qui se croite jeune et belle a oublié de prendre ses médocs et s’est encore pintée

JC..... dit: 6 novembre 2016 à 11 h 10 min

Nos sœurs sont pour nous éternellement jeunes et belles : comment ferions si elles n’étaient pas là pour porter nos enfants* ? Il faudrait devenir polygames, et entreprendre des pauvresses du sous continent asiatique !!!…. Jamais.

* et pour remporter des prix littéraire de haute tenue ?

Widergänger dit: 6 novembre 2016 à 11 h 12 min

On comprend bien ce que vous voulez dire. Dans le fond des choses, vous n’avez pas tort. Mais il serait tout de même dérisoire de réduire le statut juridique de la Monarchie de droit divin à une simple « autoproclamation ».

Car cette autoproclamation a eu ses raisons afin de protéger la France et l’État à la fois du pouvoir de l’Église, donc de Rome et du Pape, un pouvoir étranger (eh oui ! rien n’est simple dans l’Histoire comme dans la vie !) et de ses ennemis (les Anglais) puisque cette construction juridique théologico-politique (et non pas uniquement théologique) est née durant la guerre de Cent Ans.

Autrement dit, on en revient toujours au même, il faut se méfier des fausses évidences, des clichés de café du commerce et des idées reçues. Le Bréviaire de la bêtise vaut bien le Bréviaire de la haine.

plus dure sera la chute dit: 6 novembre 2016 à 11 h 20 min

WG oui vous avez raison. Ah c’est compliqué!
(Et hallucinant!)Trouvé dans l’encyclope univers.: « (…) Aux états généraux de 1614, le tiers demande que cette nouvelle définition de la monarchie soit inscrite parmi les lois fondamentales du royaume ; au cours du xviie siècle, cette doctrine gagne de plus en plus de sympathisants au sein du clergé, qui lui était d’abord très hostile. Nul doute qu’elle ne serve les souverains jaloux de leur autorité et surtout Louis XIV. Elle renforce l’absolutisme — en attendant de le compromettre. »
http://www.universalis.fr/encyclopedie/droit-divin/

bernadette dit: 6 novembre 2016 à 11 h 22 min

« Cette intervention de la Providence aboutit à investir le roi d’une mission, à la fois temporelle et spirituelle, et à faire du monarque en quelque sorte un roi-prêtre. »
c’est tout le programme de pol pismute

Widergänger dit: 6 novembre 2016 à 12 h 08 min

Ce statut de roi-prêtre est bien entendu évoqué allusivement dans le film de Serra à plusieurs reprises, ici et là. C’est une conception de la royauté qui vient de la Grèce. Mais celle qui a prévalue en définitive est celle qui a pour origine la conception des Hébreux dans la Bible ou plus exactement dans la Torah. Moïse et Aaron symbolise déjà à eux deux la séparation de l’Église et de l’État, qui est effective désormais en France depuis 1905. Mais elle est dans les principes de base du Judaïsme qui n’a, de plus, rien d’une religion dogmatique. Ce qui prime au contraire c’est l’incessante interrogation sur la Torah qu’on trouve dans la Mishnée et la Gémara, mais surtout l’incessante interrogation des Juifs sur ce que signifie le fait d’être juif pour le destin du monde. Or, un juif, ce n’est jamais rien d’autre qu’un homme qui s’efforce le moins mal possible et selon ses capacités d’être pleinement un Homme. Ce qui n’est pas une mince affaire. C’est ainsi qu’être juif, c’est d’abord faire preuve d’humilité devant cette tâche gigantesque qu’il lui incombe d’accomplir avec les moyens du bord. C’est aussi pourquoi, en signe d’humilité devant une telle tâche, on porte une kippa, qui est non un signe distinctif pour se distinguer en prenant les autres de haut, mais un signe distinctif pour se déprendre de tout orgueil en se soumettant au Très-Haut.

Annelise dit: 7 novembre 2016 à 12 h 25 min

Vraiment? pensez aux enfants et aux jeunes filles qui lisent le blog, satyre.
https://www.youtube.com/watch?v=pm_6UvNsx2Q

Je passe brièvement avant prochain billet et en profite pour signaler la parution du « Dictionnaire amoureux de la librairie Mollat » (Plon), publié en l’honneur des 120 ans, et où la lettre S incombe à votre servante

JC..... dit: 7 novembre 2016 à 12 h 55 min

Nous sommes, JiBé et moi-même, aussi compétents dans les rituels de passage à l’âge adulte que n’importe quel prélat ! Chacun dans son domaine, naturellement !

L’un qui mène au Paradis, l’autre en Enfer.

Tullius Detritus dit: 7 novembre 2016 à 16 h 56 min

à 16 h 52 on assiste à l’expérimentation d’une formule de commentaire définitive.
Je l’avais déjà passée dans divers blogs. Et je la conseille à JC. Elle lui épargnera des efforts. L’effet est le même que ses commentaires : inutile, parasite.

Annelise dit: 7 novembre 2016 à 21 h 48 min

Alley, j’ouvre pour vérifier une info et tombe sur votre visuel… superbe. Photoshop vs croyez? JP Goude? Demain nveau billet

alley car dit: 7 novembre 2016 à 21 h 49 min

Bon, 308 sonne un peu Peugeot mais, fidélité de groupe aidant, Grace évoque encore une modèle de citroëne

Petrus dit: 7 novembre 2016 à 23 h 33 min

C’est un art difficile que d’être spectateur : le billet d’Annelise m’avait fortement donné envie d’aller assister à la mort de Louis XIV et puis, pour mon malheur, j’écoute dimanche dernier le Musc et la Palme, pardon, le Masque et la Plume et j’entends l’un des critiques – je ne retiens pas leurs noms, avec ma mémoire chancelante,j’ai déjà assez de mal avec ceux des comédiens – tirer à boulet rouges sur le film de Serra.
Que faire ?
Ne pas aller voir le film ou y aller au risque d’être du même avis que le critique en question et donc méfiant à l’endroit des prochains billets d’Annelise…
J’y suis allé. Et je n’ai pas regretté. Je suis incapable de dire à quoi ça tient : à Léaud qui est formidable en effet, aux couleurs, à la lumières, aux trognes Franzhalesques de l’entourage du roi, mais la magie opère. Cette agonie est hypnotique, on en rependrait bien une petite dose pour la route.
Pour ne pas être entièrement positif je dirais que le langage n’est pas toujours aussi tenu qu’il aurait mérité de l’être, il m’a manqué quelques imparfaits du subjonctif. Je me suis également demandé si l’on disait « docteur » à un médecin au 18ème ? Je doute, en totu cas, que l’on ait répondu « d’accord ! » au Roi Soleil comme le fait ce jeune homme qui veut absolument vendre son ami York et ses fortifs. Le gag récurrent du film.
Quelqu’un en a parlé, je crois, mais il est vrai que la puanteur d’une jambe gangrenée devait être épouvantable et que personne n’a l’air de pincer le nez. Vous me direz, les mauvaise odeurs, à Versailles, ils baignaient dedans, ils devaient être habitués…
J’ai moyennement aimé la dissection finale, non qu’elle m’ait dégoûté, mais je l’ai trouvée peu réaliste avec ce boudin fraîchement confectionné dont on se demande si l’équipe l’a consommé ensuite, au déjeuner.
Mais, mazette, quel film étonnant !

bernadette dit: 8 novembre 2016 à 7 h 51 min

« les mauvaise odeurs, à Versailles, ils baignaient dedans, ils devaient être habitués… »

pas que le bruit, les odeurs aussi

Widergänger dit: 8 novembre 2016 à 10 h 41 min

Vous avez raison, il y a bien quelque chose d’hypnotique dans les images de ce film qui, en dépit d’une action dramatique quasiment vide, peut nous retenir voire nous fasciner. Est-ce le cadrage, la lumière, la composition, le montage ? Difficile à dire en effet. Mais comme vous le dite si bien, la magie opère.

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