de Annelise Roux

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La République Du Cinéma

« Le prix à payer »: les démocraties à la merci de la finance offshore

Par Sophie Avon

Inutile de connaître la finance pour saisir les enjeux du « Prix à payer ». Le documentaire d’Harold Crooks offre une démonstration limpide de ce qui pourrait bien être l’enjeu majeur des années à venir : qu’en est-il de nos démocraties face aux enrichissements gigantesques de multinationales qui trouvent le moyen de ne pas payer leurs impôts ? Qu’en sera-t-il de la société telle qu’elle se dessine déjà : de plus en plus inégalitaire à force de laisser croître cette sphère offshore, véritable état au-dessus de l’état, qui engrange les profits sans se soucier de redistribution?

Le film montre comment, depuis une trentaine d’années, l’Etat providence, garant de la répartition des richesses, a été démantelé au bénéfice d’un Etat concurrent  où triomphe la course aux transactions juteuses. Un véritable magot, jalousement entretenu en circuit fermé à l’ombre des paradis fiscaux, et donnant le pouvoir à la finance sans que les politiciens puissent agir ou contraindre les gagnants à reverser leur dû à la collectivité. Car de combines fiscales en adresses  virtuelles, aux îles Caïman ou au Luxembourg, évitant en tout état de cause d’être domiciliées là où les profits sont réalisés, ces multinationales se gardent d’être dans l’illégalité. Elles sont à la limite, juste au bord, arrogantes jusque dans ce qu’elles estiment être leur bon droit – et de plain-pied dans l’amoralité, comme le fait remarquer l’énergique juge de la cour du Parlement britannique, essayant de coincer l’un des responsables de Google qui par parenthèses n’en mène pas large et se défend piteusement. Elle n’est pas la seule à vouloir bousculer ce système. Le film d’Harold Crooks, à la fois pétillant et alarmant, aligne les paroles d’experts, parfaitement à même de dénoncer la toute- puissance de cette forme d’Olympe déterritorialisé, géré en toute quiétude par des places financières  telles que New York ou la City. Economistes à l’instar de Thomas Piketty,  ancien vice-président de la Golden Sachs, représentants de l’OCDE (Organisation de coopération et développement économiques), fiscalistes, inspecteurs des finances, juristes, tous sont en alerte et tâchent de remuer nos états mis à genoux par la finance.

C’est un monde dérégulé qui nous pend au nez, un cyclone, et une véritable rupture du contrat social. Quelques militants du monde politique tâchent, des deux côtés de l’Atlantique, de pousser l’OCDE à lutter contre cette puissance fantôme qu’Harold Crooks représente dans les nuages, à la fois inatteignable, impalpable et merveilleusement rentable, mais comment agir face à une économie hors d’atteinte des réglementations, armé d’un système fiscal archaïque ?

Loin d’être un simple pamphlet, « Le prix à payer » est d’abord un outil historique qui rappelle que la City, paradis fiscal originel et le plus florissant de tous aujourd’hui, a construit sa fortune  au lendemain de la guerre sur les ruines de l’empire britannique, préservant les comptes de ses clients en les expédiant aux îles vierges, caïmans ou Jersey. Il montre ensuite comment les flux numériques ajoutent de la complexité à la chaîne des productions, comment les géants contemporains – Google, Amazon, Apple -  se jouent facilement des taxes. Dans un monde où la finance n’a plus d’adresse fixe ni d’identité physique, nous dit Harold Crooks, seul un front commun peut espérer être plus fort. Encore faudrait-il que les démocraties se serrent les coudes, au-delà des frontières tracées par le vieux monde. Car c’est bel et bien un nouveau monde qui naît. Et pas le plus juste.

« Le prix à payer » de Harold Crooks. Sortie le 4 février.

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commentaires

6 Réponses pour « Le prix à payer »: les démocraties à la merci de la finance offshore

JC..... dit: 6 février 2015 à 7 h 16 min

Ne croyons pas que nous vivons dans un monde dérégulé ! Simplement, là comme ailleurs, comme toujours, la puissance s’exprime non plus par les armes de guerre, mais par les armes de la supra nationalité financière.

Autre régulation… Cela veut dire que l’idée de « démocratie », pouvoir au peuple, c’est dépassé…Ce qui pouvait tenir pour la polis, ne tient plus dans le monde global.

C’en est fini du village géré à l’ancienne. Faut s’y faire : il n’y a pas de retour arrière possible !

Milena et Dora dit: 6 février 2015 à 9 h 52 min

vous avez raison, arthur… en plus, il faut savoir que cette nouille ne va jamais au cinéma mais qu’il intervient ici pour polluer ce blog comme d’autres

Joachin Du Balai dit: 7 février 2015 à 9 h 08 min

Parfaitement d’accord avec les 3 commentaires précédents. Où que l’on aille, on retrouve cette signature toxique et ses provocations dont le but n’est que trop clair.

le fantôme de JC..... dit: 8 février 2015 à 13 h 36 min

Je viendrai, si vous continuez à salir ma mémoire, par des nuits froides et sans lune, vous tordre les abats et violer vos convictions les plus intimes ….!

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