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La République Du Cinéma

« Le noir (te) vous va si bien »

Par Sophie Avon

« Le noir vous va si bien », le film de Jacques Bral, sorti à la fin de 2012, vient de sortir en DVD depuis le 7 mai. Bonne nouvelle car ce cinéaste rare fait son retour avec une œuvre émouvante et forte.

On y retrouve le jazz mélancolique qui accompagne le récit sans l’illustrer mais qui lui donne la note. On y retrouve sa matière poétique sans artifice mais non sans filtres, avec des personnages s’adressant à la caméra, dans des scènes qui reviennent comme des ressacs, compensées par des ellipses qui n’accélèrent pas la dramaturgie mais donnent au contraire l’illusion de ralentir le mouvement et de suspendre le temps.

L’histoire ? Un homme usé est en prison. Il vient d’un Orient jamais nommé. Il est triste à pleurer et sa femme le maudit. Il a fait une chose inconcevable, commis un crime sans doute. Il répète qu’il n’aurait jamais dû quitter son pays et pourtant, plus tard, dira que son pays, « c’est être avec ma femme, auprès de mes enfants ». En France donc, où il a passé sa vie, entre son épouse et sa fille Cobra ? Jacques Bral saisit sans la forcer cette première ambiguïté d’une terre dédoublée.

Tous les jours, Cobra part de chez elle les cheveux dissimulés sous son voile, et se change au café pour aller travailler dans un magasin de chaussures où le jeune patron la courtise. En vain. Le cœur de la jeune fille est pris une fois pour toutes par le cafetier (Grégoire Leprince-Ringuet).

On devine qu’on va vers la tragédie, mais on ne sait comment ni qui va mourir – qui de Cobra ou de son amant, qui des deux amoureux allongés dans un même lit sans faire l’amour parce que Cobra est docile et obéit aux préceptes de son éducation. Bien sûr, elle ment à son père en libérant ses cheveux en cours de route, mais son travestissement n’a rien d’une rébellion ; c’est un accord tacite, une soumission douce, sans conséquence, croit-elle.

Dans « Extérieur nuit », il y avait une jeune  femme aussi, nommée Cora (qu’interprétait Christine Boisson) et conduisant un taxi dans la nuit parisienne. Deux hommes – Gérard Lanvin et André Dussollier – l’aimaient en silence. Jacques Bral disait d’elle qu’elle était l’épicentre de son film. Trente-deux ans plus tard, il change de sujet mais son univers est le même : de Cora à Cobra, il n’y a qu’un « b » de différence, et la jeune Sofiia Manouscha qui joue Cobra a elle aussi une minuscule tache dans l’œil. Elle est également l’épicentre de cette partition cruelle qu’est « Le noir (te) vous va si bien ». Courtisée par l’un, amoureuse de l’autre, elle traverse le film avec une vigueur juvénile qui éloigne toute abstraction.

Jacques Bral filme au plus juste mais ne s’interdit rien, se risquant même vers la comédie et s’autorisant des pas de côté qui, loin d’affaiblir le récit, le hissent entre la prière et l’aria, le chant funèbre et la mélodie du déracinement. Pourquoi ces personnages nous regardent-ils à travers la caméra ? Pourquoi nous fixent-ils de leurs yeux éplorés ? Parce que leur histoire est la nôtre.

DVD avec des bonus, des entretiens, une présentation de Jacques Bral,  et un livret de 20 pages regroupant présentation du film, interviews, filmographie, extraits de presse et photos (inclus dans le boîtier du DVD). Prix de vente : 19,99 euros TTC. Editeur : Thunder Films International


 

Cette entrée a été publiée dans DvD.

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commentaires

2 Réponses pour « Le noir (te) vous va si bien »

Soler dit: 18 mars 2013 à 19 h 14 min

Où peut-on voir ce film? Je le suis sur FB et ne le vois pas à l’affiche dans on département des Hauts de seine , je suis très intéressée!

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