de Annelise Roux

en savoir plus

La République Du Cinéma

« L’Avenir » : Isabelle Huppert, ticket valable au-delà de toute limite

Par Annelise Roux

De quoi prendre peur en découvrant l’affiche. La réalisatrice ? « Fille de » (deux distingués philosophes), « compagne de » (Olivier Assayas). Roman Kolinka, « fils de » (d’un côté, Marie Trintignant, irremplaçable, de l’autre, le batteur de Téléphone), « petit-fils de » (deux monstres sacrés cinématographiques, ainsi que Ginette Kolinka, grand témoin, déportée à dix-neuf ans à Auschwitz). Isabelle Huppert, superfétatoire de la présenter. Aux abris ? Boboïsation en vue ? Impossible de ne pas aimer ? Excommunication immédiate ? La puissance non-dite, atomique, du cénacle, liguée contre vous ad vitam æternam ? Un peu de népotisme est naturel, ne nuit pas, s’il n’est pas (trop) exercé au détriment de plus talentueux. À perte et à gogo, il a de quoi énerver. Voyons ce qui est fait de ces atouts de départ hors catégorie.

Évidemment les appartements parisiens du film de Mia Hansen-Løve sont d’une élégance discrète, la bibliothèque emplie de références. Quand on filme un lycée, il s’agit d’Henri IV. Les maisons de vacances, Dinard ou Cancale, sont divines, nichées au milieu des hortensias. Pour clé des champs, on choisit le Vercors, haut lieu de résistance, destination culte de la gauche caviar avec le Lubéron.
Tout cela est amené néanmoins avec chair. Sans pose ni évitement, avec une réalité qui n’est pas montrée si souvent, une franchise sociologique évitant le mensonge consistant à gommer ces marqueurs sociaux. Nathalie (Isabelle Huppert) et son mari Heinz (André Marcon) sont des professeurs de lycée de bon niveau. Des gens de gauche épris de leur métier, avec de grands enfants. Ils sont assez aisés, ont connu des parcours politiques réfléchis – celui de Nathalie sans doute plus libertaire que celui de son mari – ils lisent « Le Monde » et non la presse people, discutent volontiers de Jankélévitch ou Levinas. La culture, la transmission occupent une place importante dans leurs vies, surtout chez elle, agrégée, dirigeant une petite collection exigeante chez un éditeur où elle publie les travaux d’un de ses élèves, Fabien (Roman Kolinka) dont elle a suivi la thèse, et pour lequel elle nourrit un attachement particulier.

Difficile a priori de faire un film sur l’intelligence, l’intégrité, la liberté, la difficulté d’en user en plénitude. Projet sur le fil, double tranchant ? Bas-bleu, disert ? « Ma nuit chez Maud », Rohmer y réussissaient sans tomber dans le travers. Qui d’autre qu’Isabelle Huppert est crédible, enseignant Rousseau à des jeunes allongée dans l’herbe d’un parc ? J’ai appris grâce à Nathalie Hubert, étonnante historienne du cinéma en plus d’être la monteuse qu’on connait, que James Dean venait du monde agricole. L’avantage de ne pas posséder les codes d’emblée, c’est qu’on est forcé d’en inventer soi-même. Libre-arbitre nourri de ce qu’on cultive à partir du sauvage. Moi qui ai également de la paille dans les cheveux, qui n’ai pas bénéficié de protections, qui ai fait mienne l’attitude de Vincent/Ethan Hawke dans « Bienvenue à Gattaca » (nager sans penser au retour) et veux bien mourir le cas échéant, stylo à la main, criblée de critiques plutôt que de baiser les pieds de la doxa, je serais prête à convoquer au Pré Catelan quiconque jugera l’opus de Mia Hansen-Løve bobo.

Le résultat est tout de finesse mature. Heinz (André Marcon) légèrement indécis, coupable, un peu lâche au moment d’assumer le fait d’avoir une autre femme… « Après 40 ans, les femmes sont bonnes à jeter à la poubelle ». La netteté d’Isabelle Huppert à trier ses affaires dans la maison de campagne qui lui fut chère, en Bretagne. Son courage, cette lucidité qui ne l’abandonne jamais. Blessure rapprochée en effet du soleil, dont elle s’efforce qu’elle ne l’aveugle pas. Sa mère –  Edith Scob, femme vieillissante dévorée de solitude, à laquelle la somatisation, les vestes Barbara Bui tiennent compagnie – l’appelle au secours ? Elle lui apporte des After-Eight, plaisantant sur Sarkozy qui passe à la télévision. « Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? La laisser crever ? »  Cette figure maternelle, dont on apprendra que c’est elle qui l’a poussée vers l’agrégation, la dispense rigoureuse de son métier… Nathalie devant elle insuffle gaiement de l’énergie mais pleure au retour de la maison de retraite, « ce mouroir ».

Les livres et « Pandora », le chat de la mère, pour meubler une vie dont se retranchent d’autres motifs. La séparation d’avec Heinz paraît mieux tolérée que l’injuste annexion d’exemplaires annotés. Ce portrait de femme qui n’élude rien est d’une densité remarquable. Pragmatisme sans sécheresse. « J’ai passé l’âge de la radicalité », dit-elle à Fabien, qui a rompu avec Paris pour mener dans le Vercors une vie intellectuelle cosmopolite assez convenue (les membres du collectif parlent anglais ou allemand, débattent de publication anonyme « qui risque d’avoir pour effet paradoxal une personnalisation accrue ») et lui reproche avec une certaine maladresse ses réflexes épousant un schéma bourgeois.

Roman Kolinka, avec son regard qui louche discrètement et déséquilibre à peine ses traits d’une beauté saisissante, rompt avec tout joligarçonisme susceptible de se réfugier derrière ce paravent pour s’exonérer du reste. Diplopique, il est superbe mais quitte la gangue d’une lignée qui pourrait faire office de viatique commode, offrant un personnage de grand jeune homme à l’orée de l’âge adulte, séduisant, entier, abrupt, mais incertain, aussi, pour lequel surtout la précarité n’a pas le même sens – seule, Nathalie retrouve une mobilité nouvelle mais ne peut en user comme en jouit une génération sur laquelle le temps n’a pas encore exercé son jeu de rabotage, où les lendemains sont à prendre comme ils viennent.
Quelle radicalité majeure, pourtant, chez cette femme, dans l’exercice quotidien d’une « difficile liberté », pour reprendre le titre de Levinas ! Elle ne cède pas, lorsque des commerciaux champions d’un monde éditorial nivelé par le bas la rangent sur une voie de garage. Ses ripostes sont de grande hauteur : qualité décuplée, construction. Décentrée, n’ayant plus de place codifiée objective  – quittée, limogée, devenue grand-mère, elle retrouve son mari recasé autour de l’enfant – on sent qu’elle ne peut compter que sur elle pour donner sens à sa vie. Elle sublime et elle est sublime en s’ouvrant au monde, à des projets proposés par ses lycéens, à la sensualité du soleil et des prairies, continuant d’aller au-devant d’une existence où personne ne l’attend prioritairement.

Vulnérable, lorsque Fabien ne cache pas la possibilité de s’éloigner si d’autres voies l’appelaient ailleurs. Le film s’ouvre sur Isabelle Huppert, son mari, leurs jeunes enfants se recueillant sur la tombe où Chateaubriand est enterré debout, au Grand Bé. Mia Hanse-Løve, concise, relève en souriant que la scène amorce un effacement du père, tandis qu’un des protagonistes fait remarquer que « la mer monte » (sic).

À ce jeu lacanien des homonymies, doubles sens et libres associations, que penser de Nathalie/Isabelle Huppert, arrivant dans le Vercors (pseudonyme de Jean Bruller), son chat Pandora – qui plus est, femelle ! – au nom de la planète hostile de James Cameron (« Avatar»), de l’héroïne tragique de Lewin, Ava Gardner qui peut accepter de mourir par amour mais aussi de boîtes qui n’en finissent pas de s’ouvrir, captif d’un panier qu’elle remet à Fabien ayant dit son désir d’adopter l’animal ? Lui aussi probablement est troublé par une attraction dont la réalisation s’apparenterait à une vulgarité… La chatte s’échappe dans la nature et disparaît, au grand dam de sa propriétaire. Ce serait compter sans l’instinct, les ressources. Le lendemain, la bête revient, ayant chassé, trouvé de quoi se nourrir.
Libre, autonome, d’une indépendance farouche, au risque de se perdre, mais ayant exploré un univers inconnu.

« L’Avenir » de Mia Hansen-Løve (sortie le 6 avril)

Cette entrée a été publiée dans Films, Non classé.

116

commentaires

116 Réponses pour « L’Avenir » : Isabelle Huppert, ticket valable au-delà de toute limite

Vébé dit: 4 avril 2016 à 10 h 03 min

Depuis le Guillaume Nicloux, allergie à Isabelle Huppert et Depardieu. Insolation garantie.

« Le père de mes enfants » de Mia H-L dédié à Hubert Balsan, beau film sur le burn-out d’un producteur qui ne s’économise pas. Votre billet réconcilie avec la possibilité de retrouver Huppert. J’attends mercredi pour rejoindre cette lectrice du Monde. Elle nous en dira plus sur la finance off-shore (encore que des Bergé, des Pigasse pour incarner l’esprit de la presse tel que conçu par les fondateurs…)

Anne-Lise, quelle pertinence impertinente, votre entame. Qui ose écrire ça? Leçon d’humour. Et le jeune Kolinka  » qui louche, très beau jeune homme que cela guérit de facilités « ! Audace sans langue de bois. Votre bienveillance extralucide fait penser aux notes de perec, visées et avis adressés à son ami Georges.

Eriksen dit: 4 avril 2016 à 13 h 15 min

Roro n’a pas tort avec son feeling des bandes annonces. Cette femme est vraiment terrible. Comment une mère peut-être faire subir autant d’humiliations à son fils ?
Un calvaire !. C’est poignant de voir le regard de Damien quand sa mère prend partie pour Tom dans le bureau du proviseur ou quand elle le lui impose à la maison. Et Damien ne voit pas tout : la main ferme, chaleureuse, charnelle et sensuelle qu’elle pose sur l’épaule de Tom est bien différente de la la main superficielle, en aller retour rapides et gênés, qu’elle lui prodigue, parfois.
Beauceronne devenue médecin de montagnes, elle se bat pour l’autre, avec un courage certain. Le lien crée avec les patients n’apparaît cependant pas très profond, comme si l’engagement ne franchissait jamais la limite de la volonté. Le père est militaire, aussi glamour et puissant qu’un centurion fonctionnaire à la veille de la chute de Rome. Ce couple n’est chaleureux à lui-même que dans la distance du virtuel. Damien, fruit unique de ce couple, est élevé dans un semblant d’amour qui sonne vide, comme la lave figée d’une aiguille creuse. Il manque la sève.
Et la sève, ce sera le sud, l’adopté, le sang neuf. Chaque scène où apparaît Tom, les parents sont chaleur, charme, lien, ils sont séduits voire subjugués. Damien est attiré lui-même, et le film donne l’impression d’une fascination générale. Chacun voit Tom en sauveur.
Bel appolon en effet: une gnack de Revenant, une prestance d’inconnu du lac. Une Grande Santé venue d’ailleurs, comme Omar Sy dans Chocolat ou Intouchables. Damien est rejeté dans la faiblesse, comme sur l’affiche du film : Tom au premier plan regardant vers la droite (avenir), Damien juste derrière le bade avec un regard de dominé, et Marianne lorgne sur Tom dans l’ignorance complète de son fils. Roro a raison, cette mère est « une horreur », bien pire encore que Mommy dont les erreurs étaient touchantes, pire que la froideur espiègle de Mia Madre.
Tout débute à la rentré scolaire, par Rimbaud et un poème de vie et d’amour, interprété par un Damien d’abord maladroit puis convaincant, comme un homme qui s’apprend. Ensuite vient le coup de tonnerre dans un ciel serein. Filmé en contre-plongée, Damien s’effondre sur le sol suite à un croche pied inattendu de Tom. Pourquoi ? arrogance de Damien dira-t-il plus tard.
Cette chute de Damien est la métaphore du 11 septembre.
L’occident lui-même est incarné par ce couple militaro-médical jouant de ses propres valeurs sur le théâtre des opérations, non sans un certain courage mais assurément sans foi et ni sève. Damien lui-non plus n’est pas sans courage. Dans la 1ère partie il lutte brillamment, comme Napoléon pendant la campagne de France, mais finalement se soumet : Téchiné multiplient ensuite les scènes ou un Damien quémandeur vient supplier un Tom puissant et charnel qui le repousse. L’hypothèse d’une complémentarité positive n’est même pas envisagée ici : Tom possède à la fois la grande santé du corps et celle de l’esprit : il obtient la meilleur note du cours philosophie sur un sujet comparant les philosophies d’orient et d’occident. Il ne laisse au blanc-bec que « b²-4ac », le monde froid et théorique des mathématiques.
Je ne sais pas comment prendre ce film. L’immigration est une énergie qui vient d’ailleurs et qu’il est sain de ne pas refuser. Mais ce film met en scène une dégradation de l’image du soi occidental qui en vient à considérer l’autre comme un sauveur voire un maître. Tant que ce processus de sape reste l’élagage d’un ego occidental grisé de lui-même, c’est certainement utile, quoique la méthode méprisante et culpabilisante me semble douteuse. Mais où et quand s’arréter ?
Ou bien est-ce que Téchiné a souhaité provoquer, comme Houellebecq dans Soumission?

arthur dit: 4 avril 2016 à 15 h 54 min

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? La laisser crever ? »

on reconnaît bien là la chaleureuse sensibilité de la dame (je plaisante )
bon il faut relire votre texte plusieurs fois et évidemment voir ou avoir vu le film!

el flaco dit: 4 avril 2016 à 18 h 35 min

Eriksen, c’ est pas bête .Fais attention,ça use les neurones flapis du erdélien de base.Wellbeck, grand auteur de la beaufitude décomplexée. Pas un visionnaire ni un observateur du contemporain, un chroniqueur mondain qui sait faire marrer la galerie.Téchiné a pris un coup de vieux, il veut nous faire le djeun en nous resservant du Eddy Bellegueule vs Reda. Comme Ernaux:l’ extase mediatique a moins d un dollar.Gifi des idées de génie.Pour Huppert, on va voir. Annelise a un flair d enfer.

Annelise dit: 5 avril 2016 à 8 h 30 min

Eriksen, votre lecture de Téchiné, vraiment très intéressante. Je laisse à Roro le soin de rebondir sur vos propos. Flaco, vous résumez ce dont nous avions commencé de débattre sur le billet « Rosalie » : l’auteur des « Roseaux sauvages » embrasse un peu laborieusement dans cet opus des codes qu’il estime « modernes ». Alors que Dolan, qui n’a pas trente ans mais opte pour beaucoup moins de manichéisme dans ses œuvres, foisonnantes, non linéaires, dit beaucoup plus sur la « différence ». Lola nous fera peut-être part de son sentiment.
Le film de Mia Hansen-Love sortant demain,pas grave de s’égarer hors du sentier en l’attendant. Mais revenez-y, il vaut le coup.

Jibé dit: 5 avril 2016 à 9 h 35 min

Ta façon de refaire le film en dit plus sur tes craintes et obsessions que sur le film lui même, Eriksen. Tom explique son agressivité par la peur que lui inspire son sentiment pour Damien. La beauté du métisse n’est pas une forme nouvelle de terrorisme. Tom, exemple d’intégration réussie, a peur que ses parents adoptifs ne lui préfèrent leur nouvel enfant naturel. Tom, adepte de l’agriculture traditionnelle va t-il céder aux sirènes de l’agriculture intensive pratiquée par le jeune homo indigène et moderne ? Qui des deux amants dominera l’autre ? Techiné nous donne la réponse : la solution sera versatile ou ne sera pas ! La mère a bon dos dans tout cela…

Polémikoeur. dit: 5 avril 2016 à 10 h 56 min

Au test-vision de la bande-annonce (son coupé),
n’y aurait-il pas un petit air joué ?
Peut-être une histoire de cadence,
une impression de projection
un peu accélérée ?
En espérant qu’il ne s’agit pas du fil
d’une espèce de méthode Coué qui serait
resté visible et après avoir réussi
à éteindre ce clignotant qui amène
dans le secret de la fabrique,
il faut sans doute, comme toujours,
avoir envie d’entrer ce petit monde…
La dissection poussée des codes du film
dans le papier renforcerait plutôt
la couche de crème sur la tarte
que l’équilibre entre la pâte
et la garniture.
Avenir ou tournant ?
Pour le prix du ticket et, surtout,
d’une heure et quelque de son propre avenir…
Buissonnièrement.

Eriksen dit: 5 avril 2016 à 11 h 07 min

À Jibé : J’ai tenté d’apporter sur ce film un éclairage différent, ce qui ne veut en aucun cas dire que c’est la totalité de ce que je pense du film. Mais je ne vais pas répéter ce qui a été dit par ailleurs pour faire un post à rallonge.
La différence majeure entre les relations parents biologiques/enfant dans la vallée et parents adoptifs/enfant dans la montagne, est effectivement un point très important.
Tom s’imagine illégitime à l’arrivée d’un autre enfant alors que ses parents sont extrêmement aimants et justes.
Damien s’imaginait légitime, et se découvre remis en question par ses parents biologiques.
Surtout sa mère. Je ne crois pas être injustement accablant sur elle.
Jibé, tu peux t’imaginer 5 min à la place de Damien et te voir imposer le mec avec lequel tu te bats tous le temps, que tu détestes, et de voir ta mère prendre son parti ?
Certes on peut dire qu’il s’agit d’une fausse agressivité d’origine amoureuse mais c’est là que j’ai buté sur le scénario : je n’y crois pas, on dirait que l’attirance sexuelle vient après la haine alors que les mots disent l’inverse. Téchiné est à des années lumières de Chéreau sur la sensualité, qu’elle soit hétéro ou homosexuelle.
Quand bien même, cela n’expliquerait pas la décision de la mère, qui agit principalement par attirance sexuelle, saupoudrée un peu d’éthique sociale…
La scène de la ferme des X vaches est la plus passionnante du film : le capitalisme fait des humains des sujets interchangeables et jetables. Magnifique, dans cette ferme on voit l’inverse ! … et c’est encore pire ! Le système est ici à l’écoute de la vache, de la quantité de lait dans ses pis, de son envie de pisser, de son rythme propre : chacun individu est pris en compte en tant qu’individu. A l’image de toutes les informations que les hommes fourniront bientôt au Grand Ordinateur qui nous guidera, par des portes plus « intelligentes » que nous, vers l’ataraxie et le bonheur du vide. Terrifiant.
Mon propos n’était pas de dénoncer l’immigration, mais de sensibiliser à un message subliminal dépressif sur l’occident, que l’on retrouve et observe dans beaucoup de films. Ce n’est pas l’unique réalité de ce film, mais cela en fait partie. Quand un message est « entendu », cela peut être un questionnement utile, quand il n’est « sous-entendu », c’est dangereux car cela formate les esprits.
« La solution sera versatile ou ne sera pas » : absolument d’accord. Et l’occidental bashing du film n’en est pas un bon exemple. Que Tom et Damien inverse les rôles dans une scène sexuelle des plus didactiques et artificielles ne change rien à l’affaire.
Par ailleurs, je ne te remercie pas, Jibé, de réduire ma liberté en me renvoyant à des déterminismes. Jusqu’à preuve du contraire on subit tous des déterminismes, toi comme moi.
Les discours du style « tu dis cela parce que tu es… » sont devenus obsolètes.
Et si ce n’est pas vrai, j’agirai comme si.

Jibé dit: 5 avril 2016 à 13 h 02 min

« on subit tous des déterminismes, toi comme moi. »

Tout à fait, Eriksen. Avec le mien, et mon côté fleur bleue, j’ai refait le film dans un tout autre sens. J’y ai vu un splendide conte d’amour. Le cinéaste, à l’hiver de sa vie (splendides et rudes paysages pyrénéens du premier trimestre scolaire) se souvient de la violence de ses amours adolescentes, d’autant plus intenses qu’alors interdites, honteuses. Dans ce contexte, la mère est idéalement idéalisée (celle que Téchiné a eu ou aurait voulu avoir ?) : aimante, compréhensive, tolérante, protectrice, discrète… Tu vois, je projette, tu projettes, il et elle projette…à la projection du même film des histoires différentes et variées. Et contrairement à toi, plutôt rageur à cette vision, moi j’ai eu beaucoup de larmes d’émotion !

roro dit: 5 avril 2016 à 13 h 04 min

Le film de Téchiné d’après le peu que j’en ai vu en effet le personnage de la mère a un côté ignoble – Je dirai même plus : comme si elle s’accaparait ce jeune venu d’ailleurs, je ne vois pas l’Occident là-dedans, peut-être plutôt un rôle ‘révélateur ‘ du jeune cf le personnage dans Théorème de Pasolini mais là il s’agit surtout du pouvoir de la mère, manipulatrice, qui pousse son fils dans les bras du jeune, peut-être pour se l’approprier par procuration à travers son fils –- c’est de l’abus de pouvoir. Le dénouement c’est son œuvre à elle .

roro dit: 5 avril 2016 à 13 h 15 min

Faudrait avoir l’avis d’un(e) psy sur cette mère là!
Décidément dans le film de Téchiné et « L’Avenir » on ne voit guère les pères. La société, les données et mentalités évoluent, c’est difficile

Eriksen dit: 5 avril 2016 à 13 h 18 min

Je comprend.
Deux visions différentes, et c’est intéressant pour le blog.
Reste qu’une telle différence dans la perception de la mère est assez impressionnante !.
Mais y’a rien à trancher. Peut-être un signe de la qualité du cinéma de Téchiné ?
En tout cas, mon mail n’était pas rageur… moins que ta réponse en tout cas ;-)

Jibé dit: 5 avril 2016 à 13 h 27 min

Non, roro, la mère à la fin s’en va, elle quitte la région. Elle a aussi un très beau rôle auprès de la mère de l’ami de son fils et la naissance de la petite soeur de ce dernier. Oui, elle est troublée par Tom, en rêve, mais elle s’interdit tout acte de possession.

Eriksen, peut-être, du fait de ton hétérosexualité, n’as tu pas vu le jeux de regards, que, dès le début du film, Damien porte sur Tom et inversement. Le plus effrayé sera le plus violent, mais les dès sont jetés. Damien ne reproche pas à sa mère d’inviter Tom sous leur toit, il lui dit qu’il ne viendra jamais, car il ne l’aime pas… Et grâce à sa mère…
C’est pourquoi j’avais parlé de l’amour est dans le pré à propos de cette histoire. Logiquement, Tom, qui est irréductiblement attaché à ce paysage de fantaisie (on est dans un conte de la bibliothèque rose, malgré la violence et la prégnance du monde extérieur, de la guerre et de la mondialisation économique) et Damien devraient s’établir ensemble et s’adonner à l’agriculture bio ?

Jacques Chesnel dit: 5 avril 2016 à 13 h 46 min

Je n’ai jamais été emballé par les films de Téchiné que j’ai trouvé mièvres et chichiteux et je n’irai pas voir celui-là.
Une réflexion sur les commentaires : on parle beaucoup des histoires, des scénarios mais rarement de la façon dont c’est raconté ; on a parfois l’impression de critiques de romans plutôt que de cinéma et de la fabrication d’un film

Annelise dit: 5 avril 2016 à 17 h 31 min

Eriksen 11h07 & Jibé 13h02 et 13h27, ça y va, quand j’ai le dos tourné. Sans adopter votre viril tutoiement, je trouve votre ping-pong complémentaire et tonique! Pour autant je n’ai pas chômé. Pas cessé de travailler pour vous : un film ce matin, un autre à 14h (sans doute une bonne moisson sur les 2), et entre temps, déjeuner avec un élève de l’école de cinéma de Jérôme Enrico, histoire de voir quel enseignement est dispensé hors « grandes filières » de type Fémis, Central Saint Martins,ou Hambourg, d’où est sorti Fatih Akin.
@Roro 13h15, cette observation autour des pères est judicieuse, et non sans doute sans conséquences.
@Jacques, plus juste d’après vous si les commentaires parlaient de tel plan, tel procédé cinématographique, telle façon? Mon sentiment est que la critique (la mienne, les vôtres, le prolongement de nos visions des films à travers le commentarium), si tant est qu’on en bannit le jargon, revient toujours à certaine forme de critique « littéraire ». Je viens de la littérature, vous le savez. Sans faire de match à la Gainsbourg art mineur/art majeur (ou à la Salvador Dali, qui brisait un violon sur la tête d’un camarade de classe pour marquer la suprématie qu’il reconnaissait à la peinture),la critique d’art en soi est une forme de critique littéraire enrichie de connaissances picturales, ou musicales, cinématographiques etc. Truffaut disait que c’est une tautologie, rappelait qu’au cinéma, tout se voit, et qu’à la fois, une part essentielle, celle de « l’imaginaire qui lève grâce aux images », n’est guère réductible au dévoilement ou la description d’un procédé ni d’une fabrication. Cela ne veut pas dire qu’un film se résume à un scénario, du tout, mais que cette fameuse « façon dont c’est raconté », vous l’avez sous les yeux, ce n’est pas la fonction de la critique de vous montrer comment la décortiquer, démonter le moteur pièce par pièce, sauf à penser que vous souhaitez qu’on vous indique précisément ce qu’il y a à en dire. Pourquoi Hillcoat vous avait-il plutôt déplu et pas Michael Mann? Le spectateur en réalité est capable d’éprouver assez facilement les différences formelles, de les interpréter à son goût, même s’il ne place pas dessus des mots bien précis. Et James Gray (sur lequel je partage d’ailleurs votre opinion sur la migration malheureuse de Marion Cotillard), je ne crois pas que gloser sur ses mouvements de caméra « manniens », tout en explicitant en quoi ils diffèrent apporte grand-chose au débat. Je préfère parler avec vous de sa réinvention de la tragédie grecque, de coloration, de sa perception des villes… Pour en revenir à Truffaut, il détestait Clément et adorait Hitchcock. Ses arguments ? « Que le film exprime la joie de faire du cinéma, ou l’angoisse d’en faire »! Il se désintéressait de ce qu’il y a entre les deux. Sa haine de ceux « qui ne vibrent pas »… peu étayé, me direz-vous? Voire. Sauf à penser qu’il mettait tout là-dedans : la nécessité, même celle qui ne nous ressemble pas… la capacité de placer le sensible au centre… Dans la belle biographie Toubiana/De Baecque, je relisais le mois dernier ce qu’il disait de « la littérature au feu du cinéma ». Sa solitude, ses difficultés enfant avaient fait de lui comme par hasard un lecteur invétéré, avec une très haute vision du littéraire. Pour cela qu’il n’a jamais voulu adapter Proust, qu’il était assez tracassé par ailleurs par cette idée de « l’adaptation », tenant la littérature pour un art englobant, qui peine à être « contenu » tant il couvre un territoire large et « va au saignant » (sic). Pour cela également que la critique cinéma à son meilleur s’apparentait pour lui à de la critique littéraire : non un travail universitaire – pour lequel j’ai un profond respect mais qui n’est pas ce qui nous occupe – ni un j’aime/je n’aime pas rudimentaire, ni le déploiement d’un appareil « technique » explicité à notre intention. Plutôt une radiographie d’ensemble, fond et forme mêlés passés au prisme d’une personnalité passionnée par ce qu’elle a sous les yeux… Beaucoup de réalisateurs sont nourris d’un autre art en parallèle, c’est curieux. Comme si cet étayage venant d’une autre construction était nécessaire.
Scorsese, l’asthmatique, l’élève du petit séminaire que son amour du rock va amener à bifurquer, qui ne vit et ne pense que cinéma, a ce lien « total », assez révérant en somme au dessin… Sa manière de penser les plans est picturale. Et imprégnée jusqu’à l’os de catholicisme : il a toujours dit combien « Le Livre » avait conditionné sa filmo de A à Z (c’est Charlie obsédé par Saint-François d’Assise qui tente de sauver Johnny Boy , ses interrogations sans fin sur la violence, la rédemption..)Enfin, ce que vous dites m’a entraînée loin du sujet mais est intéressant! Preuve que je n’ai rien contre les boucles proustiennes.
J’espère que les échanges à venir autour de Mia hansen-Love seront aussi riches, le film le mérite.

Annelise dit: 5 avril 2016 à 18 h 22 min

J’ai bien compris, Jacques. Mais cela m’intéresse car cela suscite la question! Je trouve le regard d’Eriksen allant dans les coins, enrichissant, très « Cahiers ». Je me suis demandé à un moment donné si ce n’était pas Vincent Malausa venu me faire une farce. Irez-vous voir Huppert, ou toujours en retraite faulknérienne? (Impossible alors de vous jeter la pierre)

xlewm dit: 5 avril 2016 à 18 h 42 min

En passant de façon purement impressionniste, pas loin d’être légèrement envoûté par la scène de l’autobus dans laquelle Madame Deshoullières découvre le probable adultère de son germaniste de mari.
Cela m’émeut car le plan est particulièrement bien pensé et fait immédiatement référence dans la tête du petit gars squelettiquement cinéphile qui tape ce post au film de Lean.
Le docteur Jivago, coeur battant, se persuadant de retrouver Lara Antipova alors qu’il empreinte les fabuleux transports publics de l’URSS de 1928.
J’espère voir le film bientôt.
J’ai repéré une citation du film d’O. Assayas, Sils Maria, qui m’a fait sourire autant qu’intrigué.
Huppert m’épate même si Ms Scob, sans avoir d’attirance spéciale pour les femmes mûres, quoique, est sexuellement encore plus troublante (à mettre sur son immense talent d’actrice), jouer une prof dans la quarantaine de façon crédible est vraiment quelque chose de magnifique, d’émouvant, de beau.
En ce qui concerne les lieux de transhumance des prétendus bobos, je peux vous assurer que les destinations nordiques sont désormais par eux fort choyées.
Finlande, Danemark l’été, un must tranquille pour cette aimable population.
Je m’en suis aperçu lors de séjours pour le boulot.
Bien à vous. Hasta siempre l’avenir de l’amour chez les vieux profs de fac parisiens sections littérature.
Bien à vous.

Jacques B dit: 5 avril 2016 à 18 h 47 min

C’est qu’on aime bien jouer au masque et la plume dans votre salon, Annelise. Oui, lewericsen est très « Cahiers du Cinéma », je ne comprends pas toujours ce qu’il dit. Je n’ai pas toutes les références, contrairement à vous !
Jacques Ch, vous qui aimez Sandrine Kiberlain, rien que pour elle, le film vaut le coup… (Ne le dites pas à roro)

Annelise dit: 5 avril 2016 à 21 h 48 min

Xlew 18h42, quel plaisir de vous lire! Revenez, revenez plus souvent, vous et votre œil aigu, panoramique, manquez! Vous ne l’avez peut-être pas vraiment réalisé, mais vous & moi avions déjà quelque connivence d’avant mes « prises de fonction » sur le blog (j’aimais déjà vos coups de patte, disons…, « félins », griffes sorties ou parfois rentrées par choix, meow meow)… Je sais de source sûre qu’Eriksen et vous n’êtes pas les mêmes – c’est drôle, car pas mal d’internautes à l’époque nous ont confondu, vous et moi. N’en disons pas davantage mais c’était troublant parfois, et voilà maintenant que Jibé vous confond avec Eriksen, mais non – cela dit, pas étonnant : vous partagez des caractéristiques dans votre façon élaborée, ludique & singulière de regarder, comprendre et dire. Pour le plus grand bonheur des internautes of course.
@Eriksen 21h14 , ne faites pas votre acculturé, personne n’y croit.
Enfin Jibé, pour Bory la métaphore vaut mais sans le désespoir final, d’accord? Cet homme si intelligent, si fragile.
Je vous attends tous à présent autour de Mia Hansen-Love

petite vidure dit: 5 avril 2016 à 21 h 56 min

un manuel dont vous vous affranchiriez… (Taylor dans le casque et, va savoir pourquoi, à cette évocation, Van Dongen

Annelise dit: 5 avril 2016 à 22 h 07 min

Petite vidure, vous êtes taquin, « Taylor » dans le casque…on pense à Liz en se demandant quoi, alors qu’il s’agit de Mick bien sûr!

roro dit: 6 avril 2016 à 7 h 51 min

« jouer une prof dans la quarantaine de façon crédible  »
surtout qu’elle fait bien son âge

« rien que pour elle, le film vaut le coup… (Ne le dites pas à roro) »
c’est juste le personnage ( pas l’actrice (ne l’ai jamais vu jouer)) que je trouve peu fabuleux (de même que les promos..)

roro dit: 6 avril 2016 à 7 h 55 min

« Le docteur Jivago, coeur battant, se persuadant de retrouver Lara Antipova alors qu’il empreinte les fabuleux transports publics de l’URSS de 1928. »

Il parait qu’en Italie dans du moins une des salles où le film passait, les spectateurs disaient en criant à haute voix à Lara de s’arrêter

Jacques Chesnel dit: 6 avril 2016 à 8 h 16 min

Ce que je voulais dire : on commente le scénario et les dialogues, on se préoccupe trop de la psychologie des personnages (ce que détestait le grand Luis), on ne se pose jamais de questions comme : pourquoi le metteur en scène a-t-il choisi tel gros plan, que veut exprimer ce travelling ou ce panoramique, pourquoi ce découpage, cette profondeur de champ, ce plan-séquence, cet éclairage ???
Ah les actrices, Jacques B, non je n’apprécie guère Sandrine Kiberlain, je n’aime pas Marion Cotillard et Isabelle Huppert me fout la trouille… alors ???

Polémikoeur. dit: 6 avril 2016 à 9 h 19 min

En tant que public,
qu’attendre d’une œuvre,
un cours de technique,
ou un choc électrique ?
Faradaisement.

Jacques B dit: 6 avril 2016 à 9 h 22 min

Oui mais Bunuel disait aussi, Jacques Ch, que lorsque dans un film on voit la technique c’est qu’il est raté !

Jibe dit: 6 avril 2016 à 9 h 26 min

Annelise, jeune homme j’ai été présenté à Bory, que je lisais passionnément dans le nouvel observateur, et l’avais trouvé très antipathique. Il etait d’une laideur rare…

considérations non cinématographiques dit: 6 avril 2016 à 9 h 43 min

« Heinz (André Marcon) légèrement indécis, coupable, un peu lâche au moment d’assumer le fait d’avoir une autre femme… « »

La génération antérieure ne s’embarrassait pas tant

« l’exercice quotidien d’une « difficile liberté » »
« elle ne peut compter que sur elle pour donner sens à sa vie. »

Mais a-t-elle d’autres choix ?

Annelise dit: 6 avril 2016 à 9 h 59 min

Jibé 9h26, oui il était connu pour être atrabilaire, complexé de façon légendaire par son physique (d’où, entre autres,certaine tendance à la dépression?)… mais quel esprit brillant!Un homme plus secret, tellement plus tourmenté qu’il n’y paraissait. Fascinant souvent de drôlerie, causticité… de douceur inattendue aussi parfois. Il me faisait penser à Jean-François Josselin par certains aspects. Vous l’aviez peut-être troublé. Fureur accrue ? Qu’en aurait dit André Téchiné?
Considérations non cinématographiques, la délicatesse ou l’engagement, l’attitude, le comportement masculins envers les femmes n’est pas affaire générationnelle, mais personnelle. En pleine libération sexuelle des 70′s, il y a eu des gens qui ont continué d’être monogames par choix, si si! Ou Patti Hansen, qui relate dans une itw que ce qui l’a séduite chez Keith Richards, c’est qu’il ait été si responsable, tendre et délicat envers elle plutôt que de lui sauter dessus comme sur un bien de consommation lambda. Un rocker en plus ! Quelle liberté avec les codes usuels.

Annelise dit: 6 avril 2016 à 10 h 09 min

Voyez le film… Huppert luttant pour donner sens, reprendre en quelque sorte la main alors qu’en effet elle n’a guère le choix est magnifique. Vraie liberté, loin d’un héroïsme plaqué

considérations non cinématographiques dit: 6 avril 2016 à 11 h 12 min

« lui sauter dessus comme sur un bien de consommation lambda. »
Attitude n’ayant en effet rien à voir avec ‘la libération sexuelle ‘ même si celle-ci a ensuite pu être détournée caricaturée par des profiteurs lubriques et machos (jusqu’à par ex la banalisation du porno

 » En pleine libération sexuelle des 70′s, il y a eu des gens qui ont continué d’être monogames par choix,  »

Bien sûr !
je voulais dire que les notions de tromperie ou culpabilité ont été atomisées-là le mari semble (je n’ai pas vu le film) ne pas trop savoir comment s’en sortir sans faire souffrir

« pas affaire générationnelle, mais personnelle. »
Ces années là ont pourtant changé la donne
malgré récupérations (et sida)

10 h 09 min
oui c’est courageux

Jacques Chesnel dit: 6 avril 2016 à 11 h 25 min

Avec ma copine d’alors, nous avons passé une soirée avec JL Bory chez des amis ; je n’ai jamais entendu quelqu’un comme lui dire autant de vacheries avec autant de gentillesse et d’humour

Jibé dit: 6 avril 2016 à 11 h 33 min

Bory, qui me fut présenté par un autre écrivain Goncourt, assez mauvaise langue, vivait, aux dires de cet ami, avec un ouvrier immigré chez sa vieille maman, qui leur préparait tous les soirs à diner… Quand l’amant de Bory l’a quitté, celui-ci s’est tiré une balle en plein coeur…
J-F Josselin, que j’avais interviewé longuement pour le Gai Pied, était plutôt un doux ivrogne.

Annelise dit: 6 avril 2016 à 12 h 18 min

@11h33 l’évocation est assez délicieuse, qui oscille entre Bacon amoureux de son gentleman cambrioleur, et cette épouvantable scène des « Affranchis » où la mère de Joe Pesci en robe de chambre et bigoudis gâte le fiston et De Niro, cuisine amoureusement la pasta, les ressert, leur pinçant affectueusement la joue pendant que dans le coffre de la voiture attend un corps lardé de coups de couteau par le (bon)fils italien à sa mamma.
Jacques Ch, tous les films ne peuvent pas être joués par votre divine Ludivine, ouvrez le champ ! (En parlant de champ, sensualité des plans tournés par Mia H-L…solaires, avec ce pincement agoraphobique devant le vide…) Bunuel détestait certes la psychologie, et naturellement ses films en regorgent jusqu’à régurgitation psychiatrique : symboles à tous les étages, onirisme etc ! Il en est autant bourré que Scorsese, mais de façon souterraine.
Considérations non ciné : indéniablement la beat generation, la pilule, les années Sida ont bouleversé la donne. Mais c’est fascinant de voir quelle(s) part(s) comportementale(s) irréductible(s) demeure(nt) quand le balancier amorce le mouvement inverse

Annelise dit: 6 avril 2016 à 12 h 24 min

« La banalisation du porno », comme vous dites, au service d’après vous de « profiteurs lubriques et machos », pas sûre que ce soit si simple : indice également d’une faillite sociétale au plan des valeurs et de la construction globale, voire des solidarités. Rien à voir avec une quelconque « morale bourgeoise », aucune espèce de bien pensance. Olivier Hadouchi a présenté là-dessus un travail de chercheur assez fin, fort intéressant, sur la notion de « porno misère »

considérations non cinématographiques dit: 6 avril 2016 à 12 h 32 min

OK merci je regarderai plus tard

- »indice également d’une faillite sociétale au plan des valeurs et de la construction globale, voire des solidarités. »
Faillite qui faire le beurre de pas mal de requins !

Annelise dit: 6 avril 2016 à 18 h 16 min

@15h08 : indéniablement oui! Fond et forme. Indissociables. Ensuite, tout est question de dosage. Cela qui signe une singularité

Jibé dit: 6 avril 2016 à 18 h 40 min

Passée la quarantaine, une femme est-elle obsolescente ?
Le film tend à montrer le contraire.
Oui, Annelise, j’ai pensé à Rohmer mais aussi au « Portrait de femme » d’Henry James. Tout le mouvement du film est donné par les déplacements permanents, les piétinements, les marches et démarches d’Isabelle Huppert. Du début à la fin. Une vie pleine et active, cadenassée de l’intérieur. Autour d’elle s’organise un monde sur lequel, soudainement, elle aura de moins en moins prise mais, paradoxalement, s’ouvrira alors pour elle un chemin de liberté insoupçonnée, inconnue jusqu’alors. Pourquoi pleure t-elle ? Elle, qui ne veut même plus s’attacher au chat Pandora, seule chose qui lui restait. N’a t-elle plus aucun désir, malgré sa totale disponibilité ? L’avenir le dira et l’on peut être rassurés par la solidité de ses mollets !

Annelise dit: 6 avril 2016 à 19 h 06 min

Jibé, il y a là matière à discussion. Je crois au contraire que ses désirs sont intacts, mais d’accès de plus en plus difficile. La différence d’âge – elle qui n’a rien d’une couguar – avec Fabien, le fait que son mari lui préfère une autre femme, cet éditeur un peu pleutre qui la lâche aux mains de commerciaux plutôt vulgaires, docteurs ès fric… la scène du bus que relève Xlew est très belle, emplie de désabusement mais sans amertume.
Roro, j’adore votre histoire des spectateurs qui crient à Lara de s’arrêter, lors de cette scène de « Jivago » où Youri croit la voir s’éloigner de dos! C’est très italien (vous savez ma passion pour l’Italie). Nous parlions sur un fil précédent de tout ce qu’on peut faire dans un cinéma « à l’italienne » (cf Fellini, mais aussi le récit de Dominique Fernandez, « Cinéma Paradiso » de Tornatore, avec Jacques Perrin& Ph Noiret, les B-D de Milo Manara, dans la vie ami du cinéaste de via Margutta, à Roma, tout près de la villa Médicis où j’ai séjourné il y a si longtemps, avec la belle allée des orangers qui donne sur la Trinité des M…)Très vivant !

christiane dit: 7 avril 2016 à 1 h 44 min

Bien aimé ce film vu cet après-midi. Ce qui m’a le plus embarquée c’est son rythme d’une incroyable douceur. Tout est atténué, bien en accord avec la lumière qui poudroie les paysages. Comme si les évènements n’avaient, au fond, que l’importance qu’on leur donne. Le temps et le recul assouplit les raideurs. Isabelle Huppert est d’une légèreté incroyable quand elle marche, court, se lève. Une silhouette de gamine assez sidérante. Le tempo du film est bien accentué par les musiques choisies. Elle passe bien dans ces rôles de prof, de mère, d’épouse, de fille, toujours un peu ailleurs, l’esprit occupé par autre chose, une sorte de vacance, de disponibilité.
Comme Jacques, j’ai ressenti longtemps une sorte de crainte liée à sa froideur, à sa voix. Là, elle est craquante, toute en finesse, un peu fragile et en même temps élastique, capable de rebondir. Elle sait ne pas être démonstrative, hésiter, nous laisser interrogatifs. Beaucoup de silences comme le vide dans les encres chinoises.
Difficile d’évoquer le film sans l’évoquer. Elle le porte de bout en bout.
Très riche votre billet. De belles pistes à suivre.
Pourquoi n’êtes-vous plus en bas des pages de P.Assouline (RDL) ? En exil ? ou autonome….
Au plaisir.

Eriksen dit: 7 avril 2016 à 7 h 14 min

@ Jacques Chesnel : 5 avril 2016 à 13 h 46 min

Cadrage, contre-plongée, lumière etc… sont des éléments du langage du cinéaste. Ils alimentent l’implicite de l’œuvre, au sens de ce que Terrence Rattigan disait sur le théâtre :  » Dans la comédie comme dans la tragédie, c’est assurément l’implicite plutôt que l’explicite qui donne vie à une scène, et qui, en exigeant la collaboration des spectateurs, les retient, satisfaits, flattés, à l’écoute. »
Mais cet implicite se situe aussi bien dans la technique du cinéaste que dans les ellipses du scénario ou le jeu non verbal d’un acteur : dans « quand on a 17 ans », je ne fais pas vraiment de différence entre la lumière métallique des scènes ou Tom se baigne dans le lac gelé, le rythme de la caresse par la mère sur Tom ou Damien, ou le cadrage en contre-plongée quand Tom fait tomber Damien : autant d’informations, à prendre ou à laisser.
J’ai beaucoup écouté le masque et la plume à une époque où la critique me semblait plus « technique ». Je n’ai jamais cru les critiques qui aimaient ou détestaient sur des arguments techniques. Il me semblait que c’étaient des justifications à posteriori de réactions affectives qui ne voulaient pas s’avouer, car trop « psychologisantes » à leurs gouts. Un vernis « objectif » sur du subjectif, le cache misère de leurs déterminismes qu’il fallait cacher par principe. Or, pour ce qui est d’aider à choisir un film, c’est bien dans les goûts des critiques que l’on trouve des informations utiles : un « bon guide pour moi » est celui avec lequel je serais toujours d’accord (ou toujours en désaccord).
Ceci ne signifie pas que je ne trouve aucun intérêt à l’analyse technique. Bien au contraire, car c’est de la forme et la forme est presque tout dans l’art. Mais quand j’entends parler technique et que l’on ne me dit rien de pourquoi et comment une « spécificité technique » a fait mouche sur soi, cela ne m’intéresse pas vraiment.
Je pense n’avoir fait que paraphraser Annelise, mais je me trompe peut-être ?

roro dit: 7 avril 2016 à 7 h 15 min

Annelise
Au Champollion, à la fin du film Z, qui venait de sortir dans les salles, applaudissement des spectateurs, debout. Idem à la fin de la projection de Buena Visa Social Club dans un ciné vers Montparnasse

Annelise dit: 7 avril 2016 à 7 h 51 min

@7h15, il y a parfois de ces participations directes magnifiques. ..à Cannes il peut arriver que les gens sifflent, mais c’est différent bien sûr.Heureusement que le temps des tomates pourries lancées par les insatisfaits est passé. Frais de ménage garantis! En parlant de fruits et légumes, vu hier un sacré navet.

Annelise dit: 7 avril 2016 à 8 h 00 min

Eriksen, pas de paraphrase, non, un complément étayé à ce que j’ai dit. Qui ne contredit pas non plus Jacques Chesnel. Vous déplacez la caméra pour nous révéler un autre angle.
Christiane, pour la question de la bascule entre la République de Pierre et la mienne, je vous ai répondu sur le fil RdL : en gros ne vous inquiétez pas, simple problème technique. Pierre Assouline réglera ça. Je suis étonnée que tout le monde qualifie Isabelle Huppert de « légère ». Physique de libellule, certes. Moi je la trouve tendue, sauvage. Un petit soldat courageux qui porte beaucoup sans faiblir.

Jibé dit: 7 avril 2016 à 8 h 19 min

Frêle et musclée, elle aussi a dû faire de la danse classique…

Ce film, qui baigne tout entier dans la philosophie et l’art de l’enseigner semble en grande partie autobiographique. Mais ici la narratrice ne conte pas, elle filme : autre art autre forme. Et comme pour le Narrateur de la Recherche… y rend un bel hommage à la mère et à la grand-mère. Il y a en effet comme un retirement des hommes, même Fabien.
Non, on ne peut pas qualifier ce film de bobo. Je ne vous défierai pas en duel au Pré Catelan, au Luxembourg ou aux Buttes-Chaumont, Annelise !

christiane dit: 7 avril 2016 à 9 h 48 min

Annelise,
« tendue, Sauvage, courageuse », aussi. Je ne pensais pas à une libellule mais à l’enfance… toujours ce deuil à faire et refaire d’un monde sans ombre. Le désert de l’enfance, l’intrus en nous. Un certain sadisme aussi et le goût de la transgression. L’enfant sait partir et se sauver, échapper sans savoir qui il est, se métamorphosant au fil de la vie. L’à-venir…

entre parenhtèses dit: 7 avril 2016 à 10 h 40 min

elle a dû changer de répertoire alors ce n’est plus  » admirez comme je joue bien « ..

Polémikoeur. dit: 7 avril 2016 à 10 h 53 min

En tant que public simple au cinéma,
sans regard professionnel ni critique,
voir la trace de la fabrique à l’écran,
intentionnelle ou non, ne trahit-il pas
la promesse de mystère en salle obscure ?
Festivaldericannement.

Polémikoeur. dit: 7 avril 2016 à 11 h 23 min

Une multitude de métiers, en effet,
la technique aussi, celle de la maîtrise
des matériels et celle de la maîtrise narrative,
la direction des acteurs enfin. Il ne suffit
donc pas de se mettre un casque sur la tête
avec une antenne qui envoie aussi sec
le film sur l’écran ?
Beaucoup de causes possibles, au bout du compte,
pour qu’il subsiste à la projection le défaut
qu’une sensibilité aiguisée à lui spécialement
détectera plus qu’une autre. Défaut ou tournure,
qui, au fond, peut très bien être appréciée
comme une qualité. Un restant d’application scolaire
peut ainsi devenir une fraîcheur salutaire.
Multireflètement.

Annelise dit: 7 avril 2016 à 11 h 54 min

@10h40 : ah bon? c’est l’effet qu’elle vous fait? C’est curieux, j’ai toujours trouvé qu’Isabelle Huppert n’était pas justement une actrice « qui joue » mais plutôt « qui en impose » (elle imprime un sceau « Huppert » partout où elle passe). J’échangeais tout à l’heure avec un universitaire qui dirige le département cinéma francophone de Loyola University qui a fait mouche en parlant d’un rapprochement avec Nicole Garcia, ce côté faussement sec, une sensibilité exacerbée,cassante… bien vu je trouve.

Annelise dit: 7 avril 2016 à 12 h 19 min

Oublié de saluer le regard laser de Xlew, relevant une réplique de l’excellent « Sils Maria » d’O.Assayas, compagnon de Mia Hansen-Love… Clin d’œil conjugal touchant?

entre parenhtèses dit: 7 avril 2016 à 12 h 24 min

c’est évidemment très subjectif, l’une peut faire l’effet d’une porte de prison avec en arrière plan ‘regardez comme je suis intelligente’, l’autre est plutôt nerveuse et vivante

lola dit: 7 avril 2016 à 12 h 37 min

Bonjour,Anne Lise; j’avais perdu votre trace,jusqu’à ce que je tape « république du cinéma « , si simple..
J’ai vu « quand on a 17 ans » ET j’ai entendu à la radio, il y a 2 ou 3 jours, A.Téchiné parler longuement de son film ( FR.Cult je pense) Ce qui m’a frappée c’est qu’il parlait du film comme s’il s’agissait d’un roman, un texte écrit;A.T. est un peu comme Modiano (chez Pivot !)Il se lançait dans de longues phrases ponctuées de « euh » ,en cherchant à expliquer, détailler le comportement, la psychologie des personnages du film; mais du film, des images, du découpage, des séquences, rien.Déçue et plutôt un peu noyée dans ce flot d’explications.
Ma réaction ? bon film, qui traîne un peu, qui n’apporte pas un éclairage neuf. Le chef opérateur – qui ?-est pour moi celui qui donne au film son intérêt, la photo -et pas simplement celle des paysages-sauve le film de la banalité. Mais dans « hôtel des Amériques » la photo de B.Nuytten était un vrai contrepoint à l’histoire; ici ,je l’ai ressentie comme trop parfaite,trop décorative, si je peux risquer.Quant au scénario, plusieurs fils, noués d’une façon complexe ,embrouillent ce qui est tout de même l’essentiel de l’histoire, les rapports entre les deux garçons. Sandrine Kiberlain campe une mère, jeune, joyeuse, maladroite, naïve même, qui ne cesse d’intervenir; telle que voulue par A.T.,sùrement.J’étais accompagnée d’ami(e)s qui ne la supportaient pas du tout! Qu’a voulu montrer Téchiné par là ??
J’avais parlé du film de L.Malle « le souffle au coeur » où la mère est magnifique. J’ai pensé à un film de James Ivory  » Maurice » (adaptation du roman de Foster) J’aime tous les films de J.Ivory, et je me repasse encore « Maurice » avec un vrai plaisir. L’histoire, même si elle se passe en Angleterre au début du 20°siècle,a des points communs avec l’histoire de Téchiné, rivalité entre 2 étudiants de milieux différents, qui se cherchent, se fuient, s’opposent violemment,et choisissent de donner à leur vie 2 directions opposées; la famille, pèse de tout son poids social, moral. Le film d’Ivory a un rythme et une force terrible. Le film de Téchiné m’a semblé tranquille, à côté. Mais Téchiné est Téchiné,et finalement, réflexion banale, ce film est bien dans la lignée . De lui, j’aime Barocco, hôtel des amériques,les égarés.
( avec mes excuses pour ce post, qui sera mal placé)

Annelise dit: 7 avril 2016 à 13 h 06 min

@Lola, peu importe pour le post que vous qualifiez de « mal placé » : au contraire, vous en faites profiter les lecteurs! Ainsi ai-je pu le lire moi-même avant de filer. Vision aiguisée, qu’auront plaisir j’en suis sûre à découvrir Eriksen, Jacques Ch, Jibé & les autres internautes. Votre référence à Ivory me titille. « Maurice » m’avait enthousiasmée (Ismail Merchant, son producteur, lien avec la première Mme Harold Pinter?me le suis toujours demandé), il faudrait que je le revoie. Fin et sans manichéisme sur l’exploration des différences sociales (comme Howards End), les suffragettes, la libération des mœurs, ce qu’était le « socialisme » montant début 20ième… Le jeune rustaud, plus courageux et affectif que ne le sera jamais l’entourage de l’aristocratique et vernis Maurice, abandonné par Hugh Grant pour raisons de bienséance. J’aimerais échanger davantage mais je dois partir. Ne manquez pas de revenir nous parler de l’Avenir ou « autour de ».

Annelise dit: 7 avril 2016 à 13 h 15 min

P.S : Lola, merci de répercuter l’info sur RdL, jouer le rôle de fil d’Ariane pour retrouver RdC? Je l’ai signalé en parallèle ce matin, Pierre Assouline s’en occupe, mais lui comme moi ne sommes pas toujours avec un ordinateur à portée de la main…

Jibé dit: 7 avril 2016 à 13 h 17 min

Profond et juste ce que vous dites, lola !
Ajoutons à la liste les Roseaux sauvages…
Dans « Maurice » je n’ai pas le souvenir de moments de brutalité entre les deux jeunes hommes. La brutalité était surtout sociale. Dans le Téchiné c’est l’inverse.
Mais revenons à Huppert, sensiblement de mon âge. Je l’ai vu grandir et vieillir à l’écran et aussi en réel, de festival en festival. Durant un certain temps nous étions même voisins. Elle ne m’a jamais été sympathique mais m’a toujours épaté. Annelise a raison : elle impose son sceau. Et elle tient bien le choc, comme on l’a vu face à Depardieu récemment !
Dans ce film, c’est la consécration. Le film repose essentiellement sur ses épaules, car le rôle en valait le coup. Aura-t-elle un énième César ?
Moi, à l’époque, ma muse, ma star, c’était Adjani, sa rivale. On voit, à l’arrivée, laquelle des deux a gagné… La belle Ophélie est devenue une grosse poupée gonflable ! Huppert, après maternités, est restée mince et musclée et encore très bais….

lola dit: 7 avril 2016 à 14 h 07 min

JiBé 13h17 . Je n’ai pas vu  » huppert » mais j’ai entendu, ce matin, de dessous ma couette ,sa réalisatrice…. Dommage qu’on ne donne pas aux spectateurs, le temps d’aller voir le film; il faut dès le mercredi soir ou le jeudi matin, faire défiler tv ou radio, réalisateur, acteurs, critiques. Ce que disait la réalisatrice( dt j’ai peur d’écorcher le nom) m’a semblé simple (t); elle parlait de sa mère et… J’irai demain voir le film.
Vous n’êtes pas gentil avec Adjani;j’ai des photos d’elle qd elle avait 20/30 ans, quelle beauté, et quel tempérament. Elle disait elle-même, ds une interview que sa carrière n’avait rien à voir avec celle de Huppert; comparez, disait-elle, le nombre et la variété des personnages qu’elle a joués….C’est vrai; il y a qqchose d’inexplicable pour Adjani. Huppert (que je vais voir ds Phèdre(s) bientôt),s’empare « physiquement » du personnage, au cinéma; ds « Bovary » j’avais trouvé son interprétation à côté de la plaque, mais grandiose.
Quant à sa silhouette, vs m’amusez,elle maîtrise ! et elle est à contre-courant…toutes les actrices à l’heure actuelle montrent et twittent leur joli ventre rond !!

Jibé dit: 7 avril 2016 à 14 h 19 min

C’est ce que je dis, lola. Adjani était superbe là où Huppert était joliette. Mais je parle d’aujourd’hui : elle ressemble désormais à un poisson-lune ! Le pire, c’est Sophia Loren que l’on peut voir actuellement dans une pub. Sa figure semble faite en carton-pâte !

roro dit: 7 avril 2016 à 16 h 06 min

Pulpeuses ou désséchées ( que d’autres trouvent musclées), elles sont toutes refaites ou liftées de toute façon

DHH dit: 7 avril 2016 à 19 h 00 min

Je m’insinue dans la conversation sur « quand on a dix- sept ans »,que je n’ai pas encore vu , à propos du rapprochement qui a eté fait avec le Souffle au cœur.
Nos références d’aujourd’hui en matière de morale sexuelle ne sont plus celles d’autrefois, et on peut très naturellement, sans réticence ni arrière pensée ,comme cela aurait pu etre le cas naguère ,entrer en sympathie avec les protagonistes du drame à trois tel qu’il se déroule dans ce film, si j’en crois le synopsis ,. De sorte que cet objectif ne présente pas pur un créateur les difficultés que sa realisation aurait pu comporter à une époque encombre d’ un cadre moral plus rigide
En revanche l’entreprise réussie de Louis Malle en 1971 dans le Souffle au cœur, c’est d’avoir su créer un effet d’empathie analogue avec des personnages qui violaient ce qui était alors – ,et qui reste encore d’ailleurs- un tabou dans notre code moral, l’inceste entre un fils et sa –trop jeune-mère ;et il réussit à faire de ce moment de transgression absolue qu’il nous donne à voir, un événement presque ordinaire, léger et souriant , qui arrive comme une chose naturelle, vécue dans la joie, sans gêne ni sentiment de culpabilité et , surtout, ressentie comme telle par le spectateur, qui en est pour ainsi dire le complice chaleureux
De ce film je retiens aussi une scène rétrospectivement révélatrice des évolutions contrastées de notre tolérance en matière de mœurs :Celle où le jeune héros, convoqué sous prétexte de confession par un des frères de la boîte de jésuites dont il est élève, s’y trouve confronté aux approches malsaines du religieux qui a suscité ce tête à tête . .
Cette scene qui figure dans le film comme un moment classique de la vie dans une boîte de jezes, y joue le rôle d’ une notation d’ambiance, ce qui montre le caractere ordinaire de ces situations, sortes de figures obligées et traditionnemllement toleréees dans ces internats bien-pensants, sur lesquelles il était tacitement convenu de fermer les yeux ; ;Evidemment depuis toujours « on savait »,mais on n’en parlait pas pas d’importance
Mais comme dit Umberto Eco le scandale commence au moment où on décide de le faire cesser ;

lola dit: 7 avril 2016 à 20 h 20 min

J’ai apprécié le commentaire de DHH aujourd’hui; j’avais hésité à développer, les posts s’entrecroisant sur plusieurs films.La manière dont L.Malle amènait le spectateur à la scène de l’inceste est du grand art ; et le personnage de la mère n’a rien de lourd,tout entier dans l’implicite, plutôt que dans l’explicite, pour reprendre l’explication de Ericksen (à 7h04),très fine et pertinente.
La précision de Anne Lise (5av à 17h31) lue plus attentivement, m’a amenée à réfléchir sur l’interview de Téchiné: je n’attendais pas qu’il décortique, »déshabille »le film, techniquement, mais qu’il dise en quoi il pensait être allé plus loin dans ce qu’il souhaitait montrer,et pourquoi un scénario qui m’a semblé inutilement si complexe. La journaliste ,je pense, n’a pas vraiment posé de questions, ou de bonnes questions.
(c’est tout, sur ce film dont, Anne Lise, vous n’aviez pas prévu de parler !)

si chuant dit: 7 avril 2016 à 20 h 50 min

Pire qu’une sternotomie, Lola, vous découpez Annelise en deux à la verticale … Vous bossez dans la boucherie ?

Annelise dit: 7 avril 2016 à 22 h 49 min

DHH, 19h00, votre chute très fine inspirée d’Eco, en plein scandales à la Spotlight (film sur un réseau pédophile ayant infiltré l’église, couvert par la hiérarchie, oscarisé cette année, au cas où vous n’auriez pas eu l’occasion de le voir…)tombe à pic, de même que votre approche de Malle rappelle combien les anachronismes sont à bannir en matière de jugement. Cela n’implique ni que le relativisme soit roi, ni ne dénie le fait qu’il existe des incompressibles ne devant rien à la moraline. L’éthique en réalité bel et bien est une marge étroite, une aristocratie intellectuelle plutôt qu’un dénominateur commun pensé par le bas. Le résumé d’Eco fait pleinement sens.
Si Chuant, je ne vois pas le rapport entre Lola et la boucherie. Le scalpel ou les instruments fins sont à rapporter plutôt à la chirurgie, non?

Annelise dit: 7 avril 2016 à 22 h 55 min

..ou alors le Vicomte dimezzato d’Italo Calvino – mais c’est mon dernier prix, Si Chuant !

Annelise dit: 8 avril 2016 à 23 h 01 min

Oui Jibé tout va bien…Pierre « il Golemito magnifico » Assouline, appuyé par quelques mages bienveillants &secrets a réglé le problème technique…à vos plumes, à bientôt.

Polémikoeur. dit: 9 avril 2016 à 2 h 47 min

Le portail des Républiques de la culture
n’est pas encore tout à fait rouvert.
Huissièrement.

Annelise dit: 9 avril 2016 à 7 h 20 min

Qu’y a t-il Polé? Nous en avons parlé hier avec Pierre Assouline, dès que l’ennui m’a été signalé, (je n’ai pas toujours d’ordinateur à portée de la main) et nos webmasters ont rétabli les pages dans la foulée. S’y retrouver dans un tel un lacis technique… je leur sais gré de leur efficacité

Eriksen dit: 9 avril 2016 à 8 h 00 min

Avec Isabelle Huppert, c’est toujours Huppert que l’on voit car elle aspire ses personnages dans un « mode Huppert » comme on dirait un mode mineur ou majeur. Mais à partir de cette base, elle est capable d’exprimer une gamme phénoménale de subtilité. De personnage en personnage et toujours dans « le mode Huppert, elle incarne aussi bien l’artifice que l’honnêteté, l’aveuglement que la conscience, la solidité que la fragilité. Ainsi, de Valley of love à Back Home, de Un tramway à L’avenir, de Villa Amalia à Captive, son jeu corporel d’une extraordinaire précision et d’une grand lisibilité donnent aux cinéastes la capacité d’élaguer au maximum les mots… ou d’induire le trouble en les contredisant.

Nathalie (Isabelle Huppert) est une prof de philo en convalescence d’idéalisme : elle s’était trompée dans sa jeunesse, et a renoncé depuis à forcer les changements du monde. Elle s’en tient à l’enseignement comme passage de témoin de ses idéaux de conscience et de liberté.
Son mari, lui, ne s’est jamais trompé, dit-elle et pense-t-il. Dans une scène qui sent le vécu, les enfants, élevés dans l’éthique, renvoient à leur père l’exigence qui était la sienne : sans pathos, sans cri, la fille demande qu’il fasse un choix entre leur mère et l’autre femme. Et le père s’exécute *. Cet aller-retour d’enseignement éthique entre 2 générations m’émeut.
Et le même aller-retour existe entre Nathalie et Fabien son ex-élève, qui vit dans une communauté alternative du Vercors. Même conscience, même anti-hystérie, même renvoi de la génération passé à ses paroles sans actes. Dur à encaisser pour Nathalie qui croyait être irréprochable sur ce plan-là. A l’heure où les élites occidentales sont remises en question dans leurs pays et dans le monde entier, j’aime l’attitude calme et consciente de ces jeunes gens. La sobriété de leur jeu me rappelle les personnages autour de l’enfant dans Midnight special.
Ce film élitaire n’est pas élitiste. Les nombreuses citations philosophiques bénéficieraient certes d’une 2e vision , mais l’œuvre tient debout sans cela, d’abord dans l’idée simplissime de la philosophie comme règle de vie avant d’être un mode de pensée, mais aussi par la case manquante de Nathalie que le mode Huppert nous impose : largué par un homme qui lâche l’esprit pour la chair lorsqu’on lui demande de choisir, questionnée plus que troublée par un dragueur qui la suit à la sortie du cinéma, maladroite lorsqu’il s’agit de consoler sa fille qui vient d’accoucher, outrée quand la chatte Pandora ramène une souris, Nathalie garde à distance animalité et désir **. Lorsqu’à la campagne elle ouvre la boite de l’animal Pandora, elle veut le garder sous contrôle et l’empêcher de sortir de la maison. Comme la contradiction d’une liberté qu’elle prône, mais qu’elle ne peut pas laisser au désir. Pour elle, l’humain est affranchissement de l’animalité. Triste scène où, déstabilisée, elle serre ce chat dans un élan d’affection soudain envers cette pauvre mère hystérique manipulatrice égoïste à qui elle pensait ne rien devoir : c’est la réémergence de l’inconditionnalité du lien, bien éloigné de sa manière de vivre où la rationalité règne en maître. À l’enterrement de la mère elle lit un passage des pensées de Pascal : est-ce celle-ci ?
« Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »
La conscience n’est pas tout. Il faut vivre aussi.

*Parallèle interessant avec le Ruban Blanc, où le retour de manivelle éthique se faisait dans des conditions nettement plus punitives de la part des enfants.
**Cela fait penser à une scène du Tramway nommé désir version Kazan quand la sœur dit à Blanche Dubois « Haven’t you ever ridden on that street-car?».

Polémikoeur. dit: 9 avril 2016 à 10 h 09 min

Bonjour Patronne,
la facilité de passer d’une République à une autre
grâce à un bandeau-menu à police de caractères
multicolore n’est pas encore rétablie.
Le fait est là, ce matin.
Pour ce qui est d’avoir souligné l’incident
et indiqué la manœuvre primitive alternative
consistant à taper les adresses, en rappelant
ces dernières, ce fut fait.
Le relais a donc bien fonctionné
si les mains agiles de la technique
transpirent en ce moment même
pour réparer le portail.
Bonne nouvelle !
Que les compétences particulières en la matière
ne soient pas universellement partagées est naturel mais, s’il est possible de vous rassurer,
le « lacis technique » en question n’est pas
d’une complexité telle que vous l’imaginez.
Ou que les détenteurs du pouvoir (qui en abusent)
ont intérêt à vous le faire croire…
Dédramatraquement.

DHH dit: 9 avril 2016 à 11 h 07 min

Venant depuis peu de temps de manière régulière sur cette republique , en lectrice assidue désormais tant du billet que des commentaires et ,parfois même en commentatrice profane occasionnelle, je suis frappée moi ,ancienne fidele de la Rdl ,de voir que dans le salon d’Anne Lise règne une urbanité qui a déserté le blog de Pierre assouline ,
De salon litteraire à l’ancienne qu’il était à ses débuts ,il ressemble desormais,du fait de certains commentateurs , à ces bistrots dont quelques poivrots sont du matin au soir les piliers avinés ,
Sur la RDL ces permanents polluent le fil des commentaires par les vannes qu’ils échangent , et aussi par le ton, la posture, le langage qu’ils adoptent ou les invectives gratuites qu’ils lancent, même quand ils disent des choses justes et intéressantes
Peut-etre que le fait que cette republique soit tenue par « une maîtresse de maison » et non par un « taulier » , comme ils disent, y est pour quelque chose.
pardon pour cette parole sexiste

Eriksen dit: 9 avril 2016 à 11 h 19 min

L’usage du monde est en train de changer… la testostérone était bonne pour l’expansion mais il n’y a plus de place. La gestion de l’espace réduit nécessite une bienveillance annelisienne.
Merci à Jibé pour le compliment.

en passant dit: 9 avril 2016 à 12 h 17 min

« elle s’était trompée dans sa jeunesse, et a renoncé depuis à forcer les changements du monde. »
Le rapport de force étant ce qu’il est.. (pour le plus grand bonheur des beaufs ?)

Au sujet de la rdl c’est surtout que les poivrots et frustrés aigris qui s’y répandent et s’applaudissent, veulent faire croire qu’ils ‘en’ ont
Ceci dit, les piques entre Chaloux et WG sont souvent drôles (à mon avis)

Quant à l’actrice dont il est question, elle a toujours le même genre de jeu -

Annelise dit: 9 avril 2016 à 12 h 37 min

Eriksen ce matin 8h00, votre post est épatant! Je vous ai trouvés en bonne forme, tous, de façon générale, de Jibé, Lola, DHH, Vébé, Jacques Ch ou Christiane en passant par Xlew. Tenant à ce que vous avancez sans vous croire obligés d’en venir aux noms d’oiseaux, arguments des faibles sitôt que cela dépasse les bornes de la causticité, la drôlerie. Du sport, du subversif, du rock ‘n roll,je n’ai rien contre. Mais alors les Rolling Stones, pas le café du commerce qui gratte sa guitare dans un garage, fout la batterie en l’air pour embêter les voisins comme un moutard mal élevé. DHH, dès lors que j’ai un ordinateur à portée, je suis une lectrice attentive de RdL. J’estime regrettable de voir la haute qualité des billets de Pierre Assouline affrontée parfois à une drôle de conception de la liberté d’expression. Gaspillage d’énergie et de temps (pour eux), qui n’affecte cependant en rien la capacité de PA à donner des chroniques fortes, variées… A tel point que je ne lis pas les commentaires là-bas, me cantonnant la plupart du temps à la substantifique moelle constituée par la note.
Vous m’avez fait sourire avec votre demande de pardon pour « parole sexiste », vous croyez que c’est de cet ordre? Eriksen 11h19 s’amuse à nous titiller encore, avançant une théorie qui mérite peut-être d’être examinée. Pour en revenir à la testostérone, prochain billet lundi sur les travailleurs humanitaires où il en est sans doute question..? Le film peut être abordé à travers de nombreux prismes, vous verrez, la politique, l’urgence, la transcription de l’histoire en marche, la place de la féminité (eh oui!), l’infléchissement éventuel qu’elle génère dans cette transmission, l’importance de la matrice journalistique, l’aventure, l’ethnocentrisme ou l’égoïsme contemporains, la fatigue des idéologies, ce que peut signifier justement réinvestir le champ démocratique, l’éthique, après que tout a été mis à sac… On en reparle bientôt

Eriksen dit: 9 avril 2016 à 12 h 38 min

Ici c’est plutôt Au bonheur des dames sur les deux derniers posts…
le même genre de jeu oui, mais pas le même jeu.
Les femmes de Valley of love et de L’avenir sont extrêmement différentes et pourtant c’est incontestablement toujours isabelle Huppert que l’on voit.

Annelise dit: 9 avril 2016 à 12 h 44 min

@12h38, « Au bonheur des dames »? Je vous vois venir, Eriksen… et pour la faute de l’abbé Mouret, mieux vaut se reporter au billet « Spotlight », oscarisé sur le scandale à Boston?

Jibé dit: 9 avril 2016 à 13 h 29 min

« Bonjour Patronne, »

Polémikoeur, Madame Annelise gère un établissement respectable et de plus en plus indépendant de la bordélique maison mère à laquelle elle doit son enseigne ; ici, il faut s’essuyer les pieds avant d’entrer et surveiller son langage !

Annelise dit: 9 avril 2016 à 14 h 16 min

@Vous voilà bien sévère, Roro ! Visiblement elle vous fait le même effet que Jacques Ch (qu’elle fait fuir). Nous ne parlons pourtant pas là de sa sensualité personnelle (qui appartient à la sphère privée, et sur laquelle n’en doutez pas elle se débrouille j’imagine très bien) mais de ce qu’elle dégage à l’écran… Cette sorte de féminité très autonome, assez cassante et assurée, sans vulnérabilité excessive trop apparente en déconcerte manifestement plus d’un. Ma propre fibre féminine qui n’est pas tissée pareil est néanmoins émue par la fragilité que dénote d’une autre façon ce côté petit soldat va t-en guerre (ou ce que je perçois tel)

Annelise dit: 9 avril 2016 à 14 h 22 min

Et je trouve qu’il y a d’ailleurs ici un curieux (non, pas si curieux, mais qui paraît paradoxal quand on passe vite dessus) renversement générationnel : les femmes de l’âge d’Isabelle Huppert, des combats féministes de la première heure etc sont presque plus militantes, dans des affirmations souvent plus tranchées que ne l’est la génération qui a hérité des acquis durement obtenus. Une forme d’ingratitude historique.

roro dit: 9 avril 2016 à 14 h 54 min

Annelise
je la trouve sinistre et toujours dans le même jeu, j’y peux rien!

Au sujet de « la génération qui a hérité des acquis durement obtenus », n’a–t-elle ‘intégré’ les acquis?

Annelise dit: 9 avril 2016 à 15 h 33 min

Roro, personne ne vous le reproche! Question d’épiderme, aussi. D’intuition à deux. Je souris car vous répondant avant de devoir filer, vous me tenez galamment la porte de ma première centaine de commentaires. Touchée ! Un peu comme de franchir le ruban d’arrivée lors d’une course (thème qui m’est cher par ailleurs). Pour Huppert, (ou Annie Ernaux?) l’acquisition est trop récente, je ne sais pas, obtenue au terme de luttes restées légitimement cuisantes dans la chair ou l’esprit… C’est très singulier d’observer de la même façon la disparité (distribuée parfois à l’inverse de ce à quoi on pourrait s’attendre) en matière de liberté sexuelle, entre par exemple des gens qui avaient 20 ans dans les 70′s et leurs enfants, qu’ils taxent d’avoir un comportement rétrograde, fidélité relative etc ! Très amusant, mais sociologiquement peu surprenant. Le subversif est toujours d’acuité plus violente & durable que le simple transgressif, souvent si rudimentaire. C’est Marianne Faithfull qui raconte en riant que son fils ayant tellement eu l’habitude de voir traîner de la poudre partout avait le réflexe de vouloir sniffer des cachets d’aspirine, s’il avait mal à la tête. Après quoi, il est devenu…économiste, enseignant à la faculté. La maïeutique ne donne de fruits vraiment intéressants que lorsqu’il s’agit de (vrais) enfants de Bohême. La mixité intellectuelle, sociale etc, peut même être endogène – il n’y a pour moi strictement aucune contre-indication. Autant de maladresse dans un pavé misérabiliste à exalter les « valeurs de gauche » comme s’il s’agissait d’un gros bloc univoque et infrangible que dans la complaisance bourgeoise à défendre bec et ongles ses intérêts sous le mode petit pédalier. Bref je trouve un certain courage crédible, une honnêteté fine et pas trop manichéenne à Mia Hansen-Love à s’être penchée de la sorte si près sur une tranche de vie d’une « intellectuelle de gauche »

Anne Onymousse dit: 9 avril 2016 à 18 h 22 min

La morphine ? Par le nez ? Même chez Faithfull, no way. Les opiacés se fument, éventuellement. C’est ce que j’ai appris en regardant cette fameuse scène de la 317eme section … « Les pipes, elle les fait bien mon lieutenant ». Mais n’est sans doute une affaire de génération

en passant dit: 9 avril 2016 à 20 h 06 min

Jibé dit: 9 avril 2016 à 8 h 42 min
Superbe, Eriksen !
Maintenant on attend avec impatience le compte-rendu de Lew…

Pardon de rappeler que vous avez été écarté d’une présidence que vous estimiez vous revenir …

Annelise dit: 10 avril 2016 à 8 h 07 min

@En passant, oui, l’ennui du sibyllin est qu’il en devient obscur. Je doute que Jibé souffre d’un titre au nom de camembert qui lui aurait échappé.
@Anne Onymousse 18h22 je ne suis pas spécialiste, mais Marianne Faithfull faisait allusion à la cocaïne qui traînait beaucoup sur les buffets, à tel point que son fils s’il souffrait de migraine croyait devoir piler l’aspirine qu’on lui tendait. K.Richards a d’ailleurs prétendu à l’occasion du décès de son père avoir sniffé ses cendres, un peu « par réflexe » – comme il est très taquin, allez savoir la part de vérité. Quant à la scène finale de Once upon a time in US, le sourire de De Niro « Noodles » qui broie la trahison forclose de Max vous avez raison, imbattables. Mais cela nous écarte de la perception d’une féminité corrélée ou pas à l’indépendance, un côté presque sec chez Isabelle Huppert dont nous débattions avec Roro. Avez-vous aimé « L’Avenir »?

Eriksen dit: 10 avril 2016 à 8 h 46 min

A Annelise « Une forme d’ingratitude historique. »
Quitte à choisir, je préfère l’ingratitude historique à la gratitude historique.

« je trouve un certain courage crédible, une honnêteté fine et pas trop manichéenne à Mia Hansen-Love à s’être penchée de la sorte si près sur une tranche de vie d’une « intellectuelle de gauche » ».
Ce courage et cette honnêteté sont « crédibles », bien que venant d’une élite. Par les temps qui courent, c’est paradoxal. J’ai l’impression que cela tient à une certaine humilité, ce qui rend les choses encore plus paradoxales. Une élite humble ?

Annelise dit: 10 avril 2016 à 9 h 07 min

Humilité de l’élite? Enfin ne généralisons pas non plus. Ce qui m’a fait défendre le film de l’étiquette bobo est l’évitement de « l’effet zoo »…l’élite qui se penche sur l’élite sans talent, mais avec un aveuglement, une complaisance de caste insupportables, ou l’élite qui visite les pauvres, aussi pire que les pauvres qui pleurent sur les pauvres sans distance, emplis seulement d’une hargne de classe primaire envers l’élite ou les pauvres qui lorgnent sur elle en s’imaginant que s’ils la singent… Dans les deux cas, on pense à Colette, féministe s’il en fut : « ils visent la distinction, ils obtiennent la correction »

Annelise dit: 10 avril 2016 à 9 h 12 min

Quant à la gratitude/ingratitude historique, vous avez parfaitement raison lorsqu’il s’agit d’évolution des moeurs, tractations pour se déprendre des gangues passées etc. Mais il y a des domaines où mieux vaut que la gratitude fonctionne plutôt, ne serait-ce que sous la forme d’une bonne connaissance : Daesh peu de gens savent par exemple à peu près d’où c’est parti,et c’est bien regrettable, quant au national socialisme ou ce genre de pestes, l’ingratitude historique s’appelle vite révisionnisme, puis négationnisme alors …

Polémikoeur. dit: 10 avril 2016 à 11 h 10 min

Bonne transition
pour sauter dans les Balkans
avec le papier suivant.
Changement de décor.
Envoiturellement.

DHH dit: 11 avril 2016 à 14 h 40 min

Tentée par le billet , je suis allée voir l’Avenir et ai retirée une impression tres contrastée, comme si avec les deux portraits autour desquels le scenario s’articule, deux films de qualité tout a fait inégale avaient été artificiellement imbriqués .
Le personnage incarné par Huppert tout en vérité et en nuances est traité avec finesse et d’ailleurs joué avec brio et intelligence, C’est celui d’une celui d’une femme qui apprivoise prgressivement la liberté ,d’abord difficile ,puis chaleureuse , de celle qui n’est plus indispensable aux autres avec les contraintes que cela supposait ,et surtout qui se construit progressivement en devenant de plus en plus étrangère à ce qu’elle avait vécu comme des échecs douloureux ,affectifs ou professionnels ,désormais oubliés digerés ,distancies, le dernier lien de dépendance étant symboliquement rompu avec le largage du chat .
L’histoire de cette femme est une sorte de roman d’apprentissage filmé de l’installation dans cette periode de la vie ou débarrassé de liens anciens , purgé de tous les regrets , sans que nul desormais ne vous manque ou ne vous vous pese , on se sait en toute lucidité riche de tous les possibles , et capable de s’installer sereinement dans des personnages nouveaux et de les vivre au présent ,pour elle d’etre une jeune grand mère epanouie dans ou le mentor de ses anciens élèves qui créent un blog de philo
Autant ce personnage sonne vrai ,autant l’autre personnage Fabien sonne faux. Quasi caricatural, il est lourdement fabriqué a coups de clichés usés. Il est comme il se doit l’enfant d’ouvrier découvert et poussé par un prof , devenu normalien et agrégé puis qui rejette le système pour devenir altermondialiste. Refusant les valeurs bourgeoises il va comme il se doit se tapir en pleine campagne du Vercors (le Larzac est passé de mode ) dans une ferme sans confort, où, avec d’autres couples occupants du lieu, on passe ses nuits à discuter en allemand ou anglais du sexe des anges, en fumant occasionnellement un joint .
Pas étonnant que le contact avec ce phalanstère ridiculement conforme à l’idée reçue soit sans portée dans la quête de l’héroïne a la recherche d’un nouveau système de valeurs pour se reconstruire

Annelise dit: 11 avril 2016 à 14 h 57 min

Oui DHH 14h40, j’abonde volontiers dans ce sens. Mais ce personnage de Fabien, assez convenu, est bien vu justement car il colle au motif : il reproche à Nathalie sur un ton un peu imbu de lui-même (une amie irlandaise fait une faute qui m’enchantera toujours en me confiant « il est imbibé de lui-même, non? », ce qui a le don de me faire rire)son adhésion à un schéma bourgeois alors qu’il n’en est pas si dégagé, encore pris comme il faut dans les stigmates & flonflons ad hoc de l’appartenance inverse ! Mia Hansen-Love est-elle dupe, lorsqu’elle le fait revenir assez piteux sur sa sortie, un peu plus tard? Ou lorsque ces grands étudiants pouffent entre eux, conscients soudain de leur (légère!) vanité et prétention de grand débat d’après fumette, alors que rien ne les menace?

Annelise dit: 11 avril 2016 à 15 h 10 min

Je crois que Roro a raison de trouver de la vérité au personnage de Fabien, grand dadais à la fois si séduisant, un peu creux, sans doute de bonne étoffe, fragile et(trop)sûr de lui, flottant, sur lequel la vie n’est pas encore passée comme le 4X4 de Tim Robbins sur les vaches mortes du film de Fernando Leon de Aranoa. RV dans les Balkans, auprès de nos travailleurs humanitaires!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>