de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« La prochaine fois je viserai le coeur »: Guillaume Canet beau rôle à deux faces

Par Sophie Avon

C’est un psychopathe, un déséquilibré qui frappe au hasard pour tromper son ennui ou sa solitude – à moins que ce ne soit pour devenir quelqu’un, posséder une histoire. La nuit, il se flagelle, s’immerge dans des bains de glace, s’impose d’intenses douleurs physiques. Le jour il est gendarme. Le genre de petit homme en uniforme dont on jurerait qu’il est incapable de tuer une mouche. Mignon même. La jeune femme qui vient faire le ménage chez lui (Ana Girardot) n’est pas insensible à son charme. Lui-même semble la trouver à son goût. Il va chez elle, l’embrasse, découvre ses petits secrets. Cela ne l’empêche pas d’être un meurtrier et de s’en prendre à des jeunes filles exclusivement.

Il les repère sur la route et les abat à bout portant. Parfois, il les fait monter dans des voitures de location, prudent, intelligent aussi, sans doute. Quand il lève son arme sur elles, il a les larmes aux yeux. Comme s’il détestait ce qu’il faisait ou qu’il se venge absurdement de ce qui le ronge. Comme s’il s’infligeait une punition supplémentaire.

Qui peut expliquer les ténèbres d’un homme qui fait la loi et donne la mort ? Comment savoir de quoi est fait son chaos ? Cédric Anger propose les éléments du puzzle, lequel fut un fait-divers des années 70 – l’affaire du tueur de l’Oise, Alain Lamare, qui ici s’appelle Franck. Pas de suspense, pas de jugement, mais un portrait, une esquisse, un regard posé sur ce citoyen de la douce France de l’époque.  Guillaume Canet lui donne ses traits lisses, visage d’ange, âme de démon.

Le spectateur sait tout depuis le départ, s’embarque pour ce voyage concret, sans psychologie ni fantasmagorie exagérée – sauf quand une image de vers grouillant vient et revient métaphoriser l’intérieur d’une psyché malade. Mais la mise en scène, soignée, belle, donne une idée de ce que le cinéaste a voulu faire : autoriser l’empathie, admettre que le monstre a deux faces dont l’une des deux nous ressemble.

Pourtant, les choses se gâtent. Le film, tout à coup, surdose les effets et va vers ce qu’il s’était interdit jusqu’ici, des pistes explicatives. On découvre des parents étriqués aux rires appuyés, une virée au bois où des homo se retrouvent et se draguent, une course-poursuite qui tourne au Grand-Guignol. A quoi se rajoute l’impuissance sexuelle de Franck qui donne une clé sans doute mais fait du personnage un insecte piqué sur une planche d’entomologiste.  Les détails et les faits rapportés sont sûrement authentiques mais peu importe, seule compte la vérité du film. Qui soudain dévie de sa cible. Sans atteindre le cœur.

« La prochaine fois je viserai le coeur » de Cédric Anger. Sortie le 12 novembre.

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commentaires

3 Réponses pour « La prochaine fois je viserai le coeur »: Guillaume Canet beau rôle à deux faces

cinéfil dit: 16 novembre 2014 à 10 h 24 min

« C’est un psychopathe, un déséquilibré qui frappe au hasard pour tromper son ennui ou sa solitude(…)Il les repère sur la route( …) l’intérieur d’une psyché malade (…) A quoi se rajoute l’impuissance sexuelle(…) »

Traits communs avec l’homme au scooter rose ?

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