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La République Du Cinéma

Cannes: « La tête haute » pour tenir la pente

Par Sophie Avon

Une star, Catherine Deneuve, un petit inconnu, Rod Paradot, une histoire forte et un vrai sens de la fiction : Emmanuelle Bercot, 47 ans, ouvre la compétition cannoise sans y prendre part et c’est sans doute la meilleure place, sous les feux de la rampe le jour où sort « La tête haute » – les honneurs sans le revers de la médaille sinon le verdict du public.

La réalisatrice, par ailleurs actrice – elle sera en compétition dans « Mon roi » de Maiwenn dont elle avait co écrit le scenario de « Polisse »- avait à cœur de bâtir un récit autour de la figure d’un juge pour enfants. Non pour évoquer le système mais pour explorer les mécanismes humains de ces adultes qui font ce qu’ils peuvent pour retenir des gosses au bord de l’abîme. L’oncle d’Emmanuelle Bercot était éducateur, elle a croisé quelques-uns de ces gamins à la dérive et elle-même voulait être juge. Et c’est l’une des belles idées du film que d’avoir institué Catherine Deneuve en magistrat – elle y est exemplaire -, face à Rod Paradot, 18 ans à l’époque du tournage, apprenti menuisier et doux comme un agneau mais incarnant un adolescent ultra violent, nommé Malony.

La réalisatrice ne voulait pas faire un documentaire, elle tenait au romanesque, à la puissance du cinéma. Le film a ce souci de la composition qui va avec l’authenticité des faits, une façon d’empoigner le réel héritée de Maurice Pialat et dont une génération de cinéastes prend le relai, auscultant la société à travers ce qu’elle a sans doute de plus poignant, la difficulté à devenir adulte.

Malony a 6 ans la première fois qu’il se retrouve dans le bureau de la juge. Il écoute attentivement sa mère qui le traite de diable (Sara Forestier) et on ne voit que lui. La caméra ne le quitte pas ; on entend les adultes mais c’est ce petit bout de chou qui est au centre de l’écran. Quelques années plus tard, ce sera encore lui qui fera face à la juge. Jusqu’à la fin, ce sera lui, ce jeune homme déchiré, incapable de s’aimer et de se laisser approcher, ce sera lui le centre de toutes les attentions, y compris celles du spectateur. Lui que la juge accompagne, lui que l’éducateur, interprété par Benoît Magimel, s’évertue à retenir sur la mauvaise pente qu’il dévale, lui que cette mère impulsive et infantile abîme alors même qu’elle l’aime.

Malony l’aime aussi. Il veille sur elle comme s’il était son mec. Il adore conduite, il  l’emmène en voiture, elle et son petit frère, en faisant le pitre pour les faire rire. Sauf qu’il n’a pas son permis. Chez la juge, c’est encore et toujours les mêmes questions destinées d’abord à la mère qui fait un travail pour se mettre un peu de plomb dans la tête. « Des prises de conscience qui s’évanouissent au fil des jours », commente la psy qui s’occupe d’elle. Cela crève les yeux que cette jeune femme mène sa vie en dépit du bon sens mais elle est comme elle est…  Malony est aussi imprévisible qu’elle et bien plus violent. Au point qu’il fait peur. Dès qu’il sent qu’on lâche la main, dès qu’il sent un adulte cédant du pouvoir, il se transforme en fauve. « Depuis qu’il est petit, il est délinquant », commente sa mère non sans déclencher des sourires. La cocasserie est l’un des atouts du film qui n’a rien d’une comédie mais jamais ne sombre dans la noirceur. On y demeure sur le fil, empli d’émotions à mesure que ce jeune garçon se bat contre ses démons, caparaçonné dans sa souffrance, entouré par ces adultes qui essaient désespérément de le sortir de son pétrin.

Soumis à une procédure d’encadrement éducatif, Malony s’en prend à tour de rôle à tous ceux qui cherchent à l’aider. « Arrêtez de me mettre dans des lieux bizarres ! »  dit-il à la juge. En l’occurrence, il se retrouve loin de Dunkerque, dans un centre du Languedoc où le paysage de montagne est si beau qu’il lui met les larmes aux yeux. Il va apprendre. Sur lui, sur les autres. Il va aimer, accepter d’être aimé. Du moins par moments, par passades, comme si la douleur en lui était si forte qu’au moment d’avoir 17 ans, de passer de l’enfant  au jeune homme qu’il est en train de façonner, le choix était impossible et terrifiant.

Rédiger une lettre est pour lui une épreuve. Il tient son stylo comme un poignard. Il n’a jamais été à l’école ou presque. Avec une patience d’ange, la professeur arrive à lui faire écrire sa lettre de motivation pour être repêché dans un lycée. Mais aux espoirs succèdent les déconvenues, et de découragements en crises de nerf, Malony dégringole à chaque fois le peu qu’il a grimpé. Refusant d’assumer ce qu’il est, un gosse largué qu’on a laissé dériver malgré les gardes fous sociaux.

Jouant avec délicatesse sur le terrain de la précarité sociale mais ne cédant jamais au misérabilisme, trouvant des respirations qui reviennent au rythme du trio de Schubert comme autant d’apaisements maternels, Emmanuelle Bercot dessine une ligne pleine de chaos mais forte de ses personnages. C’est un parcours magnifique que celui de ce gamin qui tisse avec d’autres, peu à peu, des relations d’amour. Et c’est un film bouleversant sur la transmission, qui met en jeu la vie dans ce qu’elle a de plus originel, de plus fragile et de plus difficile à acclimater quand on est sans repère.

Le cinéma pour dire le monde à travers l’illusion, voilà le credo d’une œuvre faite pour toucher mais aussi pour séduire. Le festival peut  commencer.

« La tête haute » d’Emmanuelle Bercot. Sortie le 13 mai.

 

Cette entrée a été publiée dans Festivals, Films.

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commentaires

29 Réponses pour Cannes: « La tête haute » pour tenir la pente

Jacques Barozzi dit: 13 mai 2015 à 8 h 55 min

« Le festival peut commencer. »

Une affaire de coeur ou de jeu des sept familles, Sophie ?
Je demande le père Lescure, la mère Deneuve et la fille Bercot en ouverture !
Je serai à Cannes pour la fermeture…

ueda dit: 13 mai 2015 à 11 h 45 min

Lescure président… Je serais curieux de savoir ce qu’il a à dire sur Murnau, Dreyer, Mizoguchi ou Borzage.

Le festival de Cannes ne sera bientôt plus qu’un festival people. Ce doit être ce qui plaît à notre ami Barozzi.

JC...... dit: 13 mai 2015 à 12 h 34 min

Camarade ueda,
dire du mal de Barozzi, c’est dire du mal de Clopine sa copine …. et ça …. JE NE LE SUPPORTERAI PAS !!!

Milena et Dora dit: 13 mai 2015 à 14 h 29 min

…et nous, on ne supporte plus Benito JC le Fourbe depuis longtemps mais hélas il persévère et c’est pour cela que nous sommes très sévères

brigitte dit: 13 mai 2015 à 17 h 01 min

« Le festival de Cannes ne sera bientôt plus qu’un festival people.  »

ça n’est pas déjà le cas depuis pas mal de temps?

JC..... dit: 13 mai 2015 à 19 h 02 min

Le Festival de Cannes est celui de l’auto-célébration de la Bêtise par les Bêtas d’un milieu mafieux, inculte, pourri, persuadé qu’il est « essentiel » !

Jacques Barozzi dit: 13 mai 2015 à 20 h 41 min

Magistrale, Deneuve en magistrate !
Histoire forte, quoique des longueurs et de l’émotion limite sensiblerie.
JC râlerait à cause de l’humanisme forcené du scénario et Puck condamnerait l’esprit canal + de la chose : ils n’auraient pas tout à fait tort.
Mais le film est efficace, dans le genre néo 400 coups, et ne boudons pas notre plaisir.
Surtout que le casting est impeccable !
Bon choix d’ouverture à la française.

JC..... dit: 14 mai 2015 à 6 h 55 min

C’est dès la maternelle que ces futurs voyous devraient être détectés par des robots spécialistes au service d’un véritable Ministère de la Justice.

Humainement, ils seraient alors éliminés définitivement d’une société qu’ils ne comprennent et, franchement, qu’ils dérangent au delà du supportable …

Raison pour laquelle, je n’irai pas voir un film qui tire de mauvaises solutions d’un vieux sac troué par l’humanisme des faibles.
(… en outre, je ne vais jamais au cinéma : j’ai peur dans le noir…)

ueda dit: 14 mai 2015 à 10 h 43 min

ueda dit: 13 mai 2015 à 11 h 45 min
Le festival de Cannes ne sera bientôt plus qu’un festival people.

Pour ma part, je nuancerais le propos tenu par ueda.

Milena et Dora dit: 14 mai 2015 à 11 h 11 min

il y en a qui le sens du ridicule, Benito JC pas du tout, c’est ce ce qui le distingue, ouaf ouaf

Jacques Barozzi dit: 14 mai 2015 à 11 h 38 min

Plus qu’un aveu de faiblesse, votre équanimité envers le faux ueda vaut complicité, ueda !
C’est un peu le sujet du film, où l’on voit l’enfant délinquant remercier la juge de l’envoyer en… prison !

JC..... dit: 14 mai 2015 à 12 h 01 min

Sous Savonarole, à Ferrare, ce sont les enfants qui envoyaient les magistrats en prison !…

Temps bénis, qui ne serviront jamais d’exemple !

talonnettes dit: 14 mai 2015 à 13 h 48 min

Savonarole un exemple à suivre, source infinie d’inspiration (es meilleurs d’entre les vrais répubiicains) comme proute avec son style inimitable à la recherche du pin béni que je relis très souvent

Milena et Dora dit: 15 mai 2015 à 11 h 06 min

La Rillette est un ami de nos parents, il a du talent, ce qui manque à celui que tout le monde appelle si justement Benito JC le Fourbe qui n’aime personne, même pas lui, c’est dire

Jacques Chesnel dit: 15 mai 2015 à 11 h 28 min

Monsieur JC, vous me voyez ravi que ces charmantes personnes vous indisposent au point de vous retrancher derrière des propos graveleux qui ne vous honorent pas
signé : La Rillette

JC..... dit: 15 mai 2015 à 11 h 52 min

La Rillette,

Benito Amilcare Andrea Mussolini était un ami de mes parents, fascistes remarquables, tendres, aimants, cultivés, pratiquants le grec et le latin. Je suis fidèle à leur message humaniste…. il faut comprendre !

Vous pourriez apprendre un minimum de respect à vos deux salopiottes ?….

puck dit: 16 mai 2015 à 14 h 19 min

désolé d’utiliser ainsi votre blog Sophie mais j’aurais voulu répondre quelque chose à Ueda,
mon cher Zhu, contrairement à ces ragots que vous balancez sur mon compte je n’ai jamais cru une seconde que le bouddhisme était la religion de ceux qui boudent ! jamais ! pas la moitié d’une seconde !
ou alors, si je l’ai pensé c’était il y a longtemps, bien avant de vous connaitre !
alors pouet pouet cacahouète !

puck dit: 16 mai 2015 à 14 h 29 min

Zhu par contre je peux retrouver facilement le commentaire où vous dites vous-mêmes que le confucianisme est un courant de pensée visant à instaurer la confusion dans les esprits !
sauf que moi je ne déblatère pas sur les autres !

JC..... dit: 17 mai 2015 à 14 h 50 min

…. et la guitare, puck ?…. parlons de choses sérieuses …. les images animées, c’est pour les gosses ….

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