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La République Du Cinéma

« Le procès de Viviane Amsalem »: la guerre des nerfs

Par Sophie Avon

C’est un procès interminable. Le litige ? Une femme tâche d’obtenir le divorce de son mari. Cela fait déjà trois ans que Viviane Amsalem réclame de pouvoir divorcer d’Elisha, dont elle vit séparée. Mais il refuse.

Ce procès a lieu aujourd’hui, en Israël. Archaïque mais toujours en vigueur, la loi prévoit que seuls les rabbins peuvent prononcer un mariage et sa dissolution et que cette dissolution dépend du bon vouloir de l’homme. Alors Viviane se bat. Assistée d’un avocat, face à trois rabbins obsédés par la paix des ménages, soucieux surtout du mari. Lequel, malgré la désertion de Viviane du foyer conjugal, veut bien « reprendre » sa femme.

« Prendre femme » (2004) était le premier film de ce que Ronit et Shlomi Elkabetz conçoivent comme une trilogie. Le couple Amsalem était déjà interprété par les mêmes acteurs, Ronit Elkabetz et Simon Abkarian. Dix ans plus tard, ils en sont là, Elisha veut bien reprendre Viviane qui ne veut pas être reprise. Elle veut seulement être libre. Elle n’aime plus cet homme – ce qui ne constitue en rien un motif valable.

La formidable idée de ce film qui s’ouvre et se referme avec de la musique mais la bannit du reste du récit, est d’avoir utilisé l’austérité du huis-clos, de n’en sortir jamais. Viviane peut aller et venir mais elle est bel et bien incarcérée dans ce mariage dont elle ne veut plus. La bataille qu’elle livre, circonscrite aux quatre murs de la pièce, n’en est pas moins une furieuse guerre des nerfs où s’épuisent les résistances  A la rigueur de la mise en scène – gros plans sur les visages, camera subjective – et au calme apparent du couple – Viviane comme Elisha en disent le minimum – viennent se cogner les discours enflammés de l’avocat ou du rabbin qui défend le mari par ailleurs son frère. Ce théâtre de l’intime est à la fois une suite de postures et une tragicomédie qui confine à l’absurde, voire au grotesque, quand défilent les voisins et les proches pour témoigner des vertus et mérites de l’un  ou de l’autre. C’est une galerie d’humeurs, de tons et d’émotions qui donne au récit sa verve tout ne le hissant vers une étrange mascarade dont Viviane et Elisha seraient au fond les seuls à n’être pas des automates. Et pour cause.

Les mois et les années défilent et le couple se retrouve encore et encore dans cette petite salle où Elisha continue de dire non. On pourrait croire qu’il ne se passe pas grand-chose or en presque deux heures, Ronit et Shlomi Elkabetz mijotent un véritable suspense sur le mystère d’un couple.   Que s’est-il passé entre eux durant ces presque 30 ans? Qui ou quoi les a séparés ?  Pourquoi cette femme veut-elle à ce point divorcer ?

« Le procès de Viviane Amsalem » est bien sûr une dénonciation des archaïsmes de la société israélienne, mais en se servant de l’opacité des relations entre deux êtres qui se connaissent par cœur – il faut voir le poids des regards quand ils se croisent -, en faisant de ce couple un duo silencieux autour duquel avocat, rabbins, voisins  n’en finissent pas de tourner, le film acquiert  une dimension autrement plus troublante.

« Le procès de Viviane Amsalem » de Ronit et Shlomi Elkabetz. Sortie le 25 juin.

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commentaires

4 Réponses pour « Le procès de Viviane Amsalem »: la guerre des nerfs

JC (usurpé) dit: 26 juin 2014 à 17 h 39 min

…j’aime pas le cinéma, ni les comédiens, ni les artistes : c’est des ploucs qui coûtent chers… !

JC..... dit: 27 juin 2014 à 16 h 48 min

Plus sérieusement, c’est un film documentaire sur les sauvages, non ? Même pour un islamophobe sioniste comme moi …

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