de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« La planète des singes: l’affrontement » ou l’amour de soi

Par Sophie Avon

« Ca va finir comme ça, il ne restera personne » dit une voix off. La terre, cette planète bleue que les hommes ont chérie et dévastée s’éteint comme une ampoule. La grippe simienne a eu raison de l’humanité.

Le préambule de « La planète des singes » est un crépuscule sur lequel le récit prend appui pour renaître de ses cendres. Un gros plan sur le visage de César, des années après, achève de relancer l’aventure.  César, le singe sage, est le chef de meute qui vit paisiblement à la frontière d’une ville, San Francisco, autrefois habitée par les hommes. Le retro virus qui a décimé l’humanité  a rendu les singes plus humains. Qu’on ait vu ou pas les épisodes précédents, on a vite fait de constater qu’ils vivent désormais comme leurs anciens ennemis, dans des cabanes de bois superposées, parmi les arbres et les feux de camp ; il y  a même un instituteur, Maurice, qui devant son tableau noir fait la classe… En sa compagnie, César lâche des mots. Tous d’ailleurs, ont beau se parler en langage des signes, ils comprennent la langue des hommes. Avec elle, César a appris l’amour des humains tandis que  Koba, son frère d’armes, s’est empli de haine. L’un a été apprivoisé, aimé, l’autre mis en cage et torturé. Contre toutes apparences, ce sont César et Koba les plus étrangers l’un à l’autre.

Si le récit ne révolutionne pas l’éthologie et brode sur la tolérance – comme l’ensemble de ces séries américaines, « La planète des singes » est une œuvre sur le racisme -, il est d’entrée de jeu d’une grande beauté formelle. Cette multitude de singes dans les arbres, qui se déplacent à toute vitesse sous la pluie, dans une forêt à la fois féérique et familière, donne immédiatement le tempo d’un récit qui sans rien céder à la puissance des images et au réalisme des représentations, compose avec l’anthropomorphisme  à la base même du projet. Il n’empêche : si les bêtes se comportent comme des hommes, sont-ils des hommes pour autant ? Et comment les survivants considèreront-ils leurs semblables ?

Car il y a des survivants bien sûr, une colonie qui vit dans les ruines de San Francisco, conduite par un homme (Gary Oldman) qui a perdu les siens du temps où la fièvre simienne sévissait. Malcom (Jason Clarke), lui aussi, a perdu sa compagne, mais il aime à nouveau une jeune  femme qui de son côté a vu sa fille mourir.  La colonie est immunisée désormais. Pour partir à la recherche de ses semblables, à travers le monde, elle a besoin d’électricité. Or les dernières batteries meurent. Seul, le barrage dans la forêt peut sauver les survivants s’il est remis en activité. Et bien sûr, il est en territoire des primates. Lesquels ne s’aventurent guère hors de leurs frontières mais n’ont rien oublié des hommes. « Tu penses encore à eux ? »  demande Maurice à César. Dix hivers ne sont pas venus à bout du souvenir.

L’amour, autant que l’affrontement annoncé par le titre, sont inévitables et cheminent ensemble à l’instar de ce qu’on éprouve pour ce qui nous attire et nous effraie à la fois, nous dégoûte et nous ressemble. Car cette ressemblance, fascinante, entre hommes et singes vaut aussi pour ce qu’elle dit de l’espèce humaine face à son propre reflet.  Si l’intrigue est plutôt attendue, tout comme la fraternité entre César et Malcom, miroirs l’un de l’autre,  l’intérêt du film vient de la façon dont Matt Reeves trouve l’équilibre entre la grandeur visuelle des batailles collectives et l’intimité des conflits intérieurs. L’attaque de San Francisco, le combat contre la colonie, mené par Koba, ivre de rage et de ressentiment, le retournement des forces, hommes et femmes se retrouvant en cage, le jeune fils de César assistant à la désolation de la guerre, tout cela a suffisamment de force pour que les enjeux filiaux trouvent leur place sans paraître trop mièvres. Il y en a beaucoup, d’ailleurs, de la naissance du bébé singe à  la video que retrouve César sur sa propre enfance,  sans parler des liens qu’Alexandre, le fils de Malcom, tisse avec sa belle-mère ou avec Maurice, ou encore de la mauvaise passe où se trouve le fils de César.

C’était au fond le pari le plus délicat de l’entreprise : comment ces singes, devenus si humains, peuvent-ils nous représenter au-delà de la simple imitation ? Si la technologie parvient à montrer des animaux plus vrais que nature, le scenario réussit à donner vie à des animaux plus humains que nature, et de ce double paradoxe, le film fait son miel, recyclant la passion impossible mais toujours fantasmée entre les deux espèces cousines. Peut-être faut-il admettre que sans vivre ensemble, deux peuples peuvent s’aimer. A distance.

« La planète des singes : l’affrontement » de Matt Reeves (en 3D). Sortie le 30 juillet.

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8 Réponses pour « La planète des singes: l’affrontement » ou l’amour de soi

Jacques Barozzi dit: 30 juillet 2014 à 13 h 57 min

Faut-il voir le film en numérique ou en 3D, Sophie ?
A programmer d’urgence de part et d’autre du mur israélien !

J.Ch. dit: 30 juillet 2014 à 18 h 10 min

merci, Sophie, de m’avoir donné envie de ne pas voir ce film !!! c’est tout ce que je déteste dans le cinéma

Jacques Barozzi dit: 30 juillet 2014 à 20 h 36 min

ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un film à grand spectacle, j’ai été servi, merci Sophie !
L’image est en effet magnifique, c’est aussi beau qu’un dessin animé, mais plus réel et en 3D. San Fancisco en ruine, rendue à la nature et envahie par les singes : splendeur des paysages sauvages et urbains, avec des perspectives dignes de Piranèse. Le « message » pacifiste n’est pas négligeable, en regard de la folie récurrente des hommes. Mais pourquoi le chef belliqueux de la colonie des survivants de la grande catastrophe qui a anéanti l’humanité dix ans plus tôt s’appelle t-il Dreyfus ?
Hollywood serait-il devenu, sinon antisémite, antisioniste ?

JC..... dit: 31 juillet 2014 à 14 h 39 min

Si l’on devait ne parler que de ce que l’on a vécu, ce serait la mort de la littérature ! … N’oublions pas que le mensonge, la dissimulation, c’est l’assurance d’une vie réussie !

J.Ch. dit: 3 août 2014 à 8 h 56 min

il y a de bonnes raisons pour aller voir un film : les billets de Sophie… de même pour ne pas y aller… mais quel beau billet, comme dab’

Harfang dit: 19 août 2014 à 15 h 54 min

De belles images c’est vrai, mais le film ne va pas beaucoup plus loin. Les situations sont trop attendues sauf la fin mais je n’en dirai pas plus … Le film n’est vraiment pas à la hauteur du billet !

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