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La République Du Cinéma

« Le Petit Prince »: patrimoine céleste

Par Sophie Avon

Comment adapter l’œuvre la plus vendue au monde du patrimoine littéraire français – 185 millions d’exemplaires à travers le monde ? Un roman en forme de conte de surcroît, dont le mérite essentiel est la simplicité et dont les préceptes tiennent le prodige d’exhausser les vertus cardinales sans être mièvres. « On ne voit bien qu’avec le cœur ». Dieu merci, on voit bien aussi avec les yeux, ce qui a permis aux adaptateurs de ne pas trop se fourvoyer…

En allant chercher  une petite fille d’aujourd’hui qui ne saurait rien du « Petit prince » d’Antoine de Saint Exupéry, ils se sont d’abord gardés de coller au texte.  C’est cette fillette qui sera à la fois le guide et l’héritière du trésor national, elle qui sera l’héroïne et l’archéologue du chef d’oeuvre. Encore faut-il approfondir le portrait et affliger l’enfant d’une mère obsédée par la réussite de sa fille – une mère moderne, stressée, aimante sans doute, mais névrotique au point de baliser la vie de sa progéniture pour tirer le meilleur parti de son emploi du temps. Dans cette morne existence toute entière consacrée aux devoirs et à l’injonction de réussite, un vieil aviateur, sorte de grand-père enfantin et conteur que double André Dussollier dans la version française, a toutes les chances de pouvoir raconter son histoire et la rencontre qu’il fit, autrefois, avec un certain Petit Prince.

Reprenons: la petite est une élève brillante mais rentrer à la prestigieuse Académie Werth n’est pas une mince affaire. Il faut travailler, travailler, travailler. Pas de place pour la fête, les amis ou la rêverie.  Elle se plie docilement à la drastique organisation de sa mère. Sérieuse et appliquée, elle refuse même de regarder par la fenêtre quand un beau jour, ou peut-être une nuit, un vieillard lui envoie  un avion en papier pour attirer son attention. Dieu merci, elle n’est qu’une gosse. Sage comme une image mais prête à manifester une curiosité contre laquelle le diktat maternel ne pourra rien. Si bien que peu à peu, quand elle est seule à la maison devant ses livres et ses cahiers, elle se prend à penser à autre chose. Et si elle allait voir ce vieux monsieur hirsute et sympathique dont la maison de guingois jure avec les parfaites  façades du quartier ? Surtout qu’il a un peu détruit le mur mitoyen en faisant des essais avec son avion. Drôle d’aviateur qui a passé l’âge de conduire quoique ce soit et celui d’être raisonnable.

Elle se risque donc au jardin du vieil homme, accueillie par une chanson de Charles Trénet et un désordre dont elle n’imaginait même pas qu’il puisse exister. Des fleurs et des arbres poussant en liberté, une vieille carcasse d’avion posée sur l’herbe et des systèmes de poulies un peu partout autour. Quant à la maison, c’est une caverne d’Ali Baba dont les recoins secrets éblouissent la fillette. Surtout, il y a ce drôle de livre où un petit prince demande à un aviateur qu’on lui dessine un mouton…

Comment résister à la fiction, à l’imaginaire, au rêve quand on découvre tout à coup que le quotidien peut être une aventure joyeuse, échevelée, sentimentale ?

Alternant les styles graphiques, jouant du stop motion et du dessin traditionnel, déployant le récit en trois parties où l’œuvre de Saint Exupéry trouve sa place avec une sobriété proche de l’original,  ce « Petit prince » produit par les Français Dimitri Rassam et Aton Soumache et tourné par Mark Osborne (« Kung Fu Panda ») donne vie au livre avec grâce. On peut lui reprocher de traîner sur la fin (surtout pour les spectateurs les plus jeunes), de dissiper son mystère en accumulant les épilogues, mais il réussit à transmettre ce que le roman a de fragile et sans doute de plus secret. Une étrangeté qui curieusement parle à tous.

  »Le Petit prince » de Mark Osborne. Sortie le 29 juillet.

Cette entrée a été publiée dans Films.

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commentaires

4 Réponses pour « Le Petit Prince »: patrimoine céleste

Polémikoeur. dit: 31 juillet 2015 à 17 h 58 min

Le moi n’est pas toujours haïssable,
il peut très bien aussi être pitoyable.
Suppoglycérinemboîtement.

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